ACTE I, SCENE V
S VINT-ROM AI >
Ah! tais-toi donc... Si j'en crois mon cœur, elle est belle comme un ange.
Mon ami, en fait de beauté, il ne faut jamais en croire que ses yeux. Mais tu ne te formes pas, mon cher Saint-Romain; tu te passionnes comme un enfant, tu soupires comme un écolier.
SAINT-ROMAIN
Je me doute bien de ce qui l'a empêchée de se découvrir... Tu m'avais invité des gens qui, entre nous... Ma société n'était pas des mieux choisies, et sa vertu...
ARMAND
Sa vertu!... Tu me fais pitié.
SAINT-ROMAIN
Mon ami, je vais me retirer J'ai besoin d'un
moment de solitude.
Oui, va... va soupirer une romance... Le sujet prête... une inconnue... une passion subite... de la mélancolie.
SAINT-ROMAIN
Non, mon ami, je suis horriblement fatigué... j'ai besoin de repos.
ARMAND
Allons, va donc, et puisse l'amour te bercer de ses riantes chimères ! Puisse-t-il , par un doux mensonge, découvrir à tes yeux les charmes de ta déesse! Moi, tandis que tu vas sommeiller sur un lit de roses, je songerai à organiser notre journée.
SAINT -ROM A IN
Qu'est-ce que nous ferons aujourd'hui?
ARMAND
Oh ! nous serons excessivement occupés. D'abord , à onze heures, course au bois de Roulogne. A midi, déjeuner à Bagatelle. A quatre heures, toilette. A six heures, dîner chez la petite baronne allemande; et ce soir, nous avons à choisir entre les Femmes Savantes et les chevaux de Franconi.
Il faut aller ou sera le beau monde.
ARMAND
Labrie, tu iras prendre une loge chez Franconi. Après le spectacle, nous irons passer la soirée ou la matinée chez le marquis napolitain.
SAINT -ROM A IN
Ah! on y joue trop gros jeu.
Oui, parbleu! un jeu d'enfer. J'y ai perdu hier jusqu'à mon dernier écu. A propos... je savais bien que j'avais quelque chose à te dire... Prête-moi cent louis.
SAINT-ROMAIN
Très volontiers, mon ami. Labrie va te les donner sur le champ.
L ABRIE.
Comment, monsieur, vous voulez?...
SAINT-ROMAIN
Allons, allons, ne me gronde pas, Labrie; est-ce