ACTE I, SCENE X
SAINT-ROMAIN
Oui, aux courses du Champ-de-Mars.
FERVAL
Ah ! je comprends. Cela prouve d'abord que tu as de bons chevaux.
SAINT-ROMAIN
Ah! des chevaux excellens! Les charmantes bêtes! elles sont d'une agilité, d'une ardeur... Vous les verrez, mon père. Oh!je puis me vanter d'avoir l'écurie la mieux tenue de Paris.
FER VA L
C'est fort bien. Mais tu n'as pas négligé des études plus solides?
SAINT-ROMAIN
Oh! pour cela, non. Sans perdre mon temps à de vaines sciences, à des calculs abstraits, je me suis livré à la plus sérieuse, à la plus difficile de toutes les études, à celle du cœur humain.
FER VAL
Du cœur humain!...
SAINT-ROMAIN
Oui, mon père. Je me suis appliqué à connaître les hommes, et je puis dire que j'y ai réussi. C'est cette science si précieuse qui m'a préservé de tous les écueils de mon âge, qui m'a appris à ne pas juger d'après les dehors, à distinguer les fourbes, les flatteurs. Aussi suis-je entouré de serviteurs fidèles, d'amis sincères...
F KR VAL.
D'amis sincères!... Que vous êtes heureux, mon fils! il me semble que j'ai trouvé un de ces amis sincères, en arrivant ici.
SAINT-ROMAIN
Ah! c'est Armand.
FERVAL
Il paraît aimable.
SAINT-ROMAIN
Ah! vous n'avez pu le juger encore. Mais vous le connaîtrez. Quel homme charmant ! que d'enjouement! que de légèreté... d'esprit! Il y a dans ses manières une aisance, un abandon... Sa conversation est animée, brillante, pleine de traits heureux... Du reste, conteur agréable, beau joueur, bon convive... Il unit tous les talens à toutes les grâces; enfin c'est, à la fois, l'homme du monde, l'homme solide, l'oracle de tous les cercles et le modèle de tous les amis.
Ah! je le vois, c'est un homme très solide, un ami essentiel.
SAINT-ROMAIN
N'est-ce pas, mon père?
FERVAL
Il n'y a que Paris pour apprendre à connaître si vite les hommes.
SAINT-ROM A IN
Ah! oui. Quel délicieux séjour! vous devriez vous v fixer.