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FINAL

A l'instant que tout s'apprête.

Pour fêter un si beau jour.

Et demain sera la fête De l'Hymen et de l'Amour.

OPINION DE GEOFFROY

,< Une pièce en trois actes , et une pièce morale en musique, est une entreprise difficile à l'Opéra-Comique: l'idée n'en est pas absolument neuve ; mais dans ces sortes d'ouvrages, c'est l'exécution que l'on considère plus que l'invention. Les Lacédémoniens enivraient, diton , des esclaves, les faisaient danser devant leurs enfans pour leur inspirer l'horreur de l'ivresse; ce moyen d'éducation , assez inhumain , est probablement le germe de tous les contes ou drames où le spectacle d un vice est employé pour le corriger: il ne s'agit point d'examiner si la manière est bonne, mais si elle est théâtrale. Il est possible que beaucoup de jeunes gens soient corrompus, plutôt que corrigés, en voyant leurs défauts imités par les autres; mais ce genre de leçon est piquant au théâtre, parce qu'il est singulier et nouveau. Voila pourquoi toutes les jeunes femmes colères, tirées du roman de madame de Genlis, ont réussi sur la scène, quoiqu'il puisse arriver que beaucoup de jeunes femmes colères soient aigries plutôt qu'adoucies par la violence

de leurs maris.

«On donne souvent les Originaux, de Fagan, pièce episodique où l'on se propose d'instruire un jeu... homme en lui faisant voir, dans les autres, les vlCe>

auxquels il est lui-même enclin; et, réellement, à la fin de la pièce, qui n'est qu'un très petit acte, le jeune homme se trouve entièrement converti; mais ce n'est qu'au théâtre où l'on voit de pareilles conversions. Depuis le tems qu'on joue sur la scène des libertins, des joueurs , des prodigues , ce spectacle n'a jamais corrigé aucun jeune homme; et, souvent, il est arrivé que le comédien, qui représentait le joueur, s'est lui-même ruiné au jeu.

« Dans la Jeune Femme colère, c'est un mari qui affecte la violence et l'emportement pour corriger l'humeur trop pétulante de sa femme : dans le nouvel opéra comique, c'est un père qui contrefait le débauché, le prodigue et le joueur pour l'instruction de son fils, jeune homme doux et bien né, mais facile, imprudent, et qui s'est livré à la dissipation de Paris. On eût désiré que cette leçon singulière fut préparée et motivée avec plus de soin ; car Saint-Romain ( c'est le nom du jeune homme) est d'un si aimable caractère, il paraît si docile, et si respectueux envers son père, ses désordres sont d'une nature si légère, qu'il semble que le bonhomme eût pu se dispenser d'en venir, pour le corriger, à de pareilles extrémités, et n'avait pas besoin de tant faire le fou pour le rendre sage ; mais la folie est la sagesse du théâtre.

« Un autre inconvénient du sujet, c'est que ce jeune homme, dans la subite métamorphose de son père, voit plutôt un dérangement du cerveau et un accès de démence, que des vices et L'immoralité: il est plus affligé qu'il est instruit. Les excès dont il est témoin lui déplaisent, parce qu ils détruisent sa fortune sans lui don-

ner de plaisir. Il blâme son père de ce qu'il a la fantaisie de se ruiner lui-même, plutôt que de se laisser ruiner par son fils, suivant l'usage. Ce qui le consterne plus que tout le reste, c'est qu'il croit son père amoureux d'une jeune personne dont il est lui-même épris. Il voit le barbon donner à sa maîtresse pour cent mille francs de diamans, et ne sent que la douleur de ne pouvoir pas faire lui-même de semblables présens : c'est une mortification cruelle, mais non pas une leçon pour lui. Si cela n'est pas très moral , cela du moins est théâtral ; et l'effet théâtral est ce qu'on cherche avant toutes choses, même dans les pièces morales. Le jeune homme est désolé, épouvanté des extravagances de son père qui l'attaquent sensiblement dans sa fortune et dans son amour ; mais cette douleur et cette frayeur passagères ne détruisent pas, dans son cœur, les passions qui sont le germe de tous les vices.

« La pièce est d'un style léger, abondant en sarcasmes , en épigrammes, en mots plaisans et en critiques de mœurs. On y remarque des situations, des scènes agréables 5 mais quelquefois le comique n'en est pas d'un choix assez délicat, et l'intérêt est étouffé en plusieurs endroits par le spectacle et le fracas \ »

La pièce dUn Jour a Paris est encore une Ecole des pères. Elle ne ressemble, il est vrai, ni à celle de

i. La première fois que la pièce fut représentée, Soliéjoua le rôle de Ferval; M. Paul, celui de Saint- Romain ; M. Elleviou, celui $ Armand ; M. Martin, celui de Labrie; M. Lesape, celui S! André; madame Duret, celui de Pauline.

M. Pieyre, ni à la Petite école des pères de M. Etienne lui-même, et pourtant elle tient de toutes les deux. On y voit , comme dans la première, un père qui donne une leçon à son fils, et, comme dans la seconde, un père qui a gâté le sien. Si la donnée tient de toutes les deux , le sujet en est supérieur, car, dans la comédie de M. Pieyre, l'auteur a oublié de rendre compte au spectateur de la raison pour laquelle Courval , qui déploie tant de fermeté, a précédemment, et pendant longtems, laissé les choses en venir à un point tel, que sa femme se moque de lui , et que son fils entretient des filles et le vole. Un homme qui a du caractère ne laissa jamais les abus arriver à un pareil degré dans sa maison : ou il a été un homme faible, et par conséquent il n'a pu devenir énergique si subitement.

D'un autre côté, si Ferval, comme le Lormeuil de la Petite école des pères, a été trop indulgent pour son iils, s'il a trop peu réprimé ses penchans , il n'en est pas la dupe, ni la victime comme lui. 11 a au moins sauvé lhonneur paternel, et, ce qui vaut presque autant, sa fortune; il n'a pas attendu qu'il ne fût plus tems pour se désabuser, et il n'a pas fait la sottise de se laisser ruiner. La leçon ne lui a coûté que douze mille francs ; et ce n'est certainement pas acheter trop cher l'instruction et le bonheur d'un fils chéri, surtout lorsque ce fils est unique.

Avec cela, le jeune Saint -Romain est bien un autre sujet que le fat Saint-Léger. Au moins il a du cœur, il a de l'âme, et chez lui les sens seuls sont égarés; c'est un étourdi, mais ce n'est point un pervers. L'autre est un jeune sot en qui la fatuité a détruit tout bon

sens, comme tout bon cœur. Il faut que ce soit son frère, jeune homme plein de mérite et de qualités, et qui ressemble au Jacquaut de la Mauvaise mère, qui répare ses sottises et celles de son père, à ses propres dépens. Dans bu Jour a Paris , le fils égaré répare luimême sa faute et reconnaît ses erreurs, et cela est plus satisfaisant que de le voir rester dans l'impénitence finale.

La conception de cet opéra comique était donc digne de la comédie, et nous répéterons ce que nous avons déjà dit. à l'occasion d'b'ne Heure rie mariage, qu'il est fâcheux que M. Etienne n'ait pas réservé tous ses talens dramatiques pour de plus grandes compositions. C'est un vol que l'Opéra -Comique a fait au Théâtre- Français. Les mêmes sujets dont M. Etienne a fait des opéras , il en eût fait des ouvrages d'un grande importance en les développant, en les plaçant dans un cadre plus étendu. Mais enfin il a voulu être tributaire d'Euterpe, et, par complaisance pour elle, il s'est privé de la moitié de ses moyens. Il faut bien s'en contenter; aussi bien , ce qui est fait est fait.

Le sujet d'bn Jour à Paris aurait particulièrement gagné à être mis en cinq actes : les évènemens y auraient été moins brusqués; fauteur y eût pu mieux motiver ce qui concerne la conduite du père qui aurait au moins, de plus longue main, préparé le plan de la comédie qu'il voulait jouer aux yeux de son fils. Il est de toute impossibilité que le lendemain même du bal masqué, où il s est trouvé chez son fils, il ait le tems de monter une maison sur un grand pied, de s'installer, de se faire habiller, meubler, de se composer

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un domestique, de donner un dîner, un bal, une fête, de jouer le rôle d'un homme ruiné. Tant de soins exigent une durée de plus de vingt-quatre heures; tant de rapidité passe les bornes de la vraisemblance théâtrale, qui, pourtant, est bien éloignée de la vraisemblance positive.

Une remarque essentielle à faire, c'est que ce père, plein de discernement comme de tendresse, qui vient ramener son fils au bon ordre et au bonheur, avoue que c'est primitivement de sa faute s'il a suivi un mauvais chemin. «Séduit comme tant d'autres, dit -il, par les «nouveaux systèmes, j'ai eu la sottise de l'élever dans « une sorte d'indépendance ; je lui ai toujours laissé « faire ses volontés; je lui permettais même avec moi « une familiarité qui plaisait à mon cœur, mais dont je « ne prévoyais pas les tristes conséquences ; en un mot, « j'ai voulu qu'il m'aimât comme un ami : je n'ai pas « songé qu'il devait d'abord me respecter comme un « père. » Ce passage prouve combien le philosophisme avait encore d'influence en 1808, époque où la pièce fut donnée. La malheureuse manie d'égalité, qui tourmentait toutes les têtes, s'était introduite jusque dans les rapports des pères aux enfans : il n'y avait plus de hiérarchie dans les familles ; on avait nivelé tous les àges^ faute d'avoir pu niveler toutes les fortunes. Le monde était plein alors de ces faux mentors paternels qui croyaient prévenir les inconvéniens des passions de leurs enfans, en les favorisant, et qui croyaient que pour en faire de grands sujets, il fallait, non seulement y adhérer, mais même s'y prêter. Quelques-uns même poussaient la faiblesse jusqu'à se rendre les complaisans

D'UN JOIR \ PARIS. 481

de leurs fils, et regardaient cette bassesse comme le chefd'œuvre de la métaphysique de l'éducation; et, pour justifier cette extravagance, ils prétendaient qu'il ne faut jamais contrarier la nature. Ils s'imaginaient avoir pris ce beau système d'éducation de X Emile de J.-J. Rousseau ; et tous les petits esprits, qui ne comprenaient point le chef-d'œuvre du philosophe genevois, forts d'une aussi fausse interprétation, s'en allaient publiant en tous lieux que le plan d'éducation de cet homme extraordinaire était impraticable et pernicieux, comme s'il était possible qu'il rut l'un et l'autre à la fois ! La génération d'alors était séduite par les écrits de Voltaire, et la lecture des ouvrages de cet écrivain avait abondamment répandu toutes ces idées d épicuréisme qu'avaient enfantées le désordre de la vie privée parmi la jeunesse, et l'insubordination des enfans à l'égard de leurs parens. L'engoûment que l'on conserve encore maintenant pour l'auteur de la Pueelle , n'a pas contribué à faire cesser un pareil état de mœurs.

M. Etienne sentit parfaitement ces vices de 1 éducation et des mœurs de l'époque, et ne manqua pas de les immoler sur le théâtre. Quel dommage que les débats politiques, et des intérêts étrangers à la littérature, aient obligé M. Etienne à sacrifier les penchans du poète aux devoirs du publiciste, et l'aient détourné d'une carrière où la nature et la société, de concert, l'appelaient à obtenir les triomphes les plus brillans ! Que de services il eiAit rendus à la morale, à l'opinion, à la jeunesse même ! Il les eût corrigées : il eût corrigé la génération

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actuelle toute entière. Que d'utiles leçons il eût données dans ses pièces de théâtre! Quelle influence il eût

Aut. contemp. Et. i. 3t

48a EXAMEN D'UN JOUR A PARIS, exercée sur son siècle! Et peut-être qu'aujourd'hui même nous n'aurions pas moins besoin qu'en tout autre teins d'un censeur qui sût nous corriger, que d'un régulateur qui sût nous conduire!

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