CHAPITRE IV
Des avantages que présente Vemploi du petit fourneau à coupelle; et des diverses applications que ton pourra en faire, soit en l'eniplojant tel qiiil ment d'être décrit, soit en le disposant de manière à pouvoir donner à la moufle une plus haute température.
Nous avons dit que les essais d'or et d'argent se passaient au petit fourneau à coupelle de la même manière qu'au fourneau ordinaire; que l'on avait les mêmes précautions à prendre, et que l'on arrivait aux mêmes résultats. Ce n'est donc que sous le rapport de l'économie que le fourneau proposé peut être regardé comme utile : un grand nombre d'expériences nous a prouvé que l'on pouvait y passer à Paris un essai d'argent au titre de 900 millièmes, en dépensant au plus pour 3 centimes de charbon; que, pour porter la moufle à la température nécessaire pour commencer l'essai, on n'en usait que pour environ 5 centimes:
— 2ao — d'où il suit qu'il faudra y brûler au plus pour 8 centimes de charbon, si l'on n'a qu'un seul essai à passer; si l'on en a deux à faire de suite, la dépense en combustible ne sera plus que de cinq centimes par essai; et si l'on a trois essais (ce qui peut être considéré comme le terme moyen du nombre d'essais qu'ont à faire à la fois les essayeurs des bureaux de garantie), on voit qu'ils n'auront à dépenser que pour un peu moins de 5 centimes de charbon par essai.
Nous avons dit que le combustible nécessaire pour passer un seul essai au titre de 900 millièmes coûtait : 8 cent.
La coupelle vaut au plus 7
Les 7 grammes de plomb employés valent au plus. ... 2 Nous mettrons 5 centimes par essai pour la réparation du fourneau et des outils, ci 5
Et nous aurons pour total de la dépense 22 cent.
La rétribution que la loi accorde pour un essai d'argent étant fixée à 80 centimes, on voit que , dans le cas le plus défavorable et en portant toutes les dépenses au plus haut , l'essayeur aura encore 58 centimes de bénéfice, lorsqu'il n'allumera son petit fourneau que pour y passer un seul essai. On sait que ce bénéfice augmentera d'autant plus que le nombre d'essais que l'essayeur aura à faire de suite sera plus grand. La dépense en coupelle et en plomb esta la vérité la même, soit que l'on se serve du petit fourneau à coupelle , soit que l'on fasse usage du grand ; mais le petit fourneau présente l'avantage de coûter moins cher, d'être plus transportable, d'être plus promptement porté à la température convenable, et d'occasionner moins de dépense pour son entretien ( 1).
Ce petit fourneau peut donc être fort utile aux essayeurs du commerce, et surtout aux essayeurs des bureaux de garantie, aux orfèvres, aux bijoutiers, aux affineurs, aux marchands d'or et d'argent , aux fondeurs et aux laveurs de cendres d'orfèvres, etc., qui n'ont ordinairement
(i) C'est M. Blanc, fournalisie , faubourg Saint-Marceau, qui a failles différents fourneaux dont nous avons eu besoin; il a mis beaucoup de zèle et d'adresse dans ces essais. On trouvera toujours chez lui le petit fourneau dont nous venons de donner la description ; il s'est engagé à ne le vendre au plus que 12 fr., étant tout ferré et garni de son tuyau , de doubles portes , de doubles grilles et de deux petites moufles.
Les pièces qui dépendent du fourneau et qui sont faites dans des moules, étant pareilles, pourront être facilement remplacées lorsqu'elles se casseront ou qu'elles seront usées.
qu'un petit nombre d'essais à faire. Mais ce n'est point seulement dans le laboratoire de l'essayeur que son emploi peut être avantageux ; nous croyons que l'on pourra s'en servir utilement dans la pratique de quelques autres arts. On en adoptera sans doute l'usage dans les laboratoires de chimie , où l'on pourra entreprendre désormais un grand nombre d'expériences, pour lesquelles le feu de moufle est nécessaire, et que l'on ne faisait point parce que la dépense en combustible qu'entraînait l'emploi du fourneau à coupelle ordinaire était beaucoup trop grande.
Les professeurs de chimie pourront aussi faire sous les yeux de leurs élèves des essais d'or, d'argent et de plomb, et ils leur donneront ainsi une idée bien plus exacte de ces procédés, qu'ils n'auraient pu le faire par une simple description. On pourra encore faire, dans la moufle du petit fourneau à coupelle, beaucoup d'opérations qui n'exigent point une très-haute température, et se servir en même temps du petit fourneau comme d'un fourneau évaporaloire ordinaire. Il suffira pour cela d'enlever le dôme et le tuyau, et de poser au-dessus du foyer, sur les repaires que l'on voit en b' 0' , fig. 5,6, 7 et 8, et sur un gros fil de fer ime capsule en tôle, qui servira de bain de sable, et qui sera chauffée par le même feu qui portera la moufle à la chaleur rouge cerise.
Les fabricants d'émail, de cristaux et de poterie, pourront se servir de notre petit fourneau pour essayer les minium, les litharges et les blancs de plomb qu'ils emploient, qui entrent dans la composition des différents émaux , des couvertes, et dans la fabrication du cristal; parce que le plomb pur, ainsi que ses différents oxides, donnent à la coupelle une belle teinte jaune, tandis que quelques millièmes d'alliage en brunissent la teinte; ce qui indique alors le danger qu'il y aurait à faire entrer ces préparations impures dans des compositions d'émail blanc, ou dans des émaux destinés à recevoir des couleurs tendres qui en seraient salies, dans la couverte des poteries fines , qui doit être aussi blanche que possible , et dans le cristal dont la blancheur et la transparence rehaussent tant le prix.
Les fabricants de minium, de litharge et de blanc de plomb y trouveront aussi l'avantage de pouvoii' essayer à peu de frais les plombs qu'ils emploient, et pourront, par ce moyen, les ranger selon leur ordre de pureté, et fabriquer, lorsqu'ils le désireront, des produits parfaitement purs; le fabricant de litharge aura en outre l'avantage de pouvoir choisir dans le commerce les plombs les plus riches en argent, et d'augmenter ainsi son bénéfice sans augmenter sensiblement sa dépense. Ce petit fourneau sera
encore sans cloute utile aux émailleurs, aux peintres en émail, aux bombeurs de verre et même aux opticiens, qui pourront y mouler à peu de frais les verres courbes servant à la construction des lunettes. Mais c'est surtout dans les laboratoires où l'on s'occupe de métallurgie que l'on pourra remployer avec avantage, non-seulement pour y passer à la coupelle les culots provenant des essais de mines d'or , d'argent et de plomb (i), mais encore pour y faire des calcinations et pour y coupeller des alliages contenant du platine, et exigeant une température supérieure à celle que l'on obtient en se servant du fourneau à coupelle ordinaire, ou de notre petit fourneau, tel qu'il est représenté à la planche 22. On parvient aisément à produire cet effet, en appliquant à notre petit fourneau à coupelle le procédé proposé par M. Aikin, et en se servant du soufflet à main qu'il emploie, d'un soufflet de forge ordinaire, ou mieux encore du soufflet de la lampe à émailleur. La fig. 2 représente Yappareil que nous avons fait construire, et dont il est parlé dans le rapport de MM. Vauquelin et Tbenard.
L'air, chassé avec force par le soufflet de la lampe à émailleur , passe à travers le tube de cuivre coudé que l'on voit en c' , arrive dans le cendrier par le trou/^, fig. 5 et 7 , et se répand à travers les trous de la grille sur le charbon dont il accélère la combustion : le tuyau de tôle qui est placé sur le dôme du fourneau peut être coudé à angle droit , comme on l'a indiqué en d' , fig. 2, et la branche horizontale peut porter à l'extérieur , soit à travers l'un des carreaux d'une fenêtre , soit par le tuyau d'une cheminée , l'air non décomposé et les gaz délétères qui y sont mélangés au sortir du fourneau.
Lorsqu'on veut faire usage de cet appareil , il faut fermer avec soin la porte du cendrier, et même la luter, soit avec un peu de cendre mouillée, soit avec l'argile préparée qui sert à luter la moufle au fourneau, ou simplement avec un peu de terre à poêle.
Le trou que l'on voit en p' , fig. 7 , et qui se trouve placé sur le côté droit du petit fourneau , vis-à-vis du trou par lequel le tuyau de cuivre c' apporte l'air sous la grille, doit être bouché avec un tampon de terre
(i) Nous avons fait percer dans un de nos petits fourneaux une ouverture assez grande au-dessus de la tablette q, 6;,'ures 5, 6 et 7, pour pouvoir y ajouter une niouQe ajant o"',o6S de largeur, o^.oSo de profondeur et o'",o4o de hauteur, et nous y avons passé facilement, dans une grande coupelle pesant 5o grammes, un culot contenant 3o grammes de plomb et un demi-gramme d'argenl. Cet essai qui a été fait en présence et sur la demande de M. Collet Descotils, ingénieur en chef des mines, etc., prouve que l'on pourra, dans bien des cas, employer des moufles et des coupelles plus grandes que celles dont nous avons donné les dimensions.
cuite ou avec un bouchon de liège ou de bois : ce dernier trou sert à donner de l'air sous la grille, lorsqu'on cesse de faire jouer le soufflet, et à empêcher par là le feu de s'éteindre; on le ferme aussitôt que Ton commence à faire agir \c soufflet. On pourrait aussi se servir de ce trou pour introduire un second courant d'air sous la grille, afin d'opérer encore plus promptement la combustion, et pour obtenir ainsi une température plus élevée; il faudrait alors ouvrir la porte du cendrier, pour empêcher le charbon de s'éteindre, lorsque l'on cesserait de faire agir le soufflet. T.a haute température que l'on peut donner à la moufle, en faisant usage de cet appareil, ne sera que rarement nécessaire; mais c'est en se servant du petit fourneau, comme fourneau de fusion , que l'emploi d'un ou de deux courants d'air sera avantageux. M. Aikin dit, dans la note que nous avons déjà citée, qu'en se servant d'un fourneau à peu près semblable, et en y brûlant du charbon de terre épuré , il a donné à un creuset placé au centre jusqu'au i6o° degré du pyromètre de Wedgwood, qui est indiqué comme le point de fusion du manganèse.
Pour convertir le petit fourneau à coupelle en fourneau de fusion , il ne faut qu'enlever la moufle, bien fermer les portes de la moufle et du cendrier, et boucher exactement les fentes o et ;•. On pose alors sur la grille une de ces rondelles de terre que l'on nomme fromage , et on y place le creuset, dont la grandeur doit être proportionnée à celle du fourneau.
Si l'on veut obtenir une très-haute température, il faut couvrir le petit fourneau avec son dôme, et le chauffer avec du coke, bien sec et réduit en petits morceaux. Dans tout autre cas, on peut ne pas faire usage du dôme , et ne chauffer le fourneau qu'avec du charbon de bois : on est alors plus à même de surveiller l'opération et d'observer ce qui se passe dans le creuset.
Le petit registre qui est placé dans la partie verticale du tuyau de cuivre, comme on le voit en c', fig. 2, sert à régler le courant d'air, et même à le supprimer tout d'un coup lorsqu'on le juge convenable.
On voit qu'il sera toujours facile d'employer le petit fourneau à coupelle à cet usage , puisque partout on trouve des soufflets de forge , et qu'il ne faudra qu'ajouter à la tuyère un tube de ferblanc pour conduire l'air sons la grille du petit fourneau. On pourra ainsi y faire, en petit, un grand nombre de fonte, d'alliages et d'essais de mines qu'il serait difficile d'exécuter sur de petites quantités en se servant des fourneaux
ordinaires; et, en y replaçant la moufle, on pourra peu de temps après y passer à la coupelle les culots provenant de ces essais.
Nous venons de citer les divers usages auxquels nous croyons que notre petit fourneau pourra être appliqué; l'expérience en indiquera sans doute beaucoup d'autres. Nous recueillerons avec soin les faits qui parviendront à notre connaissance, et nous les publierons à la première occasion que nous trouverons, pour' [contribuer le plus possible à répandre l'usage d'un fourneau qui nous paraît présenter déjà tant d'avantages.