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DE FONTAINEBLEAU A L'ILE-D'ELBE

DE

A L'ILE SAINTE-HÉLÈNE, EN l8l5.

DE

Irahi, vaincu à Waterloo, Napoléon n'avait pas encore désespéré du salut de la France, il était accouru à Paris, pour chercher les moyens dere'parer la perte dune bataille : une armée nombreuse et aguerrie allait se reformer sous les murs de Paris, et la victoire pouvait couronner encore celui qu'elle avait presque toujours favorisé. Bonaparte offre le secours de son génie, l'appui de son glaive, à la chambre des représentai qui les refuse et sollicite l'abdication de l'empereur : on lui présente cet acte comme nécessaire au bonheur delà patrie; à ce nom Napoléon dépose le diadème aux pieds du peuple et redevient citoyen dans les jardins de l'Elysée. Cependant les illusions de la gloire survivaient à la puissance déchue; d'anciens et de récens souvenirs protégeaient encore le vainqueur de Lodi et de Marengo : il y a peu de

haines qui ne pardonnent au malheur et Napole'on j précipite' du trône , exposé à la fureur des partis , dans un moment de crise, inspirait un intérêt général. La foule se pressait autour de l'Elysée et invitait même Napoléon à se replacer à la tête des armées , pour obtenir du moins unepaix honorable, pour sauver laFrance de toutes les injures de la conquête et de l'invasion ; mais d'un autre côté, la chambre des représentais abusée sur la situation des affaires , trompée par de perfides promesses venait remercier Napoléon de son abdication, comme du plus grand, du plus généreux sacrifice.

Ferme dans sa résolution , Bonaparte voulut éviter tout ce qui pouvait faire soupçonner en lui l'espoir de remonter sur le trône. D'ailleurs les hommages et les acclamations du peuple avaient alarmé l'ombrageuse opinion de quelques députés; Napoléon jugea que sa présence dans la capitale pouvait être une occasion de trouble et le 2D juin , il se rendit à la Malmaison.

Le gouvernement provisoire avait décidé que Napoléon se rendrait à File d'Aix et qu'à cet effet le ministre de la marine mettrait deux frégates à sa disposition. Le général Becker fut chargé de le conduire à Rochefort et de surveiller son cm-

barquement. Ce gênerai arriva le 2g à la Malmaison et annonça à l'empereur la triste mission qui lui avait été confiée. Napoléon fit offrir au gouvernement provisoire ses services pour marcher, comme citoyen, à la tête des troupes rassemblées devant Paris , repousser l'armée prussienne et confondre l'insolence de Blùcher. Paris délivré, il aurait continué sa route et se serait rendu à sa destination; le gouvernement provisoire refusa l'offre de Napoléon, qui quitta Malmaison le 2g juin au soir, et se dirigea vers Rochefort.

Aucun événement important de Malmaison à Rochefort : voyageant dans le plus strict incognito, il arriva dans cette dernière ville le 3 juillet : sur la route la population était agitée; elle attendait avec anxiété les nouvelles de Paris, et mille bruits faux et contradictoires accroissaient encore celte inquiète incertitude. Au moment où Napoléon passait à Niort . on y croyait généralement qu'une grande bataille avait été livrée sous les murs de Paris et que l'empereur avait anéanti l'armée prussienne.

A Rochefort, Napoléon était logé à la prélecture; il avait déposé le costume militaire et se montrait fort peu , quoique la foule, curieuse de

le voir, se pressât autour de l'hôtel; il parut trois ou quatre fois à la galerie et des acclamations l'accueillirent. Des personnes qui l'avaient accompagné, il ne recevait guère que les généraux Bertrand et Savary : il était calme et semblait devenu tout à coup étranger aux événemens qui venaient de se passer ; il ne semblait pas encore songer aux préparatifs du départ.

Cependant mille occasions se présentaient à lui pour échapper aux périls quil'environnaient, aux embûches de ses ennemis. Il devait douter du moins de la possibilité d'une retraite aux États-Unis ; la croisière anglaise pouvait y mettre obstacle et il n'était pas certain que Fouché n'eût eu le dessein de livrer Napoléon à ses ennemis. Plusieurs généraux, des armaieurs, vinrent offrir leur dévouement : des propositions arrivèrent de toutes parts. Napoléon les refuse toutes , s'embarque le samedi pour Fourras, où il arrive le soir et couche à bord de la frégate la Saal. Le lendemain matin, il débarque à file d'Aix , dont il visite en détail toutes les fortifications , et revient déjeûner à bord de la frégate. Le gouvernement provisoire avait promis des sauf-conduits à Napoléon , pour qu'il pût se rendre aux États-Unis; avaient-ils été

envoyés à la croisière anglaise ? Le duc de Rovigo et le comte de Las-Cases sont envoye's dans la nuit du dimanche au lundi, vers le commandant. Celui-ci re'pond qu'il n'a pas encore reçu les sauf-conduits, mais qu'il va consulter l'amiral. Les envoye's de Napole'on demandent s'il peut sortir sur les frégates françaises ? en arborant pavillon parlementaire ; on leur déclare qu'elles seront attaquées. Les envoyés proposent le passage sur un vaisseau neutre , l'amiral anglais annonce que tout bâtiment neutre sera visité avec soin et peut-être même conduit en Angleterre; cependant il propose d'aborder sur ses côtes en repoussant toute idée de surprise et de violation du droit des gens. Le duc de Rovigo et le comte de Las-Cases étaient de retour auprès de Napoléon, à deux heures après midi.

Les Anglais craignaient que Napoléon ne leur échappât : aussi le vaisseau , le Bellérophon ? à bord du quel avaient été le duc de Rovigo et le comte de Las-Cases, vint immédiatement après leur départ mouiller dans la rade des Basques : les batimens anglais et français se louchaient presque. La position de Napoléon devenait donc fort embarrassante ; il ne savait quel parti prendre. Le douze juillet, il débarque à File

d'Aixoù il est reçu avec enthousiasme par la population. Le vendredi quatorze , le comte de Las-Cases retourne j avec le général Lallemand à bord du Bellérophon y pour savoir si la réponse du gouvernement anglais est enfin arrive'e. Le capitaine Maitland répond qu'il l'attend à chaque instant , mais que si Napole'on veut dès cette heure s'embarquer pour l'Angleterre, il est autorisé à l'y conduire , il lui semble naturel que les lois de l'hospitalité soient observées à son égard j comme à l'égard de tous les étrangers qui vont chercher un asile en Angleterre : La générosité du caractère anglais est connue et est une garantie de l'honorable accueil que Napoléon doit éprouver à Londres. Le malheur est sacré en Angleterre, et il est hors de doute que F ex-empereur n'y trouve les esprits favorablement disposés. Le comte de Las-Cases et le général Lallemand reviennent auprès de Napoléon ; il était onze heures du matin.

Un conseil s'assemble, composé des fidèles serviteurs de Napoléon; il discute avec lui la détermination la plus convenable et la plus sûre. Les offres de bâtimens neutres présentaient peu de chances de succès; la croisière anglaise était un obstacle im incible au départ. Les frégates

françaises avaient refuse' de le protéger, et d'ailleurs les forces n'e'taient pas égales. Enfin on décide que Napoléon se rendra sur le Bellérophon, et il écrit au prince régent une lettre conçue en ces termes :

Altesse royale ,

« En butte aux factions qui divisent mon pays » et à l'inimitié des plus grandes puissances de » l'Europe, j'ai consommé ma carrière politique. » Je viens , comme Thémistocle , m'asseoir sur » le foyer du peuple britannique. Je me mets » sous la protection de ses lois , que je réclame )) de votre altesse royale, comme celle du plus » puissant, du plus constant , du plus généreux )) de mes ennemis. ))

Le comte de Las-Cases et le général Gourgaud retournent à bord du Bellèrophony pour annoncer au capitaine Maitland la venue prochaine de Napoléon, et lui remettre la lettre qu'il venait d'adresser au prince régent. Le général Gourgaud était chargé de la porter en Angleterre : le capitaine Maitland le fit partir immédiatement à bord de la corvette le Slanv.

Le samedi l5 juillet, Napoléon quitta l'île d'Aix, et s'embarqua sur le brick YEperffet'j qui se dirigea vers le Bèllérophtm ; le veut ci la

marée s'opposaient à ce qu'il pût l'approcher. Le capitaine Maitland envoya son canot au-devant ; Napole'on y descendit avec ses officiers. En abordant le Bellérophon, il dit au capitaine Maitland : « Je viens à votre bord me mettre » sous la protection des lois de l'Angleterre. » Le capitaine ce'da sa chambre à Napole'on, à qui tous les officiers du vaisseau furent présente's : il visita ensuite toutes les parties du bâtiment. Vers les trois heures, on vit arriver au mouillage le Superbe y de 74 canons , où se trouvait l'amiral Hotham 5 commandant delà station. L'amiral vint présenter ses hommages à Napoléon . celui-ci voulut visiter le Superbe , vaisseau amiral , un des plus beaux de la marine anglaise. Le lendemain, il y alla déjeûner avec ses officiers; lord Hotham le reçut avec tous les honneurs dus à son rang. Napoléon examina avec une scrupuleuse exactitude toutes les parties du Superbe. Vers une heure , on était de retour à bord du Bellérophon, et l'on mit sous voiles pour l'Angleterre.

Du lundi au mardi, le temps fut très-calme , et le vaisseau avança très-peu : mais le mercredi, un vent vif s'élant élevé, on espéra voir bientôt les côtes d'Angleterre. Ledimanche , 20 ju illet

on aperçut Ouessant, et le lendemain, vers les huit heures , on jeta l'ancre dans la rade de Torbay. Aussitôt le capitaine Maitland expédia un courrier à lord Keith , son amiral-géne'ral , qui était à Plymouth. Le général Gourgaud rejoignit Napoléon ? après avoir fait remettre sa lettre au prince régent.

Aussitôt qu'on sut que Napoléon était à bord du Bellérophon y la rade se couvrit d'embarcations; on accourait de vingt lieues de distance , pour tâcher de voir l'homme le plus extraordinaire de son siècle. Mais dans la nuit, le gouvernement anglais expédia l'ordre au capitaine Maitland de se rendre à Plymouth. Le Bellérophon appareilla de bon matin , et il arriva vers quatre heures de l'après-midi dans la rade de cette ville. Le vaisseau fut environné de canots armés , qui empêchèrent les curieux de l'approcher. Cependant rien ne transpirait en • core sur la détermination du gouvernement anglais, à l'égard de Napoléon, qui s'était confié dans sa générosité, et qui ne soupçonnait pas de perfidie. L'amiral Keith ne vint pas saluer Napoléon, et deux frégates manoeuvrèrent sur le Bellérophon, de droite et de gauche. Alors le bruit se répandit qu'elles allaient enlever Bonaparte et le conduire à Sainte-Hélène.

Les officiers anglais avaient un air embarrassé, taciturne , qui annonçait quelque e'vénement sinistre. La conduite de l'amiral Reith surtout éveillait d'étranges soupçons ; on ne concevait pas comment il e'vitait toute espèce d'explication, toute entrevue avec Napole'on. La présence de l' ex- empereur sur les côtes de l'Angleterre y avait produit une sensation singulière : on ne saurait se figurer l'ardente curiosité avec laquelle on se portait à Plymouth. On savait que Napoléon paraissait toujours vers les cinq heures sur le pont du vaisseau; alors on voyait tous les bateaux se réunir au nombre de plusieurs milliers, sous lesquels la mer disparaissait. Quand Napoléon se montrait, toute cette ville flottante s'agitait; les lorgnettes, les télescopes étaient dirigés sur le Bellérophon. Bientôt à la curiosi;é qui attirait toute cette foule, succéda un sentiment non moins vif, celui de la pitié et de l'intérêt réunis. D'abord on avait salué Napoléon , ensuite on alla jusqu'à faire entendre des acclamations. L'auguste personnage devint l'objet d'un enthousiasme général : on oubliait la haine qu'il avait toujours portée «à l'Angleterre, pendant son règne, on oubliait les maux qu il avait causés à ce pays ; on ne voyait que le héros malheureux. Mais les ministres s'irritaient de

DE NAPOLÉON. 32g

ces hommages rendus à Napoléon; ils conspiraient l'é'ternelle honte de l'Angleterre : lord Castlereagh souriait à la plus lâche des vengeances ? et violait les droits les plus sacrés de l'hospitalité'.

Le chevalier Banbury, sous-secre'taire d'état vint le samedi 5o juillet, avec lord Keilh, à bord du Belle'rophon pour notifier à Napoléon, la décision ministérielle j admis auprès de lui , ils lui annoncèrent sa déportation à l'île Sainte-He'lène. Voici le texte de la communication faite par lord Keith , au nom des ministres Anglais.

ce Comme il peut être convenable au général « Buonaparte d'apprendre sans un plus long » délai , les intentions du gouvernement britan- » nique à son égard, votre seigneurie luicommu- » niquera l'information suivante.

« Il serait peu consistant avec nos devoirs » envers notre pays et les alliés de sa majesté', » si le général Buonaparte conservait le moyen » ou l'occasion de troubler de nouveau la paix » de l'Europe , c'est pourquoi il devient abso- » lument nécessaire , qu'il soit restreint dans sa )) liberté personnelle , autant que peut l'exiger » ce premier et important objet.

» L'île de Saint-Hélène a été choisie pour sa

33o RELATION DU VOYAGE

a future résidence , son climat est sain 5 et sa » situation locale permettra qu'on l'y traite avec y> plus d'indulgence qu'on ne le pourrait faire » ailleurs ? vu les précautions indispensables )) qu'on serait oblige' d'employer pour s'assurer » de sa personne.

» On permet au gëne'ral Buonaparte de y> choisir parmi les personnes qui l'ont accom- » pagné en Angleterre , à l'exception des généy> raux Savary et Lallemand, trois officiers , les- » quels avec son chirurgien ? auront la permis- ;» sion de l'accompagnera Sainte-Hélène, et ne » pourront point quitter l'île , sans la sanction » du gouvernement Britannique.

» Le contre amiral sir George Gokburn ? » qui est nomme' commandant en chef du Cap » de Bonne-Espérance et des mers adjacentes , y> conduira le général Buonaparte et sa suite )) à Sainte - Hélène , et recevra des instruc- )) tions détaillées , touchant l'exécution de son )) service.

» Sir Georges Cokburn sera probablement )> prêt à partir dans peu de jours ; c'est pource quoi il est désirable que le général Buonaparte » fasse , sans délai , le choix des personnes qui y> doivent l'accompagner. »

Dans la nuit du 24 juillet le capitaine Maitîand reçut l'ordre d'appareiller, on avait répandu le bruit, à bord du Bellerophon, que Napoléon serait conduit à Sainte-Hélène par le Northumberland , or ce vaisseau e'tait encore à Chatam , ou à Portsmouth en armement et l'on pouvait penser que le départ pour le lieu d'exil serait encor différé au moins de dix jours. Cependant Napoléon , d'après le conseil de ses officiers , crut devoir protester contre la perfidie des ministres anglais. Il rédigea donc cet acte solennel et l'envoya à lord Keith.

Protestation.

x> Je proteste solennellement ici , à la face » du ciel et des hommes : contre la violence » qui m'est faite, contre la violation de mes droits » les plus sacrés , en disposant par la force de » ma personne et de ma liberté. Je suis venu » librement à bord du Bellérophon , je ne suis y> pas prisonnier, je suis 1 hôte de l' Angleterre; )) J'y suis venu à l'instigation même du capi- » taine , qui a dit avoir des ordres du gouver- )) nement de me recevoir et de me conduire en )) Angleterre , avec ma suite , si cela m'était

)) agréable. Je me suis présenté de bonne foi ,

;» pour venir me mettre sous la protection des )) lois d'Angleterre ; aussitôt assis à bord du y> Belle'rophon , je fus sur le foyer du peuple )> Britannique. Si le gouvernement, en don- )> nant des ordres au capitaine du Belle'rophon » de me recevoir ainsi que ma suite , n'a voulu » que tendre une embûche , il a forfait à l'hon- » neur et fle'tri son pavillon.

» Si cet acte se consommait, ce serait envain )) que les Anglais voudraient parler désormais y> de leur loyauté', de leurs lois et de leur liberté'. D) La foi britannique se trouvera perdue dans )> l'hospitalité' du Belle'rophon.

» J'en appelle à l'histoire: elle dira qu'un » ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple » Anglais, vint librement , dans son infortune , » chercher un asile sous ses lois ; quelle plus )) e'clatante preuve pouvait-il lui donner de son « estime et de sa confiance ? mais comment re'pon- )) dit-on, en Angleterre , à une telle magnani- » mite' ? on feignit de tendre une main hospi- » talière à cet ennemi , et quand il se fut livre )> de bonne foi , on l'immola. »

Signé NAPOLÉON.

A bord du Belle'rophon , à la Mer.

Du 4 au 6 août, la mer était grosse et le vent

violent; enfin on mouilla à Start-Point: le vaisseau pouvait trouver une rade plus sûre et plus commode à Torbai , qui est à peu de distance de Stard-Point. Cependant Napoléon apprit que cette manœuvre avait lieu pour être plus près duNorthumberland qu'on avait fait sortir précipitamment de Portsmouth , bientôt ce vaisseau parut avec deux frégates chargées de troupes pour l'île Sainte-Hélène.

Les Amiraux Keith et Cockbrun . vinrent le dimanche 6 à bord du Bellérophon j ils remirent à Napoléon un extrait des instructions relatives à l'exil à Sainte-Hélène , en lui annonçant que le lendemain il serait transporté sur le Northumberland avec les personnes qui devaient l'accompagner : voici deux pièces importantes , dont Napoléon prit connaissance.

Ordre de V amiral Keith au capitaine Maitlandj commandant le Bellérophon.

a Toutes les armes quelconques seront prises » des Français de tous rangs, qui sont à bord )) du vaisseau que vous commandez , seront )) soigneusement ramassées et demeureront à » votre charge tant qu ils resteront à bord du » Bellérophon, elles seront ensuite à la charge

» du capitaine de vaisseau à bord du duquel

)> ils seront transportés. »

Start Bay , 6 août i8i5.

Instructions des ministres à V amiral Cockburn.

«• Lorsque le général Buonaparte sera conduit » du Bellérophon à bord du Northumberland , » ce sera un moment convenable pour l'amiral » sir G. Cockburn de diriger la yisite des effets » que le général portera avec lui.

» L'amiral sir G. Cockburn laissera passer les » articles de meubles , les livres , les vins, que » le général pourrait avoir avec lui.

» Sous l'article des meubles , on comprendra « l'argenterie , pourvu quelle ne soit pas en » si grande quantité , qu'on pût la regarder » moins comme un usage domestique, que )> comme une propriété' convertible en espèces.

» Il devra abandonner son argent, ses diamans » et tous ses billets négociables de quelque na- » ture qu'ils soient.

» Le gouverneur lui expliquera quelegou- » vernement britannique n'a nullement linten- » tion de confisquer sa propriété, mais scule- » ment d'en saisir l'administration, afin de l'em- )) pécber d'en faire un moyen d'évasion.

» L'examen doit être fait en présence de » quelques personnes nomme'es par le général » Buonaparte , et un inventaire de ces effets » devra demeurer signé de cette personne aussi « bien que par le contre amiral , ou tout autre )> individu désigne' par lui pour assister à cet » inventaire. L'intérêt ouïe principal , suivant » le montant de la somme , sera applicable à )) ses besoins et la disposition en demeurera » principalement à son choix , à ce sujet , » il communiquera de temps en temps ses dé- » sirs, d'abord à l'amiral, ensuite au gou- » verneur , quand celui-ci sera arrivé , et à » moins qu'il n'y ait lieu à s'y opposer, ils donne- )> ront les ordres nécessaires et paieront les » dépenses par des billets tirés sur les trésor de » sa majesté.

» En cas de mort , la disposition des biens du » général sera déterminée par son testament , » les contenus duquel il peut en être assuré , » seront strictement observés. Comme il pour- » rait se faire qu'une partie de sa propriété » vînt à être dit celle des personnes de sa suite, » celles ci-dessus seront soumises aux mêmes » règles.

» L'amiral ne pr endra bord personne de

» la suite du général Buonaparte , pour Sainte- » Hélène , que ce ne soit du propre consente- )) ment de cette personne, et après qu'il lui » aura été expliqué quelle devra être soumise )> à toutes les règles qu'on jugera convenable )) d'établir pour s'assurer de la personne du » général. On laissera savoir au général que, » s'il essayait de s'échapper, il s'exposerait à )) être mis en prison , ainsi que quiconque de sa » suite qui serait découvert cherchant à favoriser )> son évasion.

« Toutes les lettres qui lui seront adressées * » ainsi qu'à ceux de sa suite, seront données d1a- » bord à l'amiral ou au gouverneur, qui les lira » avant de les rendre; il en sera de même des » lettres écrites par le général ou ceux de sa » suite.

)) Le général doit savoir que le gouverneur )> ou l'amiral ont reçu l'ordre positif d'adresser ») au gouvernement de S. M. tout désir ou re- » présentation qu il pourra faire : rien là-dessus » n'est laissé à leur discrétion ; mais le papier ;> sur lequel les représentations seraient faites » doit demeurer ouvert, pour qu'ils puissent y » joindre les observations qu'ils jugeront conve- » nables.

Napoléon, forcé de réduire sa suite à trois personnes, choisit le général Bertrand, le comte de Las-Cases et M. de Monlholon. Le général Gourgaud réussit à obtenir d'accompagner Napoléon à Sainte-Hélène, en faisant considérer le comte de Las-Cases comme civil; les instructions du ministère anglais ne pouvaient s'y opposer, puisqu'il ne permettait d'emmener que trois officiers, et le général Gourgaud eut à se louer du bonheur d'une interprétation que sans doute lord Castlereagh n'avait pas prévue.

Le 7 , Napoléon adressa à lord Keith une nouvelle protestation sur la violence qu'on exerçait sur lui , en l'arrachant du Beiïérophon. Un officier des douanes et l'amiral Cockburn vinrent visiter les effets de Napoléon. Ils saisirent quatre mille pièces de vingt francs , et en laissèrent quinze cents pour payer les domestiques. Le valet-de-chambre de Napoléon, Marchand, assista seul pour son maître à cette humiliante opération. Napoléon et sa suite passèrent à bord du Northumberland > vers les deux heures aprèsmidi.

L'espace en arrière du mat d'artimon contenait deux pièces en commun et deux chambres particulières : la première était la salle à man-

ger, d'environ dix pieds de large, ayant de long toute la largeur du vaisseau, éclaire'e par un sabord aux deux extre'mitës j et par un vitrage supe'rieur ; le salon e'tait compose de tout le reste, diminue de deux chambres syme'triques , à droite et à gauche , chacune ayant une entre'e sur la salle à manger, l'autre sur le salon. Napoléon occupait celle de gauche, où on avait dresse son lit de campagne; l'amiral avait celle de droite. Il avait été prescrit que le salon demeurât en commun et qu'il ne fût pas abandonné à Napoléon.

La table à manger suivait la forme de la salle. Napoléon s'y trouvait adossé au salon : à sa gauche était l'épouse du général Bertrand , à sa droite l'amiral, à la droite de celui-ci madame de Montholon : la table tournait alors. Sur le petit côté était le commandant du vaisseau j le capitaine Ross; en face de lui, sur le côté correspondant , était le comte de Montholon , z côté de madame Bertrand , puis le secrétaire du vaisseau. Restait le côté opposé à l'empereur, qui, à partir du commandant du bâtiment, était rempli par le général Bertrand , le général , le colonel du 53e régiment, le comte de Las-Cases et le baron Gourgaud.

Le 10, on fut tout à fait hors de la Manche; et

DE NAPOLÉON. 33q

on perdit la terre de vue : le vent était favorable, mais faible. Napole'on déjeûnait dans sa cbambre à des beures indéterminées. Napoléon appelait quelqu'un de sa suite tour à tour, pour connaître le journal du vaisseau, les lieues faites , l'état du yent. Il lisait beaucoup, s'habillait vers quatre heures, et venait alors dans la salle commune. Il jouait aux échecs avec un de ses officiers, et dînait à cinq heures. Le soir on jouait constamment au vingt et un : l'amiral et quelques Anglais étaient souvent de la partie. Napoléon quittait ordinairement le jeu après avoir perdu dix ou douze pièces de 20 francs.

On doubla le cap Finistère le 16 , le cap Vincent le 18. On était par le travers du détroit de Gibraltar le 19 , et on continua les jours suivans à faire voile le long de l'Afrique, vers Madère. Napoléon gardait la chambre toute la matinée ; la chaleur était insupportable : il ne s'habillait pas, et souvent il demeurait à peine vêtu. Il dormait très-peu, et se levait plusieurs fois dans la nuit.

Le 22, on eut connaissance de Madère; on arriva devant le port à la nuit. Deux balimens furent envoyés au mouillage pour les besoins de l'escadre : le vent souillait avec violence, et la

mer ëiait très-agitée. La chaleur augmentait encore; les communications avec la terre e'taient très-difficiles. Le 25 et le 26, on mit en panne une partie de la journée, pour répartir entre les bâtimens qui composaient l'escadre les provisions fournies par Madère, et on fit route avec une grande rapidité.

Napoléon paraissait s'ennuyer beaucoup : il ajouta à ses distractions habituelles une partie de piquet qu'il faisait vers les trois heures. A ce piquet succédaient quelques parties d'échecs avec le grand maréchal Bertrand , avec le comte de Montholon ou avec le comte de Las-Cases. Le dimanche 27 , on se trouva au jour au milieu des Canaries, sans avoir aperçu le fameux pic de Ténériffe, que l'on voit ordinairement, dans des temps plus favorables, à la distance de plus de soixante lieues. Napoléon s'entretenait trèssouvent avec ses officiers , et il leur racontait les détails de sa vie et les différentes périodes de sa fortune militaire (*).

(*) Napoléon est né le i5 août 1769.

Entré à l'école de Brieime le 1 779.

Passé à celle de Paris le 1783.

La navigation devenait de jour en jour plus monotone ; mais les occupations de jNapoléon l'empêchaient d'en sentir la fatigue et l'ennui. Il dictait régulièrement ses campagnes au comte Las-Cases : il le faisait appeler tous les jours vers onze heures du matin , écoutait la lecture de ce

Lieutenant dans le Ier régiment d'artillerie de la Fére le ier septembre i;#j.

Capitaine le 6 février 1792.

Chef de bataillon le 19 octobre 1793.

Général de Brigade le 6 février 1 794.

Général de division le .... 16 octobre 179J.

Général en chef de l'armée de l'intérieur ,

le 26 octobre 179J.

Général en chef de l'armée d'Italie le

2 3 février 1796.

Premier consul le 1 3 décembre 1799.

Consul à vie le 2 août i8o:>.

Empereur le 18 mai i8o4-

Couronné le 2 décembre iSoj.

Première abdication à Fontainebleau le

11 avril 1 1 S j .

Retour le 2Û mars [8r5.

Seconde abdication le 21 juin l8i5.

qu'il avait dicté la veille, y faisait des corrections et dictait la suite : il demandait alors son valet de chambre, passait bientôt après dans le salon, où une partie de piquet ou d'échecs le conduisait jusqu'au diner.

Napoléon ne manquait jamais, après le dîner, de revenir sur la dictée du matin, comme satisfait de l'occupation et du plaisir qu'elle lui avait procurés.

Cependant le vaisseau marchait toujours par un vent d'ouest qui régnait depuis le i4; c'était une chose extraordinaire dans ces parages ; le 25 on se trouva sous la li<me. Jour d'allégresse pour tous les équipages; la cérémonie qu'il provoque est appelée le baptême par nos marins , et jour de grande barbe par les Anglais . Les matelots conduisent avec une pompe burlesque , aux pieds de l'un d'eux, transformé en Neptune, tous ceux qui n'ont pas encore traversé la ligne. Là , un énorme rasoir de bois vous parcourt la barbe, préparée avec du goudron. On verse sur vous des seaux d'eau, aux éclats de rire de tout l'équipage : personne n'est épargné. Les officiers même sont plus maltraites en cette circonstance, que les derniers des matelots. Napoléon fut excepté de la mesure générale, et voulut recon-

naître cette marque de respect, en faisant distribuer cent pièces de vingt francs au grotesque Neptune et à ses acolytes. Mais l'amiral s'opposa à cette libéralité.

Le temps continuait toujours d'être très-favorable. Le Ier octobre, il commença à devenir contraire ; on s'e'tait jeté à l'est dans l'espoir des vents alises, mais à présent on se trouvait sous le vent de la destination. Napole'on se livrait au travail de ses me'moires avec une application extraordinaire; mais le manque de livres pour le diriger l'impatientait souvent, et ses souvenirs e'taient quelquefois peu précis sur les e've'nemens qu'il voulait raconter. Il n'y avait à bord du Noribumberland qu'un mauvais ouvrage intitule' : Guerres des Français en Italie. On n'y trouvait aucune critique , aucune chronologie.

L'Amiral avait annoncé qu'on verrait Sainte- Hélène le samedi i4; il ne se trompa point dans son calcul : à peine Napoléon sortait-il de table, qu'on entendit un cri général : terre , terre! Napoléon alla sur l'avant-pont voir la terre et crut l'apercevoir; mais ce ne fut que le lendemain, à la pointe du jour, quon pût la distinguer parfaitement. Enfin, soixante-dix jours

après avoir quitte l'Angleterre et cent dix après avoir quitté Paris, Napoléon toucha au lieu de son exil. On jeta l'ancre vers midi, on trouva au mouillage une grande partie des bâtimens de l'escadre, qui s'étaient séparés du Northumberland, ou que l'amiral avait laissés en arrière, comme mauvais marcheurs.

Napoléon, contre son habitude , s'est habillé et a paru de bonne heure sur le pont; il a été sur le passe-avant considérer le rivage de plus près. L'amiral qui était descendu de bonne heure à terre, revint à bord sur les six heures, après avoir parcouru toutes les localités sans qu'il eut trouvé une habitation convenable, les ministres anglais avaient ordonné que le débarquement ne s'effectuerait que lorsque tout serait prêt pour loger l'ex-empereur , 1 amiral eut pitié de Napoléon et, malgré les instructions du ministère, il lui annonça qu'il débarquerait le lendemain.

Le lundi lG octobre, Napoléon s'embarqua après son dîner, avec l'amiral et le général Bertrand , pour se rendre à terre. Tous les officiers s'étaient réunis sur la dunette et une grande partie de l'équipage se trouvait sous les passesavant. Avant de se rendre dans le canot qui de-

vait le conduire à terre, Napoléon fit appeler le capitaine commandant le vaisseau, prit congé de lui et le chargea de transmettre ses remercimens aux officiers et à l'équipage. Le reste de la suite de Napoléon le suivit de près et débarqua sur les huit heures. L'illustre exilé n'avait pas un logement très-vaste et très-commode. La maison qu'il occupait ressemblait à une auberge étroite, semblable à celles qu'on rencontre dans les villages en France. La ville de Sainte- Hélène ne se compose guère que d'une trèscourte rue, en prolongement de maisons, le long dune vallée très-étroite, resserrée entre deux montagnes à pic d'un roc sans apparence de végétation. L'étroite vallée où s'élève le village de Sainte-Hélène, car elle ne mérite pas le nom de ville, se prolonge dans l'île par une pente sinueuse, au milieu de ces deux chaînes de montagnes. On y voit un beau chemin pour les voitures ; il est entretenu avec beaucoup de soin. Au bout de deux milles environ , ce chemin n'est plus tracé que sur le flanc de la montagne même; il s'y appuie à gauche, n'offrant plus que des précipices sur son bord de la droite. En face le terrain s'élargit et découvre un petit plateau où l'on voit quelques constructions ,

un peu de verdure et des arbustes e'pars. C'était là que demeurait M. Balcombe ne'gociant de l'île. A cinquante pas, à droite de la maison , est un petit pavillon où la famille se rend pendant les beaux jours , pour aller prendre le thé. c e'tait le logement loue' par l'amiral pour Napole'onqui jamais n'en eut de si e'troit , qui jamais n'éprouva autant de privations. Ce logement consistait en une seule pièce , au rez-de-chaussée, de forme à peu près carre'e et qui avait deux fenêtres sans volets.

Ainsi celui qui naguère étaitle souverain d'un puissant empire, qui distribuait des sceptres, n'avait plus pour abriter sa tête qu'une espèce de hutte de quelques pieds carre's , place'e sur un rocher stérile; en proie à tous les besoins , il est sépare' même de ses serviteurs qui ne peuvent communiquer avec lui et on ne lui permet pas même l'exercice du cheval.

Napoléon ne s'attendait pas à un traitement aussi barbare, quoiqu'il connût la perfidie du ministère anglais . et il exhalait ses plaintes dans le sein des comtes Bertrand , Las-Cases , Montholon et du général Gourgaud. « A quel infime )) traitement ils nous ont réservés, s'écriait-il, » dans sa douleur! ce sont les angoisses de la

î) mort! à l'injustice 5 à la violence, ils joignent » l'outrage, les supplices prolongea! si je leur » e'tais si nuisible ? que ne se défaisaient-ils de )> moi ? quelques balles dans le cœur ou dans )) dans la tête auraient suffi : il y aurait eu du y> moins quelqu'énergie dans ce crime ! si ce )) n'e'tait vous autres et vos femmes surtout, je >) ne voudrais recevoir ici que la ration du simple a soldat. Comment les souverains de l'Europe )) peuvent-ils laisser souiller en moi ce carac- » tère sacre de la souveraineté ? ne voyent-ils )) pas qu'ils se tuent de leurs propres mains à )) Sainte-Hélène? je suis entré vainqueur dans » leurs capitales ; s'y j'y eusse apporté les mêmes )) sentimens ? que seraient -ils devenus? ils )) m'ont tous appelé leur frère et je l'étais de- » venu par le choix des peuples , la sanction )) de la victoire , le caractère de la religion, les )) alliances de leur politique et de leur sang. » Croyent-ils donc le besoin des peuples insen- » sible à leur morale? et qu'en attendent-ils? )) toutefois faites vos plaintes, Messieurs ? que )) l'Europe les connaisse et s'en indigne! les » miennes sont au-dessous de mon caractère et » de ma dignité. J'ordonne ou je me tais. »

Un capitaine d'un des petits bàtimens qui

étaient venus avec l'escadre et qui repartait pour l'Europe , se présenta à Napoléon : il offrit de se charger de dépêches soit pour le ministère anglais, soit pour les souverains coalisés, qui avaient sanctionné par l'approhation de leur silence, la conduite infâme de lord Castlereagh. Napoléon fit rédiger une espèce de note que ce capitaine nommé Desmont et qui commandait le Redpol s'engagea à faire passer au prince de Galles.(i)

(i) L'empereur désire, parle retour d'un prochain vaisseau, avoir des nouvelles de sa femme et de son fils, et savoir si celui-ci vit encore? Il profite de cette occasion pour réitérer et faire parvenir au gouvernement britannique les protestations qu'il a déjà faites contre les étranges mesures adoptées contre lui.

i° Le gouvernement l'a déclaré prisonnier de guerre. L'empereur n'est point prisonnier de guerre: Sa lettre au prince régent, écrite et communiquée au capitaine Maitland , avant de se rendre à bord du Bellérophon, prouve assez, au monde entier, les dispositions et la confiance qui l'ont conduit librement sous le pavillon anglais.

L'empereur eût pu ne sortir de France que par

Le séjour de Napoléon à Briars fut bien triste, si l'on en juge par la mise'rable habitation qu'il occupait. Cependant sa grandeur d'âme l'ëlevait au-dessus de toutes ces rigueurs; il ne plaignait que ses compagnons d'infortune; il trouvait dans l'étude des consolations et consignait dans ses me'moires les hauts faits de ses soldats et ses titres à la gloire. Entre' de

des stipulations qui eussent prononcé sur ce qui était relatif à sa personne ; mais il a dédaigné de mêler des intérêts personnels avec les grands intérêts dont il avait constamment l'esprit occupé. Il eût pu se mettre à la disposition de l'empereur Alexandre , qui avait été son ami, ou de l'empereur François , qui était son beau-père. Mais, dans la confiance qu'il avait dans la nation anglaise , il n'a voulu d'autre protection que les lois ; et renonçant aux affaires publiques , il n'a cherché d'autre pays que les lieux qui étaient gouvernés par des lois fixes, indépendantes des volontés particulières.

20 Si l'empereur eût été prisonnier de guerre, les droits des nations civilisées sur un prisonnier do guerre, sont bornés parle droit des gens et finissent d'ailleurs avec la guerre même.

3° Le gouvernement anglais considérant l'eni-

35o RELATION DU VOYAGE

son vivant dans la postérité 3 Napoléon semblait présager que sa destinée était accomplie et que la Mort, plus humaine que la politique de l'Angleterre, mettrait bientôt un terme aux maux de l'exil. Historien de ses derniers malheurs,

pereur, même arbitrairement , comme prisonnier de guerre, son droit se trouvait alors borné par le droit public, ou bien il pouvait, comme il n'y avait point de cartel entre les deux nations dans la guerre actuelle, adopter vis-à-vis lui les principes des sauvages, qui donnent la mort à leurs prisonniers. Ce droit eût été plus humain, plus conforme à cette justice, que celui de le porter sur cet affreux rocher. La mort, qui lui eût été donnée à bord de Bellérophon en rade de Plymouth , eut été un bienfait en comparaison.

Nous avons parcouru les contrées les plus infortunées de l'Europe , aucune ne saurait être comparée à cet aride rocher. Privé de tout ce qui peut rendre la vie supportable, il est propre à renouveler à chaque instant les angoisses de la mort. Les premiers principes de la morale chrétienne et ce grand devoir imposé à l'homme de suivre sa destinée, quelle qu'elle soit, peuvent l'empêcher de mettre lui-même un terme à une si horrible exis-

nous l'avons conduit des jardins de Télyse'e à Rochefort, et des côtes de la France jusqu'à l'hospitalité' de l'Angleterre. Nous lavons montré ton jours intrépide ? toujours confiant avec magnanimité' ? soit qu'il se livre à la merci de ses ennemis qu'il croit généreux, soit qu'entraîne' par la plus lâche des violences ? au delà des Tropiques , il se voie attaché, comme un autre Prométhée, au rocher de Sainte-Hélène. Ici notre lâche est finie. Nous devons laisser l'exempereur attendant à Briars que la maison de Longwood soit construite et dispose'e pour le recevoir. Mais le sort lui réserve un malheur Lien plus grand que ceux qu'il a éprouvés jusqu'ici : Sir Hudson Lowe doit être nommé gouverneur de Sainte-Hélène !

tence ; l'empereur met de la gloire à demeurer audessus d'elle. Mais si le gouvernement britannique devait persister dans ses injustices et ses violences envers lui , il regarde comme un bienfait qn'il lui fasse donner la mort.

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