III. - TYPE ARMORIAL
Nous appelons type armoriai celui où le champ du sceau est occupé par un écu aux armes du possesseur. Cet écu est ou droit ou penché, et avec ou sans accompagnements. Les accompagnements de l'écu sont le timbre, le cimier et les supports; le timbre est le casque ou heaume que l'on place au haut de l'écu. Ce heaume est orné à sa cime d'un panache ou de tout objet que l'on nomme cimier ; souvent aussi, il est entouré d'une étoffe dont les extrémités restent flottantes et qu'on nomme volets ou lambrequins. L'écu est encore soutenu, soit par des hommes, soit par des animaux, ou même des arbres ou autres objets inanimés : ce sont les supports. Tout cela, comme l'écu lui-même, vient des tournois, et fait partie de la science des armoiries, qui a pour but la connaissance d'une foule d'objets de convention, que les Etats et les familles ont adoptés pour marques distinctives. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'origine des armoiries, ni à discuter la question de savoir si elles viennent des premiers tournois, c'est-à-dire du milieu du \° siècle, ou bien des premières croisades, ce qui les ferait descendre ;iu xi% quoique la première opinion, qui est celle des Bénédictins et du père Ménestrier, nous paraisse la plus probable. Ce qu'il y a de certain , c'est que de tout temps les hommes ont cherché à se distinguer entre eux par quelques marques particulières. Toute la question serait de savoir quand ces marques, prises d'abord arbitrairement , se sont régularisées et transmises de manière à former des armoiries de famille. Au reste , quoi qu'il en soit de l'origine des armoiries , on voit qu'une fois établies on a fait des règles pour
TIRES DE LA COLLECTION
les fixer, à peu près comme on a fait des grammaires après les langues. Or la grammaire des armoiries, c'est le blason.
Le blason comporte deux choses , des couleurs et des lignes. Les couleurs sont le jaune ou l'or, le blanc ou l'argent, le rouge ou le gueules, le bleu ou l'azur, le noir ou le sable, le vert ou le sinople, et enfin le pourpre'. Comme nos sceaux ne .sauraient nous donner les couleurs, il n'y a pas lieu de s'en occuper ici. Restent les lignes, c'est-à-dire les dessins de toute sorte qu'on peut tracer sur la surface ou champ de l'écu. Ces dessins peuvent être produits soit par des lignes droites , soit par des lignes courbes. Par des lignes droites, on peut partager un écu en deux parties égales par une perpendiculaire, et cela s'appelle un parti. On peut également le séparer en deux parties égales par une ligne horizontale, et cela s'appelle un coupé. La réunion du parti et du coupé donne l'écar-
Paiii.
Loupe.
lelé. En partageant l'écu par une diagonale de gauche à droite , on a fe tranché, et par une diagonale de droite
Kf.arlc'li'
TranclK".
à gauche, le taillé. La réunion de ces deux diagonales
' Le pourpre, admis par presque tous les auteurs qui ont icril sur le blason , est rejeU' par le père Ménestrier, par des raisons qui paraissent plausibles. Toutefois celte couleur est bien constatée dans les blasons d'Espagne, par exemple les armes du royaume de Léon, qui sont d'or au lion de pourpre.
L ÉLÉMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
donne l'écartelé en sautoir. Ces quatre lignes, savoir : diagonales, on a le sautoir; en arrêtant ces deux dernières lignes à leur point de jonction , on a le chevron ;
Taillé.
Ecartelé en sautoir.
laperpeiidiculaire, l'horizontale, ladiagonale de gauche à droite et la diagonale de droite à gauche, sont les éléments de toutes les figures rectilignes que l'on nomme héraldigues. Ainsi , la perpendiculaire est l'élément du pal; l'horizontale, du chef et de lafasce; la
Pal. Chef.
diagonale de gauche à droite, de la bande, et la dia-
Fasce.
Bande.
gonale de droite à gauche, de la barre. En coupant à angles droits sur l'écu la perpendiculaire et l'horizontale, on a bi croix; en faisant de même pour les deux
Sautoir.
Chevron.
en traçant sur l'écu les quatre lignes élémentaires dont on vient de parler, on a une figure composée de huit triangles égau.x, qu'on nomme le gironné, et qu'on pourrait nommer le gironné droit, ])our le distinguer d'un autre gironné , formé également des quatre lignes élémentaires, mais dont la génératrice s'éloigne de la perpendiculaire, et que nous proposerions d'appeler gironné penché. Une ligne simple qui suit les contours
Gironné droit.
Gironné penché.
de l'écu donne la bordure: deux lignes ])arallèles dans le même cas donnent l'orle. Ainsi le pal, le chef, la
Barre.
Croix.
Bordure.
fasce , la bande , la barre . la croix , le sautoir, le chevron, le gironné droit ou penché, voilà seulement ce que peuvent nous donner les lignes droites. Tout le reste est nécessairement produit par des lignes courbes, comme les monuments, les ustensiles, les plantes, les animaux, les astres , etc. Indépendamment des sept cou-
TIRÉS DE LA COLLECTIOJN
leurs de blason , on y lait encore entrer deux fourrures , le vair et l'hermine. Or, comnif le vair est formé de
:-tttti
Vair. Herniiiie.
rangées de petites cloches ou verres, et que l'hermine a des mouchetures sur un fond uni , il y a là des lignes et un dessin que nos sceaux peuvent rendre, et (ju'ils donnent en effet. Une des règles essentielles du blason est de compter les pièces qui occupent le champ de l'écu; ainsi, par exemple, si le champ est d'or et qu'il y ait dessus quatre pals de gueules, il faut les compter et dire : d'or à quatre pals de gueules. Ce sont les armes à' Aragon. Sur nos sceaux, nous ne pourrions voir qu'un écu et quatre pals dessus, et, par conséiiuent, il faudrait nous contenter de dire : écu chargé de quatre pals. Maintenant, pour distinguer sur nos sceaux ces quatre pals, il faut nécessairement qu'il y ait entre eux cinq espaces vides. Mais supposons un instant qu'il n'v en ait que quatre , alors l'aspect change, et, au lieu de quatre pals (jui se détachaient de l'écu, nous n'en voyons plus que trois dans cette condition . le dernier se confondant avec le bord de l'écu; ce serait alors un pallé de huit pièces; mais avec deux pals se détachant et un troisième se confondant, ce serait un pallé de six pièces, comme aux armes d'Amboise, qui sont un pallé d'or et de gueules de six pièces. Ainsi c'est là un point important qu'il ne faut pas oublier; lorsque le nombre des pièces est égal à celui des intervalles, il faut se servir de l'adjectif et dire : un bandé, un fascé, etc. Quand le nombre des bandes dépasse six , on les nomme cotices, et l'on dit colicé si le nombre
des espaces en est pair. Pour les fasces, si le nombre dépasse huit, ce sont des hurelles, et un hurelé lorsque
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Bureile^
Burelé.
les espaces sont en nombre pair, etc. Il y a neut points à distinguer sur l'écu : celui du centre se nomme le
Canton dextre i | Canton sénestre
du : LE CHEF. ; du
chef. i 1 chef.
Flanc dextre. \ le coeup.. 1 Flanc sénestre.
Canton dextre | 1 Canton sénestre
de 1 L.4 POINTE. 1 de
la pointe. i 1 la pointe.
Cotices.
Cotici'.
cœur; celui du haut, le chef; celui du bas, la pointe. Le point qui est à gauche du chef se nomme le canton dextre, parce que, l'écu étant supposé être une personne, ce qui est à gauche pour nous serait à droite pour elle. Par la même raison, le point qui est à droite du chef se nomme le canton sénestre. Le point à gauche du cœur, Jlanc dextre, et à droite, ^a«c sénestre. Le point à gauche de la pointe, canton dextre de la pointe, et à droite, canton sénestre de la pointe. H y a en blason une foule de termes qui s'éloignent de leur signification ordinaire et que l'usage seul peut apprendre. Voici ceux qu'il est nécessaire de se rappeler. Un lion dressé sur ses pattes de derrière se nomme rampant, et, s'il est sur ses quatre pattes, passant. Gomme en armoiries le lion est presque toujours rampant, on
ELEMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
n'a besoin de le qualifier que lorsqu'il est passant. Ecu à un lion, s'entend d'un lion rampant; mais, s'il marche, il faut dire à un lion passant. Si le lion, soit rampant, soit passant, présente sa tête de face, il s'appelle léopard, et si la crinière est apparente, lion léopanlé. — En blason, l'aigle est du genre féminin. L'aigle à deux têtes se dit aigle éployée. — Si les aigles sont multipliées sur un écu , on les appelle alertons : ainsi les sires de Montmorency ont porté pour armes une croix cantonnée d'abord de quatre aigles , et, dans la suite , de seize alérions. — Une tête d'animal vue de face se dit rencontre : rencontre de cerf, rencontre de bœuf. — Les bois du cerf, massacre. — Les oiseaux représentés de profil se disent canettes, et quand ils sont sans bec ni pattes, merlettes. Cependant cette différence n'est guère sensible sur les sceaux , où les merlettes, l'une des pièces du blason les plus fréquentes, n'y sont le plus souvent figurées que comme les oiseaux ordinaires. Les poissons sont souvent des dauphins et des bars. Quelques familles portent des chabots.
Les sceaux armoriaux apparaissent peu après les sceaux équestres. L'un des plus anciens de la collection, à date certaine, est celui de Robert de Chartres. li est de l'an 1198. L'écu porte deux fasces. Il est en forme de toupie K C'est la forme qu'aflectent les plus anciens sceaux armoriaux; on la trouve jusqu'au delà du premier quart du xiii" siècle, par exemple sur le sceau de Raoul de Gif, qui est de l'an 1 228 -, ce qui n'empêche pas qu'on ne trouve aussi , dans la période que nous venons d'indiquer, des écus de forme sensiblement allongée, par exemple sur les sceaux de Jean de Moulin, en 1197^, et de Roger de Meulan, en 120/1''. A cette première forme en toupie succède la forme plus élégante et bien connue des écus des xiii" et xiv° siècles. Un bon exemple s'en voit sur le sceau de Nicolas de Pomponne, de l'an abà^, et aussi sur celui de Guillaume Maingot, en 1271 ''. Il y a des sceaux où les armes remplissent tout le champ du sceau et où, par conséquent, l'écu se confond avec ie sceau lui-même, et peut alors être appelé écu rond. Le sceau de Bertrand de Gourdon, de l'an 1226, est
dans ce cas. Le champ du sceau offre un parti de trois étoiles en pal et d'un coticé''. Un sceau armoriai de Hugues de Tonnay, seigneur de Montendre, de Royan et de Didonne, de l'an 1227, offre celte particularité qu'il a ses armoiries sur un écu à la face, et simplement dans le champ du sceau , au revers. Sur la face est un écu d'un gironné de douze pièces, tandis qu'au revers le champ porte un lion passant sur un semé de fleurs de lys ^. Les écus carrés se trouvent au xn'' siècle et jusqu'au commencement du xv'. Ils sont toujours dans des encadrements et communs aux hommes et aux femmes. Alfonse d'Espagne, en 1.37/1^; Jeanne, danie de Planes, en 1376'"; Marguerite de Bavière, femme de Jean sans Peur, en i/io3 '^ ont des écus de cette forme. L'écu en losange est spécialement affecté aux sceaux des femmes. Un des premiers exemples que nous en ayons trouvé est de l'an 1262. C'est un sceau rond d'Elisabeth de Saint-^ érain , où se volent ses armes : une aigle éployée ou à double tête, sur un écu en losange '^; et, comme l'exception est partout dans le sujet qui nous occupe , il faut signaler ici un sceau de chevalier où l'écu est aussi en losange. C'est un sceau de Pierre, seigneur de La Fauche, de l'an 1270, où l'on voit à la face ses armes, qui sont une croix, sur un écu en losange, tandis que, sur le contre-sceau, la croix se trouve sur un écu de la forme ordinaire ".
Le sceau armoriai simple, c'est-à-dire n'offrant qu'un écu sur un champ vide, se rencontre jusqu'au commencement du xiv'' siècle; mais, dès la seconde moitié du xiii^ siècle, apparaît simultanément avec lui un autre sceau armoriai, où l'écu est accompagné dans le champ de certains objets, et même, par une exception que nous regardons comme fort rare, on trouve, dans la collection, un sceau de la fin du xii° siècle qui se rapporte déjà à cette catégorie : c'est celui d'Hervé de Vitré. Sur l'écu, qui a la forme d'un cœur, se voient deux aigles l'une sur l'autre, dans la pose du pal avec des feuillages , et de chaque côté de l'écu est une branche de fougère '*. Quoi qu'il en soit, ce n'est, comme nous l'avons dit, que beaucoup plus tard qu'on rencontre habituellement ces sortes de sceaux à
' N" 1738.— 2N='2375. — 3!N"a3o4. — 'N°i!834.— ^ N° 8268. — ' N°266.5.— ' N° 2295.— » N° 8715. — 'N° 2io3.— '" iN° 8227. 11^878.- '»N°3554. — '-'N-siSS. — "N''3926.
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