‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · VARIÉTÉ DE LA PIÈCE PRÏÎCKDENTE · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ DE LA PIÈCE PRÏÎCKDENTE

Trouvé au Petit-Pont, en 1863.

XV siècle.

Si mes dernières conjectures méritent de prendre racine, il faudra probablement faire place ici au plomb cité (groupe XII, page 229), oùj'avaiscm voir l'écureuil vidant une noix. En tout cas, h parenté de mes trois pièces à l'écureuil s'établira sans doute avec le temps, soit comme méreaux de persiflage, soit comme pièces destinées à un usage sérieux. Si, par exemple, on était conduit à reconnaître que des mailles à Cécureuil aient joué quelque rôle dans la comptabilité, elles sembleraient être assignables au menu service desforêts. Je n'en dirai pas plus, pourne point me livrer à l'exposé

(les possibilités sans nombre. I.a certitude, ou lu probabilité grave, mérite seule place dans un livre pouvant servir comme de documents ; et je ne vois ni l'une ni l'autre, tant que l'on ne produira pas de témoignages écrits.

Cependant ne pourrait-ce pas être aussi un titre authentique de concessions faites à des vassaux pour le marronnage (planche, Taisselle, bâtisse), la chasse quelconque libre et paisible, et spécialement pour la p&isson des porcs (glandage)? Item, pour autorisation de couper bois de chauffage, debillonnage, etc., ou autres droits populaires immémoriaux que les hauts justiciers s'efforçaient de restreindre, afin d'obvier aux abus ou même de rétrécir la coutume, et degarder, entretenir, faireprospérer les bois, chasses, etc., nu bénéfice des rentes ou prérogatives seigneuriales ; car on élaguait peu à peu le régime presque communal qui avait gouverné cette nature de propriétés dans les vieilles lois du haut moyen âge; et ce qui jadis était droit devenait progressivement grâce spéciale, franchise exceptionnelle , bon plaisir de supérieurs , libéralité révocable à volonté , sur notification du seigneur. Nous avons vu beaucoup mieux (si ce n'est bien pis) depuis le XIII' siècle, et surtout de notre temps. Mais avouons aussi que ta diminution des forêts excuse aujourd'hui une certaine rigueur de précautions et réglementations administratives envers les voisins qui voudraient ontÏDUcr àjouirde la loi ripuaire,souscerapport, après douze ou treize siècles , et prétendent que S9 soit uneère d'affranchissement absolu; envers les barons, oui; envers l'Etat, qui s'est souvent substitué à ceux-ci, non ; et contre ce dernier demandeur la défense n'est pas devenue beaucoup plus facile que quand on avait affaire à ses prédécesseurs laïques ou ecclésiastiques résidant sur les lieux et intéressés, par conséquent, à ne pas trop aigrir les querelles quotidiennes.

Chieu, ou singe habillé, dans un grènetis. Il porte un panache retombant en arrière.

^ : Croix pommetéc, dont chaque branche est flanquée, à son extrémité, de deux perles. Cette croix est renfermée dans un entourage formé de quatre arcs de cercle, dont chaque point d'intersection est garni intérieurement d'une perle.

Grènetis.

Trouvé au pont Notre-Dame, en 1858.

XV* siècle.

Voilà qui sent bien la moquerie encore. Que si l'on demande oii était l'officine de ces gaietés, il est aisé d'indiquer la fête des Fous, les parades de la basoche et autres sociétés joyeuses qui s'attribuaient droit d'insolence publique. Les singuliers espiègles, auteurs et acteurs des farces promenées alors par les rues en cei^ taines vacances privilégiées, ne seraient pas toujours endurés par la police, même en payant patente comme baladins de foire. Ils ne tenaient que davantage à faire durer le souvenir de leurs pasquinades, quand les jours de licence auraient eu fin. Sur le pass^ du cortège grotesque , on distribuait des médailles économiques qui répandaient le feu sacré du sarcasme sous forme de folie, et restaient, comme amorce, pour continuer la besogne en temps de reprise des travaux.

Cerf marchant & droite, dans un grènetis.

^ : Croix pattée, cantonDce de douze perles, trois dans chaque canton.

Grënetis.

Trouvé au Pont-au-Change, en 1857. ■

XIV"' siècle, si je ne me trompe.

Ce cerf, qui semble bardé de fer comme l'âne du même groupe (page 190], et chemine fort piteusement, continue peut-être la série des bonffoDneriea adressées par le peuple à la noblesse vaincue. François 1" n'était populaire qu'à demi, et ne méritait Traiment guère mieux. Aussi les brocards ne lui furent-ils pas épargnés dans les farces oîi la bourgeoisie s'ébaudissait de temps à autre en gaillardises un peu prodigues de gros sel. M. Grésy en a cité un exemple {Mémoires de la Société des Antiquaires de France) dont les frais étaient faits par la chronique scandaleuse de ce règne ; et les revers du roi chevalier , dans sa lutte contre Charles-Quint, n'auraient pas été négligés par la basoche ou antres enfants plébéiens de la mère-folle.

Si l'on prétendfût avoir ici un méreaude chasse, j'ai la ressource de me replier sur ce que peuvent dire en ce genre les plombs du groupe actuel (pi^s 191-192).

Lion passant, la tête contournée.

ï}: : Croix cantonnée de quatre fleurons.

Trouvé au pont Saint-Charles, en 1860.

XV siècle.

La croix de Tavers semble fleurdelisée entre ses branches, et l'animal du droit n'est pas si héraldique ni si bien exécuté que nous ayons lieu de faire iulcrvenir un héraut d'armes dans la surveillance du moule. Ce plomb pourrait donc être le résultat d'une commande qui employait grosso modo les éléments familiers au peuple, sans y regarder de trop près. Je proposerai donc d'y voir le léopard anglais cédant, sur nos terres, à la nationalité française qui retrouve sa cohésion. Il se retire, moitié menaçant, moitié craintif; mais ses grandes menaces commencent à n'être plus si formidables que par le passé, car le royaume continental regagne avantageusement son vieil aplomb, difficilement ébranlable désormais.

Ce serait le cri populaire, après les campagnes de Jeanne d'Arc, qui vient de mettre la France hors de page, et dont l'œuvre poui^ suit sa marche, malgré le triste abandon que nous avions fait de cette héroïne aux mains de l'ennemi.

Chien courant à droite ; derrière lui se trouve un arbrisseau.

Grènetis.

ft : Croix pattée et alaisée, ornée de hachures contrariées.

Grènetis.

Trouvé au pont Saint^Michel, en 186S.

XIV siècle.

Quand j'ai dit chien courant, je ne tenais peut-être pas assez compte de l'inexpérience du graveur auquel on aura confié ce méreau. Dans l'intention du commettant et de l'artiste quelconque, ne se serait-il pas agi de présenter au spectateur un léopard? Alors nous aurions cette fois le complément des deux pièces (pages 59-67) où j'ai cru pouvoir indiquer un emblème du blason anglais. Le léopard serait ici associé à l'arbre feuillu sur une mêmeiiace; ou encore, nous aurions une confirmation de l'hypothèse que je viens de hasarder, page 106, à propos du lion passant, si ce n'est s'enfuyant.

Avec l'aspect que présente notre méreau, je conviens sans peine qu'il reste des doutes , et je ne prétends pas les dissiper tout à fait. Je sens très-bien qu'il me faut travailler dans le brouillard, et que le jour ne se peut faire tout d'abord sur l'étude dont je rassemble péniblement les matériaux un à un. Je ne m'opposenùs donc pas, jusqu'à nouvel ordre, aux vues de qui prétendrait reconnaître là un chien débarrassé de sa laisse et courant sous bois. Ce serait donc l'indice d'un 'rendez-vous de chasse, si ce n'est un méreau de service pour les valets de chiens et rabat-

teurs de gibier dans les chasses, afin de constater le droit à distribution postérieure en espèces ou en nature ; mais je n'ose pas me prononcer jusqu'à présent.

Cependant, au risque de rendre encore plus douteuses les interprétations que je proposais, en voici une autre pour valoir autant que de raison. M. Gustave Desjardins, dans sa récente Histoire de la cathédrale de Beauvais , montre qu'en cette ville les exhibitions d'oiseaux rares ou d'animaux étrangers étaient soumises à un petit tribut. Notre plomb pourrait donc avoir servi ti témoigner l'acquittement de ce droit, et pourrait alors entrer dans la série que j'appelle fiscale. Sur un aussi grand nombre de possibilités, j'avoue que la probabilité ne me semble pas claire; ce sont toutefois des éléments pour des recherches ultérieures sur lesquellesje n'ai rien à préjuger.

Tête de bœuf ou de cerf vue de face.

Ç: : Figure peu distincte; peut-être un N (ou un M) soutenue d'une croix pattée et surmontée d'une feuille tigée. Mais ces appendices sont peu clairs , et je ne puis chercher querelle à qui ne les reconnaîtra pas.

Trouvé au Pont-an-Chnnge, en 1856.

XV siècle.

Avec les maigres données que noua avons là, j'admirerai la bravoure de ^ui établirait même un projet d'explication sur de telles bases. C'est assez dire que j'en cède le soin à de plus hardis, on ft ceux qu'aurait éclairés une trouvaille moins isolée (partant moins obscure) que la mienne.

Ce type pourrait bien avoir servi pour certifier la visite des bestiaux avant le débit de leur chair, ou l'acquittement des droits de boucherie communale, licence d'acheter ou vendre de la viande en carême. Item, pour transit de bétail passant par le territoire snns y être vendu aux hnbitants.

Page 1