SCENE X
ROSE , uu peu confuse.
Que voulez-vous dire?
EMILE
Oh, ma charmante amie! il est hien vrai que le ciel nous a faits l'un pour l'autre. Quelle sympathie! quelle étonnante conformité de caractères!
ROSE
Comment donc?
Oui: je suis tout cela, moi: impatient, colère, furibond, brisant tout, cassant tout.
ROSE
C'est une plaisanterie?
EMILE
Non, je vous le proteste; c'est la pure vérité. Ecoutez -moi, Rose, je ne veux plus rien vous déguiser. Vous allez tout savoir : il faut d'abord vous avouer que j'ai été fort mal élevé par mon oncle.
ROSE
Vous! mal élevé?
EMILE
Horriblement; dès ma première jeunesse, j'annonçai un caractère indomptable... je maltraitais mes maîtres, je frappais les domestiques. Mon oncle, aveuglé par sa tendresse pour moi, trouvait cela charmant. Voilà un enfant qui promet, disait-il, il aura de l'énergie.
ROSE
En effet, cela est singulier.
a4o LA JEUNE FEMME COLERE.
EMILE
Vous pensez bien que ma pétulance, n'étant jamais réprimée, n'a fait que s'accroître avec l'âge. Cependant, lorsque j'épousai mon aimable Rose, j'ai fait de sérieuses réflexions. Quepensera-t-elle,me disais-je, quand elle découvrira mon caractère ? Elle me prendra pour un monstre; elle me haïra.
Ah! mon ami!
EMILE
Cette idée me fit frémir! Juge donc quelle a été ma joie, en découvrant que tu avais le même défaut. Maintenant, je suis persuadé que tu voudras bien l'excuser en moi, et, grâce au ciel, me voilà délivré de l'inquiétude la plus affreuse...
ROSE
Comment, mon ami, vous avez le caractère violent?
EMILE
Fougueux.
ROSE
Mais c'est singulier, je ne m'en suis jamais aperçue avant notre mariage.
EMILE
Ah! c'est tout simple, ma bonne, je cherchais à te plaire, il paraît que tu avais le même désir.
ROSE
Je vous croyais si doux!