‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la SeineChapitre 2 sur 36 · BT CHEZ AUBRY, LIBRAIRE, RUE DAUPHINS · texte numérisé non relu

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J'ai dit, en publiant la première série de ces recherches, que je croyais avoir mis la main sur une sorte de numismatique populaire. On pourra contester l'emploi de cette expression pour certaines parties des séries qui suivront ; mais peu m'importe qu'on l'a traduise autrement, pourvu qu'il soit bien entendu que c'est une branche de monuments nouvellement découverts, où les antiquaires auront besoin d'étudier le moyen âge pour en connaître mieux certaines faces. Le suffrage de l'Institut [Académie des inscriptions) semble confirmer l'opinion que nous nous étions faite do notre travail alors à son début.

A ce sujet nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici tin passage du rapport de l'Académie :

n Les anciennes corporations de métiers de Paris frappaient des « médailles ou mcreaux, sur lesquelles* elles mettaient l'image c de leur patron, les emblèmes de leur profession. Jadis l'artisan

c était fier de l'état qu'il exerçait. La médaille qui en faisait foi, c e'était là son blason. Les choses ont bien changé depuis. Que « d'ouvriers et de marchands s'efforcent aujourd'hui de déguiser € leur profession sur une enseigne qui fait croire à un négoce d'un c ordre moins modeste ! Ces monuments de nos vieilles corpora- « tions, perdus ou oubliés, étaient intéressants à recueillir. Peut- € être n'y fût-on pas parvenu si la Seine ne s'en fût chargée. Le « fleuve qui arrose notre ville renfermait dans son lit une foule de € médailles que la drague a retirées. Comment étaient-elles là? € M. Arthur Forgeais suppose, avec beaucoup de vraisemblance, € qu'il faut attribuer leur présence à la chute de ponts couverts c de maisons qui eut lieu maintes fois à Paris. Ces maisons étaient « habitées généralement par des membres des corporations mar- € chaudes et ouvrières. Tout périt alors dans les flots, hors les plombs € historiés qui nous disent maintenant les origines et les noms de « nos antiques corps de métiers. M. Forgeais en facilite la lecture Il et l'interprétation par des notices substantielles sur les associa- « tions qui les avaient frappés ; il en reproduit dans de fidèles « dessins les curieuses figures, et fournit de la sorte, aux annales « du commerce et de l'industrie, des documents inédits. Cette a publication a droit à nos encouragements et à nos éloges; nous « lui décernons la neuvième mention très-honorable. »

Aujourd'hui, on trouvera groupés dans ce vohime les traces des principales dévotions populaires, les pèlerinages qui tenaient une si grande place dans les pratiques religieuses de nos pères et dans leurs affections. Le christianisme, au moyen âge, consacrait tout comme nous l'avons déjà démontré pour les corporations de métiers, qui se groupaient sous le patronage des saints. A plus forte raison, le dirons-nous des voyages qui n'avaient presque jamais lieu sans qu'il restât quelque souvenir religieux d'un endroit particulière*

ment vénéré; des promenades, même, qui prenaient volontiers pour but un rendez-vous de piété, où Fart, la joie, la dévotion plus ou moins ardente se confondaient en un seul souvenir.

Il n'est guère de Parisiens qui ne sachent que la fête, quelque peu profane du Longchamps de nos jours, a pour origine l'office de la semaine sainte célébré jadis avec une solennité particulière dans l'abbaye de ce nom. Ne peut-on pas ajouter que presque toutes les fêtes de village, avant de donner lieu à une foire, à une kermesse, etc., avaient été d'abord un jour de patron^ d'anniversaire religieux y de pardon^ de bénédiction^ de dédicace (ducasse)? Mais que, même au vieux temps, ces réunions aient été des journées de dévotion toute pure, il est permis d'en douter sans blesser aucune convenance ; et l'on peut supposer que la religion en était l'occasion, le couronnement, la consécration, le prétexte même, si Ton veut. Les Canierhurxfs to/e^deChaucer nous en montrent en Angleterre une forme déjà quelque peu altérée par l'esprit du pays et du temps, mais absolument vraie en somme, et qui devait se reproduire ailleurs plus ou moins. Généralement, tout ce qui nous reste aujourd'hui d'assemblées vraiment populaires remonte à quelque source de ce genre.

Je n'expliquerai pas toujours ces origines, et ne m'engage pas à faire l'histoire de leurs dérivations ; c'est, à mon point de vue, bien moins ambitieux, une tâche assez épineuse et difficile déjà que d'avoir essayé de réunir les monuments qui solliciteront d'autres esprits à cette étude intéressante. En chaque lieu, les particularités traditionnelles relatives aux dévotions populaires pourront trouver des curieux et des témoins beaucoup mieux ren* seignés sur ces matières, qu'un étranger ne saurait aborder sans broncher cent fois. Mon but sera suffisamment atteint si les Enseignes j Méreauœ, etc., rassemblés ici par mes soins, suscitent

çà et là des antiquaires qui les fassent valoir Gomm» pièces à lappui de divers souvenirs locaux. Là, je cède volontiers la place aux recherches spéciales des patriotes toujours mieux informés que Ton ne peut l'être à distance.

Les séries qui doivent suivre aborderont d'autres ordres de faits. Celle-ci méritait bien un volume à part ; et je dois dire que ce travail m'a coûté d'autant moins de peine qu'il m'a plu davantage, malgré bien des recherches qui, à mon grand déplaisir, n'ont pas toujours amené un résultat satisfaisant.

MONT JOIE SkINT DENIS.

Médwllon rond formé de deux pièces, l'une antérieure et l'autre postérieure, s'emboîtant l'une dans l'autre '.

Je n'ai pas fait graver la face postérieure, parce que ce n'est guère qu'une simple plaque découpée de manière à protéger la face principale, sans la dépasser.

' Tons mes dessins sont exécutés de la grandeur eiacte des originaui.

La face que je reproduis se compose d'une gorge ornée d'un double grènetis, découpée à jour et entourée d'une guirlande de feuilles et de fleurs.

La guirlande est coupée en haut par un buste de saint dont la tête manque ; en bas par un écusson aux trois fleurs de lis, ayant pour support deux anges vus à mi-corps, sortant des enroulements d'un listel, et portant la légende suivante :

MONT lOI (sic) ST DENIS.

Des trois agrafes ou belières qui accompagnaient cet objet, deux seules existent encore; elles servaient à attacher le médaillon sur les vêtements.

Le revers que je n'ai point reproduit consiste, comme l'autre, en une gorge ornée d'un double grènetis, et bordée d'une guirlande à jour formée d'une branche garnie de feuilles alternées et coupées par quatre quintefeuilles.

Dans le médaillon est placée une plaque ^mobile découpée à jour et représentant la Vierge debout, la tête couronnée et nimbée, tenant l'Enfant Jésus sur son bras gauche, et aux côtés de laquelle se trouvent agenouillés un homme et une femme.

Ce petit monument, dont le travail très-fin est celui d une véritable orfèvrerie, me paraît appartenir, d'après les costumes, au XV* siècle. D a été trouvé au Pont-au-Change, en 1854.

Le cri de guerre français qui accompagne l'écu fleurdelisé, semble permettre de croire que le buste placé au sommet rappelait saint Denis, et que nous avons dans ce petit médaillon une enseigne du Landit {indictum^ indictales nundin(B^ comme parle Duboulai) ou foire de Saint-Denis en France. La procession de Notre-Dame et de l'Université de Paris s'y rendait solennellement,

et ne manqua pas, dans la suite des siècles (comme il convenait en ces temps fort processifs), d'occasionner divers conflits, plaintes, plaidoiries, etc., entre les gens de Tabbaye, du chapitre ou de révêque, du roi, et de l'Université particulièrement, laquelle n'était pas plus endurante que d'autres en fait de prérogatives. Mais ce n'est pas, évidemment, notre affaire de rappeler ici ces conséquences de la fête que nous signalons, d'autant plus que notre supposition s'appuie tout simplement sur une probabilité, surtout dans l'état de mutilation où ce joli médaillon nous est parvenu.

Malgré ce défaut de certitude sur l'attribution de notre enseigne, nous avons cédé au plaisir de commencer le volume des pèlerinages par un petit joyau où l'art surpasse de beaucoup la valeur de la matière; cas qui ne se représentera pas toujours, celui-ci avait de quoi se faire remarquer, quand même il eût été exécuté en métal précieux, qui semble exiger plus d'habileté, et il ne déshonorerait certainement pas un orfèvre parisien du moyen âge, quoique cette époque nous ait laissé de charmants bijoux. Qu'on nous passe donc ce qu'il peut y avoir de douteux dans la destination que nous lui avons prêtée. On verra que généralement nous sommes beaucoup plus sévère pour désigner le but des autres plombs reproduits dans ce volume. Peut-être même trouvera-t-on parfois que nous n'avons pas su prendre assez vite une détermination. Mais nous aimons mieux nous faire taxer d'hésitation que de hâte dans nos appréciations des monuments.

NOTRE-DtME DE VkUVERT.

Dans le champ, la Vierge assise, couronnée, nimbée, et tenant de la main droite nn sceptre qni se termine en flenr de lis. Sur son bras gauche, elle porte l'Enfant Jésus, dont la tête est ceinte d'un nimbe radié ; le tout dans une auréole eu amande.

Autour est inscrite la légende :

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