‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la SeineChapitre 36 sur 36 · SAINTES · texte numérisé non relu

SAINTES

SAINTE MÂRIE-MtDELEINE.

e en plomb dn XIV* siècle, évidemment rognée, on fort entamée, trouvée au Pont-au-Cliange, en 1849.

Elle repréeente dans le champ Notre^igneur assis sur une ehaière k dos peu élevé ; il étend la mwn vers Marie-Madeleine, qui est prosternée devant lui dans une position suppliante. Probablement la pénitente vient de répandre sur les pieds de Jésus-Christ le parfum rappelé par le vase indiqué au-dessus de notre sùnte. A côté de ce vase est un écusson que l'on peut blasonner aio» : D'or à quatre pals de gueules, qui est Aragon (Catalogne).

A gauche, derrière le Sauveur, un autre écusson, qui est d'Anjou ancien, semé de Fruice au lambel de gueules, avec une bande d'argent pour brisure, qui est Sicîle-Tarente.

Autour se lisait la légende aujourd'hui un peu tronquée :

SIGNTJM : BEATE : MARIE : MAGDALENE, et dans le champ :

SANCTI : MAXIMIN (i).

En considérant cette enseigne attentivement, il n'est pas difficile d'y remarquer tous les caractères d'un monument du XIV' siècle ; elle rappelle la mémoire du culte que l'on rendit avec tant de ferveur à sainte Marie-Madeleine, pendant le moyen âge, dans le couvent de Saint-Maximin en Provence.

M. l'abbé Faillon, dans son histoire des Monuments inédits sur 1^ apostolat de Marié-Madeleine, donne des détails fort curieux sur le pèlerinage à Saint-Maximin et sur la fabrication de ces enseignes de plomb.

« Les gentilshommes signalaient leur piété envers sainte Madeleine, en ordonnant qu'après leur mort on transportât leurs restes à Saint-Maximin ou à la Sainte-Baume pour y être inhumés, ou en y fondant des prières ou d'autres bonnes œuvres pour eux et pour leur famille. Le commun des pèlerins se contentait de gagber l'indulgence attachée à la visite de ces saints lieux et en rapportait une petite image de plomb représentant sainte Madeleine . On coulait de ces images dans des moules en fer ou en cuivre qui appartenaient à la sacristie du couvent ; et il n'y avait d'autres marchands autorisés à faire ce commerce dans le pays que ceux à qui le sacristain remettait ces moules.

« Les choses persévérèrent ainsi jusqu'après la contagion qui ravagea la Provence sous la reine Jeanne, et changea en quelque

sorte la face de ce pays. Après ce fléau , il arriva que plusieurs personnes de Saint-Maximîn, ou qui étaient venues s'y fixer, firent graver de nouveaux moules et vendirent des images de plomb aux pèlerins; mîds, soit que la sacristie fût privée par là d'une petite redevance, soit que ces nouvelles images fussent trop défectueuses pour porter le public à la dévotion, les religieux s'élevèrent contre ce commerce non autorisé par eux, et portèrent l'affaire de ces images au jugement du roi et de la reine. Louis de Tarente et Jeanne écrivirent, en conséquence, aux magistrats de Saint-Maximin, le 29 avril 13S4, que si la coutume contraire alléguée par les religieux était certaine, ceux-ci devaient être maintenus dans leur possession, et que, dans oe cas, on eût à défendre à tous marchands, sous menace de grièves peines, de vendre de ces sortes d'images dans le lieu de Saint-Maximin, sans y être autorisés par le prieur. H y a lieu de croire que les religieux furent maintenus, caria coutume qu'ils alléguaient en leur faveur remontait au moins àl'annéelSH.»

Notre enseigne était-elle de celles qui avaient la garantie du gouvernement; ou, malgré ses armoiries, appartiendrait- eUe à la fabrique taxée de fraude par le sacristain du XIV* siècle? Les moyens de comparaison nous manquent pour prononcer en connaissance de cause. Ceux qui faisaient concurrence au couvent pourraient ' bien avoir affecté des marques officielles propres à faire valoir leur industrie j l'humanité n'étant pas aussi lente au progrès qu'on voudrait nous le persuader. Il y a longtemps que les hommes savent se supplanter en affaires d'intérêt : et les Phocéens de Provence ou les Carthaginois auraient pu nous en remontrer à cet égard, si ce n'était qu'ils ont rencontré Bome sur leur chemin.

SAINTE GENEVIÈVE

Sainte Geneviève debout, vêtue à la royale, la tête nimbée et couverte d'une couronne fermée et fleurdelisée. Elle tient un livre de la main droite, et dans sa gauche un flambeau allumé, qu'un diable, posé sur son épaule, s'efforce d'éteindre avec un soufflet, A droite pouvait être un ange chargé de rallumer le cierge. C'est la traduction que l'art populaire a faite du récit exposé comme il suit, dans la vie des saints :

€ Ayant grande dévotion au glorieux martyr saint Denis et à

ses compagnons, elle désira leur faire bâtir une église De Paris,

elle y allait d'ordinaire à matines, accompagnée de plusieurs filles dévotes. Le diable, en étant envieux, suscita un vent quiesteignit le cierge qui les éclairait ; mais soudain le prenant en main, elle le ralluma sans que depuis le vent le pût aucunement esteindre. >

On croit qu'il s'agit de Saint-Denis-de-l' Eslrée, dans le récit de ce prodige, et non pas de Vabbaye de Saint-^Denis. Quoi qu'il en soit, le fait et sa conséquence iconographique étaient bien acceptés à Paris où l'on ne se piquait pas d'esprit fort au temps passé. On peut en juger par la Ligue et par le nom des rues dédiées à des saints, qui y étaient plus nombreuses qu'en aucune autre capitale, si je ne me trompe. Ceci soit dit sans blesser la municipalité actuelle, qui, aussi bien, ne sera peut-être pas fâchée de connaître les antécédents de ses devanciers.

Le costume royal donné à la vierge de Nanterre, qui était sinon bergère, du moins paysanne, fait peut-être allusion à son patronage, anciennement reconnu par la capitale de la France. A vrai dire, même, plusieurs faits pourraient établir qu'une grande partie du royaume l'honorait solennellement au moyen âge. Mais ce qui ne souffre aucun doute, c'est que les Parisiens faisaient profession d'une piété très- enthousiaste pour sainte Geneviève; et malgré l'indifférence religieuse de bien des hommes aujourd'hui, la sainte est loin d'avoir été oubliée par le peuple de Paris et des environs. Il est aisé d'en juger encore à son tombeau le jour de sa fête (3 janvier) et durant toute Toctave.

Cette enseigne me paraît être du XVP siècle ou des premières années du X VIP, et a été trouvée au Pont-au-Change, en 1856.

SAINTE GENEVIÈVE

Ce plomb reprfiaente sainte Geneviève debout, la tête entourée du nimbe timbré d'une croix, tenant de ia ra^n droite un livre ouvert et de la gauche un cierge. Le nimbe croisd est un signe qui ne se donnait, en bonne iconographie, qu'aux personnes divines. Mais l'époque du monument et l'ignorance de l'ouvrier qui l'exécuta doivent être prises en considération et servir d'excuse à cette bévue. La Rcnfùssancc se piquait d'ignorer tout ce qui u'avMt pas quelque chose comme mille ans de date, et les usages du passé immédiat s'y éteignaient chaque jour dans le mépris. Son enthousiasme pour l'antiquité avait du bon, mais il n'aurait pas fallu le pousser jusqu'à oublier les faits de la veille, que nous avons été réduit à rechercher ensuite à la sueur de notre front.

Dans le champ un petit diable, armé d'un soufflet, éteint le

cierge de la sainte. A droite, un ange ralliune ce cierge au moyen d'un grand flambeau.

On voit sur le revers la châsse de la sainte, au-dessous de laquelle se trouve la date de 1529, écrite en caractères anciens assez mal formés.

Une représentation de la châsse, accompagnée de date, rappelle que les grandes reliques de sainte Geneviève n'étaient retirées de leur place ordinaire pour être portées en procession, que dans des circonstances d'intérêt public ; et c'était alors une grande affaire à laquelle prenait part toute la ville, avec ses cours souveraines et ses communautés religieuses, paroisses, corporations, etc., avec des formalités qu'il faut voir dans la Vie de sainte Geneviève^ par M. l'abbé B. Saintyves (p. 349). Le droit de porter la châsse était fort recherché, sans qu'il fût aisé de l'obtenir. Les orfèvres de Paris y étaient admis, pour une très-petite partie du trajet que faisait leur procession (du cloître des Genovéfains à la cathédrale), et le reste était réglé par une étiquette sévère dont on n'était pas libre de varier la pragmatique, fixée rigoureusement.

Or précisément en 1S29, la châsse fut descendue pour les fêtes célébrées à propos de la paix que le traité de Cambrai venait de donner ou de promettre à la France, après les guerres d'Italie et la captivité de François I".

La châsse de sainte Geneviève fut renouvelée plus d'une fois et, enfin, portée à la Monnaie pour y être fondue, en brumaire 1793 (an II), où les patriotes s'applaudirent beaucoup de ce que son transport s'était effectué sans encombre. Elle est aujourd'hui comme remplacée par le tombeau de la sainte, honoré dans l'église de Saint-Etienne-du-Mont, depuis 1803.

Ce plomb a été trouvé au pont Saint-Michel, en 1853.

SAINTE GENEVIEVE

TABIÉTlS.

Lb sainte debout, la t&te nimbée, tient de la main droite un cierge, et de la gauche un livre ouvert. Au-deasouB du ciei^ un diable semble vouloir l'éteindre, toujours par le moyen d'un petit ftoufflet(peudistinct).Unange, volant vers l'épaule gauche de sainte Geneviève, rallume le flambeau. Aux pieds de la sainte, une petite plante fleixrie. Le tout est encadré d'une torsade.

Cette ensdgne, du XVI' siècle, a été trouvée au pont Saint- Michel, en 1861.

SAINTE GENEVIÈVE

VASIIÎTÉ.

Ce petit reliquaire, en fonne de cœur, est bordé des deux côtés d'un grènetis, d'une rangée de perles et d'un filet. La pièce est garnie d'un anneau de suspension ; elle était apparemment destinée à être portée au cou, usage que beaucoup de paysannes maintiennent encore, et qui valait bien les modes récentes où les dames (les campagnardes même) ont trouvé que les croix et cœur sur leur poitrine étaient décidément roeoco. t Nous avons changé tout cela, I comme disait Molière, à propos de médecine. Ce n'est certainement pas ce que le progrès a fait de mieux.

Ce plomb, de la fin du XVI' siècle, a été trouvé au pont de l'Archevêché, en 1861 .

SMNTE GENEVIËU.

Petite médaille en plomb, bordée des deux côtés d'un grènetis cordonné. Dans le champ, sunte GeneTiève debout, la tête nimbée, tient de la main gauche un cierge, et de la droite un livre ouvert. Aux pieds de la BÙnte, un diable, armé d'un soufQet, cherche à lui éteindre son flambeau.

Cette petito enseigne, du XVII' siècle, a été trouvée au pont d« VArcheTêché, eu 1861.

SAINTE GENEVIÈVE

VARIÉTÉ

Petite plaque en plomb garnie, à son extrémité supérieure, d'un anneau de suspension. Dans le champ, sainte Geneviève debout, la tête nimbée, tient de la main gauche un cierge, et de la droite un livre ouvert. Au-dessous du cierge, un diable, armé d'un soufflet, cherche à te lui éteindre.

Cette composition est entourée d'une bordure de perles.

Ce plomb, du XVII" siècle, a été trouvé au pont Notre-Dame, en 1860.

SAINTE GENEVIÈVE

Flaque en plomb surmontée d'un anneau de suspension. Dans le champ, sainte GeneTiève dcbeut, la tête nimbée, tient de la main droite un cierge allumé, et de la gauche un livre ouvert. A droite, un diable éteint son cierge, tandis que d'un autre côté un ange le lui rallume.

Ce plomb, du XVII' siècle, a été trouvé au Petit-Pont, en 1861.

SAINTE GENEVIÈVE

VARIÉTÉ

Petite plaque ovale. Dans le champ, la sainte tient de son bras gauche un cierge, et de la main droite un livre ouvert. A la gauche de sainte Geneviève, le diable cherche à éteindre le cierge qu'elle porte.

Cette plaque, du XTIl" siècle, a été trouvée m pont Notre- Dame, en 1856.

Huit enseignes de sainte Geneviève trouvées à Paris, il n'y a pas de quoi surprendre ceux qui savent combien la bonne sainte était aimée dans lagrude ville. On n'a qu'à jeter les yeux sur les anciens Almanachs spiritueti^ pour voir combien le culte de cette vierge célèbre fut en honneur parmi les Parisiens jusqu'à la révolution de 92. Une église, sans compter les chapelles (comme à Saint-Roch), avait été construite, sous le nom de Sainte-Genevièvedes- Ardents, pour rappeler spécialement la disparition d'une fièvre endémique qui éclata du temps de Louis YII. Et le docte Erasme, qui louvoya si longtemps entre Luther et TÉglise, peut compter parmi les clients de la patronne de Paris. « Tremblant la fièvre (comme dit le pieux et savant sorboniste André Duval) au collège de Montaigu, il se voua à cette sainte pour en être guary; et ce fut incontinent par sa ferveur pour s'acquitter de son vœu et la remercier, il composa un panégyrique qui se voit encore à présent près de sa châsse. » M. l'abbé M. B. de Saintyves (p. 192 et suiv., et 340 et suiv.) cite ce petit poëme d'après les œuvres de l'humaniste hollandais, en qui personne n'a coutume de signaler une dévotion exagérée. La maladie d'Érasme et sa guérison semblent avoir eu lieu vers l'époque indiquée plus haut pour la descente de la châsse, D nous dit lui-même qu'il s'agissait d'une fièvre quarte, et appelle en témoignage son médecin bâlois Guillaume Cop, pour attester l'état misérable où il se trouvait réduit, malgré les soins du disciple d'Hippocrate, ne voulant pas qu'on pût révoquer en doute l'action de sainte Geneviève dans sa guérison :

Prodigiosa loquor, sed compertissima ; stratis Exsilio, reddor studiis, vestigia nullaj Sentio laDpuoris, nec inertis taedia febris,

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