ET CHEZ AUBRY, LIBRAIRE, RUE DAUPHINE
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AVANÏ-PROPOS
'ans les quatre premiers volumes de ma collection, j'ai cru parfois expliquer assez heureusement diverses trouvailles patiemment réunies ; mais je n'ose plus guère me flatter du même avantage pour la série actuelle.
J'aurai, cette fois, à décrire des pièces nombreuses, généralement de petite dimension. J'avais beau les distribuer en groupes similaires , de mon mieux , elles ont été pour moi l'objet d'études pénibles qui ne m'ont pas toujours satisfait. Aussi ai-je dû quitter ce travail et m'y remettre à plus d'une reprise, lassé que j'étais de voir apparaître peu de résultats qui emportassent la conviction. Bien longtemps ces pièces me sont demeurées h peu près inexplicables, et beaucoup d'entre elles ne me semblent pas encore arrivées au point de recevoir une attribution franchement plausible.
Néanmoins, il me semblait difficile d'admettre que l'on en eût
tabriqué un aussi grand nombre sans une utilité vraiment pratique et sans avoir à en faire un assez fréquent emploi. Leur défaut de valeur intrinsèque me portait, en outre, à croire que l'usage de ces petits monuments appartenait surtout à la classe peu aisée, ou devait avoir servi de simple certificat pour quantité de transactions journalières destinées à être vérifiées plus tard par tel ou tel petit parquet d'agents responsables qui concentraient la vérification dernière de toutes les dépenses relatives au bureau de chacun d'eux.
Enfin, après force tâtonnements, j'ai pensé que les types de plusieurs groupes permettaient de les rattacher à des offices, à des professions, à l'acquittement de certains droits dont nous avoûs perdu la trace, et que ma collection pourrait faire retrouver (moyennant patience et longueur de temps).
Aujourd'hui que les vieilles chartes sont étudiées, dans leurs moindres clauses et conséquences, par bien des hommes comi)étents, on a tout lieu d'espérer ce favorable résultat. Une considération, d'ailleurs, qui n'est point exempte de poids, semble corroborer cette idée.
A une époque où le nombre des gens sachant lire et écrire était fort restreint parmi les tâcherons et journaliers de toutes sortes, il était nécessaire d'établir entre les marchands en irros et les détaillants, entre les patrons et les ouvriers, un mode de comptabilité qui fut praticable pour tous dans leurs rapports quotidiens. L'emploi des méreaux présentait en ce genre un système assez simple et tout à fait approprié aux liabitud(!S populaires.
Que savons-nous d'un peu positit, par exemple, sur l'oiganisation des marchés qui approvisionnaient les grandes villes durant le moyen âge? Le savant J.-B, Biot, malgré ses titres à bien d'autres souvenirs pour les siècles futurs, aimait à rappeler qu'il avait coopéré lui-même sous la Restauration à certains règlements établis pour le service de nos halles parisiennes. 11 racontait même que divers marchés des Flandres lui avaient servi de modèles pour régulariser et rendre plus rapides les échanges énormes qui se font tous les matins en ce genre dans tous les grands centres de consommation. Si cet homme distingué par sa science trouvait encore, vers 18 lo, que nous avions des emprunts à faire aux Belges, qui nous dira ce que faisaient les ancêtres du peuple parisien au temps de saint Louis ou des Valois, pour les phi s minces détails d'un commerce où tant d'intérêts privés et publics se trouvaient engagés tous les jours?
Nul n'avait envie, alors pas plus qu'aujourd'hui, de se laisser duper, surtout en affaires de négoce habituel, et des rapports si fréquents avaient sans aucun doute été surveillés d'assez près par les ayants cause. De là sera sortie une régularisation qui n'était assurément pas trop aveugle de part et d'autre. C'est ce que nous avons à percer pour y voir clair.
J'ai adopté un classement qui sera sans doute remanié, à la suite des recherches que le temps amènera sous la main de travailleurs spéciaux; et j'avoue franchement que je n'ai pas coordonné mes groupes sans une grande hésitation.
11 me faut donc reconnaitre, tout le i)remier, que la modestie
m'est un devoir quand je propose mes solutions un peu hasardées. J'espère néanmoins que les gens d'étude voudront bien m'accorder quelque indulg-ence, à raison des difficultés de toutes espèces que présente une question numismatique et commerciale sur laquelle un ne possède encore aujourd'hui aucuns documents réunis en pareil nombre. Commencer une œuvre et h perfectionner n'appartient pas à la même main. Ceux qui conduiront plus loin ces recherches, en les éclairant par des investigations qui n'étaient pas à ma portée, voudront bien se souvenir que j'avais à défricher un terrain presque entièrement neuf.
Les hommes d'étude savent combien il faut risquer, quand on ouvre la voie. Je puis donc attendre d'eux une vraie sympathie pour des essais aussi laborieux, où je ne prétends qu'au rôle modeste de pionnier. Si je voyais, de mon vivant, s'édifier là-dessus les premières assises d'un édifice régulier, je ne serais pas insensible au plaisir d'avoir creusé les fondements. En tout cas, et si tard que l'effet se produise, je n'aurai probablement pas été entièrement inutile à la Numismatique populaire. C'est ce qui m'a soutenu dès que j'ai pu comprendre qu'il y avait dans mes curiosités de quoi faire cultiver cette branche del'archéologie moderne ; on conviendra, ce me semble, que je ne m'y suis pas épargné, tout en ne me proposant que de réunir des matériaux où des gens plus habiles et de plus de loisir trouveraient probablement de quoi passer outre.