SCENE XVIII
vous en coûte pour rompre vos premiers liens, et avec quelle peine vous en formez de nouveaux.
SAINT-ANGE
Mais, madame, vous n'avez pas l'air bien pénétré de ce que vous dites là!
CONSTANCE
Pardonnez-moi, monsieur, pardonnez-moi... Vous n'avez plus rien à lui faire dire?
SAINT-ANGE
Non, madame, vous êtes libre d'ajouter ce que vous suggérera la bonne opinion que vous devez avoir de moi.
CONSTANCE
Eh bien! monsieur, j'ajouterai que vous êtes l'homme du monde le plus léger, le plus inconstant, le plus injuste; que vous ne craignez pas de déchirer un cœur que vous avez rendu sensible, et que vous vous faites un jeu de tous vos sermens.
SAINT- ANGE
Voilà un reproche auquel j'étais loin de m'attendre... Eh! qui les a violés ces sermens, si ce n'est vous?
CONSTANCE
Moi! monsieur?
SA [NT- ANGE
Mais la chose est assez claire, je crois.
CONSTANCE
Elle ne l'est pas du tout , monsieur.
Quoi! lorsque j'arrive, lorsque je vous trouve
i98 UNE HEURE DE MARIAGE.
mariée, vous osez me dire que vous n'êtes point infidèle ?
CONSTANCE
Oui, sans doute, j'ose le dire.
SAINT-ANGE
Allons donc, madame, vous me feriez croire
Vous êtes la femme de Germeuil, cependant.
CONSTANCE
Et si ce n'était pas?
SA INT-ANGE
Si vous ne l'étiez pas? O ciel! quel soupçon!
Mais non... vous m'abusez encore... vous voulez essayer l'empire que vous avez conservé sur mon faible cœur.
CONSTANCE, avec la plus grande agitation.
Eh bien! en deux mots Élise est la femme de
Germeuil... je ne suis pas mariée, et c'est pour assurer la fortune de ces bons amis, que je me suis prêtée à jouer un instant le personnage de nièce de M. de Marcé.
SAINT- ANGE
Quoi! il se pourrait?...
CONSTANCE
Je devais paraître folle, étourdie, mais votre présence a déconcerté mon plan.
SAINT-ANGE, aux genoux de Constance.
Ah! Constance! vous êtes une femme adorable! vous êtes un ange! je tombe à vos genoux. Pardon-