SCENE IV
MADAME DORSAN
Comment donc?
Il m'a parlé d'un éloignement invincible pour le mariage.
MADAME DORSAN
Et vous ne croyez pas à cette sorte d'antipathie?
PERCEVAL
Non, madame, je connais un peu trop le monde, et surtout les femmes.
JÉRÔME, à part.
Je l'avais bien dit, moi, que c'était un luron.
PERCEVAL
Je vous avoue même que, sans la bonne renommée dont jouit votre maison...
JÉRÔME
Oh! pour cela, c'est vrai; la maison est honnête.
MADAME DORSAN
Tenez, monsieur, il faut vous parler avec franchise. Laure n'a pas encore quinze ans; elle me fut confiée dès sa plus tendre enfance, avec deux orphelines à peu près du même âge. La conformité de leur situation , de leur caractère , une certaine sympathie , tout a concouru à réunir ces trois jeunes cœurs. Une éducation commune a dû resserrer encore ces liens intéressans: toujours ensemble , elles ont pris les mêmes goûts, les mêmes habitudes; elles partagent également et les plaisirs et les peines. Si Laure a commis une faute, Aglaé et Nathalie viennent s'en accuser;
si elle a fait une bonne action , c'est à ses deux compagnes qu'elle l'attribue. Comment pourrais -je blâmer leur union? Ce tableau pur et touchant, on le trouve si rarement dans le monde! c'est l'innocence et la candeur embellies par l'amitié.
JÉRÔME
Sans comparaison, c'est comme qui dirait trois roses sur la même branche.
PERCEVAL
Je vous entends, madame; c'est moi qui viens porter la désolation dans la petite famille.
31 AD AME DORSAN'
J'ai déjà voulu les préparer à cette cruelle séparation, et je ne vous cacherai pas que les larmes
Mais votre présence va dissiper ce léger nuage.
JÉRÔME
Ainsi le soleil...
MADAME DORSAN
Paix donc, Jérôme, paix donc!
JÉRÔ3IE.
Je me tais, madame, je me tais.
PERCEVAL
Voilà donc la cause de cette répugnance dont m'avait prévenu M. Dorlis. Je me rappelle, en effet, qu'il m'a parlé du petit trio.
MADAME DORSAN
C'est qu'elles sont allées toutes trois chez lui Il
est impossible de les séparer.