SCÈNE III. i
CONSTANCE
Autre imprudence. Quand vous irez embrasser ses genoux, et lui dire d'un ton lamentable : mon cher
oncle, je vous ai trompé, je vous supplie je vous
demande pardon... Qu'en résultera-t-il? C'est un homme brusque, colère, qui ne revient jamais de ses opinions , et vous devez tout craindre de son ressentiment.
GERMEUIL
Mais...
CONSTANCE
Laissez-moi donc finir. Vous n'êtes ni l'un ni l'autre assez de sang froid pour prendre un parti sage.... Moi, je suis plus calme, je vois mieux les choses, et, si vous voulez me donner plein pouvoir, je me charge de la négociation.
GERMEUIL
J'y consens de bon cœur.
ÉLISE
Excellente amie!
CONSTANCE
D'abord c'est un point convenu, je suis votre femme par intérim ; votre oncle est un bon campagnard sans façon ; je commence par lui déplaire.
GERMEUIL
Cela sera bien difficile.
CONSTANCE
Pas du tout. Je vais paraître étourdie, coquette, évaporée... Ne vous embarrassez pas de mon person-
nage, j'y mettrai du naturel. Quant à toi, ma bonne amie, charge-toi du rôle contraire; fais ta cour à M. de Marcé, et, quand il sera bien en colère contre moi, peut-être pourrons-nous risquer un aveu.
GERMEUIL
Vous êtes charmante !
CONSTANCE
Ah! çà, mon cher époux, j'espère que vous aurez des égards pour votre femme; Elise , pas de jalousie : songez bien , Germeuil , que vous n'avez que le titre de mari... Ne soyez pas bourru, grondeur, mais ne vous montrez pas trop empressé , trop galant ; car on pourrait bien deviner que je ne suis pas votre femme.
ÉLISE
Prenons bien garde de nous trahir.