SCÈNE V
LORMEUIL, ANGÉLIQUE.
LORMEUIL.
Qu'on est heureux d'avoir un fils comme celui-là! Qu'ils viennent ici ces pères qui sont toujours sévères et grondeurs; ils rendent leurs enfans hypocrites; l'amitié, la douce confiance ont fait briller les heureuses qualités du mien: tu te le rappelles, à dix ans c'était un prodige.
ANGÉLIQUE
Hélas! ces petits prodiges deviennent presque toujours de grands mauvais sujets. Il n'en est pas ainsi de votre second fils Henry.
LORMEUIL.
Ne m'en parle pas : élevé d'après les principes antiques de sa mère, c'était un pauvre sire, sans vivacité, sans génie; il ne tenait pas de moi.
ANGÉLIQUE
J'en conviens, il ne savait pas tout à dix ans; mais à quinze son esprit s'est développé; maintenant il a tout appris, et Saint-Léger a tout oublié.
LORMEUIL.
Ah ! ça , ne me dis pas de mal de mon fils , ou nous nous brouillerons.
Vous vovez, au contraire, que j'en fais l'éloge.
io4 LA PETITE ECOLE DES PERES.
LORMEUIL.
Oui , de Henry.
ANGÉLIQUE
N'est-il pas votre enfant comme l'autre ?
LORMEUIL.
Sans doute.
ANGÉLIQUE
Il est même étonnant que le sachant à Paris, vous ne lui ayez pas encore permis de rentrer dans la maison paternelle.
LORMEUIL.
Allons , est-ce que c'est ma faute à moi ? pourquoi se prend-il de querelle avec son frère? -Mon fils ne l'aime pas, ce seraient des disputes sans fin. D'ailleurs , Saint-Léger s'est prononcé : si son frère rentre il me quitte , et tu sens bien que je ne dois pas balancer.
ANGÉLIQUE
Que vous êtes injuste!
LORMEUIL.
Tiens , je préfère l'aller voir.
ANGÉLIQUE
Que vous êtes faible!
Allons, qu'il vienne, et je le recevrai; mais tu me mets du noir dans l'âme. Eh! voilà Merville qui, j'espère, va m'égaver un peu.
ANGÉLIQUE, à part.
Faisons vite avertir Henry que son père constat