CHOIX DU MOMENT FAVORABLE
et disant : « Si les eaux se meuvent en tous sens, le crible lui-même semble s’écouler ». Elles doivent descendre ensemble, suivant le grand Hermès; puis elles remontent aussitôt dans l'appareil destiné à en opérer la cuisson. Nous avons exposé ces choses dans notre discours, sauf en ce qui traite du moment opportun. Le moment opportun, c’est celui de l'été, alors que le soleil a une nature (favorable) pour l’opération.
Marie s’en occupe, en décrivant les traitements du petit objet (1) : « L'eau divine sera perdue pour ceux qui ne comprennent pas ce qui a été écrit, à savoir que le produit (utile) est renvoyé vers le haut par le matras et le tube. Mais on a coutume de désigner par cette eau la vapeur du soufre et des arsenics sulfurés. À cause de cela tu m’as raillée, parce que dans un seul et même discours je t'ai exposé un si grand mystère ».
3. Cette eau divine, blanchie par des matières blanchissantes, fait blanchir. Si elle est jaunie par des matières jaunissantes, elle fait jaunir. Si elle est noircie au moyen de la couperose et la noix de galle, elle fait noircir et réalise le noircissement de l’argent et celui de notre molybdochalque. Je t'ai parlé précédemment de ce molybdochalque, à l’occasion de notre argent traditionnel. Ainsi l’eau noircie, s’attachant à notre molybdochalque, lui donne une teinture noire fixe; et bien que cette teinture ne soit rien, tous les initiés désirent vivement la connaître. Or l’eau capable de prendre une telle couleur, produit une teinture fixe, l’huile et le miel étant éliminés.
4. Le Philosophe dit aussi qu’une petite quantité de soufre natif suffit pour brûler beaucoup d’espèces et qu’il amollit les pierres et les métaux. Dans cette eau se dissout la composition sulfurée, comme il le dit en parlant de l’'Androdamas. « Si tu mets du soufre apyre, tu produis une liqueur d’or (2). Pour la faire agir sur la composition des substances, on délaie la composition des matières sulfureuses ». De la même facon, on la fait bouillir ou cuire. « Comprends bien, dit-il, que si tu mets du soufre apyre, tu produis une liqueur d’or. Au moyen d’un feu de sciure de bois, sur la kérotakis, distille l’eau divine, jusqu’à ce qu'elle contienne (la couleur) d’or. Tu
feras cuire en agitant légèrement, et en ajoutant les motaria (3) de la sanda-
(H)ACp 1Π|. σσι, 7. sion dans un linge de la sandaraque (2) Page 48, ὃ το. décomposée, v. OLYMPIODORE, p. 112 (3) C'est-à-dire le résidu de l’expres- et 108.
raque jaune. [Or ils ont dit les motaria, parce que (la composition) est épaisse comme du sang]. Fais cuire le produit fortement pendant 2 ou 3 jours, et après avoir pressé, verse le résidu de la préparation dans chaque vase: et il se forme de l’ios. Pébichius a dit aussi sur cette question :« Partagez la préparation en deux parties, et mettez-en une moitié dans un vase de terre cuite et l’autre moitié sur le cuivre ; » voulant faire entendre ceci en un seul (mot): la cuisson, par (le vase) de terre cuite, et l’iosis, par le cuivre. Or il a parlé précédemment du blanchiment, en disant que le cuivre est brûlé dans du bois de laurier ; c’est-à-dire le soufre natif (avec le cuivre) en présence des feuilles de laurier (r). Tu peux connaître par là le mérite des anciens, combien clairement ils ont expliqué toutes choses. En paraissant cacher toutes choses, ils ont dit clairement : « D'abord, sur des flammes légères, afin que l’eau de soufre soit absorbée en même temps ». Au sujet de ces flammes, Marie disait : «les flammes progressivement »; puis : « le feu graduellement » ; afin de faire comprendre qu'il faut opérer suivant une progression convenable, à partir (de l’instant) de la flamme.
Le moment opportun est celui de l'été. La pourpre aussi exige une époque particulière pour les dissolutions et les refroidissements. De même, la gomme en larmes, pour s'écouler spontanément, veut la nature propre de l'été. J'ai pourtant entendu dire à quelques-uns que notre opération se fait
en toute circonstance, et j'hésite à le croire (2).
Π|. xvr. — SUR L'EXPOSÉ DÉTAILLÉ DE L'OEUVRE DISCOURS A PHILARÈTE (3)
1. Voici dans quels termes Démocrite expose ces choses aux prophètes égyptiens : « Je écris, ὃ Philarète, pour t'exposer tout au long la puissance
(1) Voir la note 2, page suivante. | (3) Ce morceau renferme des extraits (2) A la fin de cet article, le ms. A. plus ou moins étendus, tirés de Démorenvoie à un autre qui se trouve plus crite, et entremèêlés de commentaires.
loin : III, xxix, ὃ 21. 3 |
de l’art. Voici le catalogue des espèces : le mercure, tiré du cinabre, l’antimoine de Coptos, de Chalcédoine, d'Italie, la litharge, la céruse, le plomb, l’étain, le fer, le cuivre, la chrysocolle, le claudianon, la cadmie, la pyrite, l’androdamas, le soufre, la sandaraque, l’arsenic, le cinabre. »
2. « Les espèces suivantes sont employées pour l'or et l'argent; car, blanchies, elles blanchissent, et jaunies, elles jaunissent. Celles qui blanchissent sont les suivantes : la terre de Chio, l’astérite, la terre de Samos, la terre de Cimole et l’aphrosélinon. »
3. « Les (espèces) qui se délaient sont celles-ci : le soufre natif, le sel de Cappadoce, les sels de toutes sortes, la fleur de sel, le calcaire, qui a été appelé aussi le suc laiteux du mûrier, (ou) du figuier (1), l'alun en lamelles, le misy, le chalcanthon, les feuilles de pêcher, les feuilles de laurier (2). »
4. « Voici les (espèces) employées pour jaunir : la terre pontique, celle qui est brûlée, la terre attique, celle qui fournit le bleu mâle et le bleu femelle, commun aux deux teintures (3); et parmi les plantes, le ricin et la fleur de carthame, la chélidoine et l’ochumenon (basilic) (4); et, parmi les sucs, la gomme (5) ». Il disait au sujet de la gomme : « les sucs sont aussi employés pour la composition blanche ».
5. Mettez en évidence les produits qui doivent être délayés plus tard, en vue de lopération de l’iosis, et traitez (les) conformément à l'opinion d’après laquelle les corps qui n’ont pas de substance propre agissent convenablement sans feu (6).
Quelques-uns veulent employer au 2° et au 3° rang dans l’opération de l’iosis, les plantes, telles que la fleur de l’anagallis et la rhubarbe, et les
(espèces) semblables; quelques-uns emploient le safran et la racine de
(1) Noms symboliques. | logue aux couleurs végétales et aux (2) Ce sont les noms symboliques de fleurs des plantes. V. p. 71, note 4, quelques substances minérales, analo- -| p.8o;p. 108, note 6; p. 125, note 6; gues aux nomsdonnés plus haut au cal- | p.153, note 2; v. aussi p. 84, note 5, etc.
caire et tirés de la nomenclature prophétique (/ntrod., p. 10). Desemblables bleus (/ntrod., p. 245). Le bleu mâle substances minérales sont parfois dési- paraît être une couleur de cobalt; le gnées dans d’autres endroits du texte | bleu femelle, une couleur de cuivre. sous le nom de plantes; probablement | (4) V. Lexique, p. 8, note 1.
parce que l’on en tirait des matières (5) Lexique, p. 10
colorantes, ou fleurs, d'apparence ana- | (6) V. l’article suivant, III, xvur, p. 167.
(3) Théophraste parle de ces deux
mandragore, celle qui porte de petits tubercules. J'ajouterai que sans elle rien n’est teint, et que toutes (les espèces) sont délayées en même temps qu’elle avec la gomme, dans l’opération de l’iosis. Mais tous ont rappelé qu'il ne faut pas détruire le ferment dans cette liqueur; et il en est de même pour le corps qui doit être teint.
6. Si tu dois teindre en argent, (il faut) faire macérer en même temps une feuille d'argent; pour teindre en or, c’est une feuille d’or. Car le blé engendre le blé, et le lion (engendre) le lion, et l'or (engendre) l’or (1). Projette, dit-il, de l'argent commun, et tu teindras. Car une seule liqueur est désignée pour les deux (teintures).
Voici à présent ce qui regarde la teinture de la préparation (2). L'eau divine préparée suivant la vraie formule, celle qui est bien fabriquée, teint les préparations; et lorsque la préparation est teinte, alors elle-même teint à son tour. C’est pour cela que les ferments, les ferments préparatoires, les ferments acides, les ferments d'or et analogues sont tenus cachés. [Or en toutes choses tout est découvert par les gens intelligents.]
7. Parlons des quatre corps qui résistent au feu, des {corps) qui servent de support (à la teinture), c’est-à-dire de la composition ultérieure. Après lavoir composée, nous en prenons une partie, en y ajoutant de l’eaudivine, jusqu’à ce que se produise la couleur et le ton du corps correspondant (3), selon Marie. Quand on a obtenu la composition ultérieure, les quatre corps qui servent de support, non-seulement on projette sur eux la composition du ferment d’or, mais aussi la composition de l'eau de soufre. On doit faire la projection sur les (corps) que voici : le fer, ou l’étain, ou le plomb, ou le cuivre, etc. Tous ces corps subissent la projection. Écoute ce qu'il dit dans le chapitre des deux compositions : « Si tu projettes sur du fer, (il s’affine); si tu projettes, sur du cuivre, il s’affine d’abord; si c'est sur du plomb, il perd sa fluidité; si tu opères d’abord sur l’étain, il devient rigide. Projette ainsi, dit-il, et pour que tu ne te trompes pas, blanchis d’abord ».
(1) V. la lettre d’Isis, Ὁ. 35.— Orvu- | la liqueur destinée à la teinture des PIODORE, P. 96. | métaux; on lui communique d’abord à (2) Φάρμαχον : c'est ce que les alchi- | elle-même une teinture convenable.
mistes latins appellent medicina. C'est | (3) L'or ou l'argent.
8. Discourons maintenantsur l'affinage (1) du cuivre. Les espèces employées comprennent les feuilles de pêcher et de laurier (2), ainsi que les terres blanches, (les sucs) de mûrier et de figuier (3), le suc de tithymale, le natron roux, le sel de Cappadoce et les (substances) semblables.Dans cette liqueur, dit-il, dépose les écailles du cuivre (4), pendant 15 jours et tu le trouveras affiné, c'est-à-dire blanchi. Telle est la composition de la liqueur du soufre blanc.
Voici ce que le Philosophe a exposé dans la dernière classe des liqueurs: « Certes le soufre blanc blanchit le cuivre. Mais s’il s'agit du soufre jaune, le cuivre est traité par la couperose et le sori; puis, après l'avoir jauni, on met ce cuivre, en même temps que le soufre, dans du vinaigre, etc., afin qu’il devienne os. » Il dit en effet, que la couperose produit la couleur d’or. Si la couperose est délayée avec le soufre, la pyrite et le sori, et le soufre jaune ajouté à ce mélange jaune; et si on le laisse déposer {sur le métal, afin qu’il le ronge), le soufre produit ainsi le jaune (5).
9. Qu'est-ce donc que l’affinage, ou le jaunissement ? L’affinage et le jaunissement diffèrent entre eux seulement par la couleur : c’est-à-dire que l’affinage par le soufre (est) un blanchiment; tandis que l'opération de l’iosis est un jaunissement. Voyons ce qu'il dit encore : « Si tu veux amollir le fer, prépare des écailles (6) menues de fer; dispose une couche de terre de Samos; puis étends une seconde couche d’alun lamelleux. Tu obtiendras un métal mou et blanc. » Or, les espèces de cette nature appartiennent au (genre du) soufre blanc. Hermès, parlant du ramollissement, disait ensuite :
« Et il sera blanchi ». C’est pour cette raison que le Philosophe disait:
(1) Les mots affinage, affiné, sont empoyés ici, faute de mieux, pour traduire le mot grec ἐξίωσις. En réalité il s’agit de la transformation du métal préalablement changé en os (oxyde, sulfure, sel basique) ; et qui est régénéré avec une couleur nouvelle, provenant de la formation d’un alliage, au moins superficiel, tel qu’un arséniure ou un amalgame.
(2) Voir la note 2 de la p. 159 (5) Le calcaire, d'après le texte de la p. 150, $ 3.
(4) Introd., p. 233.
(5) La fin de cette recette confuse semble répondre à l’affinage de l’or par un mélange complexe, analogue au cément royal (/ntrod., p. 14 et 15).
(6) Fer oxydé des batitures (/ntrod., p- 252).
« Mets en outre la moitié de la préparation blanche, c’est-à-dire du soufre blanc » (1).
10. Cherchons maintenant ce que c’est que la rigidité. Le Philosophe (dit): « Prends du plomb blanc qui a perdu sa fusibilité, grâce à la terre de Chio etàl’alun. Ces espèces appartiennent (au genre) du soufre blanc. Or le soufre blanc, une fois blanchi, fait blanchir ». Démocrite (dit encore) : « Lorsque tu auras affiné, amolli, donné de la rigidité et ôté la fluidité, ou bien lorsque tu auras blanchi ». Le blanchiment (s'obtient) par le soufre blanc. Vois le Philosophe, pris d’un transport divin au sujet de ce soufre blanc : « Si la préparation devient semblable au marbre, il y a là un grand mystère; car elle blanchit le cuivre, c’est-à-dire elle l’affine; elle amollit le fer ; elle ôte à l’étain sa flexibilité, au plomb sa fluidité; elle rend les substances solides et les teintures fixes.
Ces teintures, (ce sont) les espèces, depuis le mercure (2), jusqu’à la chrysocolle, celles qu’on appelle la fleur d’or. Quelques-uns ont parlé à bon droit de ce soufre, au sujet de toutes (ces choses). En effet, Stephanus (3), lorsqu'il disait : « les substances solides », parlait des quatre corps. D’autres disaient : « c’est l’eau divine, (c’est) le grand mystère entre tous, ce qui devient semblable au marbre, ce qui blanchit toute substance, ce qui blanchit le corps du molybdochalque (4), c'est la fumée des cobathia (5). C’est là ce qui rend les teintures fixes, ce qui maintient solides les substances ». Or, si tu veux parler (de rendre) les substances solides, ce n’est pas pour que les substances amenées à une mollesse oléagineuse se crevassent, mais afin d’éviter la déperdition des (matières) qui ont coutume de disparaître par l’action du feu, depuis la vapeur sublimée jusqu’à la chrysocolle; attendu qu'il s'agit d'obtenir des teintures. Écoute-le parler à ce
sujet : « Il faut mettre, en outre, du fer, ou du cuivre, ou de l’étain, ou du
(1) Le mot soufre blanc a dans tout ce passage un sens particulier. Il paraît s'agir des compositions arsénicales et sulfurées, destinése à produire soit un laiton tournant au blanc, soit un arsé-
.niure métallique complexe, analogueau tombac; peut-être même tout alliage métallique blanc, dur et rigide.
(2) D’après M. — ABKELb, l'argent.
(3) Ce passage est dû à un commentateur de date plus récente.
(4) De la magnésie, B.
(5) Lexique, p. 10. — OLYMPIODORE, p. 91, note 4. — Jntrod. p. 245 — En marge de M, on ajoute : l’eau du soufre apyre.
plomb ». Voilà ce qu’il nomme des teintures : les quatre corps, lesquels une fois teints, teignent (ἃ leur tour). Or ce qui teint les teintures et les choses teintes, (c’est) l’eau divine, le grand mystère, ce qui est semblable au marbre; ce qui rend toutes choses aptes à l'opération, ce qui brûle le cuivre et le blanchit, ce qui fixe le mercure, ce qui affine, voilà le grand mystère de l'art tout entier. En effet, l’eau jaune est un mystère manifeste.
11. Mets donc un peu de gomme et tu teindras toute sorte de corps. C'est là ce qui agit dans la calcination, le blanchiment, le jaunissement, la fixation du mercure, l’iosis. Lorsqu'il parle des substances solides, en traitant de la destruction des substances, il parle (de la perte) des espèces volatiles. Or ce soufre blanc est récapitulé dans les deux compositions; car il dit : « Si c’est sur le fer, il amollit d’abord, etc. ». C’est-à-dire blanchis d’abord toutes choses, comme il a été expliqué, lorsque tu auras affiné et ramolli, rendu rigide et non fluide; blanchis le Tout, les quatre corps qui servent de support. Tel est le début en suivant une marche unique, celle du blanchiment. Or le blanchiment (s'obtient) au moyen du soufre blanc. Le poids des soufres blancs se trouve dans la dernière classe, celle des liqueurs blanches, savoir: arsenic doré 1 once, {autant de) natron et matières semblables, pellicules des feuilles de pêcher et de laurier 1 once, (autant de) suc de mûrier, sel, etc. Il faut mêler ensemble ces matières, suivant la proportion des pesées. Le mercure va, dans les deux compositions, s'emparer de toutes (les matières), c'est-à-dire les ramollir; jy reviendrai à propos du cinabre (1). Mais pour que cette amalgamation ait lieu, il ne faut pas délayer les deux compositions avec des blancs d'œufs, de l’eau de gomme blanche. Car dans ces (compositions), le mercure (2) a pour effet d'attaquer tout, de s'emparer de tout, de tout amollir. Je me suis expliqué là-dessus dans (le chapitre des) molybdochalques.
12. Quelques-uns ont adouci l’eau divine, en la rendant plus épaisse, et
ont repris les compositions avec le mercure. En effet, la composition
(1) Lc. : Au lieu du cinabre, « de l’ar- (2) Au lieu du mercure, ABK : « l’argent ». — Signe de l'argent couché gent». Dans Lb l’argentest à l’accusatif, ABKE. V. Jntrod., p. 120, Pl. vu, | c’est-à-dire que c’est lui qui est atta-
1.22. Le sens de ce symbole particulier qué. Le mot mercure pourrait désigner est incertain. ici notre arsenic (/ntrod., p. 230).
blanche contient les œufs et la gomme. D’autres mettaient le Tout dans un grand vase de verre (1), luté tout autour, etils faisaient chauffer sur un feu faible ; ils y plaçaient de l’eau divine, et cuisaient comme (on fait pour) la pourpre. Il faut procéder dans la transformation comme on le fait avec le produit tiré de la mer, lorsque ce produit est changé en pourpre véritable. Par suite, le Philosophe (dit) : « La céruse a une puissance différente en raison de l’helcysma (2), selon qu'il s’agit de celle qui sert à la teinture en or, c’est-à-dire en pourpre, ou bien de celle qui sert à la teinture en Elanc, c'est-à-dire enargent». La même composition délayée possède plusieurs sortes d’actions. « Toutes les substances (métalliques), dit-il, proviennent de la seule nature du plomb; le cuivre ajouté, tu le sais, forme toute la composition (3) ». Voiläcommentil a désigné la mutation par l’helcysma, dansses démonstrations: « Après avoir fait chauffer l’eau divine ». Par ce mot «faire chauffer », ils ont désignéla production (de la) couleur. Ilsnese sontpas bornés à unirle mercure (4); mais, en outre, ils ont blanchi et jauni la composition, faisant chauffer sur un feu doux et ne laissant pas la fumée se dissiper par linstrument. Car c’est en elle que réside l’esprit tinctorial. On fait cuire jusqu’à ce que la couleur soit répandue (dans toute la masse); les uns pendant neuf heures, d’autres pendant deux jours (5). Cela fait, on recouvre l’instrument avec une coupe et on le place sur une kérotakis, ou dans un matras, audessus du fourneau; on chauffe le fourneau, à partir de ce moment, pendant un jour (6), d’autres pendant deux. On regarde à travers la coupe ce que devient la céruse, puis on enlève le produit.
13. Quelques-uns fabriquent du jaune (7); ils font un trou au milieu (du vase). A la partie inférieure on ne trouve que des scories, (la vapeur) s'étant séparée à la partie supérieure; car dans (la composition) à deux couleurs, la
scorie se rencontre avec le plomb. Après avoir détaché la scorie, on obtient le
(1) Troullos, motà mot, truelle. C'est | (4) Lb ajoute: « Au soufre ». quelque instrument inconnu. | (5) B : Un jour et une nuit. — Lb: (2) Helcysma,scorie d'argent (/ntrod., | 12 heures. p. 266). Il y a un jeu de mots fondé sur | (6) A : Un jour et une nuit. le double sens de ce mot, qui signifie | (7) Ou bien: « préparent du plomb, » à la fois : écume tirée des métaux et pro- suivant la variante adoptée pour le duit (coquillage) tiré de la mer. | Textegrec, p. 165, 1. ὃ.
(3) Molybdochalque. |
corps métallique. On pulvérise cette pierre et on l’expose au soleil, jusqu'à ce qu'elle soit blanchie. On prend la moitié du poids du produit, on y ajoute du mercure et du soufre comme complément, ainsi que de la gomme blanche, On fixe sur de la cendre chaude pendant un jour entier, jusqu’à ce que l’eau divine soit complètement desséchée. On ajoute donc de l’eau divine. Lorsque toute cette eau a été consommée, on la renouvelle, et l’on fait chauffer les matras pendant une heure, (sur un feu) indirect : on obtient ainsilacéruse. La substance encore bouillante est transportée sur du soufre apyre, et sur de l’eau de soufre, pour l’autre moitié du poids : on laisse déposer pendant (deux) jours, jusqu’à ce que l’ios soit produit.
14. Quelques-uns enfouissent le vase dans le crottin de-cheval, pendant le même nombre de jours. On y met du cuivre, en ajoutant après la teinture du fer blanchi (1), si l’on veut fabriquer de l’argent. Si c’est de l’or, on délaie de nouveau avec le produit moitié de son poids de mercure et moitié de soufre (j'entends du soufre jaune), ainsi que de l’eau de soufre natif et de la gomme. On fixe en chauffant par en dessous et l’on commence par faire cuire, pendant deux jours et deux nuits. Après avoir enlevé bouillant, on met de l’eau divine sur le résidu du soufre, et l’on fait chauffer pendant deux jours. Quand le produit est cuit à point, on ajoute de l'argent commun.
15. La préparation du blanc est celle-ci : soufre, arsenic, sandaraque, cinabre, en quantités égales, macérés d'avance; sel de Cappadoce, autant; fleur de sel, alun, lie de vin cuite, calcaire cuit, aphroselinon, misy cru et cuit, natron et sel, mêlés à parties égales avec de l’eau de mer. On expose au soleil pendant un nombre convenable de jours, jusqu’à ce que la teinture devienne capable de résister au feu. Ensuite on délaie ces matières avec de l’eau divine, de facon à rendre la couleur stable à chaud. Je veux parler de l’eau blanche, (obtenue) au moyen de la chaux délayée. Après avoir rendu la couleur stable, tu la mélanges, à raison d’une mine pour une demi-mine, et la quantité suffisante d’eau divine.
16. L’eau de soufre obtenue au moyen de la chaux se fabrique de la manière suivante: Après avoir mélangé toutes les eaux du catalogue, par
portions égales, ajoute des terres blanches jusqu'à ce que (le mélange)
(1) Voir ΠῚ, XIII, P. 154.
devienne très blanc. Mets dans une marmite, installe l’appareïl avec du feu dessous et reçois ce qui distille. Emploie ce produit pour le délaiement du soufre et la cuisson de la composition.
17. Le soufre jaune se prépare comme 1] suit : soufre, arsenic, sandaraque, cinabre, sori, couperose, chalcite, misy, alun, natron, sel, bleu d’Arménie; tout cela macéré d’avance. Délaie avec du vinaigre, en exposant au soleil pendant un nombre convenable de jours. De ce soufre tu projettes une demi-mine, pour une mine (de matière).
18. L'eau du soufre pur se prépare comme il suit : les eaux du catalogue, par portions égales ; terre pontique, terre attique, bleu d'Arménie ; on ajoute des plantes, c’est-à-dire du safran et de la chélidoine, en quantité double. Mets dans une marmite, et, après avoir joint les diverses parties de l'appareil, prends l’eau qui en sort (l’eau de soufre), destinée aux produits qui résistent au feu. Arrose la composition avec de la gomme, du mercure et de l’eau de soufre, comme je l'ai dit précédemment, le tout par moitié. Après avoir fixé sur un bain de cendres chaudes, jusqu’àceque toute l’eausoit partie, fais cuire pendant 2 jours, jusqu’à ce que le produit soit devenu extrêmement jaune. Enlève le produit encore bouillant, mets-y le résidu de la préparation, et laisse déposer pendant un nombre convenable de jours, jusqu'à ce que le produit soit changé en ios. Après avoir desséché et pulvérisé, on conserve. C’est ce produit que l’on mêle avec l'argent commun pour teindre. Quelques-uns après avoir opéré l’iosis, enfouissent dans le crottin de cheval.
19. Il a été établi que toutes les espèces (sont) communes aux liqueurs : si ce n’est que les matières blanchies font blanchir, et les matières jaunies font jaunir. Il faut savoir qu'après avoir accompli l’œuvre on doit mêler avec la composition. Quant à savoir ce qui teint le mieux, c’est un soufre dont tout le monde a parlé. Agathodémon, notamment, disait : « Prends du soufre, tantôt blanc, tantôt jaune, tantôt noir, tantôt enfin blanc fixe, et tantôt jaune fixe ». Il a donc montré, comme on l’a dit, que toutes les espèces (sont) communes aux liqueurs; si ce n’est que blanchies, elles
font blanchir, et que jaunies, elles font jaunir.