ASSAINISSEMENT DES SALLES DE SPECTACLE
Note sui V assainissement des salles de spectacle (i).
L'administration ayant eu, depuis une dizaine d'années, à autoriser la construction de plusieurs théâtres dans Paiis, et à permettre la réparation de presque toutes les anciennes salles de spectacle qui y existent, a désiré réunir, dans ces constructions, tous les perfectionnements que l'on peut attendre de l'heureuse direction que les sciences ont reçue dans ces derniers temps ; le conseil de salubrité s'est, en conséquence, trouvé chargé d'examiner la question dont il s'agit, relativement à chaque théâtre en particulier, et a dû faire des rapports qui ont servi de base aux décisions prises à ce sujet par l'administration. Il est résulté de cette nécessité d'étudier la question sous ses différents points de vue une connaissance approfondie du sujet, et la possibilité de construire un théâtre qui réunisse enfin toutes les conditions désirables dans de pareils établissements. Le conseil de salubrité est donc maintenant en état de publier un trèsbon mémoire sur cette matière, et l'on doit désirer qu'il entreprenne ce travail. En attendant ce travail, ayant été chargé, par la commission d'assainissement des théâtres, qu'il avait nommée dans son sein (2), de
(i) Publiée dans les annales d'hygiène publique , t. i'^', p. '52. Avril 1829.
(a) La commission chargée de l'assainissement des théâtres était composée de M. Bér^ird, vice-président du conseil de salubrité , et de MM. Cadet de Gassicourt, Marc et D'Arcet , membres de ce conseil.
La commission a eu à s'occuper successivement de l'assainissement de l'Odéon , de l'Opéra , du Gymnase, des Variétés, du Théâtre-Français, de la salle des Nouveautés et du théâtre Favart.
Le théâtre des Nouveautés est celui où l'on a suivi le plus exactement les avis de la commission, aussi pourrait-on le citer comme modtle, si l'on y faisait fonctionner plus régulièrement les appareils et les moyens d'assainissement qui y sont établis.
la rédaction de la plupart des rapports dont nous avons parlé plus haut, nous avons pensé qu'il serait utile d'insérer, dans les Annales d'Hygiène, un article dans lequel se trouverait réuni tout ce qui concerne l'assainissement des salles de spectacle: nous nous sommes, en conséquence, engagés à y résumer les travaux du conseil de salubrité sur cet objet (i).
Le but du journal pour lequel nous rédigeons cette note, nous impose la condition de ne parler, en nous occupant des salles de spectacle, ni de ce qui a rapport à leur distribution, ni des soins que l'on doit prendre en y appliquant les lois de l'acoustique et la théorie de la lumière, ni même des moyens à employer pour y diminuer le danger de l'incendie (a); nous laisserons cette tâche difficile à la commission chargée de l'assainissement des théâtres; nous ne nous occuperons que de ce qui a plus directement rapport à l'hygiène dans la question dont il s'agit, et nous n'aurons ainsi qu'à parler des procédés à suivre dans les théâtres pour y maintenir une température constante et convenable; des moyens à employer pour y entretenir la pureté de l'air; des constructions à faire pour en rendre les latrines absolument inodores, et enfin des mesures générales à prendre pour obtenir tous les avantages possibles des constructions et des procédés dont nous recommandons l'usage (3).
I. — Du chauffage des salles de spectacle, et des moyens à employer pour y rafraîchir l'air à volonté.
Le chauffage des théâtres doit se faire par trois procédés différents: il faut établir des caisses chauffées au moyen de la vapeur, et placées au niveau du sol, dans le vestibule, au foyer, et à chaque étage, dans les corridors de la salle. On donnera ainsi aux spectateurs qui y affluent le
(i) Ce qui sera Irouvé bon dans cette note doit être attribué au conseil de salubrité; quant à ce qui pourrait être jugé différemment, écrivant en notre nom seul, nous devons eu accepter toute la responsabilité.
(2) Voyez la note qui suit ce travail, page 273 de ce volume.
(3) Les théâtres des anciens n'étaient pas couverts, ou ne l'étaient au besoin qu'avec de simples toiles; ils n'avaient pas de latrines dans leur intérieur, et n'étaient fréquentés que pendant le jour; ils étaient donc, pour cela même, beaucoup plus salubresque ne le sont les théâtres modernes non ventilés. On sait cependant que la température s'élevait souvent assez, dans les anciens théâtres, pour que les spectateurs en fussent incommodés, et que l'on cherchait alors à éviter cet inconvénient par des arrosages fréquents, et même en répandant sur toute la salle de l'eau réduite en pluie fine, par le moyen de pompes et d'autres appareils convenables.
moyen de se chauffer proinpteraent les pieds, et on contribuera à l'échauffement général (i). La vapeur doit encore être appliquée au chauffage d'un nombre considérable de récipients placés comme ornements, et faisant l'office de poêles dans le foyer et dans les corridors des différents rangs de loges.
Le désir que l'on a en France de voir le feu, exige qu'il y ait au foyer une ou deux cheminées ordinaires, et il faut, en outre, établir dans les caves du théâtre de bons appareils calorifères, capables d'échauffer tout l'air neuf qu'exige l'assainissement de la salle. Cet air doit pouvoir être élevé, par le moyen de ces calorifères, à la température de aS à 3o degiés centigrades; il doit d'ailleurs être introduit dans la salle par les bouches de chaleur placées dans le vestibule, et au pied de chacun des escaliers principaux, et dans la partie inférieure des coriidors des loges, comme on le voit en /, /', /", planche 27, figures t et 2. Cet air chaud y est amené des calorifères placés dans les caves m, ni, par des conduits n, n, établis dans les murs (2).
On voit qu'en réunissant ces trois moyens de chauffage, et qu'en s'en servant de la manière la plus convenable pour la circonstance et pour la saison où l'on se trouve, l'on doit facilement arriver à procurer à l'air de la salle la température nécessaire, et qui ne doit pas s'élever, selon nous, à plus de 16 degrés centigrades.
Quant à réchauffement de la scène, nous pensons qu'on ne doit l'opérer qu'au moyen de la vapeur, afin d'y diminuer le danger d'incendie, et nous sommes assurés que les acteurs se trouveraient fort bien de l'application de la vapeur au chauffage de la scène, par les deux moyens dont nous avons parlé plus haut. Nous pensons que la même mesure devrait être adoptée pour le chauffage des loges d'acteurs, et, en un mot, partout où l'incendie est particulièrement à redouter.
Voici ce que nous avons cru devoir dire, relativement au chauffage des salles de spectacle : quant au rafraîchissement de l'air frais qui doit y être introduit pour l'assainissement pendant l'été, nous ne voyons que
(i) On peut voir, à ce sujet, le ctiauffage de la Bourse dont nous donnerons la description dans le second volume de ce Recueil. On la trouvera aussi dans le Bullelin de la Société d'encouragement, tome XXVII, page 202, et dans les Annales de V Industrie française et étrangère, tome [, pages 233 et 240. — 182S.
(i) Il faudrait pour bien faire, mélanger une quantité convenable de vapeur à cet air chaud avant son arrivée aux bouches de chaleur : on éviterait ainsi une des plus grandes causes de l'insalubrité des salles de spectacle, qui se trouve daas la trop grande sécheresse de l'air respiré par les spectateurs.
— a66 — trois moyens à employer : le premier, qui, dans l'état actuel des choses n'est pas praticable, serait de mettre cet air en contact avec de la glace, avant de le faire arriver dans la salle; le second, que l'on ne doit pas négliger d'employer, et qui ne laisse pas que d'être efficace, consiste à disposer les caves ou les souterrains du théâtre de manière à y faire parcourir, selon le besoin, à l'air qu'on y prend, le plus long trajet possible, avant de le conduire dans le vestibule et au bas des escaliers; le troisième enfin, qui peut presque suffire à lui seul pendant neuf ou dix mois de l'année, et qui se trouve dans l'emploi de l'air extérieur, toutes les fois que sa température est inférieure à i6 degrés. On conçoit qu'en faisant un usage raisonné de ces différents moyens, on pourra facilement régulariser la température de l'air dans le théâtre : nous expliquerons d'ailleurs, dans le chapitre suivant, comment l'air chaud ou frais sera appelé dans la salle, et comment il y sera, en tout temps, également réparti sur tous les points.
II. — De la ventilation à opérer dans les salles de spectacle, pour en
obtenir V assainissement.
Il y a cinq conditions principales à réunir pour assainir une salle de spectacle. Il faut que la température de l'air y soit celle que l'on désire, i6 degrés centigrades, par exemple ; que celte température y soit à peu près constante [lendant toute la durée du spectacle; que Tair y soit continuellement renouvelé pour qu'il n'y ait pas diminution sensible de son oxygène (i) et qu'il ne s'y trouve surtout ni miasmes ni gaz délétères en quantité nuisible; que la ventilation n'établisse pas des courants d'air gênants; enfin que cet air soit chargé, autant que possible, en arrivant dans la salle, de la moitié de l'eau qu'il doit contenir pour en être saturé à la température de 1 6 degrés. On voit que les moyens de chauffage et de refroidissement que nous avons indiqués tendent
(i)On a souvent analysé l'air pris clans les anciennes salles de spectacle, pendant les représentations gratuites, et on a toujours trouvé que la proportion d'oxygène n'y était que très-faiblement diminuée. La commission d'assainissement des théâtres a fait, à ce sujet, un grand nombre d'expériences, dont les résultats se sont parfaitement accordés avec ceux qui avaient été obtenus, dans de pareilles circonstances , par MM. Lavoisier, Séguin, de Humboldl et Gay-Lussac. Une seule fois la commission a trouvé l'oxygène réduit à la proportion de 19,278; c'était en analysant de l'air pris dans une des secondes loges de face du Vaudeville, un jour de représentation gratuite, la salle étant pleine et la température y étant de iïo centigrades, malgré l'ouverture de toutes les fenêtres , et quoique l'air extérieur ne marquât que i5 degrés.
dt^jà à faire obtenir les avantages dont il s'agit. Nous allons décrire maintenant les appareils à employer pour mettre tout en jeu et pour opérer dans la salle la ventilation forcée nécessaire à son assainissement.
On a proposé à diverses époques, et dans différents pays, de ventiler les salles de spectacle, en faisant usage de moyens mécaniques, plus ou moins compliqués. Nous ne discuterons pas ici la valeur de ces procédés , qui ont tous été abandonnés : nous ne parlerons que du moyen de ventilation que nous avons employé, et qui nous a réussi au delà de nos désirs.
Ayant constaté par de nombreuses expériences que réchauffement de l'air par la combustion de l'huile ou du gaz servant à l'éclairage des lustres, était plus que suffisant pour bien opérer la ventilation des théâtres, nous n'avons eu qu'à y établir les appareils nécessaires pour employer utilement et pour pouvoir régulariser à volonté ce moyen d'appel. Il nous a suffi pour cela de faire élever, à l'aplomb du lustre, une cheminée de grandeur convenable, montant asi-dessus de la toiture, ne comnmniquant avec la salle que par l'ouverture percée au-dessus du lustre et portant assez haut dans l'atmosphère tout l'air vicié qui doit être évacué. On voit la coupe de cette cheminée d'appel à la planche •27, en rt, fig. I. Nous avons fait établir en outre une seconde cheminée d'appel, en tout semblable à la première, au-dessus de la scène, comme on le voit en b , même fig. , et nous avons fait garnir ces cheminées de trappes à deux ventaux v x , servant à en diminuer à volonté les ouvertures.
Ces deux cheminées d'appel nous donnent le moyen de chasser au dehors l'air renfermé dans le théâtre, soit du côté de la scène, soit du côté de la salle. Il reste alors à prendre les mesures les plus convenables pour introduire dans le théâtre l'air nécessaire à la ventilation, sans gêner en rien les spectateurs. Voici comment nous nous y souunes pris pour aniver à ce but. L'expérience ayant prouvé que c'était dans la salle même qu'il fallait renouveler l'air, et non sur la scène, nous avons pensé à faire entrer l'air des corridors dans la salle par des ouvertures ménagées dans les planchers des loges , et qui amènent l'air chaud ou frais au bas de leur devanture. On voit en c <^ et e f, fig. 2, la coupe des deux constructions qui ont été employées à cet effet. Dans la première, l'air pénètre du haut du corridor g, au bas de la devanture des loges h , par des tuyaux c d passant à travers leur plancher ; dans la seconde, l'air est conduit au-dessous du plancher et un peu en
arrière de la devanture des loges h' , au moyen d'un faux plafond ef qui communique, d'un côté, avec le haut du corridor, et, de l'autre, avec la salle. On conçoit qu'en multipliant ces tuyaux, ou qu'en prolongeant le faux plafond tout autour de la salle, et en en plaçant à chaque rang de loges, on arrivera facilement à pouvoir introduire ainsi dans la salle l'air pris au haut des corridors, en assez grande quantité pour suffiie à la ventilation exigée et que commande l'appel du lustre. Les portes des loges peuvent donc être alors ouvertes sans que les spectateurs qui s'y trouvent soient exposés à un courant d'air toujours gênant, et qui, dans l'ancien état de choses, était souvent dangereux. On a, en outre, fait établir une communication entre chaque loge et la grande cheminée d'appel placée au-dessus du lustre , au moyen d'un système de tuyaux de petit diamètre, logés dans l'épaisseur des cloisons, ce qui donne le moyen d'établir une légère ventilation au fond de chaque loge. Au haut de chaque porte de loge a été aussi ménagé un petit vasistas, qui ferme tine ouverture garnie de toile métallique, pour que le spectateur puisse introduire à volonté, dans sa loge, de l'air du corridor sans en être gêné. Enfin, on a établi une communication directe entre le plafond de l'amphithéâtre du cintre I, quand il en existe, avec la grande cheminée d'appel a , au moyen de gaines en bois k, qui y établissent une ventilation constante.
Telles sont les principales constructions exécutées pour parvenir à ventiler convenablement les salles de spectacle. Nous insisterons, par la suite, sur les précautions à prendre pour en obtenir constamment les avantages que nous avons indiqués.
III. — De la nécessité de rendre complètement inodores les cabinets d'aisances établis dans les théâtres.
On sait combien les anciennes salles de spectacle étaient infectées par les latrines qui y étaient établies, combien de réclamations ce grave inconvénient a fait élever contre les architectes qui les avaient construites.
Nous sommes à présent plus avancés en ce genre ; la désinfection des lieux d'aisances est plus facile à obtenir, et il ne serait plus pardonnable de négliger ce soin dans les endroits où se rassemble le public, et surtout dans les théâtres, lieux de féerie et de plaisir.
La désinfection des cabinets d'aisances d'une salle de spectacle bien construite doit être opérée par des moyens d'autant plus puissants, que
le théâtre doit être plus fortement ventilé ; il faut en effet que l'appel établi sur la fosse l'emporte toujours sur ra|)pel auquel l'air de la salle se trouve soumis; car, sans cela, l'air extérieur traverserait la fosse, les conduits de chute et les cabinets, et viendrait ensuite porter l'infectioi! dans toutes les parties du théâtre. On ne saurait donc trop soigner cette partie de la construction : non-seulement les latrines d'un théâtre ne doivent pas répandre de mauvaise odeur dans les corridors, mais elles doivent au contraire pouvoir contribuer à leur assainissement. Nous recommandons bien de ne rien négliger pour arriver à ce but; nous n'indiquerons pas ici les moyens à employer pour l'obtenir; nous ne pourrions pas le faire sans allonger beaucoup trop cette note; nous croyons préférable de renvoyer le lecteur au mémoire que nous avons rédigé à ce sujet , sur la demande du conseil-général des prisons, et dans lequel nous avons exposé avec beaucoup de détails les procédés employés pour désinfecter les lieux d'aisances, même dans les circonstances les plus difficiles que l'on puisse rencontrer (i).
l V. — De la conduite des appareils de chauffage et de ventilation , et de l'emploi des moyens d'assainissement dont il a été parlé dans les paragraphes précédents.
Pour abréger, autant que possible, ce qui nous reste ;; dire, nous supposerons que nous avons à diriger l'emploi des moyens dont il s'agit, dans une grande salle de spectacle, un jour de représentation publique donnée pendant l'hiver. Nous dirons ensuite comment il faudrait se conduire si cette représentation avait lieu en été, et nous terminerons par quelques considérations générales qui contribueront à éclairer la question qui nous occupe.
Chargés de cette mission, nous commencerions par faire fonctionner les calorifères assez à temps pour que la température de la salle fût élevée, sans ventilation, à 16 degrés, une heure avant son ouverture, et nous demanderions que la vapeur commençât à arriver à la même époque dans les récipients qui doivent la recevoir; nous rallentirions alors convenablement la combustion dans les calorifères, et nous ferions allumer le feu dans les cheminées du foyer; puis ensuite nous conduirions concurremment ces trois modes de chauffage, de manière à maintenir
(i) Ce mémoire se trouve page 1 87 de ce premier volume du Recueil.
la température de la salle à environ 16 degrés centigrades: ce qui serait facile, en modérant la ventilation au moyen des volets placés dans la cheminée d'appel, et en augmentant le feu dans les calorifères s'il y avait refroidissement, ou en faisant le contraire dans le cas où la température de l'air s'élèverait au-dessus du degré indiqué.
Les spectateurs qui arrivent au théâtre s'échaufferaient rapidement les pieds dans le vestibule, en s'y plaçant sur des plaques portées à 100 degrés par la vapeur directe; ils auraient en outre les courants d'air sortant des bouches de chaleur / l , pour le chauffage des mains, et seraient enfin entourés d'un courant d'air chaud quand ils monteraient par les escaliers aux différents étages de la salle.
L'air chaud répandu dans tous les corridors par les cages des escaliers, s'élèverait vers les plafonds de ces corridors, pénétrerait dans la salle par les ouvertures dont on voit la coupe aux lettres c, d, e,/, fîg. 2, et, obéissant à l'appel du lustre, irait, en ventilant toute la salle, sortir au-dessus du toit, par la cheminée d'aérage que l'on voit en a,fig. 1''*.
S'il s'agissait de mainienir l'air de la salle à 16 degrés en été, il faudrait ouvrir toutes les fenêtres et les cheminées d'appel pendant la nuit entière, les bien fermer à la pointe du jour, et y gêner alors le plus possible l'entrée de l'air extérieur ; il ne resterait plus qu'à ventiler la salle au moment de son ouvertiue, en y introduisant la quantité d'air convenable, prise d'abord dans les souterrains du théâtre, et plus tard, au dehors du bâtiment, quand la température extérieure ne dépasserait pas le degré que l'on veut obtenir dans la salle. En agissant ainsi, il sera rare que l'on ne puisse pas arriver à maintenir l'air de la salle à peu près à 16 degrés centigrades; si cependant la température extérieure dépassait 20 degrés , l'expérience a prouvé qu'il deviendrait alors nécessaire de monter le lustre plus près de l'ouverture de la cheminée d'appel, pour y élever convenablement la température, ce qui établirait de suite le courant ascensionnel nécessaire à l'assainissement de la salle (1).
On voit que les circonstances les plus difficiles ne se présentent qu'en été et seulement lorsque la température de l'air extérieur se trouve , dans la soirée, être supérieure à ao degrés; heureusement, c'est aussi en été qu'il y a le moins d'inconvénient à porter la température de l'air
(i) La température de l'air prise au-dessus du lustre, dans la cheminée d'appel, est ordinairement de 20 à 25 degrés centigrades ; nous avons vu cette température s'élever jusqu'à 4' degrés au-dessus du lustre dans un ancien ihéàlre non ventilé.
au-dessus de i6 degrés dans les théâtres, et c'est d'ailleurs à cette époque de l'année que les spectacles sont le moins fréquentés.
Nous ferons maintenant observer qu'en établissant une communication entre le fond de chaque loge et la grande cheminée d'appel a, par des tuyaux de petit diamètre, on aura non-seulement l'avantage défaire participer plus directement ces parties de la salle à la ventilation générale, mais que cette disposition donnera en outre le moyen de faire arriver la voix de l'acteur et les moindres sons, jusque dans le fond des loges les plus éloignées; en effet, il suffirait alors, pour obtenir ce résultat important , de fermer les volets de la cheminée d'appel b et de rétrécir le plus possible l'ouverture de la cheminée de ventilation a qui se trouve au-dessus du lustre (t).
Ce que nous venons de dire montre qu'il faudrait agir en sens contraire, c'est-à-dire fermer presque entièrement les volets de la cheminée d'appel a, et ouvrir ceux de la cheminée d'appel b placée au-dessus de la scène, si l'on voulait brûler delà poudre, produire toute autre fumée ou dégager des odeurs désagréables sur la scène , sans les laisser pénétrer dans la salle; en fermant en effet toutes les portes et les fenêtres du côté de la scène, ouvrant sa cheminée d'appel et fermant le plus possible celle du lustre, il est évident que le courant d'air général s'établirait de suite en sens contraire , passerait de la salle sur la scène, refoiderait la fumée de ce côté et la chasserait au-dessus du toit, en l'obligeant à passer par la cheminée b, fig. i : l'on voit combien cette manœuvre serait faite utilement pendant les pièces à grand spectacle, où l'on est quelquefois infecté si longtemps, dans les théâtres mal construits, par la lumée qui y arrive de la scène, et qui, faute de ventilation, est obligée de s'y condenser ou de n'en sortir que très-lentement (2). Nous rappellerons enfin que les appels, agissant partout sur l'air contenu dans la salle, donnent encore le moyen d'assainir les loges des acteurs , presque toujours trèspetites et peu ou point ventilées, et par conséquent fort insalubres. H
(1) Il faudrait, pour bien faire, pouvoir faire jouer les volets des cheminées d'appel de l'oiclieslre même, afin que l'on pût s'en servir régulièrement et sur-le-champ toutes les fois que l'occasion s'en présenterait.
(2) Le luxe fut porté si loin dans les théâtres des anciens, que l'on y parfumait l'air en en arrosant les corridors, les escaliers et les gradins avec des liqueurs odoriférantes. Si l'on voulait rétablir cet usage dans les salles de spectacles bien ventilées, il suffirait de mettre l'air nécessaire à la ventilation, en contact avec des substances odorantes, avant de l'introduire dans le vestibule et au bas des escaliers; l'on parfumerait ainsi l'air bien plus également que les anciens ne pouvaient le faire par simple arrosement.
— I']1 — suffirait, en effet, pour les assainir, de les faire communiquer avec la scène, par le moyen de tuyaux d'un petit diamètre, placés près de leur plafond , ce qui les soumettrait à l'action de l'appel général et obligerait l'air à s'y renouveler continuellement.
V. — Des mesures à prendre pour obtenir les résultats avantageux que Ton peut attendre des constructions et des appareils dont nous avons parlé précédemment.
L'expérience nous a malheureusement prouvé, dans l'exécution du travail dont il s'agit, qu'il ne suffisait pas que l'administration voulût le bien pour que le bien s'opérât. C'est sans doute un très-grand pas de fait vers l'assainissement complet des théâtres que d'ordoimer aux personnes qui les font construire d'y réunir tous les moyens de salubrité ci-dessus indiqués; mais les difficultés que nous avons eu à vaincre pour faire établir ces appareils, et les observations critiques que nous avons eu à faire relativement à leur emploi journalier, nous ont prouvé qu'il restait quelques mesuras adniinisiratives à preudie pour ar:iver au but. Nous pensons qu'il faudrait, lors de la construction ou de la réparation d'un théâtre, qu'une commission fût chargée de s'entendre avec l'architecte, relalivement à toutes les précautions nécessaires pour garantir la sûreté et le bien-être des spectateurs. Le projet signé par la commission serait soumis à l'autorité qui, l'approuvant, en ordonnerait la stricte exécution, et chargerait la commission de ta surveiller dans les limites de ses attributions. On arriverait ainsi à avoir des salles de spectacle qui présenteraient tous les avantages dont nous avons parlé; il ne resterait plus qu'à bien tirer parti des moyens de sûreté et d'as.sainissement établis: or rien n'a été exigé pour cela jusqu'ici, et c'est pour cela que le public a jusqu'à présent peu profité des grandes améliorations introduites depuis dix ans dans nos théâtres sous le rapport de leur assainissement. Nous pensons qu'on arriverait au résultat le plus favorable en attachant à chaque théâtre un inspecteur spécial pour cette importante partie du service. Des hommes instruits, nous le savons, se chargeraient gratuitement &t bien volontiers de cette tâche, et nous recommandons vivement l'exécution de cette mesure tant aux propriétaires des théâtres dont elle augmenterait sans doute le revenu, qu'à l'administration qui y trouverait le seul moyen infadlible d'atteindre avec certitude le but si utile qu'elle s'est proposé (i).
(i) Nous pensons que l'on trouverait facilement la capacité , l'exactitude et le loisir désirables
Nous n'ajouterons rien à ces considérations ; elles nous paraissent suffire pour appeler l'attention sur un sujet aussi important que l'est l'assainissement des salles de spectacle, alors que le théâtre est regardé par toutes les classes de la société comme le délassement le plus convenable et comme la jouissance la plus vive.
Nous n'avons considéré ce sujet que dans son ensemble ; il eût fallu, pour en calculer tous les détails, entrer dans une foule de développements qui nous eussent éloigné de notre but ; nous devons d'ailleurs laisser ce soin à la commission d'assainissement des théâtres, qui possède tous les moyens d'épuiser la question, et qui ne tardera pas sans doute à la traiter. En attendant , nous disons que les choses sont arrivées à un tel point que l'on peut regarder l'assainissement de nos théâtres comme très-facile à obtenir. Nous faisons des voeux pour que l'administration se pénètre de cette vérité, et pour qu'elle prenne enfin la dernière mesure que nous avons indiquée, et qui serait, sans contredit, aussi avantageuse aux propriétaires des théâtres qu'utile et agréable aux nombreuses personnes qui fréquentent ces lieux de réunion.
De l'incendie des salles de spectacle, et de I emploi dan rideau de toile métallique pour garantir la partie du bâtiment opposée à celle oit prend le Jeu (i).
Ayant lu dans le n" 10, octobre 1 826, du Bulletin des sciences technologiques, p. 260 , un article dans lequel on annonce qu'un rideau de tôle vient d'être établi au théâtre de Vienne en Autriche, et craignant que l'on n'ait, en cela, suivi l'exemple donné à Paris, lors de la reconstruction de rodéon, après son second incendie, j'ai cru utile de publier la note
parmi les médecins et les pharmaciens retirés des affaires. On conçoit que de bons choix faits dans cette classe honorable de la société présenteraient les plus grandes garanties de succès. Il suffirait sans doute, pour mettre cette mesure à exécution, que les places d'inspecteur de la salubrité des théâtres fussent données par l'administration , et que chaque propriétaire offrit les grandes entrées à l'inspecteur qui serait chargé de la surveillance de son théâtre sous le rapport de l'assainissement.
(i) Celte note a été imprimée dans les Annales de l'industrie manufacturière , tome I'"', page 97, et daasle Bulletin unirerseldes sciences et de rindustrie , y' secX'ioa , janvier 1827.
suivante , pour empêcher un tel exemple de propager l'emploi des rideaux de tôle dans les salles de spectacle, et dans le cas contraire, pour garantir de toute responsabilité l'administration française et les différentes commissions qui ont été consultées à ce sujet. J'ai été membre de ces commissions , et j'espère , quoique n'écrivant pas au nom de mes anciens collègues , ne rien dire qui puisse être désapprouvé par eux.
Il fallut aviser , après le second incendie de l'Odéon , aux moyens de reconstruire cette salle de spectacle (i) dont il ne restait plus que la coque, et dont les gros murs étaient, dans certaines parties, profondément calcinés. Une comoiission fut chargée d'indiquer les précautions à prendre pour éviter à l'avenir un pareil désastre. Parmi celles qui furent proposées , se trouvaient la construction d'un mur épais partageant le bâtiment en deux parties à l'aplomb de l'avant-scène, et l'emploi d'un rideau de tôle pour fermer exactement , en cas d'incendie , l'ouverture de la scène , seule grande ouverture conservée dans le mur de sépaiation.
J'avais, par hasard, vu et bien observé, en 1 799, le premier incendie de l'Odéon ; j'avais alors remarqué que le feu s'était propagé rapidement du côté du théâtre , sans qu'il y eût de fumée dans la salle , et j'avais même pu rester fort longtemps dans une des secondes loges du côté gauche, sans être gêné par la chaleur, et n'ayant à me garantir que du grand courant d'air qui traversait la salle, et allait activer la combustion des décorations et des charpentes sur le théâtre. Presque tout le théâtre était en feu; mais la salle était encore intacte lorsqu'il se détacha du côté gauche du cintre, une pièce de bois enflammée qui , rebondissant par dessus la rampe, tomba d'abord dans l'orchestre , et vint ensuite mettre le feu à la garnilure d'une des banquettes du parterre. Alors commença l'incendie de la salle; mais le courant d'air qui la traversait était si rapide, que la fumée se dirigeait presque horizontalement vers le théâtre , et le feu faisait des progrès peu sensibles dans le parterre. Je fus témoin de cet effet pendant plus d'une demi-heure, et je vis l'orchestre et le parterre presque tout en feu, sans qu'il y eût sensiblement de fumée dans la salle , au-dessus du premier rang de loges. Je fus obligé de travailler à la manoeuvre d'une pompe, et privé d'observer plus longtemps la catastrophe dont il s'agit.
(i) J'entends par salle de spectacle le bâtiment entier, se composant de la salU , qui est la partie où se placent les spectateurs , et du théâtre, qui est la portion du bâtiment où sont les décoralions, et où paraissent les acteurs. \J avant-scène est la partie du théâtre qui est la plus voisine de l'orchestre. .
— 27^ — Nommé en 1818, après le second incendie de l'Odéon, membre de la commission dont j'ai parlé, et me rappelant ce que je viens de rapporter au sujet du premier incendie de ce théâtre , je m'opposai fortement à l'adoption du rideau de tôle proposé par l'architecte qui était alors chargé de la reconstruction de l'Odéon; je dis que c'était au contraire un rideau de toile métallique à grandes mailles qu'il fallait employer. La commission reconnut que le rideau de tôle , loin de garantir une des moitiés du bâtiment, ne servirait qu'à en hâter la destruction. En effet, en cas d'incendie , la tôle ainsi exposée à l'action du feu serait promptement élevée à la température rouge ; la couche d'air en contact avec ce rideau du côté opposé au feu prendrait alors un mouvement ascensionnel et une haute température, et irait porter l'incendie au cintre du théâtre ou au plafond de la salle, suivant le côté où le feu se serait déclaré: ce rideau ne résisterait d'ailleurs pas, à moins d'être construit très-solidement, à l'énorme pression que le courant d'air lui ferait éprouver. On sentit que le rideau de toile métallique pourrait au contraire procurer de grands avantages en cas d'incendie; qu'il empêcherait les morceaux de charpente enflammés de tomber du côté du bâtiment opposé à celui où l'incendie se serait déclaré; qu'il permettrait aux pompiers de continuer à lancer de l'eau de tous côtés sur la partie incendiée du bâtiment; qu'd s'établirait un courant d'air si rapide à travers la toile métallique, que ni les étincelles ni les menus charbons allumés ne pourraient en traverser les mailles ; que cette toile serait d'ailleurs continuellement refroidie par le courant d'air qui passerait à travers, ainsi que par l'eau qu'on lancerait sur ses mailles et sur le feu (1), et il fut reconnu , en un mot, qu'elle ne présenterait aucun des inconvénients signalés en parlant des effets probables de l'emploi d'un rideau de tôle (2). Ces considérations et celle de la grande différence des prix
(i) On trouve dans les faits suivants une preuve bien remarquable du refroidissement qu'une ventilation énergique ferait éprouver, en cas d'incendie, au rideau de toile métallique dont il s'agit.
On sait qu'un morceau de toile d'un tissu peu serré peut être séché, devant un grand feu, sans êlre brûlé.
Jen'ai jamais vu brûler les rideaux dont les doreurs se servent pour fermer à volonté tout ou partie de l'ouverture antérieure de leurs forges, malgré le grand feu qu'on y fait très -près de ces rideaux, lorsqu'ils sont fermés.
(2) Supposons que le feu prenne aux décorations d'une salle de spectacle convenablement disposée, dans laquelle un gros mur séparerait la salle o du théâtre /;, pi. 27, fig. i.etoti l'on pourrait, à volonté, fermer l'ouverture de la scène au moyen d'un rideau de toile métallique que l'on Toil de face, fig. 4 j voici ce qu'il y aurait à faire pour dimiauer autant que possible la perte causée
entre les deux espèces de rideau, décidèrent la commission à conseiller d'établir au théâtre de TOdéon un rideau de toile métallique en fil de fer, de 4 millimètres environ de diamètre, et à mailles carrées ayant à peu près 54 millimètres de côté. Le rapport de la commission fut approuvé par l'autorité; mais on ne sait par quel malentendu, au lieu de mettre à exécution ce qui avait été conseillé par la commission , on fit établir à ce théâtre un rideau de tôle plein, suivant le premier projet qui avait été discuté et rejeté. La commission n'apprit cela que lors de l'ouverture du théâtre , elle réclama avec énergie contre un état de choses qui la compromettait si fortement. L'autorité fit examiner de nouveau la question par des commissions qui furent successivement d'avis que le rideau de tôle placé au théâtre de lOdéon ne remplirait pas, en cas de besoin, le but que l'on s'était proposé, et que probablement son usage entraînerait
par l'incendie. Il faudrait faire usage des premiers secours; tels qu'on doit toujours les avoir sous sa main, et envoyer chercher tout de suite les pompiers; avertir, s'ils en venaient à désespérer d'éteindre l'incendie à sa naissance, et de sauver le théâtre. Cet avis donné, il faudrait sur-lechamp changer le système, fermer la cheminée d'appel a qui se trouve au dessus du lustre, abaisser le rideau de toile métallique y , ouvrir toutes les portes du vestibule, des corridors et des loges inférieures de la salle; il faudrait ouvrir les volets de la cheminée d'appel du théâtre h et casser, à coups de pierres ou autrement , tous les carreaux des croisées du comble du théâtre et des étages les plus élevés du fond du bâtiment : on établirait ainsi un grand courant d'air qui , en entrant dans le vestibule, passant par la salle, traversant le rideau de toile métallique, refoulerait la flamme et la fumée vers le théâtre , et au dehors , par la cheininée d'appel du lliéàlre b et par les fenêtres de son comble et de ses étages supérieurs. Cela fait, accélérer, par tous les moyens possibles, la chute des charpentes enflammées dans les dessous du théâtre, aflii d'éviter la calcinalion des gros murs. Les pompiers placés au parterre arroseraient les fils de la toile métallique, et en écarteraient les fljimmes, en y lançant assez d'eau. Quelques-uns d'eux, armés de longues perches, seraient en mesure de repousser sur le théâtre les décorations ou les charpentes enflammées qui, en tombant, viendraient s'appuyer sur les mailles du rideau; d'autres surveilleraient l'intérieur de la salle pour y éteindre les flammèches s'il en passait par hasard quelquesunes à travers la toile métallique. L'incendie , concentré dans les dessous du théâtre , s'éteindrait ensuite facilement par les moyens ordinaires.
En manœuvrant ainsi, on parviendrait aisément à garantir la salle , et il en serait de même du théâtre si c'était la salle qui eût pris feu, en employant les mêmes moyens, mais en sens contraire. On voit que dans ce système, aussitôt que les pompiers désespèrent de sauver le mobilier de la partie incendiée, on considère la salle de spectacle comme une espèce de fourneau dans le foyer dueiuel il faut concentrer le feu, et agir de manière à éloigner le plus vite possible les matières enflammées du courant d'air et des parois du foyer; on arrivera sans doute aisément à ce but, eu se conduisant comme il a été dit plus haut, et ce sera surtout chose facile dans les salles de spectacle oià les combles sont construits en fer forgé et voûtés en briques creuses. On voit,fig. 3, une salle de spectacle dont la scène est embrasée et où la salle est préservée par le rideau métallique et le puissant courant d'air qui s'établit à travers cette salle; les pompiers sont occupés à arroser le rideau, et d'autres, sous le parterre, envoient de l'eau sur la scène même par une petite fenêtre r, réservée dans le gros mur s.
au contraire, en cas de feu, ou sa propre destruction ou l'incendie général du bâfiment. Les rapports particuliers de M. l'architecte de la préfecture de police vinrent appuyer ces conclusions. Il fut alors décidé qu'il fallait au plus tùt convertir le rideau de tôle de l'Odéon en un rideau métallique à jour, et que, pour ne pas perdre la dépense occasionée par la construction du rideau de tôle, on pourrait ou le cribler de trous ou enlever jusqu'à une certaine hauteur les feuilles de tôle de ce rideau , et les remplacer par de la toile métallique. Il aurait bien mieux valu sans doute faire enlever tout le rideau de tôle et en vendre les matériaux, dont la valeur aurait été plus que suffisante pour payer l'établissement d'un bon rideau en toile métallique, tel que l'avait conseillé la première commission ; mais il ne résulte pas moins de tout ce qui précède que l'établissement du rideau de tôle de l'Odéon ne peut être attribué et reproché ni à l'administration ni aux commissions qu'elle a bien voulu consulter à ce sujet. Je crois utile de dire qu'il y a toujours eu unanimité dans les commissions pour rejeter le projet d'un rideau de tôle et pour conseiller l'emploi d'un rideau de toile métallique au théâtre de l'Odéon, J'ajouterai, pour appuyer ces assertions, que l'administration vient d'ordonner de placer au théâtre des Nouveautés, qui se construit maintenant sur la place de la iîourse, à Paris, un rideau de toile métallique, en tout semblable à celui qu'avait deman lé la premièrr commission lors de la reconstruction de la salle de l'Odéon (i). H paraît que ces détails n'étaient pas connus à Vienne, puisqu'on y a adopté lusage d'un rideau en tôle pour un des théâtres de cette ville. Nous espérons que cette note fera revenir l'administration de ce théâtre sur une aussi mauvaise mesure, et que, dans le cas contraire, s'il y arrivait malheur, on ne blâmerait maintenant ni l'administration française ni les diverses personnes appelées aux commissions qui, depuis 1818, ont eu à s'occuper successivement de cette affaire.
(i) Il a été construit ou réparé un assez grand nombre de salies de spectacle à Paris, depuis i8i8. L'autorité a exigé que l'on construisît dans tous ces bàliinenls un gros mur de séparation entre la salle et le théâtre. Mais ce qui s'est passé relativement au rideau de tôle de l'Odéon a empêché jusqu'ici l'adoption du rideau de toile métallique dans ces salles de specliicle. Si le feu y prenait, il ne s'y trouverait donc aucun moyen de sauver au moins une moitié du bàliment. L'administration ayant ordonné le placement d'un rideau de toile métallique au théâtre des Nouveautés , qui est maintenant en construction , ne tardera sans doute p.is à rendre cette même mesure obligatoire pour les salles de l'Opéra, du Gymnase, des Bouffes, etc., où tout a été disposé pour réaliser cette grande amélioratioD.
De r incendie des théâtres (i).
Le théâtre de la Gaîté vient d'être détruit de fond en comble par l'incendie : le public qui a vu manoeuvrer les rideaux de toile métallique, dont l'usage est adopté dans presque tous les théâtres de Paris, ou qui a entendu parler de l'emploi de ce moyen préservateur, ne s'informera peut-être pas s'il existait un rideau de ce genre au théâtre de la Gaîté , et convaincu que ce moyen a été partout adopté , il pourra conclure , du fait de la destruction totale de cette salle, l'inutilité des rideaux de toile métallique employés pour empêcher la communication du feu. Cette erreur serait trop nuisible aux intérêts des propriétaires des salles (le spectacle, et au grand nombre de personnes qui sont employées dans ces établissements ou intéressées à leur durée , pour que nous ne nous empressions pas de rétablir les faits qui n'ont ici rien de défiivorable à l'emploi des rideaux de toile métallique dans les théâtres : voici ce qui résulte des renseignements pour ainsi dire officiels, que nous avons pris. Le théâtre de la Gaîté n'avait pas reçu les perfectionnements qui sont aujourd'hui ordonnés lors de la construction des nouvelles s;illes de spectacle, ou lorsque l'on a à faire de grandes réparations aux anciens théâtres. On n'avait point encore fait établir de rideaux de toile métallique dans cette salle; Tautorité tenait avec raison à ce que cette précaution fût prise; elle l'exigeait même avec instance; mais différentes circonstances avaient retardé l'adoption de cette mesure, et il est de fait que le théâtre de la Gaîté, au moment de l'incendie, a manqué du moyen conservateur qui n'aurait pas certainement prévenu l'incendie , mais qui pouvait a.i moins garantir la moitié de ses bâtiments.
Je pourrais m'en tenir à ce qui précède pour empêcher le discrédit de l'emploi des rideaux de toile métallique dans les théâtres ; mais il faut profiter de la leçon que donnent les événements malheureux, et rappeler dans une occasion si favorable ce qui a été proposé et adopté pour diminuer le danger d'incendie auquel les salles de spectacle sont continuellement exposées.
Ayant pu observer de très-près, et pendant plus d'une heure, le premier incendie de la salle de l'Odéon , je conçus la possibilité d'empêcher
(i) Note publiée dans le Recueil administratif du département de la Seine , n° 2 , février i835 , p. 59.
la communication du feu enire les deux parties d'une salle de spectacle , et je publiai à ce sujet un mémoire dont les conclusions furent adoptées par l'administration. Voici quelles sont maintenant les précautions ordonnées lors de la construction des théâtres.
On sépare la scène de la salle au moyen d'un gros mur s, pi. 27, fig. 1" et 3, qui s'élève des fondations jusqu'au-dessus du faîtage, et l'on ne réserve dans ce mur que l'ouverture de la scène et quelques baies et portes de service. Ces baies r, en cas d'incendie, se ferment au moyen de doubles portes en tôle, laissant entre elles un espace vide d'au moins cinq décimètres d'épaisseur. L'ouverture de la scène est garnie d'un châssis en fer rj grillagé à mailles de cinq centimètres de côté, et pouvant se manoeuvrer au moyen de cordes métalliques, de poulies et de contrepoids, comme on le fait pour les rideaux ordinaires qui séparent la salle de la scène pendant les entractes.
Deux grandes cheminées de ventilation, construites, l'une a au-dessus du lustre, et l'autre é> au-dessus de la scène p, servant, en temps ordinaire, à l'assainissement de la salle, donnent, en cas d'incendie, le moyen d'étiiblir le courant d'air ascensionnel dont on a besoin pour refroidir le côté du théâtre qui n'est pas incendié, et pour empêcher la fumée de se répandre dans cette partie de la salle, où doivent se tenir quelques pompiers, fig. 3.
Je répéterai ici ce qu'il y a à faire en cas d'incendie. Oi; doit laisser faire aux pompiers tout ce qu'ils jugent nécessaire pour arrêter Tincendie à son origine; mais s'ils viennent à désespérer de la réussite, et si l'intensité du feu fait craindre pour la partie du théâtre qui est opposée à celle où l'incendie a commencé, alors il faut abaisser le rideau de toile métallique q et fermer les portes en tôle percées dans le gros mur, pour séparer ainsi complètement les deux parties du théâtre, excepté les baies d'incendie r.
On doit ouvrir en même temps le ventilateur b qui est établi au-dessus de la partie incendiée; casser, soit à la main, soit avec des pierres, ou au moyen de coups de fusil, les carreaux des fenêtres qui sont au haut de ce côté du bâtiment; fermer le ventilateur a qui est placé sur la partie de la salle qu'il faut garantir, et ouvrir par bas toutes les baies tt, fig. 3, qui donnent de ce côté, afin de laisser pénétrer l'air extérieur dans cette partie du bâtiment.
Ces précautions prises, plusieurs pompiers se placent devant le rideau de toile métallique , en face du feu , et là, armés de longues per-
ches et des lances de leurs pompes , ils rejettent à plat , dans le foyer de l'incendie, les pièces de charpente enflammée qui, en tombant, viennent s'appuyer sur le rideau de toile métallique, et se servent de leurs pompes pour refroidir les mailles du rideau, pour en éloigner le feu et pour éteindre quelques charbons qui, malgré la force du courant d'air, pourraient être projetés à travers les mailles de ce rideau.
Le grand courant d'air qu'établit le feu, arrive de la partie inférieure du côté du théâtre qui n'est pas incendié, traverse toutes les mailles du rideau de toile métallique, refroidit ce rideau, en éloigne les flammèches et les petits charbons, repousse la fumée du côté de l'incendie, donne aux pompiers l'avantage de respirer un air pur et frais, quoique placés très-près du feu, et ce courant trouve ensuite son issue au dehors, par le ventilatenr, ou par les fenêtres élevées de la partie du bâtiment où l'incendie s'est déclaré.
Je n'entrerai pas à ce sujet dans de plus grands détails; ce qui vient d'être dit suffira pour faire concevoir la possibilité de sauver au moins la moitié des salles de spectacle incendiées; pour faire sentir l'utilité et l'importance des précautions ordonnées par l'autorité lors de la construction de ces salles, et pour décider les propriétaires de pareils établissements qui n'ont point encore adopté ces moyens préservateurs, à se hâter de les faire établir dans leurs théâtres (i).
(>) Le tliéùlre des Italiens, (]iii .1 tlé brûlé il y a deux ou trois ans, avait son avant-scène garnie d'un rideau de toile métalliquR , mais ce rideau était si mal attaché aux gros murs qu'il est tombé sur les banquettes du parterre dès le commencement de l'incendie et je crois même avant l'arrivée des pompiers: parcourant , le lendemain matin, les décombres de la salle , et causant avec les pompiers que je rencontrais , je n'en ai pas trouvé un qui se souvint d'avoir vu le rideau de toile métallique en place au moment de leur arrivée dans l'intérieur du théâtre, et ce que j'ai dit plus haut était l'opinion alors émise par les témoins occulaires bien au fait de la question. (iS4'2.)
Extrait d'une lettre de M. Paulin, colonel des Sapeurs-Pompiers de la ville de Paris ,
à M. D'Arcet.
Après la publication de la note qui précède , M. le colonel Paulin , consulté par M. D'Arcet, sur la question de l'incendie des théâtres, lui écrivit une lettre dans laquelle il lui dit que, toutes tes recommandations nu il a nrcucrites , quant à ta construction , sont rigoureusement siiifies , d'aorès les ordres de M. le préfet de police.
Il ajoute que, quant à la nécessité d'établir du côté du théâtre où le feu se déclare un appel puissant, et de préserver le reste de la salle par l'interposition d'un rideau métallique à larges mailles, et l'établissement d'un courant d'air capable d'emporter vers le point embrasé toute la flamme et la fumée, il partage totalement l'opinion de M. D'Arcet. Il propose seulement, pour atteindre plus sûrement ce résultat, la construction d'une large cheminée avec une hotte sur le mur défend du théâtre, afin d'y établir l'appel dans le cas d'incendie, jugeant difficile de briser
Légende de la planche 27.
Fig. 1". Coupe d'un théâtre sur la longueur de la salle et de la scène, avec ses appareils de ventilation.
Fig. 2. CoTipe des corridors et des loges, à une échelle double.
a, Cheminée d'appel de la salle, établie au-dessus du lustre, qui y détermine un courant d'air très-puissant.
b, Cheminée d'appel de la scène, qui sert à enlever la fumée produite pendant la représentation, et, en cas d'incendie, à y concentrer le feu.
c,d, Petits tuyaux, très-multipliés, qui permettent à l'air pur des corridors g de pénétrer d'une manière insensible dans la salle o, sous l'action de l'appel du lustre, et à travers le plancher des loges. Cette disposition doit être adoptée quand on établit les appareils de ventilation d'une salle au moment de sa construction,
ef. Faux plancher que l'on doit établir circulairement sous les diverses rangées de loges, dans les théâtres qu'il s'agit seulement de restaurer pour distribuer sans courant dans toute la salle l'air par des corridors g.
g, Corridors.
hh' , Loges.
î. Amphithéâtre du cintre assaini par la gaïne k.
k, Gaîne de ventilation de l'amphithéâtre i, communiquant directement avec la cheminée d'appel a.
l, V , l", Bouches de chaleur, qui versent en hiver l'air chaud des calorifères , en été l'air frais des caves dans les corridors g.
m . Caves.
n , Conduit qui communique des caves ou des calorifères aux bouches de chaleur /, /', /".
o, Côté de la salle.
p, Côté de la scène.
fj , Rideau de fil de fer à grandes mailles, dont l'élévation de face se voit fig. 4- Il est soutenu par des cordes métalliques enroulées sur un tambour et correspondant à des contre-poids >.
les carreaux du comble au moment où le feu devient impossible à arrêter. Mais M. D'Arcet pens9 qu'il laut se réserver le moyeu d'établir cet appel du coté où il sera nécessaire au moyen des deux cheminées qu'il propose; que par l'extérieur il sera toujours facile de casser à coups de fusil les premiers carreaux pour délerminer le tirage , et qu'en un instant la violence de ce tirage aura ouvert aux flammes une voie complètement libre.
r, Petites baies réservées dans le gros mur 5, et servant, au besoin, à passer les lances des pompiers, pour atteindre sans danger l'incendie jusque dans les dessous du théâtre.
s, Gros mur qui sépare la scène de la salle, et qui porte le réservoir à eau de service u.
tt, Fenêtres que l'on doit, en cas d'incendie de la scène, tenir ouvertes du côté de la salle, pour livrer passage au puissant courant d'air que produit l'appel de la scène à travers la salle même et le rideau métallique.
M, Réservoir à eau.
V, Trappe à deux ventaux de la cheminée d'appel de la salle.
X, Trappe à deux ventaux de la cheminée d'appel de la scène.
y, Contre-poids du rideau métallique.
Fig. 3. Coupe sur le travers d'un théâtre dont la scène est en feu ; on y voit les manœuvres à exécuter en pareil cas. La trappe de la scène est ouverte ; celle de la salle est fermée. Toutes les baies du côté de la salle sont ouvertes. L'incendie est contenu sur la scène par le rideau métallique et le grand courant d'air qui arrive par toutes les baies ouvertes t 1 1, comme l'indique la planche, et qui refoule les flammes vers le fond de la scène Des pompiers, placés dans le parterre, arrosent le rideau métallique, et en éloignent les charbons et les bois enflammés qui pourraient l'atteindre; d'autres, placés dans les caves, envoient de l'eau dans les dessous du théâtre par les baies r, r.
Fig. 4- Élévation du rideau. Ce rideau est pris dans \ Architectonographie des théâtres, de M. J.-A. Kaufmann. Sa construction, remarquable par des détails d'ajustement aussi solides que légers, est de MM. Hittorf et Lecointe.
Fig. 5 et 6. Détails d'ajustement d'un nouveau système de guides du rideau métallique , disposés de manière à lui permettre de se dilater sous l'action du feu, sans arracher les guides scellés dans le gros mur.
On voit que ces guides sont des équerres tournant à charnières sur un prisonnier très-solidement boulonné au mur, de telle manière que quand le rideau q se dilate et s'allonge par l'action du feu, l'équerre a' tourne sur son prisonnier et se détache du mur s sans cesser cependant de conduire le rideau par sa tringle verticale.
Si au contraire le rideau tend, par un ébranlement quelconque, à faire un mouvement en dedans , il en est empêché par la résistance du bras d'équerre a , qui s'appuie alors invariablement sur une entretoise de fer boulonnée au mur s.
Cette disposition est proposée par M. Grouvelle, pour éviter un accident que l'on croit être arrivé au rideau métallique des Italiens, arraché, dit-on, au commencement de l'incendie, par sa dilatation, et la résistance des guides à son allongement.
Fig. 7. Détail des trappes v et x des cheminées d'appel a et b, portées sur un châssis dormant et rendues faciles à manoeuvrer par des contrepoids.
Note sur la combustibilité du zinc (1).
Je me suis souvent prononcé contre l'emploi des feuilles de zinc pour la couverture des édifices; mais, dans l'impossibilité d'appuyer mes prévisions par des faits , je n'ai pas pu faire prévaloir mon opinion aussi souvent que cela aurait été utile. L'observation suivante fera sans doute réfléchir les constructeurs qui voudraient encore couvrir les maisons avec des feuilles de zinc en remplacement des tuiles, du cuivre, de l'ardoise et du plomb. Le feu de cheminée dont il s'agit a eu lieu dans la maison II" i3, place Conti , dont un côté a vue sur l'impasse de ce nom. Il existe, au rez-de-chaussée de ce côté de la maison, une cheminée ou un poêle, dont le tuyau sort à l'extérieur et s'élève ensuite verticalement jusqu'au niveau du faîtage, à la hauteur d'environ i5 mètres. La moitié supérieure de ce tuyau de tôle étant usée, fut remplacée, il y a quelques mois, par un tuyau en zinc de même diamètre. Voici ce qui vient d'arriver par suite de cette substitution ; le fait s'est entièrement passé sous mes yeux, et toute ma famille pourrait au besoin en certifier l'exactitude.
Le tuyau dont il s'agit est en face des fenêtres de ma chambre à coucher et de ma salle à manger.
LeaS février dernier, à cinq heures du soir, j'aperçus, en me mettant à table, qu'il sortait beaucoup de fumée par le haut du tuyau : quelques minutes après, voyant la fumée augmenter et devenir plus dense, je quittai la table et fus à la fenêtre de la chambre à coucher qui donne directement sur l'impasse Conti. Je fus alors fort étonné de voir que la fumée ne sortait plus par le haut du tuyau; la partie moyenne de ce
(i) Lue au conseil de salubrité , par l'auteur, et insérée dans le Recueil admin'utratif an département delà Seine, n° 6 , 3o juiu i8j7, p. 197.
- i8/i — tuyau avait disparu dans une longueur d'environ 5 mètres; et la fumée, qui était beaucoup plus blanche, sortait alors par l'ouverture supérieure de la partie du tuyau de tôle restée en communication avec la cheminée. Le bas du tuyau devint bientôt rouge , se perça, laissa sortir de la fumée blanche et quelques jets de flamme bleuâtre, qui provenaient certainement de la combustion du zinc. On vint alors pour éteindre ce feu de cheminée, et l'on ouvrit vers le bas du tuyau une porte qui y était pratiquée pour le nettoyer. Cette ouverture donna aussitôt issue à beaucoup de fumée blanche et à du zinc fondu qui s'enflammait dans l'air en tombant sur le pavé de l'impasse Conti, ce qui se renouvela plusieurs fois, surtout quand on frappait sur le tuyau ou quand on tâchait de le dégorger, en y introduisant une barre de fer. Voilà ce que j'ai vu, et à l'appui je présente l'échantillon de zinc ci-joint, qui a été ramassé au moment même, sur le pavé et au-dessous du tuyau. J'ignore ce qui s'est passé dans l'appartement où était la cheminée ; mais il est probable qu'il a dû être rempli de fumée chargée d'oxyde de zinc, au moment où la partie moyenne du tuyau est entrée en fusion et est tombée en dedans, vers le coude inférieur du tuyau de tôle.
Cet incendie n'a pas eu de suites graves et a été promptement éteint ; mais les circonstances qui l'ont accompagné ne suffisent-elles pas pour mettre hors de doute l'imminence du danger que présenterait l'incendie d'une maison couverte en zinc(i)?
Je terminerai en rappelant, à ce sujet, que, lors de l'incendie qui détruisit, au commencement de la révolution, le magasin de salpêtre et d'équipements militaires, ainsi que la bibliothèque de Saint-Germaindes-Prés, j'ai vu le plomb de la couverture tomber, fondu et rouge, de la hauteur de i5 ou i6 mètres, parles gouttières en pierre du bâtiment,
(i) Une personne très-digne de foi , bien compétente et qui a passé une partie de la nuit devant le théâtre des Italiens, lors de son incendie, m'a assuré qu'il s'élançait, de temps en temps, au-dessus du feu , de grandes flammes présentant tous les caractères que l'on remarque lors de la combustion rapide du zinc. 11 est probable qu'il y avait sur le toit des Italiens des tuyaux de cheminée en zinc, et que c'était chacun de ces tuyaux qui donnait lieu, en tombant dans le foyer de l'incendie, à l'émission, à une grande hauteur, d'une flamme colorée en gris bleuâtre et accompagnée d'un nuage blanc , opaque et persistant.
On a trouvé beaucoup de zinc dans les débris des wagons , lors de la catastrophe arrivée sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche) , le 8 mai dernier, mais personne n'a pu me répondre à ces deux questions :
A-t-on vu briller le zinc au-dessus des wagons incendiés ?
y a-t-il eu des voyageurs brûlés ou blessés par suite de la combustion des feuilles de zinc qui couvraient les wagons? DA,
— 2S5 — et je ferai observer que si cette couverture eût été faite en zinc , au lieu d'être en plomb, la nappe de métal fondu et rouge, versée par les gouttières, se serait immédiatement enflammée, et aurait sans doute chassé au loin, par suite de l'intensité de la lumière et de l'insalubrité de la fumée, tous les travailleurs accourus pour éteindre l'incendie. Ce sont là certainement de graves objections contre l'emploi du zinc en feuilles pour la couverture des édifices, et je pense qu'il est urgent de faire examiner cette question , et de prendre un parti définitif à ce sujet.