SCÈNE YI
SAINT-ROMAIN, ARMAND
ARMAND
Eh bien! es-tu toujours fâché?
SAINT -ROMAIN
Monsieur, dès ce moment tout est fini entre nous... J'ai appris à vous connaître.
ARMAND
Allons donc, mon ami, laisse ce ton imposant... il ne te va pas du tout.
SAINT-ROMAIN
Félicitez-vous d'enlever à un fils le cœur de son père, d'entraîner un honnête homme à sa ruine...
ARMAND
Ah! sois tranquille, il se ruinera bien tout seul. Il n'aura pas besoin de moi. Mais c'est un diable que ton père! Tu ne devinerais jamais où il est en ce moment. Je te le donne en mille.
SATNT-ROMAIN.
Eh bien?
ARMAND
Il est allé jouer; il prend sa revanche.
4(5-2 l\ JOUR A PARTS.
O ciel! avec ce fripon?... Je cours à l'instant... Où sont-ils:'
ARMAND
Diable m'emporte si je le sais!... Dans quelque maison de jeu aux environs.
SAINT - ROMAIN
C'est à vous que je m'en prends, monsieur, et vous me rendrez raison...
ARMAND
Raison?... Je ne peux pas dans ce moment-ci , mon ami; tu vois bien. Voilà trois nuits que je passe joyeusement, et je t'avoue que j'ai besoin de dormir. Je ne sortirais pas pour mon plaisir : à plus forte raison pour me couper la gorge avec mon ami. A mon réveil je suis à toi. Si tu persistes, nous irons au bois de Boulogne, suivant l'usage, pour nous battre, ou pour déjeuner : tu choisiras... Bonsoir, mon cher Saint-Romain.
(Il sort en chantant.)