III. xvu. — SUR CETTE QUESTION
QU'EST-CE QUE LA SUBSTANCE SUIVANT L'ART, ET QU'EST-CE QUE LA NON-SUBSTANCE ?
1. Démocrite a nommé substances les quatre corps métalliques ; 1] entendait par là le cuivre, le fer, l’étain et le plomb. Tout le monde les emploie dans les deux teintures (d’or et d’argent), et toutes les substances subissent les deux teintures. Toutes les substances ont été reconnues par les Égyptiens comme produites par le plomb seul ; car c’est du plomb que proviennent les trois autres corps (1). Il a donc nommé substances les matières résistant au feu, et les matières qui n’y résistent pas : non-substances. En effet, les non-substances agissent d’une facon convenable, indépendamment du feu. Il disait qu’elles sont engendrées par l’action des appareils et de la combustion ; tandis que le vrai résidu de la préparation, préparé sans l’action du feu, produit une teinture stable en blanc ou en jaune. L'emploi de la préparation fugace obtenue par la flamme détruit le jaunissement du molybdochalque défectueux, attendu qu'il le fait disparaître. Sur ce point il ne faut pas se tromper. Vois comme il s'exprime à cet égard : « Amène à consistance visqueuse ; enduis avec la moitié de la préparation destinée à la cuisson et teins avec le reste, de facon que la couleur soit fixée sans le concours du feu ».
2. On appelle non-substances les matières sulfureuses ne résistant pas au feu. Mais l'emploi des liquides convenables leur communique la propriété de résister au feu et d'y demeurer stables : car l’eau combat l’action du feu. C’est pour cela qu’il dit: « La nature, acquérant en propre la qualité contraire, devient solide et fixe, dominante et dominée ». Ainsi elle acquierten propre la qualité sulfureuse, celle qui donne son nom à l’eau de soufre
natif. Pourquoi parle-t-il aussi du contraire ? C’est que l’eau est le con-
(1) On voit que les Égyptiens regar- | sopheset par ce qu’ils y faisaient résider daient le plomb comme le métal fonda- | la qualité métallique par excellence mental; sans doute en vertu d’une idée (voir, p. 102, note 2; p. 103, note 4, et
analogue à celle du mercure des philo- | Zntrod., p. 58).
traire du feu. Sa qualité liquide empêche que les matières soumises au feu ne s’évaporentet ne sevolatilisent. Elles sont comme ensevelies dans l’humidité et retenues jusqu’à ce qu'elles se teignent. L'eau retient parce qu'elle est liquide. C’est pour cela qu'il dit : « La nature acquéranten propre la qualité contraire », etc. On a expliqué comment au moyen des liquides on obtient des produits qui résistent au feu ; or, les liquides, c’est l’eau
divine.