SCÈNE VIII
SAINT-ROMAIN, ANDRÉ, les habits tout défaits et
les yeux en pleura.
SAINT-ROMAIN
Ah! mon cher André, te voilà. As-tu vu mon père? où est-il ? Parle.
ANDRK.
Moi, monsieur?^ je ne Tons pas vu depuis hier.
SAINT-ROMAIN
Comment ?
ANDRÉ
\ 'là que j'rentre... Ah! c'est fini... je veux r' tourner cheux nous.
S AI NT -ROM AIN
Que t'est-il donc arrivé ?
ANDRÉ
Ah! monsieur, je sommes moulu, je sommes rompu. Figurez-vous qu'hier j' veux détaler devant la voiture de not' maître... mais ces maudits chevaux détaliorii encore plus vite que moi. Tout à coup v'ià un autre carrosse qui vient devant. On me crie , gare , par devant; on me crie, gare, par derrière. Les deux cochers allongent le bras comme des enragés, si bien que je me trouve entre deux fouets... Enfin je tombe, je me ramasse, et je m'en vas tout doucement avec mon habit de coureur. Je me perds dans Paris. En passant le soir dans une belle grande maison, les
hommes, les femmes et les enfans courent et crient après moi. Un monsieur bien honnête me demande quelle heure il est. Je tire ma montre, et il me la prend pour le savoir plus vite. Ne v'ià-t-i pas qu'il se sauve avec! Je crie au voleur! de toutes mes forces; v'ià qu'i crie encore plus fort que moi. La patrouille arrive, on me mène au corps de garde, et j'y couche : enfin le matin je vois passer un domestique de la maison, il me reconnaît, je lui conte mon aventure, il me ramène, et me v'ià.
SAINT-ROMAIN
Ah! mon pauvre garçon!
ANDRÉ
Et ce M. Labrie qui me disait que j'étions formé... C'est fini, je ne veux plus être coureur pour courir, je veux r' tourner cheux nous.