SCÈNE IV. 3i
PAL APR AT
(A part.)
Enchanté... Quel malheur d'avoir là ce Bruis!
BRUIS, à Palaprat.
Quoi! c'est donc la personne?...
PALAPRAT, à Bruis.
Eh ! mon Dieu oui , c'est elle.
MADEMOISELLE DE BEAUVAL
Je viens vous apporter la meilleure nouvelle :
Ne vous affligez plus; courage, mes amis,
La chute du Grondeur indigne tout Paris.
Au théâtre demain nous aurons affluence;
Vous allez obtenir la plus belle vengeance.
Eh bien! qu'avez-vous donc? Vous semblez abattus;
Vous ne répondez pas?
Oh , que je suis confus !
PALAPRAT, à part.
Moi qui m'étais flatté... L'ingrate! la cruelle!
BRUIS, à part.
Elle est encor cent fois plus perfide que belle.
MADEMOISELLE DE BEAUVAL
A qui s'adressent donc ces propos doucereux?
PALAPRAT
Nous sommes assez fous pour vous aimer tous deux.
MADEMOISELLE DE B E A U V A L , éclatant de rire.
Quoi! vraiment vous m'aimez? Quelle plaisanterie! Tous les deux à la fois! Permettez que j'en rie. Vous voulez en amour être aussi de moitié?
3i6 BRUIS ET PALAPRAT.
C'est, vous en conviendrez, pousser loin l'amitié. La paix du cœur, voilà ce qu'il faut pour écrire. Je n'attends rien de bon d'un auteur qui soupire.
BRUIS
Le précepte, madame, a droit de nous charmer.
Quoi! parce qu'on écrit, il ne faut pas aimer?
Mais le galant Ovide et le joyeux Horace
Ne sont-ils pas montés au sommet du Parnasse?
Si Racine nous parle un langage enchanteur,
C'est que le vers toujours s'échappe de son cœur.
Vaucluse fut témoin et retentit encore
Des soupire amoureux de Pétrarque et de Laure...
Eh, de quoi riez-vous?
( Elle éclate de rire. ) MADEMOISELLE DE BEAUVAL.
De ce ton langoureux.
Mon Dieu , que je le plains , le pauvre malheureux !
PALAPRAT
Nous ne pouvions pas mieux placer notre tendresse.
MADEMOISELLE DE BEAUVAL
Je serai votre amie, et non votre maîtresse. J'ai bien le temps, ma foi, de songer à l'amour, Quand le chagrin m'accable et la nuit et le jour! La douleur sur mes traits doit aisément se lire.
PALAPRAT
Non. Depuis un instant vous n'avez fait que rire.