‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

±JâV5 les quatre premiers volumes de ma coUectioa, j'ai cm parfois expliquer assez heureusement diverses trouvailles patiemment réunies; mais je n'ose plus guère me flatter du même avantage pour la série actuelle.

J'aurai, cette fois^ à décrire des pièces nombreuses, généralement de petite dimension. J'avais beau les distribuer en groupes similaires, de mon mieux, elles ont été pour moi l'objet d'études pénibles qui ne m'ont pas toujours setlsfait. Aussi ai-je dû quitter ce travail et m'y remettre à plus d'une reprise, lassé que j'étais de voir apparaître peu de résultats qui emportassent la conviction. Bien longtemps ces pièces me sont demeurées à peu près inexplicables, et beaucoup d'entre elles ne me semblent pas encore arrivées au point de recevoir une attribution franchement plausible.

Néanmoins, il me semblait difficile d'admettre que l'on en eût

fabriqué un aussi grand nombre sans une utilité vraiment pratique et sans avoir à en faire un assez fréquent emploi. Leur défaut de valeur iotiinsèque me portait, en outre, à croire que l'usage de ces petits monuments appartenait surtout à la classe peu aisée, ou devait avoir servi de simple certificat pour quantité de transactions journalières destinées à être vérifiées plus tard par tel ou tel petit parquet d'agents responsables qui concentraient la vérification dernière de toutes les dépenses relatives au bureau de chacun d'eux.

Enfin, après force tâtonnements, j'ai pensé que les types de plusieurs groupes permettaient de les rattacher à des offices, a des professions, à l'acquittement de certains droits dont nous avons perdu la trace, et que ma collection pourrwt faire retrouver (moyennant patience et longueur de temps).

Aujourd'hui que les vieilles chartes sont étudiées, dans leurs moindres clauses et conséquences, par bien des hommes compétents, on a tout lieu d'espérer ce favorable résultat Une considération, d'fùUeurs, qui n'est point exempte de poids, semble corroborer cette idée.

A une époque oii le nombre des gens sachant lire et écrire était fort restreint parmi les tâcherons et journaUers de toutes sortes, il était nécessaire d'établir entre les marchands en gros et les détaillants, entre les patrons et les ouvriers, un mode de comptabilité qui fût praticable pour tous dans leurs rapports quotidiens. L'emploi des méreaux présentait en ce genre un système assez jBimple et tout à fait approprié aux habitudes populaires.

Que savons-nous d'un peu posittt, par exemple, sur l'oigiinisation des marchés qui approvisionnaient les grandes villes durant le moyen âge? Le savant J.-B. Biot, malgré ees titres à bien d'autres souvenirs pour les siècles futurs, aimait à rappeler qu'il avait coopéré lui-même sous la Restauration à certains règlements établis pour le service de nos halles parisiennes. Il racontait même que divers marchés des Flandres lui avaient servi de modèles pour régulariser et rendre plus rapides les échanges énormes qui se font tous les matins en ce genre dans tous les grands centres de consommation. Si cet homme distingué par sa science trouvait encore, vers 1815, que nous avions des emprunta à faire aux Belges, qui nous dira ce que faisaient les ancêtres du peuple parisien au temps de saint Louis ou des Valois, pour les plus minces détails d'un commerce où tant d'intérêts privés et puhlics se trouvaient engagés tous les jours?

Nul n'avait envie, alors pas plus qu'aujourd'hui, de se Iwsser duper, surtout en affaires de négoce habituel, et des rapports si fréquents avaient sans aucun doute été surveillés d'assez près par les ayants cause. De là sera sortie une régularisation qui n'était assurément pas trop aveugle de part et d'autre. C'est ce que nous avons à percer pour y voir clair.

J'ai adopté un classement qui sera sans doute remanié, à la suite des recherches que le temps amènera sous la main de travailleurs spéciaux; et j'avoue franchement que je n'ai pas coordonné mes groupes sans une grande hésitation.

Il me faut donc reconnaître, tout le premier, que la modestie

m'est un devoir quand je propose mes solutions un peu hasardées. J'espère néanmoins que les gens d'étude voudront bien m'accorder quelque indulgence, à raison des difficultés de tontes espèces que présente une question numismatique et commerciale sur laquelle on ne possède encore anjourd'hui aucuns documents réunis en pareil nombre. Commencer une œuvre et la perfectionner n'appartient pas à la même main. Ceux qui conduiront plus loin ces recherches, en les éclairant par des investigations qui n'étaient pas à ma portée, voudront bien se souvenir que j'avais à déâicfaer un terrain presque entièrement neuf.

Les hommes d'étude savent combien il faut risquer, quand on ouvre la voie. Je puis donc attendre d'eux une vraie sympathie pour des essais aussi laborieux, oit je ne prétends qu'au rôle modeste de pionnier. Si je voyais, de mon vivant, s'édifier là-dessus les premières assises d'un édifice régulier, je ne serais pas insensible au plfûsir d'avoir creusé les fondements. En tout cas, et d tard que l'effet se produise, je n'aurai probablement pas été entièrement inutile à la Numismatique populaire. C'est ce qui m'a soutenu dès que j'ai pu comprendre qu'il y avait dans mes curiosités de quoi faire cultiver cette branche del'archéolofi^e moderne ; on conviendra, ce me semble, que je ne m'y sms pas épaipié, tout en ne me proposant que de réunir des matériaux où des gens plus habiles et de plus de loisir trouveraient probablement de quoi passer outre.

Page 1