SCÈNE V
MADAME DORSAN
Tous les jours on découvre de nouvelles bizarreries dans le cœur humain. H y a six ans que j'ai formé ma pension, et je n'ai pas vu une seule de mes élèves qui ne brûlât de me quitter ; voilà la première à qui le mariage fait peur : mais la voici... Laure, approchez, mademoiselle.
SCÈJNE VI.
MADAME DORSAN , LAURE , entrant par la porte de droite du fond , et regardant de tous côtés ; Aglaé et Nathalie la suivent de près, et écontent la conversation.
MADAME DORSAN
Eh bien! que regardez-vous? je suis seule.
LAURE
Mais que m'avait donc dit...
MADAME DORS AN
Cet imbécile de Jérôme, est-ce que vous le croyez? Ecoutez-moi , mon enfant : j'ai encore reçu aujourd'hui des nouvelles de votre oncle; il persiste dans l'intention de vous marier.
LAURE
J'étais bien sûre que vous alliez me donner du chagrin... Eh bien, répondez-lui que je persiste dans mon refus.
MADAME DORS AN
Mais observez donc, ma chère Laure, que vous avez été privée de bonne heure de vos parens, qu'il ne vous reste plus qu'un oncle déjà vieux, et qu'après sa mort vous serez sans appui dans le monde.
LAURE
Je n'en manquerai jamais , madame.
MADAME DORS AN
Et sur qui comptez-vous?
LAURE
D'abord sur mes deux amies, et ensuite sur vous.
MADAME DORS AN
Sans doute je vous aimerai toujours; mais d'un instant à l'autre vos deux amies peuvent se marier. l v u R E.
Se marier? ah! mon Dieu non: j'en réponds comme de moi. Nous avons fait serment de ne jamais nous quitter.
MADAME DORSAN
Serment d'enfant.