SCEAU DE NOTRE-DAME DE VAUVERT
Mais si Von voulait lire signum au lieu de sigillwm^ ce serait : Image ou reprièsentatign (ou enseigne) de Notre-Dame.
L'église de Vauvert était située dans la partie du jardin actuel du Luxembourg qui s'étend de la rue d'Enfer à la rue Notre- Dame-des-Champs,
Ce lieu ne présente plus guère maintenant l'aspect d'une vallée, mais il faut tenir compte des nombreux remblais qui ont modifié à la longue l'aspect du terrain; et cependant la pépinière du Luxembourg est encore en contre-bas du jardin proprement dit. D'ailleurs, quel souvenir de vallée trouverait-on aujourd'hui sur le terrain du Val de Grâce, qui n'est pas loin de là? Rappelons-nous que ces dénominations sont antérieures aux remaniements subis parle sol, et que les vallées sont proportionnelles aux montagnes. Quand celles-ci ne sont que des collines, les autres ne sont que des plis de terrain qui versent à peine un ruisseau et disparaissent insensiblement sous les travaux de l'homme, dans le voisinage d'une vaste cité.
Quoi qu'il en soit, la vallée verte (Vauvert) duXr siècle, aujourd'hui si peu appréciable, avait été choisie par le roi Robert pour l'emplacement d'une maison royale, sur le chemin du château d'Issy . Peu à peu, nos rois avaient cessé de l'habiter. Effet ou cause de ce délaissement, Vauvert devint, au XIIP siècle, un endroit malfamé. Les bâtiments, longtemps négligés, passaient pour être hantés par des revenants. L'on n'avait pas encore inventé les esprits frappeurs, et les bonnes gens de ce temps-là nommaient tout simplement
diable tout être malfaisant qtii se dérobait aux moyens communs d'appréciation. La police d'alors ne valait assurément pas la nôtre (sinon, que deviendrait la théorie du progrès?). Bref, diables ou gens endiablés, Vauvert devint un épouvantail du voisinage ; et des antiquaires veulent que les frayeurs ou méfaits occasionnés par cette hantise aient fait donner à la route voisine le nom de rue d'Enfer, conservé jusqu'à nos jours. De là vint, sans doute aussi, cette vieille locution parisienne du diable de Vauvert ou de diable vert.
En somme, l'ancienne maison royale avait fini par être considérée comme inhabitable ; on l'avait délaissée, et Dieu sait qui logeait dans ses appartements au XIII* siècle !
Saint Louis, pour faire cesser ce déplorable abandon, donna aux chartreux deGentilly le vieux château avec ses dépendances, et, le 21 novembre 1257, après les appropriations nécessaires pour leur installation, les moines entrèrent définitivement dans leur habitation nouvelle. Ils la placèrent sous la protection de la sainte Vierge, la priant d'en éloigner les revenants quelconques (mauvaises têtes ou mauvais esprits). Les vues de ces religieux et du roi ne furent point trompées , et le peuple de Paris, en reconnaissance de ce bienfait public, fit bâtir en ce lieu une petite église qui fut appelée Notre-Dame de Vauvert; l'on en commença les fondations en 1276, et le monument ne fut achevé qu'en 1324.
Les chartreux ne laissant pas entrer les femmes dans leurs églises, cette chapelle avait été construite par les Parisiens hors de l'enceinte du monastère, pour être accessible à tout le monde.
Ce plomb, de forme elliptique, date du XIV* siècle, et a été trouvé au Pont-au-Change, en 1862.
NOTRE-DIME DE BOULOCHE
Vaisseau voguant à droite du ^eetateur; ce bâtiment, dépourvu de mât et de tout autre gréement, a cependant un château de proue. Au milieu du pont, la Vierge se trouve assise ; elle a la tête couronnée et uimbée d'un grènetis, et tenait de son bras gauche l'Enfant Jésiis, dont il n'existe plus qu'un débris. A droite et à gauche un personnage debout, une rame ou large palette à la main, dirige le bâtiment ; sur le château de proue un autre personnage debout, la mwn droite levée. Ces dernières figures n'ont plus de tête, et avaient probablement des ailes. Sous le bâtiment est placé un ornement en forme de trèfle, qui semble être une bourse ou un
sachet. Le tout est enveloppé par un listel en forme d'écusson, chargé de la légende suivante :
^ AVE : MAEI (a gratia plena) : DOMINUS : TECUM : BENEDICTA TU : IN : MULI (eribus) :
Une partie du listel de Tangle droit étant détachée, nous ne pouvions balancer à compléter la légende d'après le texte populaire emprunté à T Évangile.
Ce monument, de la fin du XIV* siècle, a été trouvé au Pontau-Change, en 1855.
Afin défaire bien comprendre la composition de cette enseigne, évidemment exécutée d'après la tradition de Boulogne-sur-Mer, nous allons emprunter au chanoine Leroy, qui vivait au XVII* siècle, le récit suivant :
€ L'an 633, sous le règne du roi Dagobert, arriva au port de Boulogne un vaisseau sans matelots et sans rames, que la mer, par un calme extraordinaire, semblaii vouloir respecter. Une lumière qui brillait sur ce vaisseau fut comme le signal qui fit accourir plusieurs personnes pour voir ce qu'il contenait. L'on y aperçut une image de la sainte Vierge, faite de bois en relief, d'une excellente sculpture, d'environ trois pieds et demi de hauteur, tenant l'Enfant Jésus sur son bras gauche. Cette image avait sur le visage je ne sais quoi de majestueux et de divin, qui semblait, d'un côté, réprimer l'insolence des vagues, et de l'autre, solliciter sensiblement les hommes à lui rendre leurs vénérations. Tandis que la nouveauté de ce spectacle ravissait ceux qu'une curiosité avait attirés sur le rivage, la sainte Vierge ne causa pas de moindres charmes dans les cœurs du reste du peuple, qui était pour lors assemblé dans une cha-
pelle de la ville hante, pour 7 faire ses prières accoutumées. Car, s'apparaissant à eux visiblement, elle les avertit que les anges, par un ordre secret de la providence de Dieu, avaient conduit un vaisseau à leur rade, où Ton trouverait son image. Elle leur ordonna de l'aller prendre et de la placer ensuite dans cette chapelle, comme étant le lieu qu'elle s'était choisi et destiné pour y recevoir, à perpétuité, les effets et les témoignages d'un culte tout particulier. On tient même qu'elle leur recommanda de fouir dans un endroit qu'elle leur découvrit, les assurant qu'ils y trouveraient de ^uoi fournir aux frais nécessaires pour mettre cette église en sa perfection.
€ La nouvelle de cette apparition se répandit aussitôt par toute la ville, et en même temps le peuple descendit en foule sur le rivage pour y recevoir ce sacré dépôt et ce riche monument de la libéralité divine. »
D'où venait cette image, et faudrait-il absolument adopter l'époque donnée par le chroniqueur? L'esquif pourrait bien n'avoir été qu'une épave de quelque vaisseau désemparé sur la côte. On ne nous demandera pas non plus de discuter si la statue de Notre- Dame, arrivée ainsi entre les mains des Boulonnais, était oui ou non l'ouvrage de saint Luc, comme on s'est plu jadis à le penser, car on a fait de ce saint un statuaire aussi bien qu'un peintre. Ce sont là des questions que nous ne prenons pas à notre compte, ayant déjà fort affaire de rechercher et de dépouiller les mémoires locaux, sans nous charger d'en passer toutes les origines et toutes les affirmations au crible delà critique. Il nous suffit que le dire populaire soit bien établi, et qu'il ait assez persisté pour expliquer les monuments dont nous avons à donner l'interprétation.
Or, nous trouvons toutes les circonstances principales du récit précédent, reproduites par un manuscrit du XV' siècle, qui raconte
cette légende, en l'illustrant de plusieurs miniatures, et représente ainsi l'arrivée de l'esquif à Boulogne, où le peuple lui fait accueil.
L'affectueuse vénération des Parisiens envers Notre-Dame de Boulognc-sur-Mer était tellement vive et profonde, qu'ils avaient, dit le chanoine Leroy, xme merveilleuse dévotion à cette glorieuse Viei^e ; et tous les ans, régulièrement, ils faisaient le voyage de Boulogne pour lui adresser leurs vœux devant la sainte image. Mais, venant à faire réflexion que cette pieuse coutume pourrait, à la fiii, être interrompue, ou par les accidents de la guerre, ou par la nécessité de leurs affaires domestiques, qui ne permettaient pas de réitérer si souvent un aussi long pèlerinage, ils
s'avisèrent, par une précaution également sage et religieuse, d'établir dans leur voisinage un nouveau lieu de dévotion pour servir d'un heureux supplément au premier.
Antoine Leroy nous apprend aussi que Philippe le Bel, roi de France, s'étant rendu, avec la famille royale, à Boulogne-sur-Mer, pour le mariage dlsabeau de France, sa fille, avec Edouard II, roi d'Angleterre, fit ses dévotions à Notre-Dame de Boulogne ; et il ajoute qu'à cette occasion Philippe ofirit à la Vierge un beau reliquaire de vermeil, où, d'un côté, était un crucifix, et de l'autre, un beau cristal contenant quelques parcelles de la vraie croix, enchâssé dans un émail d'or, le tout enrichi des armes de France.
De retour à Paris, Philippe le Bel voulant témoigner plus solennellement de sa dévotion à Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, avait ordonné la construction d'une église sous l'invocation de Notre-Dame de Boulogne-la-Petite, et sur le modèle de Notre- Dame de Boulogne-sur-Mer; mais il mourut avant d'avoir pu exécuter son projet. Louis X (le Hutin), ayant succédé à son père sur le trône de France, s'était proposé de donner suite à ce dessein, mais une fin prématurée vint y mettre obstacle. Ce fiit Philippe le Long qui réalisa le projet, sans trop débourser, comme il convenait à un héritier de Philippe le Bel.
Au mois de février 1319, le roi accordait aux habitants de Paris et autres, qui avaient été en pèlerinage à Notre-Dame de Boulognesur-Mer, la permission de faire construire une église au village de Menus-lez-Saint-Cloud (m villa de Menus prope Sanctum-Clodoaldum), et d'établir une confrérie entre eux, avec la clause que le prévôt de Paris, ou quelqu'un délégué par lui, sera présent aux assemblées qui auront lieu. Deux notables bourgeois de Paris, qui étaient eux-mêmes pèlerins de Boulogne-sur-Mer, Girard de
la Croix et Jean, son frère, recoururent pour cette fondation à Jeanne de Repentie, abbesse de Montmartre, qui leur accorda des lettres d'amortissement, en qualité de dame du lieu. L'abbesse constate(1320) qu'il existait déjà en cet endroit une chapelle de bois, et autorise la construction d'une église parochule, sous le nom de Notre-Dame de Boulogne. Mais, conformément aux devoirs d'une bonne administration, voulant sans doute éviter à ses vassaux les procès qu'occasionneraient peut-être un jour des donations faites à la nouvelle église, et qui pourraient être réclamées par la mère au détriment de la fiUe, l'abbesse arrête que la paroisse s'appellera désormais Bodlogne-sur-Seine.
Cela semble dire que jusqu'alors la petite chapelle du Parisis portait^ans façon le nom de l'église morinienne (ou picarde), qui avait été comme son berceau; et la charte octroyée par l'abbesse de Montmartre ne dut pas agir dès le premier jour très-efficacement sur le langage populaire, qui est rétif aux nouveautés. On peut même conjecturer que le nom de Boulogne-sur-Mer demeura en usage sur les bords de la Seine pour la nouvelle paroisse, longtemps après avoir cessé d'être le mot officiel. Aussi, croyons-nous que les divers pkmbs trouvés à Paris avec le nom ancien avaient surtout pour objet la fondation nouvelle plus à portée de la capitale. Cependant, comme la confrérie parisienne avait pour origine le pèlerinage primitif, il est permis de penser que les gens d'ici qui allaient retremper leur dévotion à sa source auront emporté de Paris des enseignes rappelant ainsi à la fois (pour l'aller comme pour le retour) les deux termes du pieux voyage. Ainsi, la fabrique parisienne peut avoir desservi l'une et l'autre Boulogne.
N'oublions pas que, pour entretenir la première ferveur, on offimt à la vénération des fidèles, dans l'église de Boulogne-sur- Seine, un morceau de la vénérable image de Notre-Dame de Bou-
logne-sur-Mer. Cette relique, que la Révolution de 93 a fait disparaître, était sous la protection du roi, comme celle du trésor de la Sainte-Chapelle ; elle ne pouvait sortir de Téglise que par arrêt de la chambre des Comptes, comme appartenant originairement au roi, qui permettait qu'on la portât, une fois par an, sous un dais et pieds nus, avec flambeaux et encens, à l'abbaye de THumilitéde-la-Sainte-Vierge, bâtie par sainte Isabelle, et dite de Notre- Dame de Longchamps.
On lisait sur les registres des confrères une inscription indiquant la filiation qui existe entre la confrérie de Boulogne-sur-Seîne, et celle de Boulogne-sur-Mer. En voici les expressions textuelles :
c Magna confraria Dominas nostrsB Boloniensis juxta mare,
< constans peregrinis utriusque sexus; fiindata in ecclesia
< Dominas nostrœ Bolonias parvœ juxta Sequanam. » C'est-à-dire : La grande confrérie de Notre-Dame de Boulognesur-Mer, composée de pèlerins de l'un et l'autre sexe, qui avaient été à Boulogne rendre leurs hommages à la sainte Vierge, a été fondée en l'église de Notre-Dame de Boulogne-la-Petite, qui est près la Seine.
NOTRE-DAME DE BOULOGNE
VASIÉTÉ.
Vw^eau gothique voguant à droite; il est maté d'un seul mât et garni de haubans et d'une grande voile, dont la partie droite manque. Le bâtiment a ses châteaux de poupe et de proue. Sous ce dernier est attachée une ancre. Vers le centre du vaisseau, on voit une échelle. Au milieu du bâtiment etadossée à la voUe, la Vierge debout, couronnée et nimbée, lient l'Enfant Jésus sur son bras droit.
Sur le château de poupe, un ange, debout, sonne d'une trompette garnie d'un tablier chargé d'une croix.
Cette enseigne, de la fin du XV' siècle, a été trouvée au Pontau-Change, en 1862.
NOTRE-DAME DE BOULOCHE
Vaisseau gothique voguant à droite ; il est maté d'un seul mât et garni de haubans et d'une grande voile carrée surmontée d'un château de hune. Le bâtiment a ses châteaux de poupe et de proue. Sous ce dernier est attachée ime ancre, retenue contre le bordage par un câble passé danaun anneau fixé sous le fer de cet instrument. Vers le centre du vaisseau, on voit une échelle. Enfin, pliis près du château de poupe, s'ouvre un énorme sabord, par lequel on aperçoit la tête d'un personnage. Au centre du bâtiment, la Vierge, debout, tient l'Enfant Jésus sur son bras droit. Ces deux personnages ont la tête nimbée et se détachent sur la voile, qui est chargée dans le haut de la légende :
NOCTEB DA (Nostre-Dame).
Sur le château de prone statioane, debout, un auge panùssant sonner de la trompe. Un autre personnage devait également se trouver sur le château de poupe, ainsi que l'indiquent quelques arrachements à l'endroit où nous croyons que ses pieds posaient. Sous les ondes qui soutiennent le vaisseau, ou remarque un crochet, dont je ne sais que dire.
L'avers, ci-joint, qui donne la silhouette du'droit, est garni d'une aiguille horizontale avec son arrêt.
Cette enseigne, de la fin du XV" siècle, a été trouvée au Pontau-Change, en 1854.
NOTRE-DAME DE BOULOGNE
VAEIÉTÉ DU PLOMB PBÉCISdENT.
Vmsseau voguant à gauche, garni de haubans et d'une grande Toile. Ce bâtiment a son château de poupe, mais cdui de proue manque totalement. Près du château de poupe, existe un sabord fermé. A l'autre extrémité est attachée une ancre.
Au centre du bâtiment et adossée à la voile, la Vierge est debout, la tête couronnée et ulmbéc, tenant l' Enfant Jésus sur son bra3 droit. Le haut de la voile est chargé d'un listel portant la légende :