DES MATRICES DES SCEAUX
Nous avons donné plus haut l'énumération de quelques matrices de sceaux royaux en or, en argent, et autres métaux. On en faisait aussi en pierres précieuses. Le magnifique inventaire des meubles de Charles V ^. a un chapitre spécial sur ces sortes d'objets précieux, où l'on en compte jusqu'à trente-huit. On peut y remarquer plus particulièrement les articles suivants : Ç5 Le signet du Roy, qui est de la teste d'un roy sans «barbe, et est d'un fin rubis d'Orient; et est celuy de «quoy le Roy scelle les lettres qu'il escript de sa «main ''. » Et plus loin, à la suite de cet intitulé : «Si- « gnetz estans oudit coffre de cypraes dont le Roy porte «la clef. — Item, ung signet d'or à une verge (l'an- «neau) toute pleine, ou a ung ruby taillé à une leste «de roy; et est le signet dont le Roy Charles signoit «les lettres des généraulx^. — Item deux signets pen- «dans à une chesne d'or, dont il y a en l'ung ung sa- «phir entaillié à un K environné de fleurs de lys; et «l'autre a un saphir ouquel est entaillé ung roy à «cheval, armoyé de France.» On voit que ce bijou était d'un travail encore plus précieux que celui du saphir de saint Louis , qui est conservé au Louvre. On trouve dans un inventaire des joyaux du duc de Berri, de l'an 1/112, la mention d'un signet d'or, sur lequel il avait fait graver son portrait : «Item, un si- «gnet d'or où est le visaige de Monseigneur (le duc «de Berri) contrefait au vif ^.j; Un inventaire des joyaux de Charles VI , de l'an 1 4 1 8, établit une différence entre
' JJ 84, pièce 689. — ^ J 178, 'n° 4o. — ' JJ Sy, pièce .553. — " Z 3569. — ' Il est conservé à la Bibliothèque impériale, et porte knuméro 8536. — " Bibl. imp. ms. 8356, fol. 66. — ' Ibid. fol. 68. — ' KK 268, fol. 74.
ELEMENTS DE
ies sceaux et ies signets : «Seaulx d'or estans oudit « coffre. Premièrement , un petit seel d'or pendant à «une chayne, où est gravé un aigle; et est esmailié «des armes d'Évreux , pesant une once. Signez d'or tt estans oudit estude. Premièrement, un petit signet «d'or, longuet, ou bout du([uel est taillé Johannes, et «l'autre bout une fleur de lys'.:? On peut voir au Musée du Louvre les matrices en argent du sceau et du contre-sceau de l'abbaye de Saint-Denis; les deux pièces sont rattachées par une chaîne aussi d'argent. On a placé au Musée des souverains la matrice d'argent du sceau de la reine Constance.
Les savants auteurs du Nouveau traité de diplomulique, qui n'ont rien omis, 'disent qu'au ix' siècle, et jusqu'au xii% on a quelquefois suppléé à l'absence de sceaux par des courroies de cuir ou de parchemin nouées plusieurs fois et pendantes au bas des chartes^. Ce fait intéressant se trouve pleinement confirmé, au moins pour ce qui est des courroies de cuir, par plusieurs chartes du xii'' siècle, qui se trouvent aux Archives de l'Empire ^.
Quelquefois aussi on a suspendu des pièces de mon-
SIGILLOGRAPHIE
naie au bas des chartes. Adam, vicomte de Melun, ayant eu en 1 1 38 à amender ses usurpations sur une terre appartenant à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, dit, dans la charte qu'il fit dresser à cette occasion, qu'il a, par l'ordre du roi Louis le Jeune et de Thibaut IV , comte de Champagne , remis à l'abbé de Saint-Maur un denier pruvinois en signe de réparation des torts faits, et que ce denier a été perforé et suspendu à la charte : «Et pro lege forisfacti unum «pruvinensem nummum jussu régis ei reddidit. Quem «scilicet nummum, rex et cornes Teobaldus simul de- «creverunt forari , et in monimentum hujus rei in pressenti carta loco sigilli suspendi. » Ces mots loco sigilb peuvent s'interpréter : en guise du sceau , ou à la place • oii le sceau se mettait. Nous penchons pour le second sens, bien qu'évidemment cette pièce de monnaie fût destinée, comme le sceau l'a toujours été, à donner de l'authenticité à l'acte. L'original de cette charte curieuse est conservé aux Archives de l'Empire , et l'on y voit en effet un denier de Thibaut IV percé d'un trou et suspendu par quelques fils de soie rouge au bas du parchemin \