II. - TYPE ÉQUESTRE
On trouve trois espèces différentes de sceaux équestres : le sceau équestre proprement dit, c'est-à-dire celui où l'on voit un cavalier armé; le sceau équestre à double re[jrésentation , c'est-à-dire celui où le cavalier armé se voit également et sur la face et sur le revers; et enfin le sceau équestre de chasse.
Le caractère général du type équestre est très-facile à saisir. C'est presque toujours un cavalier armé de toutes pièces, brandissant son épée et galopant, le plus souvent à droite. Ce type, qui n'apparaît qu'au xi° siècle , n'offre à ses commencements que des images confuses et du dessin le plus barbare. A dater de la seconde moitié du xii" siècle, il se débrouille déjà, et l'on y voit se dessiner un peu plus clairement le casque pointu et à nasal, le long bouclier arrondi par le haut et pointu par le bas, avec ou sans ombilic, et la cotte de mailles ou haubert. Le cheval n'offre encore que peu ou point de harnachement. C'est aussi dans cette période de ii5o à laoo, que les armoiries commencent à paraître sur le bouclier. A partir de
Philippe-Auguste, elles deviennent communes. Dès les premières années du xiii' siècle, il se fait dans le type équestre une importante modification : le cheval se caparaçonne et se couvre d'une ample housse' à larges plis flottants. Presque aussitôt cette housse reçoit les armoiries, comme l'avait déjà fait le bouclier. Dès lors le type est complet et fixé; mais, s'il est désormais toujours semblable à lui-même quant à la disposition générale, qui est celle d'un cavalier dans l'attitude du combat, il emprunte à la différence des armoiries une grande variété de formes et de détails, qui plaisent à l'œil par l'élégance et le fini. C'est par là que les sceaux équestres des xiii'^ et xiv° siècles , par exemple, donnent dans leur réunion et leur grande variété d'images, une idée assez juste de l'entrain et de la pompe des tournois. Au reste , il est à remarquer que le caractère général du type équestre, qui est guerrier pendant tout le xiii" siècle, tend peu à peu à déchoir, surtout dans la seconde moitié du xiv" siècle, et finit par tomber, au xv% dans des poses et un costume d'apparat. Là donc, de même que pour l'écriture des manuscrits, la belle époque, c'est le xni" siècle.
Pour se rendre compte des modifications plus ou moins importantes qu'a subies le type équestre depuis le xi" siècle jusqu'au \v\ il faut l'étudier dans ses principaux éléments, qui sont : l'armure, tant offensive que défensive, l'équipement du cavalier, et le harnachement du cheval.
L'armure offensive est composée presque toujours de l'épée; (juelquefois aussi, surtout chez les grands feudataires, de la lance, et encore, mais très -rarement , de la masse d'armes.
En général, l'épée est longue; cependant on ne peut rien préciser sur ce point, conmie sur beaucoup d'autres. Par exemple, Henri 1", comte de Champagne, a, en 1 168, une épée assez courte*^, tandis que Thibaut III, en 1 198, en a une fort longuet Une particularité dont il faut tenir compte quant à l'épée, c'est l'apparition sur les sceaux équestres d'une chaîne qui la retient. A partir de l'an 1 190, cet appendice se rencontre fréquemment. Sur un sceau de Pierre de
xLiv ELEMENTS DE
Chaïubli, de l'an 1396, l'épée, qui est attachée à la chaîne dont nous parlons , voltige derrière lui, attendu (|u'il tient sa bannière de la main droite ^ On ne trouve plus cette chaîne sur les sceaux du xv" siècle. La manière de tenir l'éj)ée est constante : toujours le cavalier la brandit derrière lui, avec plus ou moins de mouvement; cependant on pourrait citer quelques cas qui s'éloignent de cette règle générale; par exemple, (juand le cavalier frappe en sabrant par-dessus sa tête^, Ebrard de Puiseux, en 11 48, a son épée au repos, c'est-à-dire appuyée sur l'épaule droite ^.
La lance est ou simple , ou à bannière. Cette bannière affecte elle-même deux formes : elle est ou triangulaire, ou carrée. On appelle gonfanon une sorte de bannière carrée qui se termine généralement en trois pointes ou queues, telle qu'elle existe sur les sceaux des dauphins d'Auvergne.
La lance simple se porte en arrêt. On la trouve plus particulièrement au xiii' siècle. Les sceaux de Névelon , maréchal de France en 1222*, d'André de Vitré en 1280^, de Philippe de Hondschoote en 1 2/16 *>, et de Raimond VII , comte de Toulouse en 1 2 /i 2 '', en fournissent des exemples. Sur un sceau de Roger Bernard 111, comte de Foix, de l'an 1276, la lance se termine par un large fer triangulaire ^ ; c'est une lance courte ou un javelot que brandit un seigneur du Dauphiné, sur son sceau de l'an 1293^.
La lance à bannière triangulaire apparaît sur un sceau d'Etienne I", comte de Sancerre, de l'an 1 1 58. Etienne la porte haute 1°. Bernard Atton , vicomte de Nîmes, en 1 2 1 4 ", et Raimond Pelet, en 1 2 1 7 '-, la portent en arrêt.
Une bannière carrée en hauteur se voit sur plusieurs sceaux des vicomtes de Turenne , au xiii" siècle. Ils la tiennent en arrêt, et elle est au coticé de leurs armes '^ De même, Pierre de Chambli, en 1295, a sur la sienne, qu'il porte haut, les trois coquilles de ses armes '*; Ferri III, duc de Lorraine, en i3i6, la bande aux trois alérions^^; Jean III, duc de Brabant, en i34i, son écartelé de lions ^^.
SIGILLOGRAPHIE
Le gonfanon se rencontre sur les sceaux équestres les plus anciens , tels que ceux de Galeran , comte de Meulan'''; de Raoul, comte de Vermandois ^^ ; de Renaud II, comte de Clermont en Beauvoisis '^ , et de Henri II, duc de Normandie -". Le plus ancien exemple est celui de Guillaume II, comte de Nevers; il est de l'an 1 1 4o '-'. On trouve une autre sorte de gonfanon à deux pendants seulement sur les sceaux d'Arthur, duc de Bretagne, en 1209^^, et de Ferri II et Ferri 111, ducs de Lorraine, en 1 296 et 1 26/1 -^. Ce dernier, qui a eu trois sceaux, porte la bannière en gonfanon sur les deux premiers, et, sur le troisième, la bannière carrée dont il a été question plus haut. Une dernière sorte de gonfanon , qui a quatre queues ou pendants , se voit sur un sceau de Jean , comte de Bourgogne, de l'an 1989^*.
Au revers d'un sceau de l'an 19/17, Trencavel , vicomte de Béziers, est armé d'une masse d'armes 2^.
L'armure défensive se composait de la cotte de mailles ou haubert, du casque ou heaume, et du bouclier ou écu.
La cotte de mailles partait du casque, auquel elle devait nécessairement s'attacher; protégeait toute la partie postérieure de la tête , en ne laissant à découvert que le visage, qui, lui, était défendu par le nasal du casque; couvrait le cou, les bras et la poitrine; était serrée à la taille par une ceinture, et descendait ordinairement jusqu'aux genoux. Les jambes étaient également protégées par des mailles de fer. On en a un fort bon exemple dans un sceau de Raoul de Fougères, de l'an 1162-'^. Sur certains sceaux du xii" siècle, une longue draperie flottante sort du bas de cette cotte de mailles. C'est l'extrémité de la robe ou vêtement de dessous. Ce détail est bien marqué sur les sceaux de Guillaume II, comte de Nevers, en 1 i4o ^"; de Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise , en 1 1 77-*; de Hugues de Ghaumont, en 1 1 82 2^, et particulièrement sur celui d'Arthur, duc de Bretagne, de l'an 1202 ^''. Indépendamment de cette draperie dépassant le bas de la cotte de mailles, on en trouve
' N" 2i5. — M'oir les n"' 979, 824 et 6334. — ^ N° 8223. — '' !N° 2i3. — 'N" Sgai. — ' N° 2426. — ' N" 745. — ' N" 665. — «.ViSSS. — "'N''433. — "N''763. — '^N- i38i. - " N" 770, 771,773. — " N" 245. — '= N" 782. — '« N» io3o3.— " N''7l5.— '« N" io4o.— " N°io4i. — 2» N" 859. — 2' N-BSo. — ^» N» 533. — " N"' 779 et 780. — => W 4g i. — " N° 760. — " N° 2227. — -' N" 859. — " N° io5i.— "N» ,807.— 30 N°533.
TIRES DE LA COLLECTION
encore, sur des sceaux de la même époque, une autre qui dépasse les manches. Nous citerons, entre autres, les sceaux de Galeran, comte de Meulan', et de Conan , seigneur de Pierrefonds , en 1171-. C'est au commencement du xiif siècle qu'apparaît sur la cotte de mailles ce vêtement large et flottant qu'on a appelé la cotte d'armes, parce qu'on y figurait les armoiries. Cette cotte d'armes est d'abord unie : on en voit un exemple sur un sceau de Gaucher de Joigny, de l'an 19 11*. Dès l'an 1225, on en trouve d'armoriées , par exemple sur un sceau de Savari de Mauléon, où le bouclier, la cotte d'armes et la housse du cheval portent le lion à la bordure besantée, de ses armes*. Othon V, comte de Bourgogne, en l'an 129^, porte sur sa cotte d'armes un lion sur champ semé de billettes^; Jean II, duc de Bretagne, en i3o2, a également une cotte d'armes à ses armes ''.
On peut dire du casque en général qu'il est d'abord pointu, puis rond, et enfin carré. Jusqu'à la fin du xit' siècle, il est pointu et à nasal. C'est ainsi qu'on le voit sur les sceaux de Guarin de Louvigné au Maine, vers 1100''; de Galeran II , comte de Meulan , en 1 1 6 5 * ; de Gui de Châtillon, en 1 168 ■'; de Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise , en 1 1 77 "*; de Robert I", comte de Dreux, en ii84", et de Jean de Corbeil, en 1 1 96 '^. A partir de là , le casque devient rond, comme on le voit par les sceaux de Dauphin , comte de Clermont, en 1 199 '^; de Robert II , comte de Dreux, en 1202^*; de Raoul de Conflans , en 1210'^; mais en 1211, Gaucher de Joigny a un casque carré et à visière"'. Un des meilleurs exemples de ce heaume carré et à visière englobant, non-seulement toute la tête, mais encore une partie du cou , se trouve à un sceau de Henri de Grandpré, seigneur de Livry, de l'an 1294^?. Auxiv" siècle, le casque redevient conique et est le plus souvent surmonté d'un cimier.
Le casque pointu du xn" siècle est quelquefois muni d'un appendice consistant en un ou deux pendants qui flottent par derrière. Jean de Corbeil, en 1 196, n'a qu'un seul appendice , mais qui se partage en trois
filets terminés par une petite boule ^^ Ce singulier appendice se retrouve à la couronne de certains empereurs d'Allemagne : on peut citer Frédéric II. Heineccius veut y voir des sonnettes ou grelots '^. Il est plutôt à présumer que ce sont des troches ou boutons formés de plusieurs perles.
Le casque ou heaume ne fait pas toujours partie de la représentation équestre. Il y a des sceaux où le cavalier a la tête nue , comme , par exemple , celui de Hugues IV, duc de Bourgogne, en 1 aSo^", et d'Eudes de Bourgogne, sire de Bourbon, en 1 255 ^^ Mais c'est là une exception , et même assez rare , bien entendu pour ce qui est du type de guerre , car, pour le type de chasse , c'est au contraire la règle.
Ce qu'il y a de plus important et de plus instructif dans le type équestre, c'est évidemment l'écu ou bouclier. Ce bouclier est d'abord arrondi par le haut et pointu par le bas. Ce n'est guère qu'à la fin du xif siècle qu'il devient triangulaire ; par exemple , sur un sceau de Dauphin, comte de Clermont, de l'an 119g -'-. L'aspect sous lequel le bouclier se présente sur les sceaux peut jusqu'à un certain point en déterminer l'âge. Sur les plus anciens, il est vu par le dedans et, par conséquent, derrière la figure. Cela dure jusqu'aux premières années du xiii° siècle. Un sceau de Thibaut de Maudétour, de l'an 1202, le montre encore ainsi -^. Presque simultanément s'est introduit un autre usage tout opposé , celui de mettre le bouclier de face et de manière à couvrir presque toute la figure : c'est ce qu'on voit sur les sceaux de Simon de Montfort , en 1 1 9 5 ^* ; de Renaud , comte de Dammartin , en 1 2o/|-^;de Robert de Dreux, en 121 2-''; de Bernard de la Ferté , en 1216 ^\ et même jusqu'en 182/1, sur le sceau de Simon de Dammartin, comte de Ponthieu^*. Vers la fin du xui'" siècle, l'écu , qui était de profil, se présente de trois-quarts , ce qui permet de mieux voir les armoiries. Ainsi , l'ordre chronologique dans la place de l'écu est celui-ci : par derrière , de face , de profil , de trois-quarts. Sur les sceaux les plus anciens, le bouclier a, au centre, une pointe d'acier qu'on appelle l'ombilic,
' N''7i5. — 2 N° 32 1 2.— '^N° 8489.-4^9754. — = N-igS. — ' N" SSg.— ' N" aSaS. - « N° 7i5. — ' N" 1798. — '» N" io5i. — " N" 730. — '2 N' 1888. — " r 399. — " N" 721. — '5 N° 1881. — " N" 2489. — " N° 2810. — " N" i888. — " Heineccius, De SigiUis,p. 101. — '» N» 468. — =' N" 447. — " N°399. — " N° 3744. — " N° 707. — ", N" loSg. — " N» 796. — ■" N" 21.53. — »«N° 1068.
ELEMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
et il est ordinairement bordé par une rangée de clous. De ce point central ou ombilic partent des lignes droites plus ou moins ornées, dont l'ensemble s'appelle un rais d'escar boucle. Cet ornement se voit sur plusieurs sceaux du xii' siècle, notamment sur celui de l'abbaye de Saint- Victor de Paris, et sur celui de Robert de Vitré, de l'an 1161 ' . Le bouclier devint armoriai à la fin de ce siècle. Nous citerons, comme les plus anciens boucliers à armoiries, ceux de Philippe, comte de Flandre, de l'an 1 1 77 "-; de Bouchard IV, sire de Montmorency, de la même année ^. Pour des seigneurs de moindre qualité, les plus anciens boucliers à armoiries que nous trouvions sont ceux d'Ansel deGarlande,deran 1 igô', et de Hugues de Maudétour, de l'an laoo^ Indépendamment de la poignée qu'avait le bouclier, il était encore retenu par une courroie qui passait autour du cou. Un sceau de Raoul de Fougères, de l'an 1169^, sert de preuve à ceci. Quand le bouclier est vu par le dedans, on y remarque la poignée destiuée à passer la main. Ce détail se rencontre sur un sceau de Hugues de Chaumont, de l'an 1200^.
Une pièce de l'armure défensive qui a de l'analogie avec le bouclier, mais qui n'apparaît guère qu'à la fin du xiif siècle, c'est l'épaulière, c'est-à-dire une sorte de petit bouclier en forme de toit, destiné à protéger l'épaule. Comme presque tous les sceaux équestres sont tournés à droite, l'épaulière n'y peut paraître que sur l'épaule droite ; mais il y en avait pour les deux épaules , comme cela se voit par un sceau de Jean II, duc de Bretagne, de l'an i3o9 *, et mieux encore sur un sceau de Jean de Flandre, comte de Namur, de l'an 1807 ^. Contrairement à ce qui a lieu pour le bouclier, qui est d'abord uni, l'épaulière, dès qu'elle apparaît, porte les armoiries. On peut citer le .sceau de Jean de Montfort, comte de Squilace, en Sicile, de l'an 1990. Ce sceau est l'un des premiers où apparaisse cette pièce de l'armure , et l'épaulière y porte le lion au lambel de ses armes ^''. De même, et aussi en 1290, Guillaume de Mortagne y met la croix aux cinq coquilles de ses armes ^^ ; de même encore, et
en 1296, Pierre de Chambli, ses trois coquilles. L'épaulière disparaît dans la seconde moitié du xiv^ siècle.
L'éperon a subi aussi quelques modifications. Dans les temps les plus reculés, c'est une simple pointe. Cette pointe est terminée par une sorte de petit triangle sur les sceaux de Raoul de Fougères (1 i5/i-i 196'^) et d'Anséric de Montréal, sénéchal de Bourgogne, en 1 180 ". La pointe seule se distingue bien sur le sceau de Jean de Cisoing, en 1221'*; sur celui de Henri de Grandpré, seigneur de Livry, de l'an 1 gyA, l'extrémité de l'éperon se partage très-nettement en trois pointes. La molette paraît déjà sur un sceau de Robert de Bommiers, de l'an 1260 ^^. Au xv' siècle, elle remplace toutes les autres formes de l'éperon.
Le fourreau de l'épée , qui devrait se voir sur toutes les représentations tournées à gauche , n'y paraît cependant qu'assez rarement. Nous citerons, comme exemples, les sceaux des années 1227"^, lalik^'', i2 55^* et i3oi'^. Dans les représentations à droite, le fourreau de l'épée dépasse très-souvent le ventre du cheval , par exemple en 1 177^°, en 1 1 98*' et en 1 202 ^^.
Comme harnachement du cheval sur les sceaux, on voit le mors, la bride, le poitrail, la sangle, la couverture , la housse , la selle et l'étrier.
Nous examinerons plus particulièrement le poitrail, la selle et la housse.
On appelle poitrail la pièce du harnais qui embrasse le poitrail lui-même du cheval. On la voit sur presque tous les sceaux , bien entendu avant l'apparition de la housse, qui cache tout le reste du harnais. Les exceptions sont très-rares. Nous citerons seulement le sceau de Raoul de Fougères, de l'an 1162, où il n'y a pas de poitrail ^^. Dans les sceaux du xif siècle et dans ceux de la première moitié du xiii% ce poitrail est ordinairement orné de franges, par exemple sur les sceaux d'Osmond Peisson, de 1 160^*; de Robert I", comte de Dreux, de l'an 1 18/1^^; de Jean de Corbeil, de l'an 1 196^''; de Dauphin, comte de Clermont, de l'an 1199-''; de Jean de Cisoing , de l'an 1221^*, et sur une foule d'autres sceaux.
' N° 3928. — ' N" 619. — ' N° 2980. — ' N» 2295. — ■' N" 27'43. — " Wnas-j.— ' N» 1808. — « N°539.— ' N° io3i8. — '« N° 1 1789.
— "N° 2979.— '^N» 2228.— "N° 298.— "N'igSô. — " N" 1/173. — " N° 1022. — " N° 5i85. — " N» 447. — •« 335. — "N° 619.
TIRÉS DE LA
Sur le sceau de Raoul de Fougères (i i 5/i-i 196), on distingue fort bien la selle proprement dite avec ses arçons, de la couverture mise par- dessous sur le dos du cheval. Cette couverture se termine par des franges ^ Ces franges ou effilés sont très-marqués sur les sceaux du xif siècle, entre autres sur ceux de Jean de Gisors^ et de Gui de Châlillon, en 1 168^. Elles pendent fort bas sur le sceau de Galeran II, comte de Meulan. Un bon exemple de la selle sans couverture se voit au sceau de Robert II, comte de Dreux, de l'an 1209*.
La pièce la plus importante , non-seulement du harnais, mais on peut dire de toute la représentation équestre, n'apparaîtqu'aucommencementduxui" siècle. Nous voulons parler de cette immense housse qui enveloppe le cheval presque en entier. Comme dès son apparition elle se couvre d'armoiries , elle forme par là une ligne de démarcation bien tranchée entre le sceau équestre simple et le sceau équestre aux armes. Mathieu II , sire de Montmorency, peut , dans ses deux sceaux, l'un de 1 198^ et l'autre de laoS'', nous donner le point de départ du sceau équestre aux armes. En effet, sur le sceau de 1 1 98 , le cheval n'a pas de housse, tandis que sur celui de 1 9o3 , non-seulement le cheval a une housse, mais cette housse est aux armes; ces armes sont une croix cantonnée de quatre alérions seulement, et non pas des seize, qui ne sont venus que plus tard , et que lui donne à tort le père Anselme''. De l'existence de ce sceau équestre aux armes en i9o3, il ne faudrait pas inférer qu'à partir de là tous les sceaux équestres soient aux armes, car, nonseulement on trouve encore, postérieurement à cette date, beaucoup de sceaux équestres simples, c'est-àdire où le cheval n'a pas de housse; mais alors même qu'il y a une housse , elle n'est pas toujours aux armes. C'est ainsi, par exemple, que sur le sceau de Guillaume, comte de Joigny, qui est pourtant de l'année 19 56, la housse est de mailles de fer et non pas aux armes. Celles-ci ne se voient que sur le bouclier ; c'est une aigle*. Nous devons signaler une exception au type ordinaire du sceau équestre aux armes , exception que
COLLECTION. xlvk
nous regardons comme fort rare et qui se trouve sur le sceau de Robert III, comte de Dreux, de l'an 1226. Sur le bouclier se voient les armes de Dreux (échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules), et sur la housse du cheval, un lion brisé d'un bâton. On remarquera, en passant, que ce lion n'appartient ni aux armes d'Yolande de Coucy, mère de Robert, ni à celles d'Éléonore de Saint-Valery, sa femme'. Dans l'exemple qu'on vient de citer, on aurait une variété du sceau équestre aux armes, celle à doubles armoiries. Quelquefois la housse n'est pas complète , c'est-à-dire qu'elle ne couvre que la croupe du cheval. On en a un exemple sur le sceau d'Aimar III, comte de Valentinois, de l'an 1970. Ses armes (dix besants, 4,3,9, 1, sous un chef) se voient sur son bouclier et sur la housse . qui ne recouvre que la croupe. Le poitrail du cheval est couvert de mailles '".
Les sceaux à double représentation équestre sont assez fréquents , au xii'' siècle dans le Nord , et au xni° dans le Midi. Ils représentent un cavalier qui est armé de l'épée d'un côté, et de la lance de l'autre. En général , c'est le côté de l'épée qui est la face du sceau. Au xii" siècle, Galeran II, comte de Meulan " : Conan , duc de Rretagne '^ ; Simon le Chauve , comte d'Evreux ^^, ont de ces sortes de sceaux à double représentation équestre. De même, au xiii' siècle, Raimond Pelet, en 1917 1*; Bernard Atton, vicomte de Nîmes, en 1296^^; Bernard V, comte de Comminges, en 1 9 3 4 '^ ; Raimond-Rérenger IV, comte de Provence , à la même date ''.
Un sceau du xii' siècle, d'Hervé de Dancy, forme à lui seul une catégorie à part dans ces sceaux à double représentation équestre. La face y offre bien, comme à l'ordinaire, la représentation à l'épée, mais le revers est tout autre, le personnage y étant vu tête nue, sans armes, et portant un manteau en forme de chlamyde attaché à l'épaule gauche '*.
Le caractère ordinaire du type de chasse est un personnage à cheval, tête nue, vêtu d'une sorte de robe ou surcot, lequel est tantôt flottant et tantôt retenu par une ceinture. Ce personnage sonne du cor
' N° 1328. — 2 N° 2276. — ^ N° 1793. — '' N° 721. — ' N° 2942. — ' N° 2943. — ' Hist. généalogique des gr. off.de la couronne, t. III, p. 569. — » N°52o.— » N°7a8.— '» reiS. — " N» 715. — '^ N°53i. — " N" 902. — " N" 753. — '^ N" 763.— '« N° 563. — "N" tio6. — '«N°2ooi.
ELEMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
et est accompagné de chiens ou d'oiseaux de vol. Le [dus ancien sceau à type de chasse de la collection des \rchives est celui de Hugues Tyrel ; il est appendu à une charte du commencement du xii° siècle. Le personnage est à cheval, tourné à gauche, la tète nue, vêtu d'une robe ou surcot qui lui descend à mi-jambes. Il lient la bride de son cheval de la main droite et a, sur le poing gauche, un oiseau de vol, énorme par rapport à lui '. En 1 15(), Renaud, seigneur de Graçay, est à cheval , de profil , marchant au pas, à gauche. Il tient un épieu sur l'épaule droite et sonne d'un cor, qu'il tient à la main gauche'-. Simon de Montfort, quatrième du nom suivant L'Art de vérifier les dates, et troisième seulement suivant le père Anselme , a un sceau de chasse, en ii()5, où il est représenté portant la cotte de mailles, coiffé d'un casque carré et recouvert presque en entier par son bouclier, qui est vu de face. Il sonne du cor. Sous le cheval courent deux chiens, et, dans le champ du 'sceau, quelques rameaux simulent une forêt 3. Son fils, Simon de Montfort, comte de Leycester, a, en laii, un sceau de chasse d'un type assez différent. Il y est tourné à gauche, tête nue, sonnant du cor à gauche, et tenant de la main droite la bride de son cheval et la laisse de son chien. Il est vêtu d'une sorte de cotte d'armes à manches courtes, qui laisse voir les bras, recouverts de mailles. Dans le champ, derrière la figure, un arbre ^. Un sceau de Guillaume de Linières, de l'an 1218, le représente avec l'épieu en arrêt et son cor de chasse derrière lui ^. Un autre sceau, soit du même, soit d'un autre Guillaume de Linières , de l'an 1 2 3 0 , le représente armé , couvert de son bouclier, coiffé d'un casque carré et tenant en arrêt un épieu ou une courte lance; derrière lui , son cor de chasse ; sous le cheval , un chien ''. Raoul de Beaumont, en 12/12, est coiffé d'une sorte de capuchon pointu''. Jean 1% duc de Brabant, en 126g, est tourné à gauche ; û tient de la main droite la bride de son cheval, et a sur le poing gauche un oiseau de vol; sous le cheval, un chien, et, devant, un oiseau; dans le champ, à sénestre, le lion de ses armes^ Henri V, comte de Luxembourg, en lagi,
accompagne son type de chasse de deux écussons à ses armes °. La maison de Lusignan semble avoir une sorte de prédilection pour ce type de chasse. C'est là qu'on en trouve les spécimens les plus complets '".
Il y a des sceaux équestres qui, en dehors du type considéré en lui-même , c'est-à-dire du cavalier et du cheval, comprennent encore divers objets, tels que des feuillages, des fleurs de lys, des croix, etc. Cela se rencontre même sur des sceaux fort anciens, par exemple sur le sceau de Philippe d'Alsace , comte de Flandre, de l'an 1177, on voit, sous le ventre du cheval , un bouquet d'arbres , sur lequel sont perchés trois oiseaux ^'. Le champ du sceau équestre de Hugues de Chaumont , en 1182, est à rinceaux '-, comme aussi celui de Gilles de Béthune, en 1 2/1 4^*. Eudes de Bourgogne, comte de Nevers, en 1269, met sur son sceau trois molettes, l'une sous le ventre du cheval, les deux autres en avant et en arrière'*. Sur beaucoup de sceaux équestres du xiv" siècle , le champ est ouvragé de treillis ou de guillochés de diverses sortes; pour ceux du xv' siècle, c'est une règle sans exception.
A côté du type équestre vient s'en ranger un autre , qui appartient aussi et presque exclusivement à la noblesse, et que l'on pourrait à la rigueur appeler type pédestre , puisque son caractère est d'offrir le personnage debout. Il faut placer en tête de ces sortes de sceaux celui de l'abbaye de Saint- Victor, qui , à la vérité , représente bien son patron saint Victor, mais sous le costume d'un guerrier du xn" siècle'^. Un sceau de Gille de Goran, du même siècle, représente un guerrier combattant, un genou ployé'". Ces sceaux ont rarement été employés par la noblesse. Nous ne pouvons guère mentionner que ceux de Jean , duc de Berri, en 1879 '''; de Pierre II, comte d'Alençon, en i3f)8'*, et de Jean, vicomte de Rohan, en i38o'-*. Celui de Jean de Ligne , chambellan du roi , de l'an 1/106, donne un charmant spécimen de costume de chevalier au commencement du xv' siècle ^°. Il y a de ces sceaux à représentation debout, qui peuvent se rattacher, si l'on veut, soit au type armoriai, soit au
' .\°37fj5.— -2 N° 23o3. — ' N''707. — " N° 708. — ^ N" 2586. — ' N° 2687.— ' N" 1370. — » N° io3oo. — ' N"'io3oi. — '» Voir les numéros 8i3, 84i, 8!>'j, 848, 108Û, 1088, 2686. — " N° 619. — '^ N° 1807. - " N° i42i. — " N" 871. — '* N° 88a6. — ' N" 895. — " N" 563. — 2" N° 259.
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type de fantaisie. Ce sont ceux où le personnage debout ne semble mis là (jue comme un accessoire à l'écu. Un sceau d'Enguerrand de Coucy, de l'an i38o, est dans ce cas. Il faut observer (]u'il n'y a pas que la noblesse qui se soit servie de ces sceaux jjédestres; plusieurs maires de ville sont représentés de cette manière.