SCENE I
SAINT-LÉGER
Moi? pas du tout, j'en serai enchanté, je danserai à ta noce, et tu pourras bien aussi danser à la mienne. Pour l'originalité du fait, nous devrions tous deux nous marier le même jour.
ANGELIQUE
En vérité, il y aurait de quoi rire! Ah! que vous êtes fous!
LORMEUIL.
Ne parle pas, toi; car, au lieu de deux mariages, nous pourrions bien en faire trois... Merville...
ANGÉLIQUE
C'est bon, mon oncle, ne faites pas attention à moi.
LORMEUIL.
Ah! çà, d'après ce que tu me dis, il paraît que tu as fait un choix?
SAINT-LÉGER
Oui, depuis vingt-quatre heures que je ne t'ai vu, j'ai fait une passion qui ne finira qu'avec ma vie.
LORMEUIL.
C'est un peu fort.
SAINT-LÉGER
Comment ne l'aimerais-je pas? c'est une petite
maîtresse accomplie; je l'ai rencontrée dans la société. Figure-toi qu'elle a les plus grands yeux, le boudoir le plus élégant , la main la plus blanche , le carlin le plus petit, le laquais le plus haut, et la voiture la plus basse qui soient dans Paris.
io2 LA PETITE ECOLE DES PERES.
LORMEUIL.
Il est charmant! Il est d'une gaîté! Il a de l'esprit comme un ange! Ah! çà, dis -moi, comment es -tu dans tes finances?
SAINT-LÉGER
A merveille! je n'ai pas un sou.
LORMEUIL.
Il ne faut pas qu'un jeune homme soit sans argent ; il me reste cent louis , partageons comme deux frères.
SAINT-LÉGER
A charge de revanche : quand je me trouverai en fonds je t'en prêterai; mais, à propos, tu nous présentes ta belle dame aujourd'hui à déjeuner, veux-tu que j'aille chercher la mienne?
LORMEUIL.
Parbleu! volontiers.
SAINT-LÉGER
Elle sera censée venir chez ma cousine, bien entendu; car elle est honnête, quoiqu'elle soit célèbre.
LORMEUIL.
Je brûle de connaître une femme si rare.
SAINT-LÉGER
Ah! çà, mon père, je ne te dis pas adieu. Tiens, l'ai idée que tes cinquante louis me porteront bonheur. Je cours chercher ma belle, je passe à l'académie, et je ne reparaîtrai que suivi de Phitus et des Grâces.
(Il sort.)