‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 114 sur 349 · DISCOURS CONTRADICTOIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS CONTRADICTOIRE

ï. Tu sais que: Un est le Tout et que du Tout naît le Tout. Or il faut savoir, comme nous l’avons démontré dans nos commentaires précédents, que les philosophes désignent sous le nom unique d’un corps tous ses dérivés; principalement lorsqu'ils parlent du cuivre et du corps de la magnésie. Non seulement la vapeur sublimée rend le cuivre sans ombre; mais encore le cuivre admet toutes les espèces, de même que le corps de la magnésie se fixe avec toutes. En effet il dit : « Fixe le mercure avec le corps de la magné-

sie (3). Chercherons-nous donc à retenir la vapeur sur le Tout, afin de le

(1) Mème citation, page 152.

(2) Le sous-titre vient probablement de ce que cet article est tiré d’une discussion contradictoire. Cetarticleapour but d’expliquer le blanchiment des métaux par le mercure; la préparation de celui-ci au moyen du cinabre mis en

contact avec divers métaux, et finalement l'emploi du sulfure d’arsenic (désigné par le nom d’alun rond) pour teindre le cuivre et les alliages qui en dérivent, à la facon du mercure.

(3) Démocrire, Questions naturelles et mystérieuses, p. 40.

fixer de cette manière ? Tous les écrits (disent) passim : « Après avoir retenu la vapeur ». Or nous avons appris par l'expérience que s’il n’y a pas d’or, d'argent, d’étain, de plomb, la vapeur ne s’absorbe pas : que ferions-nous donc des pierres et du fer (1) ?

2. Parmi les écrits, les uns disent: Il faut réduire le tout en bouillie et faire absorber l’eau de gomme: d’autres mettent en avant la vapeur (sublimée). Quant à moi je trouve préférable de broyer avec le cinabre. On sait que la cuisson de cette matière produit le mercure. C’est de cette façon qu’on le prépare. En effet, les espèces traitées au soleil, au moyen de l’eau ou du vinaiστο, engendrent la vapeur (sublimée). Cela, nous le savons par expérience.

Tous les écrits et (notamment) Chymès et Marie parlent d’un mortier de plomb et d’un pilon de plomb (2). On y délaie la chaux et le cinabre, avec le vinaigre, au soleil, jusqu’à ce que le mercure se développe. On produit ie même effet avec l’étain. Les (espèces) chauffées, ou calcinées, ou fixées, ou teintes, sont susceptibles de fournir le mercure, si l'opération est faite suivant les préceptes de l’art. Quelle que soit celle de ces matières que l’on travaille, si elle est du cinabre en puissance, elle fournit de la vapeur et celleci s'échappe, le mélange étant délayé avec toutes sortes de corps.

3. On dira peut-être qu’il est préférable de broyer {le mercure) préalablement fixé et changé en ios; attendu que les écrits ne parlent pas d’une simple fixation. Mais, suivant tous, la vapeur blanche, projetée sur notre cuivre, en fait de l’argent sans ombre. De même Stephanus, en présence de toutes les espèces, imagine qu’il s’agit d’une simple (fixation) par toutes les espèces. Mais, si l’on n’emploie qu’une simple fixation, sachez tous que l’on ne fait rien par là. En effet, la vapeur s’évapore pendant la fixation dans le feu et,l’esprit tinctorial étant perdu, on n’obtient rien ; tandis que si le cinabre est cuit avec les espèces, l'esprit n’est pas perdu. Cet esprit, c'est-à-dire la vapeur chauffée par le feu et poussée à la volatilisation, est retenu par

les corps congénères qui y sont unis, notamment par l’étain (3).

(ἢ Ces matières n’absorbent pas le avec du vinaigre dans des mortiers de mercure. cuivre, avec des pilons de cuivre: H. N. (2) Pour broyer le cinabre et réduire XXXIII, 41. le mercure. Dans Pline, on produit (3) Lb porte, au lieu de l’étain : Hercette réduction, en broyant le cinabre mès; le signe étant le même à l’origine

4. D’après certain auteur, on doit se servir de l’alun rond (1), au lieu de la vapeur (du mercure). Marie s'exprime conformément à cette opinion, lorsqu’elle dit : « L'infusion des teintures a lieu dans des fioles vertes; soumises à un feu graduellement croissant. Le fourneau en forme de four a des mamelons, à sa partie supérieure. Si tu ne peux réussir, emploie le double d’alun rond, couleur de cinabre (2); ce qui vaut mieux pour atteindre le même résultat. Avec d’autres pâtes on réussit aussi. En effet la vapeur sublimée se fixe seulement sur les quatre corps; quelques-uns disent qu’elle est absorbée par les autres corps, avec le concours de la chrysocolle. Pour ma part, je sais bien que la chrysocolle seule ne la retient pas; (mais) les corps métalliques morts et délayés conservent tous la vapeur » (3).

5. Il a été dit par Agathodémon que la chrysocolle et la vapeur sont amies l'une de l’autre; {la chrysocolle) la retient ; l’une agit comme la limaille (4)... l'autre, même broyée, n’a pas l’adhésion du cinabre (5). L'une et l’autre, étant'délayées ensemble à l’état sec, s’amalgament. Mais la vapeur en puissance agit sur le cuivre en puissance (6) et ils s'unissent ainsi.

6. Il faut chercher comment la vapeur est absorbée par toutes choses, non seulement par les corps métalliques à l’état vivant et délayé, mais encore à l'état brûlé. En fait, elle est absorbée par les métaux, surtout ceux qui tirent leur origine du cuivre (7). Si tu ne réussis pas, mets le double de cinabre. On réussit ainsi avec tout; c'est là ce que le Philosophe veut expri-

mer en disant: « Il te faut comprendre toutes choses et d’abord ne pas te

(Introd. PI. I, 1. 7; p. 104). — Ce passage signifie que le sulfure de mercure, étant réduit par un métal, ce métal fixe en même temps le mercure, si l’on opère par digestion prolongée ; tandis qu’une action brusque met à nu le mercure, qui s’'évapore.

(1) C'est-à-dire employer le sulfure d’arsenic, ou son dérivé (c’est ici l’acide arsénieux, synonyme de l’alun ; v. p. 82, note 6), au lieu du cinabre ou du mercure.

(2) Réalgar (Zntrod., p. 238 et 244, article Cinabre).

(5) Sans doute à la condition de les

ramener simultanément à l’état métaliique par des agents réducteurs (?).

(4) Des métaux qui s'unissent au mercure.

(5) C'est-à-dire que l’emploi de l’arsenic sublimé ne blanchit pas les métaux aussi facilement que celui du cinabre.

(6) C'est-à-dire qu’au lieu d'employer le cuivre libre et le principe colorant et volatil tiré de l’arsenic à l’état libre, il faut opérer sur des composés susceptibles de les engendrer.

(7) C'est-à-dire par les alliages à base de cuivre, ou supposés tels.

relâcher de l’art; car la méditation mène au chemin véritable ».Ces choses ont été rapportées par moi, qui voulais montrer que l’alun rond agit sem-

blablement, ainsi que l’a dit surtout la divine Marie.

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