‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 101 sur 349 · SUR L'ÉVAPORATION DE L'EAU DIVINE · texte numérisé non relu

SUR L'ÉVAPORATION DE L'EAU DIVINE

la quantité que tu voudras. Après avoir recouvert avec un autre récipient, et avoir luté les points de jonction, au bout de 2 jours et 2 nuits, tu trouveras de la céruse (1). Prends-en un quart de mine et souffle pendant tout un jour, en y ajoutant un peu de bitume, etc. Telle est la construction de l'appareil. y

2. Quant à moi je reviendrai à notre objet, en montrant, d’après l’écrit lui-même, qu’il n’y a pas blanchiment, puisqu'il conseille de faire durer la cuisson 2 jours et 2 nuits; tandis. qu’une heure suffit pour évaporer une grande quantité de soufre. Maïs par là, il fournit un motif à tes réflexions. En effet Agathodémon a rappelé que l’arsenic est toute la composition ; c’est celle sur laquelle j'ai fortement discouru dans le 6° chapitre, sur la cuisson, dans mon livre sur l'Action (2); beaucoup d’autres anciens l’ont rappelée explicitement et avec intention. Mais le début de l'écrit, qu’enseigne-t-il sur le sujet présent ὃ Il dit:« Le blanchimentpar l’arsenic s'étend jusqu’à l’arsenic non blanchi ». C’est dans le même sens que Démocrite dit : « si la flamme est trop forte, le jaune se produit; mais (cela) ne te servira pas maintenant, car tu veux blanchir les corps (métalliques) » (3).

3. Or comment y a-t-il un homme assez simple pour ne pas entendre par là toutes les espèces de l’arsenic (sulfuré)? Et même l’arsenic lamelleux, comme l'expose l'écrit précité Ὁ

Si les matières (4) sont blanchies de cette façon, et non pas seulement à la surface, le métal sera entièrement blanc et il ne perdra pas sa couleur au feu: ilsera blanc dans l’intérieur ainsi qu’à la surface. Or comment n’est-on pas

capable d'entendre l’arsenic blanchi, là où l'écrit a prescrit de le projeter et de

(1) Ce mot semble signifier ici l'acide | se faire aussi avec l’arsenic sulfuré luiarsénieux. même; mais alors il est plus lent et

(2) Ce passage montre que le livre sur plus difficile. C’est ce blanchiment par l'Action était un ouvrage étendu, dont | l’arsenic qui est appelé la fixation du nous ne possédons que des extraits. mercure, notre arsenic métallique étant

(3) D'après ces deux paragraphes, | assimilé au mercure, ainsi qu'il a été on doit changer le sulfure d’arsenic en dit à plusieurs reprises (Zntrod., p. 00 acidearsénieux paruneoxydationlente: et 230). puis on emploie cet acide arsénieux à (4) Le cuivre?

blanchir le cuivre. Le blanchiment peut

le soumettre à l'insufflation; cet arsenic ne contenant aucune (partie) de soufre (1), mais s'évaporant en nature (2) sous l’action du feu? Mais si la composition renferme du soufre, ilrecommande non seulement de souffler, mais encore d'ajouter du bitume, afin que par là le Tout soit désulfuré et devienne pur et brillant.

4. Voilà toutes les choses qu’il m'est permis de dire là-dessus, et vous en êtes témoins. Mais si vous y trouvez bien des ressources, vous êtes aussi des maîtres pour le reste. Je vous conseille conformément à ce que j'ai appris jusqu'ici, ayant accepté de vous, moi aussi, les fruits de l’œuvre finale. L’écrit dit qu’on opère également sur les monnaies (3). Or ce procédé s'exécute dans l'Ecrevisse (4).

5. Pour la composition (5), le vase de terre cuite a une ouverture, destinée à découvrir la coupe placée sur la kérotakis, afin que l’on puisse voir si la matière blanchit ou jaunit. Or l'ouverture du vase de terre cuite est fermée au moyen d’une autre coupe (6), afin que le produit ne s’évapore pas; et que l’alliage de l'Écrevisse (7) ne s'échappe pas par là. L'opération a lieu en un seul jour. Si la décoction est conduite autrement, ainsi que la cuisson, il faudra deux fourneaux : le premier, pour les fioles apparentes; le second, pour les kérotakis, les vases à fixation, ou les bocaux. Si l’on veut y faire digérer l’alliage de l’Écrevisse, ou les matières analogues, on le placera sur la kérotakis, en l’y étendant, eten évitant qu'il ne coule. Le vieux Zosime disait: « Je connais une classe unique qui renferme deux opérations : l’une

our que la fluidité soit produite par l’extraction ; la seconde pour que l'hu- P q P P ; P q

dire les alliages sur lesquels s’opérait la transmutation.

(1) On admet ici et dans les lignes suivantes que le signe du soufre a été

traduit par erreur par le mot plomb ; le signe étant le même, comme il a été dit plusieurs fois.

(2) Acide arsénieux.

(3) Falsification. — Jntrod., p. 33 et 57.

(4) Voir l’appareil appelé Écrevisse (ntrod., p. 145 et fig. 28, p. 154).

D’après la formule de la fig. 28, p.

152 à 154, on y travaillait le molybdochalque et l’argyrochalque, c’est-à-

(5) Le ms. M s'arrête là, ainsi que B. La suite est donnée d'après A: c'est une addition de commentateur praticien, comme le montre la citation finale de Zosime.

(6) V. Introd., p. 149, 150, 151, fig. 25, 26, 27:

(7) C'est-à-dire afin que l’alliage destiné à la transmutation (molybdochalque) ne perde pas sa portion volatile (mercure ? ou arsenic ? ou zinc ?).

midité du plomb soit desséchée jusqu’à épuisement. Car elle se fixera et se

desséchera ».

1. Prenant des œufs, la quantité que tu voudras, fais-les bouillir, et après les avoir cassés, ôtes-en tout le blanc (1); mais n’emploie pas la coquille (2). Prenant un vase de verre mâle et femelle (3), celui qui est appelé alambic, jettes-y les jaunes des œufs (4), en usant de la pesée ci-après: une once de jaune; coquille des œufs calcinée, deux carats, ni plus ni moins, mais juste comme il a été écrit. Ensuite, délaie; puis, prenant d’autres œufs, casse-les et jette {les) dans l’alambic avec les jaunes délayés, de faconque les œufs entiers soient recouverts par les jaunes.

Lute l’alambic et son chapiteau au récipient (5), avec beaucoup desoin; en te servant de suif, ou de plâtre, ou bien de cire d’abeille, ou de cendre mélangée d’huile, ou de ce que tu voudras. Fais digérer dans du crottin de cheval ou d’âne, ou sur un feu de sciure de bois, ou dans un four de pâtissier. Emploie n'importe quel genre de caléfaction convenable, au degré que peut supporter la main humaine.

Que le lieu où les appareils sont installés soit à l’abri du vent, qu’il recoive la lumière de l’est ou du sud, maïs non celle du couchant, ou du nord, ou du nord-ouest, ou du nord-est, à cause du refroidissement (6). Faïs digérer pendant 4 01 21 jours, jusqu’à ce que cesse la montée des vapeurs; et maintiens lutés avec soin les joints de l’appareil, afin de conserver l’odeur ; car si elle s'échappe, tout le travail est perdu. En effet, cette odeur est tout à fait désa-

gréable, et c’est dans cette odeur que réside le travail (7).

(1) Réd. de A :... « tout le blanc, au (4) « Les blancs et les jaunes » d’amoyen de vases de terre cuite, et le près A.

jaune ». (5) Le sens du mot rogion, employé (2) Ce langage est probablementsym- | dans ce passage, autrement dit rogé, bolique, conformément auxpagesiget |! (p.50), est défini par cette description. ΣΙ:

(6) Voir p. 30, $ 2.

(7) On voit par laqu'il s’agit de la dis tillation d’un produit sulfuré.V. Introd., p. 69.

(3) Formé de deux parties s’emboitant, dont l’une est regardée comme mâle, l’autre comme femelle.

2. La première eau qui passe (ἃ la distillation) est blanche.

La seconde coule goutte à goutte; elle est d’une odeur désagréable, toute pareille (au Jait de chaux) (τὴ, Ensuite, quand la montée de l’eau a cessé, tu enlèves le récipient dans lequel l’eau a coulé, tu (le) fermes, et tu le gardes avec soin. Découvrant l’alambic, tu te boucheras le nez à cause de l'odeur: et tu trouveras dans le vase femelle les scories (caput mortuum).

Ne refuse pas au mort de parvenir à la résurrection; mais attends la résurrection du (mort) dont on a désespéré (2). Ensuite mélange avec la cendre d'autres jaunes d'œufs, comme dans l’art de la savonnerie; délaie ensemble les matières humides et les matières sèches, et jette (le tout) dans un alambic. Opère comme il a été prescrit antérieurement, en changeant le récipient de l’eau, c’est-à-dire le rogion.

Fais cela jusqu'à trois fois et tu auras d’abord la première eau blanche, comme il a été dit précédemment, cette (eau) que les anciens ont nommée eau de pluie; puis, la seconde eau, jaune-verdâtre, qu’ils ont nommée huile de raifort; puis la troisième eau, d’un noir verdâtre (3).

Tu auras aussi les scories qui sont dans le têt. Lorsque tu ouvriras l’appareil, tu trouveras la première fois la scorie tournant au noir, —la seconde fois, blanche ; — la troisième fois, jaune (4).

Après la première, la seconde et la troisième extractions d’eau et ouvertures de l'appareil, tu réunis les eaux des trois extractions, c'est-à-dire les eaux divines qui s’y trouvent, avec le résidu contenu dans le vase femelle. Après cela, prenant un alambic de verre, fais-y entrer les matières, bouche l’alambic avec une poterie cuite, capable de s’ajuster aux bords de l’alambic.

Lute avec tout le soin possible, à l’aide d’un lut qui résiste au feu. Aban-

(3) Addition de A: « Qu'ils ontnommée aussi huile de ricin ».

(1) C'est-à-dire qu'elle est blanchie à la façon du lait de chaux (?), par le |

soufre précipité, provenant de la décomposition des polysulfures ou de l'hydrogène sulfuré qui s’est volatilisé. On dit encore aujourd'hui : lait de soufre pour une liqueur analogue.

(2) Ceci signifie que le sulfure, formé au fond de l’alambic (scorie ou caput mortuum), se désagrège et blanchit à l'air.

(4) Comparer ce texte du Traité attribué à Avicenne, Bibl. Chem. de Manget, t. I, p. 633 : « Et primo distilla et quod primo exit serva seorsim, quia ista est aqua. Reitera aquam per distillationem et quod distillabitur serva et ista est simplex; pone sub fimo et serva et quod remanebit in fundo cucurbitæ, serva seorsim, quia est terra ».

donne sur le fumier du fourneau, pendant quarante et un jours, jusqu’à ce que la décomposition ayant eu lieu, la matière teinte devienne semblable à la matière tinctoriale, et que la nature domine la nature. En effet, de cette façon, les matières sulfureuses sont dominées par les matières sulfureuses (1) etles matières humides par les matières humides correspondantes.

3. Ne prends pas souci du poids, ni de la fraicheur des œufs, ou de leurs jaunes; seulement, broie ensemble les matières liquides et les matières sèches, comme il aété dit précédemment, et mets-les dans l’alambic. Après le quarante et unième jour, découvre l’alambic et tu y trouveras une composition entièrement vert clair, c’est-à-dire tournée en ios. Celui qui fait l’ios, sait quelle opération il accomplit; mais celui qui n’en fait pas ne produit rien.

Or, après le quarante et unième jour, ὅτε l'alambic du lieu chaud et laisse le pendant cinq jours éloigné de toute source de chaleur. Les cinq jours (écoulés), place l’alambic sur de la braise de sciure de bois et extrais-en l’eau divine; tu la recevras, non dans ta main, mais dans un vase de verre. Puis, prenant cette eau, mets-la dans un alambic, comme il a été écrit précédemment, et fais chauffer pendant deux ou trois jours. Après avoir enlevé, délaie, et expose au soleil sur une coquille. Lorsque le produit sera devenu compacte comme du savon, fais chauffer une once d’argent, et projettes (y) de cette eau solidifiée, c’est-à-dire deux karats de poudre sèche, et tu auras de l’or (2).

Le nombre total des jours de l'opération est de cent dix jours, d’après ce qu'ont dit Zosime, le Chrétien et Stephanus (3).Quant à moi, après avoir bien butiné de tous côtés comme l’abeille, et tressé une couronne avec beaucoup de fleurs, je t'en ai fait hommage, à toi mon maître. Ensuite, je t'exposerai quels sont les appareïls. Portez-vous bien en Jésus-Christ, notre Dieu, main-

tenant, toujours et dans tous les siècles des siècles. Amen.

(1) Voir p. 20, ὃ 12, sur l'œuf philo- dant, le résidu employé comme poudre sophique. de projection contenait peut-être d’au- (2) I semble qu’il s'agisse simplement tres métaux. d'une teinture superficielle de l’argent | (3) Ceci indique un commentateur

en jaune par un polysulfure. Cepen- | relativement moderne.

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