‹ Collection de pièces de théâtreChapitre 223 sur 290 · ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X

FERVA L.

Ma foi! tu m'en ferais presque naître l'envie.

SAINT-ROMAIN

Est-il bien vrai? Ah! que je serais heureux!

FER VAL

J'entrevois cependant bien des difficultés.

SAINT-ROMAIN

Il n'y en a point, mon père.

FER VAL

D'abord la vie est très coûteuse à Paris, et je crains...

Eh! pourquoi donc? vous avez une grande fortune : il faut en jouir. A quoi bon entasser vos richesses ?

FF.RVAL, à part.

Dans le fait, je commence à croire que c'est assez inutile.

SAINT-ROMAIN

Pourquoi vous priver de toutes les douceurs de la vie? car vous ne vivez pas, mon père; je vous vois d'ici confiné dans votre vieux château.... Bon Dieu! quelle existence ! se ranger autour d'un grand feu , faire l'ennuyeuse partie, étudier la gazette, être à table depuis le matin jusqu'au soir: ne voilà-t-il pas, en deux mots, les amusemens de la campagne? F E r v A L.

Il a, parbleu! raison. ( a part.) L'étourdi! (Haut.) La peinture est d'une fidélité...

SAINT -ROM AIN

Vive Paris !... Ce n'est que là qu'on connaît le prix de la vie. C'est un tableau toujours mouvant, une scène toujours variée. L'événement du jour y fait oublier celui de la veille. L'un s'enrichit, l'autre se ruine. Une pièce nouvelle tombe aujourd'hui; une autre tombera demain : c'est délicieux. Je ne vous parle pas de toutes les merveilles que l'art fait éclore. Jamais de dégoût, jamais d'ennui, et des femmes charmantes! Les plaisirs s'y succèdent avec les saisons. L'esprit , le cœur , les yeux , tous les sens y jouissent à la fois. En un mot, la vie s'y écoule comme un heureux songe, et la faux du temps y est cachée sous des fleurs.

FER VAL

Pour le coup, mon ami, tu m'enchantes. (A pan.) Je suis indigné! (Haut.) Voilà le tableau le plus séduisant...

SAINT-ROMAIN

Allons, mon père! décidez-vous; devenez habitant de Paris.

FERVAL

Franchement , ça ne te ferait pas de peine ?

J'en serai charmé, vous dis-je.

FERVAL

Parbleu! je suis ravi de t'entendre, car, s'il faut te l'avouer, je venais à Paris dans l'intention de m'y fixer.

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