MALADIES DE LA PEAU (I
Rapport fait au Conseil général d' administration des hôpitaux et hospices civils de Paris, dans sa séance du "6 juin 1829.
Messieurs ,
Lorsque le Conseil autorisa, en i8i4, l'établissement des boîtes fumigatoires dans les hôpitaux, il rendit à la science et à l'humanité un service signalé. Une foule de maladies ont été , depuis , combattues avec succès par ce moyen, et l'expérience, qui en étend chaque jour l'application , en confirme de plus en plus les avantages. Depuis qu'on se sert des appareils fumigatoires, les médecins ont reconnu et apprécié les ressources énergiques et variées qu'ils offrent à l'art de guérir. Les observations qui fondent à cet égard leur opinion ont été faites sur un nombre immense de malades; mais les hôpitaux de Paris jouissaient seuls de l'invention ingénieuse de M. D'Arcet, et chaque jour des demandes étaient adressées à l'administration , dans la vue de connaître la construction de
(i) Le premier appareil de ce genre a été construit en 1S14, à l'hôpital Saint -Louis, et depuis on en a monté au Val-de-Gràce, à l'Hôtel-Dieu, à la Charité, et dans un grand nombre d'établissements publics et particuliers. La description de ces appareils a été publiée par ordre de l'administration des hôpitaux de Paris, avec des planches très-détaillées , une première édition en 1816 , et une seconde en 1 83o; ils ont de plus été décrits et gravés dans le Traité de chimie de M. Dumas.
ces appareils, les emplois divers qu'on en pouvait faire, et le mode dont on devait les mettre en usage.
Pour répondre aux vœux qui lui étaient exprimés , pour propager la découverte et l'emploi de ce nouvel agent médical, le Conseil fit imprimer en 1816 une description des appareils fumigatoires, faite par M. D'Arcet , et accompagnée des dessins de ce savant. La vente d'une partie des exemplaires de l'ouvrage fut autorisée, et chacun put dès ce moment, à l'aide des dessins et du texte qui les explique, établir des boites fumigatoires, et s'en servir avec connaissance et utilité.
Les vues bienfaisantes que s'était proposées le Conseil n'ont pas été trompées : on s'est empressé d'acheter l'ouvrage publié d'après ses ordres, et les hôpitaux des provinces, ceux de l'étranger, les médecins de tous les pays ont pu appeler à leur secours un moyen de plus de curation. Quoique tirée à mille exemplaires, la description des ap^reils fumigatoires est aujourd'hui épuisée; on la demande cependant encore fréquemment, et j'ai l'honneur de vous proposer, Messieurs, d'en faire une seconde édition, qui serait tirée à cinq cents, et qui serait entièrement mise en vente. Le Conseil pensera sans doutg qu'on ne saurait renouveler une plus utile dépense. J'ajouterais qu'il en sera tôt ou tard remboursé, si la seule vue du bien ne suffisait pas toujours pour déterminer ses résolutions (1).
Conseil général d'administration des kospices et secours à domicile
de Paris.
(Extrait de l'airêté pris dans la séance du 3 juin 1819. )
Le Conseil général, vu son arrêté qui autorise l'impression à mille exemplaires du Mémoire de M. D'Arcet, membre de l'Académie royale des sciences, sur les appareils fumigatoires,
Considérant que, depuis quelques années, cet ouvrage est épuisé; que l'imprimeur de l'Administration qui est chargé de le vendre reçoit des demandes auxquelles il ne peut satisfaire;
(i) Voir pag. 35, 36 et 37, le relevé des fumigations qui ont été données seulement dans quelques hôpitaux de Paris depuis 1814.
Considérant que c'est dans le but de propager les fumigations et de répandre cet utile moyen de guérir la plupart des maladies cutanées, que l'impression du Mémoire de M. D'Arcet a été ordonnée , que ces motifs subsistent toujours;
Sur la proposition du membre de la commission administrative chargé de la deuxième division ;
Arrête : i° Le Mémoire de M. D'Arcet, membre de l'Académie royale des sciences, sur les appareils fumigatoires, sera réimprimé à cinq cents exemplaires.
i" Partie sera remise à l'administration , sur la demande du secrétaire général, qui sera chargé de régler avec l'imprimeur, comme par le passé, le compte et la vente des exemplaires dont le produit est attribué aux hospices.
Le présent sera adressé à la deuxième division et au secrétaire général de l'administration.
Fait à Paris, le 3 juin 1829.
• Signé le Comte CHAPTAL, vice-président.
Visé par M. le Préfet, le 9 juin 1839.
Le seciélaire général,
♦ " Signé VALDRUCHE.
Observations préliminaires ( i ).
On s'est beaucoup occupé, depuis plusieurs années, des moyens de guérir la gale , les dartres et les autres maladies de la peau.
On n'entreprendra pas d'indiquer toutes les méthodes qui ont été proposées et suivies; elles sont décrites avec beaucoup d'exactitude et de talent dans les journaux de médecine, et surtout dans le Dictionnaire des Sciences médicales (2).
Le but de l'administration, en publiant la description des appareils fumigatoires établis, sur les dessins de M. D'Arcet, dans plusieurs hôpitaux, notamment à Saint-Louis, est de faire connaître comment ces appa-
(i) Placées en tête de la première édition.
(î) Voyez article Fumigation , par MM. Halle et Nysten ; article Galt, par M. Fournier, et les autres articles sur les maladies de la peau.
— aG — reils doivent être construits, la manière de s'en servir, et les effets qu'on peut en obtenir. L'utilité bien reconnue de ces appareils, les résultats favorables qu'ils ont procurés, ont aussi déterminé cette publication. C'est, d'ailleurs, le seul moyen de répondre aux nombreuses demandes qui sont journellement adressées par les ministres de l'intérieur, de la guerre et de la inarine, par les administrateurs des hospices de départements, et par beaucoup d'étrangers.
Rapport fait an Cojiseil général des hospices, dans la séance du o.^ février 1816, par M. Mourgue et 31. le duc de La Rochefoucauld, sur les droits respectifs de MM. Gales et U Arcet à l'invention et à la propriété des appareils à fumigations , introduits dans les hâfjfitauac civils pour le traitement de la gale.
M. le préfet de la Seine vous a communiqué, le 24 jaijvier dernier, une lettre de M. le ministre de l'intérieur, du 9 du même mois , par laquelle Son Excellence appelle l'attention du Conseil sur les services rendus par M. Gales, ancien pharmacien de l'hôpital Saint-Louis, poi^ l'introduction des fumigations sulfureuses dans le traitement des maladies de la peau. Le ministre rappelle que M. le préfet a déjà provoqué son attention sur cette méthode curative due à M. Gales ; que la Faculté ele médecine lui avait adressé récemment un rapport constatant le résultat des expériences faites sous les yeux de ses commissaires, confirmant de la manière la plus complète les avantages que le jury nommé pour constater les essais faits à l'hôpital Saint-Louis avait reconnus dans la méthode de traitement de M. Gales.
Le ministre ajoute, dans sa lettre à M. le préfet, que M. Gales, qui lui parait digne de récompense pour d'aussi grands services l'endus aux hôpitaux et à l'humanité, lui demande : 1° de le nommer médecin de l'hôpi^ lai Saint-Louis, pour le traitement des galeux soumis aux fumigations sulfureuses; 2° de lui assurer une pension ou traitement viager de 6,000 fr. par an, dont il offre d'abandonner la moitié pendant deux années, en raison des circonstances. Son Excellence exprime le regret de ce que les circonstances difficiles où nous nous trouvons ne lui permettent pas de solliciter en faveur de M. Gales la munificence du roi. Son Excellence pense que l'adoption de ce mode de traitement pour la gale , apportant
une économie considérable dans la dépense des traitements à la charge des hôpitaux de Paris, le Conseil général jugera peut-être que la demande de M. Gales n'est pas exagérée, et qu'elle peut, sans dommage pour les hôpitaux, être payée sur leurs revenus.
Le ministre prie M. le préfet de mettre toutes ces considérations sous les yeux du Conseil , dont il attend l'avis.
M. le préfet appelle votre attention sur l'objet de cette lettre.
Vous avez cru, Messieurs, devoir nommer une commission pour examiner avec maturité les titres et le mérite d'une demande qui semble avoir obtenu la faveur de Son Excellence le ministre de l'intérieur, et vous avez nommé M. Mourgue et moi membres de cette commission.
Vous nous avez aussi chargés de vous faire connaître notre opinion sur la réclamation que nous a adressée M. D'Arcet, le i4 février dernier, dans laquelle il témoigne son entière confiance en votre justice, relativement à l'invention des appareils à fumigations, aujourd'hui, et depuis leur établissement , les seuls en usage à l'hôpital Saint-Louis.
Nous avons cru ne pouvoir pas mieux répondre à votre confiance, et préparer plus convenablement votre opinion sur l'objet de la lettre du ministre, qu'en vous traçant l'historique exact de l'établissement des fumigations sulfureuses, depuis leur introduction dans l'hôpital Saint-Louis, jusqu'à ce jour.
En i8i I, M. Mourgue, membre du Conseil, chargé de la surveillance supérieure de l'hôpital Saint-Louis, fut frappé du séjour prolongé des galeux dans cette maison, et, par conséquent, des dépenses considérables que coûtait à l'administration des hospices le traitement d'une maladie que l'on ci^oit devoir généralement céder à des soins peu prolongés ; M. Gales, alors pharmacien en chef de cette maison, lui communiqua l'idée de mettre en pratique les fumigations sulfureuses; l'essai en fut consenti et commencé en août 1812.
La manière de donner ces fumigations sulfureuses consistait à chauffer le lit du malade avec une bassinoire remplie de charbons ardents, sur lesquels on jetait du soufre en poudre; le galeux était mis dans ce lit brûlant, et il s'imprégnait de la fumée dont le lit était rempli. Ce traitement était répété dix à douze fois, et des guérisons assez nombreuses ont eu lieu par cette méthode; cependant elle n'était pas sans inconvénients, les draps étaient souvent brûlés, perdus et tachés, de manière à ne pas redevenir blancs; les couvertures, qui devaient être étroitement serrées sur le malade remis dans son lit, laissaient souvent sortir la vapeur sul-
fureuse, qui incommodait le malade et répandait dans la salle une odeur désagréable. La poitrine du malade en était péniblement atteinte.
Cette manière d'appliquer les fumigations sulfureuses fut interrompue, et M. Gales s'occupa de les rendre applicables par un moyen qui présentât moins d'inconvénients.
Effectivement, ce pharmacien réussit à faire construire, en i8i3, une boîte dans laquelle le malade recevait la fumigation sans aucun des inconvénients qui avaient fait abandonner l'usage de la bassinoire. Quelques traitements de ce genre eurent assez de succès pour appeler l'attention du Conseil général, qui, dans sa séance du 17 mars 181 3, ordonna: 1° que les expériences du traitement de la gale par les fumigations seraient reprises à l'hôpital Saint-Louis; 2° qu'un jury composé de médecins et de chirurgiens serait formé pour constater l'effet de ce traitement et prononcer définitivement.
Le rapport de ce jury, en date du 18 mai i8i5, fait après deux mois d'expériences suivies, et toutes favorables au traitement de la gale par les fumigations sulfureuses, donne des éloges à l'appareil de la boîte, reconnaît néanmoins plusieurs imperfections, et indique quelques améliorations désirables.
Le Conseil général fut alors invité, par celui de ses membres chargé de la surveillance de Saint-Louis, et aujourd'hui l'un de vos commissaires, à faire connaître à M. le préfet de la Seine, et par lui au ministre de l'intérieur, l'opinion du jury sur les expériences faites pour un traitement dont les hôpitaux de France, dont les armées de terre et de mer pourraient tirer un grand avantage , « quoique , dit-il , ce remède n'ait été « employé qu'avec une machine qui avait besoin de beaucoup de reca tifications. »
Le Conseil prit, en conséquence, le 9 juin i8i3, un arrêté conforme aux conclusions proposées par M. IMourgue, ordonna de plus qu'un traitement par les fumigations sulfureuses serait établi à Saint-Louis pour les galeux externes, et chargea son président de témoigner sa satisfaction à ]\L Gales.
Le Conseil prit encore, le 1 4 juillet, un arrêté par lequel tous les galeux désormais admis dans l'hôpital Saint-Louis devraient être traités par les fumigations sulfureuses et par les soins de M. Gales.
Cet arrêté n'eut point son exécution : M. Alibert, médecin de l'hôpital Saint-Louis, représenta au Conseil, dans sa séance du 2 1 juillet, que l'appareil dont on se servait alors était très-imparfait, que les malades qui y
— ag — !
étaient exposés aux fumigations n'y recevaient pas seulement le gaz sulfureux, mais encore l'acide carbonique, dont le principe était nuisible, j et qu'enfin , l'appareil iùt-il ce qu'il était loin d'être , les traitements par 1 fumigations ne pouvaient être confiés qu'à des médecins habiles, et que 1 M. Gales ne réunissait pas les connaissances médicales nécessaires pour i opérer ce traitement; le Conseil général, dans sa séance du 4 août sui- j vant, prorogea l'ajournement de l'exécution de son arrêté du i4 juillet.
Nous ne croyons pas devoir vous rappeler ni la lettre de M. le préfet, i
du i3 septembre i8i3, qui vous invitait à mettre à la disposition de M. Gales quelques salles de l'ancienne pharmacie centrale, pour y établir
un traitement de dartreux par les fumigations, ni votre arrêté du r5, 1
pris en conséquence, puisque les événements de la fin de i8i3 ont fait i
de cette maison un atelier de fabrication d'armes.
Les choses en étaient dans cette situation ; le traitement de la gale par ■
fumigations se poursuivait avec d'autant moins d'activité à Saint-Louis, i
qu'il n'y avait que trois boîtes; que ce nombre était insuffisant pour trai- 1
ter alors tous les galeux; l'hôpital était d'ailleurs tellement encombré de '
soldats , que, pendant les six premiers mois de i 8i4, ils absorbèrent tous ;
les soins. i
En aoiit i8i4, M. D'Arcet, appelé à l'hôpital Saint-Louis pour des I
essais de gélatine, et aussi pour donner son avis sur les bains de vapeurs l
qu'on avait le projet de faire construire dans cette maison , eut occasion de voir les boîtes à fumigations mises en pratique par M. Gales. Sollicité
de donner son avis sur la construcliou de ces boîtes, il le donna en phy- I
sicien et en chimiste; il fit aisément reconnaître que, par la manière dont i
l'appareil était construit, les gaz mélangés entraient dans la boîte; que le charbon brûlé sur les grilles des fourneaux produisait une grande quantité d'acide carbonique, qui pénétrait dans la boîte avec l'azote, l'acide sulfureux et l'air non décomposé; que le tuyau de sortie était beaucoup trop petit dans son rapport avec le tuyau d'entrée, surtout en considérant la propriété qu'ont les gaz d'augmenter de volume en se chargeant d'eau en vapeur : ce qui arrivait tlans la boîte au moyen de la sueur considérable des malades; qu'il résultait de ce défaut de construction que le gaz sortait par tous les joints au travers desquels il pouvait se faire jour; qu'on était obligé de coller sans cesse sur ces joints des bandes de papier pendant le séjour du malade dans la boîte, de serrer fortement un capuchon autour de son cou; procédés les uns inquiétants, les autres fatigants pour le malade : les uns et les autres inutilement dis-
— 3o — pendieux ; qu'on était dans la presque impossibilité de sortir le malade de la boîte, si dans le cours de la fumigation il s'en trouvait incommodé ; que l'air chaud introduit dans cette boîte se répandait inégalement et échauffait beaucoup plus les pieds du malade que toutes les autres parties de son corps: inconvénient grave; enfin, que cette construction n'était et ne pouvait être applicable qu'à une boîte pour donner une seule fumigation. M. D'Arcet ajouta que ces inconvénients notables seraient facilement évités dans la construction de nouveaux appareils dont il fit lui-même les dessins. Ses projets furent adoptés, les ouvriers de la maison furent mis à sa disposition, et tous les jours il dirigea et suivit ce travail avec le zèle d'un savant dont l'étude de toute la vie est de rendre la science applicable aux arts, et avec le dévouement d'un cœur sensible et généreux , toujours prêt à communiquer le résultat de ses travaux et de ses réflexions, surtout lorsqu'il s'agit du soulagement des malheureux.
Deux boîtes simples et ime boîte à douze places furent en même temps construites, par les soins de M. D'Arcet, à l'hùpital Saint-Louis.
Le succès répondit complètement à l'espérance qu'on avait dû en concevoir.
Le membre de la commission, chargé de l'administration de cette maison , crut devoir témoigner à r.I. D'Arcet , dans ses deux lettres des 18 novembre et 27 décembre, la satisfaction qu'il éprouvait pour les avantages qu'on obtenait de ces appareils, avec lesquels il avait déjà été donné près de 3o,ooo fumigations.
C'est environ dans ce temps que le même membre de la commission fut chargé par vous d'écrire à M. Alibert , médecin de l'hôpital Saint-Louis, pour connaître son opinion sur les effets médicamenteux des bains fumigatoires établis dans cet hôpital. Ce médecin répondit, le i" novembre, « que les appareils en usage alors à Saint-Louis n'ont rien de commun « avec cette machine surannée et imparfaite qui y avait d'abord été intron duite; que depuis que l'ingénieux M. D'Arcet est parvenu à affranchir « ces bains fumigatoires des émanations suffocantes de l'acide carbonique, « et a trouvé le moyen de séparer et d'administrer tous les gaz dans di- « verses proportions, soit isolément, soit collectivement, il ne peut rester « aucun doute sur l'utilité de ce procédé. »
Tel est, Messieurs, l'historique exact des appareils pour les fumigations sulfureuses, depuis leur introduction à l'hôpital Saint-Louis en iSra jusqu'aujourd'hui; les pièces à l'appui constateraient, au besoin, la fidélité pport.
Il en résxilte i" que l'introiinction dans les hôpitaux de Paris des fumigations sulfureuses est due à M. Gales ;
2° Que ses premiers moyens de donner des fumigations par la bassinoire ont été reconnus susceptibles de graves inconvénients;
3° Que la boîte qu'il a substituée à ce mode, en i8i3, évitant un grand nombre des inconvénients reprochés à la bassinoire , était un appareil incomplet, d'un service difficile; qu'il était même dangereux en ce que, dans les applications de la fumigation aux malades, l'acide carbonique restait uni à l'acide sulfureux ;
4° Que, néanmoins, des traitements faits par ces deux moyens l'ont été avec succès , et ont prouvé la fréquente efficacité des fumigations sulfureuses pour la guérirson de la gale et d'autres maladies;
5° Que l'appareil complet, dépourvu d'inconvénients, d'une construction solide et économique, celui enfin en usage à l'hôpital Saint-Louis depuis un an, et qui, depuis son établissement, n'a pas exigé la moindre réparation , est uniquement dû aux dessins fournis par M. D'Arcet , qui en a suivi l'exécution.
Les ennemis de M. Gales ont répandu dans le public, que l'application des fumigations sulfureuses au traitement de la gale était depuis longtemps connue, et que M. Gales n'en était pas l'inventeur : quoique, dans notre opinion , ce point de fait fût étranger à la question actuelle, nous avons cru devoir le vérifier, et nous avons effectivement reconnu que Glauber, médecin-chimiste, a, dans un ouvrage publié en iG'")c), donné la description d'une boîte fumigatoire, et a prescrit l'usage des bains à sec avec le gaz sidfureux pour le traitement de la gale; que le Dictionnaire encyclopédique de 17Ô3, article Fumigations , indique l'usage des fumigations de soufre contre les maladies cutanées; qu'en 1776, le sieur Lalouette , dans un ouvrage qui a pour titre : Nouvelle méthode de traiter les ma' ladies vénériennes par la fumigation , donne la description d'une boîte fumigatoire; qu'enfin les docteurs Lafite et Sedillot jeune ont fait, en i8o5, un rapport à la Société de médecine sur divers appareils fumigatoires en usage dans l'établissement des eaux minérales de SIM. Paul Tryaire et Compagnie, à Paris,
Mais, quelque ancienneté qu'ait pu avoir l'indication des fumigations en général, et des fumigations sulfureuses en particulier pour la guérison des maladies cutanées, il n'en est pas moins vrai que cette indication était restée sans exécution , tombée dans l'oubli , et qu'il est dû à M. Gales d'en avoir ressuscité l'idée, et d'en avoir fait la première application dans nos hôpitaux.
Quoique très-probablement, Messieurs, vous trouviez ce rapport déjà bien long, nous vous demandons la permission de vous entretenir encore d'un incident qui, tout étranger qu'il paraisse à l'objet de la lettre du ministre, pourra vous éclairer dans celui que vous avez le plus à cœur, celui de rendre justice à qui il appartient.
Le 3o juillet i8i3, M. Gales, sous le nom de Payard, fit au département de l'intérieur la demande d'un brevet d'invention pour une boîte fumigatoire : sa demande fut accueillie le 28 février i8i5, date de la délivrance de ce brevet.
Le 4 novembre de la même année 1 81 5, M. Gales, alors sous son propre nom , fit la demande d'un brevet de perfectionnement pour le même objet.
La description exposée dans cette demande est, avec de très-petits changements entièrement indifférents, la description exacte de l'appareil établi dans l'hôpital Saint-Louis par M. D'Arcet. Nous devons ajouter que M. Gales le consulta, dans les premiers mois d'août 181 5, sur des appareils semblables qu'il fit construire à l'hôtel Jabach, et que M. D'Arcet, avec sa complaisance ordinaire, lui prêta ses dessins, lui donna des conseils, et suivit même la construction de ces appareils.
Nous tenons ces aveux de la bouche même de M. Gales; son honnêteté ne s'est pas refusée à nous les donner, et nous avons mieux aimé les lui devoir qu'aux renseignements que nous aurions trouvés abondamment ailleurs, et qui nous auraient appris la même vérité.
Nous expliquons ce tort apparent de M. Gales par la certitude qu'il avait que M. D'Arcet ne voulait tirer aucun parti lucratif de son invention, et qu'ainsi ses intérêts n'en étaient pas lésés; et, sous ce rapport, M. D'Arcet n'élève aucune plainte.
Il n'en est pas moins vrai que le dernier rapport, fait par la Faculté de médecine et son doyen sur ces boîtes, portait sur celles construites six mois plus tôt à l'hôpital Saint-Louis, et non sur celles construites d'après les dessins et les conseils de M. D'Arcet.
Ce savant, qui, lors de l'invention et de la construction de ces boîtes, n'a été dirigé par aucun motif d'intérêt personnel , qui n'a eu en vue que celui de la science, de l'humanité, qui a cédé son droit de perfectionnement aux hôpitaux de Paris, ne réclame pas, comme il en aurait le droit, contre les brevets pris par M. Gales; mais il tient à l'honneur de son invention et de ses travaux ; il tient surtout à ce que sa propriété soit reconnue par vous, afin de s'en faire un titre honorable dans la carrière qui lui reste encore à parcourir.
Un brevet d'invention ou de perfectionnement n'est, selon nos lois, un titre solide que s'il n'est pas contesté devant les tribunaux, et celui-ci peut l'être ; s'il n'est pas attaqué, il n'est plus qu'une présomption en faveur de celui qui le possède.
M. D'Arcet abandonne cette apparence à M. Gales aux yeux du public, d'ailleurs généralement instruit de la vérité; mais il vous demande de vouloir bien vous convaincre, par tous les moyens qui sont à votre disposition, qu'il est le seid inventeur de l'appareil funiigatoire à présent en usage à Saiut-I.ouis, et vous prie, après conviction acquise, de lui en donner le certificat.
Nous terminerons ce long rapport en nous reportant à la lettre de S. Exe. le ministre de lintérieur, et à celle de M. D'Arcet : voici l'opinion que nous vous soumettons.
i" M. Gales, comme ayant le mérite d'avoir introduit dans l'hôpital Saint-Louis l'usage des fumigations sulfureuses, dont l'effet fréquemment curatif , et aussi avantageux sous le double rapport de la guérison et de l'économie, nous paraît digne d'une récompense du gouvernement qu'il ne nous appartient pas de mesurer; mais nous pensons que le bienfait de ce mode de traitement devant s'étendre sur l'armée de terre et de mer, et sur toute la population du royaume, le Conseil des hôpitaux ne peut être chargé de cette récompense. La grande diminution que les hôpitaux ont éprouvée dans leur revenu, et lorsque le prix de toutes les denrées augmente, ne lui en donnerait pas d'ailleurs le moyen.
a" M. Gales est susceptible de jouir de sa retraite ; il avait près de trente années de service au moment où il a quitté les fonctions de pharmacien en chef, sous prétexte de sa santé ; sa conduite a toujours été bonne : nous vous proposons donc la liquidation de cette pension.
3° La place de médecin chargé à Saint-Louis des fumigations sulfureuses ne peut lui être accordée : i" parce que les médecins de cette maison suivent et doivent suivre eux-mêmes l'effet des fumigations; 2" parce que M. Gales n'a aucune pratique médicale; 3° parce que M. Gales, ayant une ou plusieurs maisons de bains fumigatoires à lui appartenantes dans cette ville, nous verrions dans cette propriété un obstacle puissant à ce qu'il fût médecin des hôpitaux, cpiand il réunirait les connaissances nécessaires.
4" Nous pensons que le Conseil doit charger son président d'écrire à M. D'Arcet une lettre dans laquelle il sera reconnu l'inventeur de l'appareil de boîtes fumigatoires en usage à l'hôpital Saint-Louis depuis avril 181 5. Nous croyons que cette lettre doit expiimer les remerci-
— Déments du conseil pour les services que ce savant a déjà rendus aux hôpitaux et qu'il leur rend journellement.
5° Nous vous proposons de transmettre ce rapport , s'il a votre approbation, à M. le préfet, qui voudra bien le faire parvenir à S. Exe. le ministre de l'intérieur.
Signé MotJRGUE. Le duc DE LA. Rochefoucauld, rapporteur.
HOPITAL SAIIXT-LOUIS.
Etat des fumigations données à rWipital Saint-Louis, dans les appareils établis par les soins de M. D'Arcet en août 1814.
A^NÉES
FCMIGAÏIONS
TOTAL
OBSERVATIONS
Sulfureuses.
Mercurielles.
Aromatiques.
Alcooliques.
182S Totaux.