‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 61 sur 77 · RAPPORT FAIT AU CONSEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RAPPORT FAIT AU CONSEIL GÉNÉRAL

Nettoyage de la conduite de Hiôpital du Midi.

L'hôpital du Midi et celui de Cochin sont alimentés par l'eau d'Arcueil : cette eau vient à ciel découvert, dans un caniveau qui est commun aux deux concessions, jusqu'à l'hôpital Cochin; elle se divise en ce point, e! tombe d'un côté dans le réservoir de cette maison, et de l'autre elle coule dans des tuyaux, qui la portent à l'hôpital du Midi.

L'année dernière, ce dernier hôpital se plaignit de ne pas recevoir la quantité d'eau que lui alloue la concession ; Cochin se plaignait au contraire d'un trop plein qui refluait au dehors du réservoir. Et vérification faite avec l'inspecteur du service des eaux, il fut reconnu que la conduite du Midi, étant engravée, n'offrait point un passage suffisant à l'eau, et que l'excédant de la concession du Midi refluait sur Cochin.

Il s'agissait de savoir quel procédé on emploierait pour remédier à cet inconvénient. Quelques architectes pensaient qu'il fallait renouveler entièrement la conduite, qui était en fonte; d'autres qu'il suffirait, en la démontant bout par bout, de nettoyer chaque partie, et de les remettre en place.

Mais nous apprîmes que déjà, dans une même circonstance, d'après les indications de M. D'Arcet, toujours empressé d'aider l'administration de ses lumières, un autre établissement avait autrefois opéré un

dégorgement semblable par le seul emploi de l'acide hydrochlorique. Nous recourûmes de nouveau à M. D'Arcet; et, bien qu'il fût question cette fois d'une très-longue conduite, il ne douta point du succès, et voulut bien se charger de nous procurer une personne qui ferait l'opération en se conformant à ses instructions.

Comme vous vous le rappellerez. Messieurs, nous vînmes alors vous faire part de la situation des choses, et, d'après votre autorisation, l'ordre de commencer fut donné.

Aujourd'hui nous venons mettre sous vos yeux les résultats de l'opération qui, nous pouvons le dire d'abord, a complètement réussi. M. Vigoureux, inspecteur au service des eaux, comprenant toute l'importance que ce procédé pourrait avoir pour la ville de Paris, a suivi les détails de l'opération, et en a rendu compte dans un rapport spécial qu'il a adressé directement à ses chefs ; et, comme il est l'expression des faits reconnus, soit par nous-mème, soit par les agents qui représentaient l'administration, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduite ici en grande partie le rapport de M. Vigoureux.

La personne que M. D'Arcet avait bien voulu désigner pour ce travail, M. Charpentier, fabricant de produits chimiques, a rédigé une note, et nous la transcrirons de même, afin qu'on puisse trouver dans ce document toutes les données nécessaires, et pour apprécier l'opération, et pour la recommencer au besoin sur un autre point. Nous laissons parler M. Vigoureux.

'< La conduite de l'hôpital du Midi commence à la cuvette de district bution placée dans la cour de l'hôpital Cochin, vers l'embouchure d'une ■< galerie souterraine qui* communique directement aux bassins du châ- « teau d'eau d'Arcueil. Elle est en fonte, avec quatre coudes et deux « extrémités en plomb; elle a o™,io8 de diamètre et a47'°,6o de longueur, « et se compose en outre des tuyaux en plomb, de 182 tuyaux à brides « de i^So de longueur; elle est posée en terre à o"°8o de profondeur, '< avec une pente à peu près régulière de o^ooG par mètre , jusqu'à « 5o mètres environ de la citerne de l'hôpital du Midi, où commence une « contre-pente; mais l'orifice qui déverse les eaux dans la citerne n'est « placé qu'à ©""So plus bas que la cuvette de distribution, de façon que « la conduite doit être toujours en charge. On assure que cette conduite » est posée depuis vingt ans.

« Il a été difficile d'apprécier exactement la quantité de précipité cal- « caire que renfermait cette conduite : la paroi intérieure des tuyaux en

« était tapissée tout autour, à une épaisseur inégale qui pouvait varier « de o^jO I à o^joS, de dépôt de formation plus ou moins récente, qui était « généralement peu solide, souvent meuble, cristallisé dans les parties « plus anciennement formées. Huit bouts de ces tuyaux, formant ensemble « une longueur de io'°,4o, détachés avec le plus grand soin vers le milieu « du parcours de la conduite, ayant été pesés avant et aj^rès le netot toiement, ont donné pour différence, qui serait le poids du dépôt, « ^5 kilogr. ; mais je crois que ce poids doit être réduit à 65 kilogr., à « cause de la trop grande quantité d'eau restée dans les tuyaux. En sui- « vant cette proportion, la conduite entière aurait renfermé de i54o à ff i55o kilogr. de résidu humide, ou 6 à 6,25 kilogr. par mètre courant.

« L'opération du nettoiement a duré dix jours. Deux ouvriers de n M. Charpentieret un plombier, quelquefois deux, y ont été occupés pen- « dant ce temps. Pour faciliter le travail, on l'a divisé en cinq opérations, a qui ont nettoyé chacune environ 5o mètres de conduite; chaque partie « de conduite, tamponnée à l'orifice inférieur, était chargée par l'autre « au moyen d'un ajoutage en plomb, et d'un entonnoir d'acide muria- « tique à 2.2 degrés, abaissé à 4 degrés pour les premières fois, et à 6 à « 7 degrés pour les dernières. Quand la liqueur était saturée de calcaire a (ce qui s'apercevait quanti elle ne faisait pas effervescence avec la craie, << ou ne décolorait plus le tournesol ), on la laissait écouler par le tam- « pon, et on recommençait une nouvelle charge, que l'on répétait jusqu'à « sept et huit fois, en laissant chaque fois séjourner la liqueur dans les « tuyaux le temps nécessaire à sa saturation.

« Lorsque les tuyaux ne présentaient plus qu'une faible quantité de « calcaire à dissoudre, la liqueur sortait acide par le tampon. On em- « ployait cet excédant d'acide en le renversant immédiatement dans les « tuyaux sui\ants pour recommencer une nouvelle opéralion. On lavait o la portion nettoyée en y faisant passer une abondante quantité d'eau, « jusqu'à ce que celle-ci en sortît claire et sans goût.

« Pour nettoyer les •247™,6o de conduite, ou pour enlever les i54oà « i55o kil. de dépôt, M . Charpentier a employé 2870 kil. d'acide muria- « tique, ce qui donne i i'',58 d'acide muriatique pour un mètre courant de « conduite et x 85 à 186 kil. d'acide pour 100 kil. de dépôt enlevé.

n L'expérience du dégravellement partiel des 10", 4o de conduite dont «il est parlé plus haut, a employé, suivant M. Charpentier, i5okil. d'acide; « d'où il résulterait que dans cette expérience partielle, un mètre courant « de tuyau aurait nécessité l'emploi de i3'',i 5 d'acide muriatique, et qu'il

« eût fallu 23o kil. d'acide pour entraîner 100 kil. de dépôt; cette diff'é- « rence ne peut provenir que d'une erreur, ou de l'économie que doit « apporter nécessairement dans l'opération une plus grande dimension.

« Dans le cours de chacune de ces opérations, l'orifice supérieur du « tube d'ajoutage dégageait du gaz acide carbonique. Et quand la liqueur « était en contact avec la fonte, il se dégageait de l'hydrogène sulfuré. Si « la conduite avait été à double courbure, il aurait fallu établir à chaque « sommet de courbure, une ventouse pour le dégagement du gaz. »

Vers la quatrième et la cinquième charge, le muriate de chaux qui sortait par le tampon, après un séjour de quelques heures dans la conduite, marquait 12 à i4 degrés à l'aréomètre. La liqueur sortait toujours par le tampon, boueuse et chargée de corps étrangers apparemment insolubles.

Signé Vigoureux.

Voici maintenant. Messieurs, le compte rendu par M. Charpentier luimême.

Note pour M. Blondel, administrateur des hôpitaux de Paris, relative au nettoiement de la conduite en fonte de Vhôpital du Midi et de Cochin.

« Cette conduite d'eau avait o™, 108 de diamètre intérieurement, elle contenait beaucoup de précipité calcaire , c'est-à-dire de 0,027 à o,o35 tout à l'entour intérieurement et principalement à la sortie de l'eau de l'hôpital Cochin, et dans les angles elle était presque complètement obstruée.

On a pris cette conduite en cinq parties, c'est-à-dire trente-sept à trente-huit bouts de tuyaux de i™,3o de longueur chaque, ce qui faisait en tout cent quatre-vingt-deux bouts ou 247°',6o de long environ

A une des extrémités de la première partie, on a adapté un tuyau de plomJj du même diamètre, et au moyen d'un siphon, on y a fait arriver un filet de 6 à 8 millimètres d'acide hydrochlorique étendu d'eau et réduit à 4 degrés à l'aréomètre. Cette liqueur coulait constamment et arrivait saturée de calcaire à l'autre extrémité et marquait 8 degrés à l'aréomètre. On a laissé couler ainsi très-longtemps, puis on a augmenté

le degré de l'acide, et mis à 6 degrés au lieu de li , et on a lais?é emplir cette conduite d'acide, et laissé en contact en bouchant préalablement l'extrémité par laquelle on déversait la liqueur lorsqu'elle était saturée neutre, et on recommençait la même opération tant qu'il y avait de la matière adhérente aux parois intérieures de la fonte, ce qui a demandé sept et huit fois cette opération par chaque partie de 37 bouts de tuyaux de i'°,3o. A la fin et pendant chaque opération le gaz acide carbonique et l'hydrogène se dégageaient par l'extrémité du tube de plomb recourbé par lequel on introduisait l'acide, et qui présentait une pression de a^jSo à a^jGo. Chaque fois que l'on ôtait le bouchon, après avoir laissé réagir l'acide sur le carbonate de chaux pendant quelques heures, la liqueur ou le muriate de chaux qui en sortait marquait 12 et r3 degrés après avoir déposé.

Cette matière était très-épaisse et sale , et entraînait beaucoup de boue jaunâtre.

Enfin les nettoiements partiels ont tous été faits de la même manière.

Chaque fois qu'une partie était achevée, on y faisait couler de l'eau en abondance, et jusqu'à ce que cette eau fût claire et sans mauvais goût.

Lorsque l'on avait terminé une première partie , la dernière liqueur coulait acide , vu que la chaux était complètement dissoute ; alors on mettait cet acide de côté pour s'en servir pour commencer la désobstruction de la partie suivante, afin de ne pas perdre cet excès d'acide.

M. Vigoureux, désirant suivre cette opération et s'assurer de l'exactitude, a fait démonter 8 bouts de tuyaux, les a fait nettoyer extérieurement, sécher et peser sans toucher à la matière qu'ils contenaient intérieurement et les a fait traiter séparément et avec soin. On a employé pour dissoudre le calcaire de ces 8 bouts ou io'°,4o de long, i5o kilog. d'acide murialique à 22 degrés réduits en acide faible.

D'après les poids trouvés avant et après l'opération, ces i 5o kilog. d'acide auraient dissous ■70 kilog. de résidu calcaire. »

A ces détails, il nous reste à ajouter ceux de la dépense.

Avant l'opération, et afin de reconnaître si le manque d'eau de l'hôpital du Midi ne provenait pas d'une fuite, la conduite, dans toute sa longueur, avait été mise à découvert. Ce travail a été utde pour mieux apprécier le procédé de dégorgement, mais neût pas été indispensable.

Nous le comprendrons cependant dans la dépense, pour nous rendre compte de toute celle qui a été faite, et sauf à indiquer ensuite les économies qu'à l'avenir il serait possible d'obtenir.

Note des dépenses.

Terrasse. —Travaux de déblai et de remblai pour découvrir et recouvrir la conduite i55i. l\o c.

Dégravellement. — 4 bouteilles d'acide hydro- ^ chlorique à 11°, pesant 2870'' , à 18 c. 1/2

le kil : 5i6 60

Transports, quatre voyages 20 o \ 3

Frais d'emballage par bouteille à 5o c. . . . 20 5o i

I o journées d'homme à 4 f- C 2 hommes). . . 80 o 1 Faux frais et bénéfices de M. Charpentier. 100 o /

Plomberie. — 4 journées de plombier et aide, ^

fait 32 94

II dito un plombier seul Sa aS \i%i ^4

Fournitures de boulons et écrous , rondelles

de tuyaux en plomb, charbon, etc. ... 197 55

Le total de la dépense est donc de ii53f. 29 c.

pour une conduite de 247 m, 60 c. de longueur, et d'un diamètre de 0,108, ayant de 0,01 à o,o3 de précipité autour de ses parois (i).

Nous joignons ici un plan de la conduite , afin qu'il soit d'autant plus facile d'apprécier l'opération qui a eu lieu.

Comme nous le disions au commencement, le succès a été complet : la circulation de l'eau dans les tuyaux se fait maintenant de la manière la plus régulière, et le service des deux établissements se trouve assuré.

Si l'administration , sans recourir au procédé que nous devons à M. D'Arcet , eût fait ce qui a lieu ordinairement; si elle eîit remplacé la conduite, la dépense eût été de 5, 000 francs environ.

Cherchant des moyens de parvenir au dégravellement sans renouveler les tuyaux, nous avions bien pensé à démonter tous les tuyaux étales exposer à un feu ardent pour en détacher le dépôt calcaire; mais il est à craindre que le résultat n'eût pas été aussi complet que celui obtenu, et la dépense avait été évaluée, d'après un devis de l'architecte, à 1,265 f,, savoir :

(() Soit 4 fr. 16 cent, par mètre courant.

Deux stères de bois à brûler 45 fr.

800 boulons et écrous, à 80 c 64o

•200 cuirs de pression, de 0,17, à i fr. i5 c. . 3i2 5o

i5 journées pour i ouvrier et i aide i35

i,i32f. Soc.

Terrasse i33

En tout 1,265 f. Soc. (i;

Mais on comprend que des évaluations semblables n'offrent pas assez de garanties pour qu'on les prenne comme bases d'un calcul précis.

D'un autre côté, il a été bien reconnu que, à l'avenir, on pourra, en suivant le système proposé par M. D'Arcet , réduire encore la dépense en économisant sur le nombre des journées employées.

Aussi, Messieurs , nous semble-t-il important de recommander dans tous les établissements de l'administration , pour le dégravellement de conduites en fonte , l'emploi de l'acide hydrochlorique ; et nous avons l'honneur de vous proposer en même temps de voter des remercîments à M. D'Arcet , pour le nouveau service qu'il a rendu aux intérêts des pauvres.

Paris, le 2 S mars 1840.

Délibération du Conseil-général des hôpitaux de Paris.

Le Conseil- général ,

Ouï le rapport écrit du membre de la commission administrative chargé de la deuxième division, qui expose qu'en 1839 la conduite en fonte qui amène à l'hôpital du Midi l'eau nécessaire à son service, était tellement engravée, que l'eau n'arrivait plus à l'hôpital qu'en très-petite

(i) Cliauffer les tuyaux de fonte pour en détacher les dépôts terreux , et les nettoyei-, est un procédé qui n'aurait certainement pas donné, comme nettoyage, les résultats que l'on pourrait s'en promettre, et qui aurait brisé ou déformé la majeure partie de ces tuyaux; en outre, on n'aurait pas évité les frais de terrassements, de démontage et de remontage que l'on supprime entièrement par l'acide, et c'est une question importante. Ph. G.

quantité, et refluait au contraire dans le réservoir de l'hôpital Cochin , qui est alimenté par la même concession;

Que, pour remédier à cet état de choses, on a, d'après les conseils de M. D'Arcet et en se conformant à ses indications, fait nettoyer la conduite dans toute sa longueur (247", 60), en y faisant passer un courant d'acide hydrochlorique; que le résultat a complètement réussi; que la dépense ne s'est élevée qu'au chiffre de 1,200 francs environ, tandis que le renouvellement de la conduite eût coûté plus de 5,ooo francs ;

Qu'il est important de constater les avantages de ce procédé, afin que chaque établissement y recoure pour toute opération du même genre, et qu'il y a lieu d'adresser des remercîments à M. D'Arcet pour le nouveau service qu'il a rendu, dans cette circonstance, à l'administration;

Adoptant les conclusions de ce rapport, et après en avoir délibéré.

Arrête :

Art. i". Le rapport ci-dessus indiqué sera déposé aux archives pour y être consulté au besoin, et avis en sera donné aux différentes divisions de l'administration.

Art. 2. Il sera adressé, au nom du conseil, des remercîments à M. D'Arcet pour le concours éclairé qu'il a bien voulu prêter de nouveau à l'administration des hospices, dans l'intérêt des pauvres.

Le présent sera adressé double à la deuxième division , et simple aux 1*, 3" et 4* divisions.

Fait à Paris, le 8 avril 1840.

Signé : Foucher , -vice-président.

Vu par le préfet, le a5 avril 1840.

Le secrétaire-général.

Nous donnons, pi. i", fig. 1 1, un petit tracé des dispositions à adopter pour ce travail.

a est la conduite de tuyaux de fonte, avec une pente régulière, comme l'était celle des hospices Cochin et du Midi.

b, le tuyau de plomb et son entonnoir, fixés solidement à la partie supérieure de la colonne et y faisant pression. C'est par le même tuyau l> que se dégage tout l'acide carbonique.

c, tourille d'acide muriatique.

d, robinet placé au point le plus bas de la conduite , ou de la portion de conduite, sur laquelle on opère, pour régler l'écoulement de l'acide versé d'en haut, de manière qu'il ne sorte que saturé.

e , vase en terre ou en plomb , dans lequel on reçoit la dissolution de chlorure de calcium , qui s'écoule dans la colonne de tuyaux quand on ouvre le robinet d.

Plusieurs autres opérations de ce genre ont été depuis exécutées avec succès entier et sans aucune fouille, une entre autres sur des conduites d'eau en plomb obstruées complètement et même oubliées en terre depuis bien des années, et qui servaient de communication entre des pièces d'eau successives sur la côte qui domine Villeneuve-Saint- Georges.

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