‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 115 sur 349 · IL. xx. — SUR LES SOUFRES ὦ · texte numérisé non relu

IL. xx. — SUR LES SOUFRES ὦ

1. Ne m'as-tu pas demandé l'explication concernantles soufres, demeurant jusqu’à ce jour fidèle à ton serment? Cette explication te sera donnée en temps opportun. Tu sais que ce n’est pas seulement le Philosophe qui a mentionné les soufres, mais encore tous les prophètes; car, sans les soufres il n’y aura rien, c’est-à-dire sans l'eau divine. En effet toute la composition est absorbée par elle; c’est par elle qu’elle est cuite; par elle, qu’elle est brûlée; par elle, qu’elle est fixée; par elle, qu’elle est teinte; par eile, qu'elle subit l’iosis et par elle, qu’elle est affinée (2). Car il dit: « Mets de l’eau de soufre natif et un peu de gomme: tu teins par là toute sorte de corps ». Ecoute encore le même auteur : « Laisse descendre et le produit se forme(3): c’est là le mystère manifeste ». Mais quelqu'un dira : Qu'est-ce qui ressemble à Peau divine, parmi les sulfureux ἢ — Nous lui répondrons : d’abord qu'est-ce qui a opéré avec autre chose que les eaux divines ? Or si (personne) n’a opéré autrement, c’est avec raison que mon Philosophe n’a pas parlé d'autre chose que ce que nous comprenons (par là).

2. On appelle donc divine l’eau de soufre. Ecoute bien. On appelle divine la vapeur sublimée, émise de bas en haut. De même aussi, la cendre formée sur les parois des conduites de fumée est appelée divine. Semblablement aussi les gouttes jaillissantes des bains; les gouttes qui se fixent aux couvercles des chaudières, on les appelle pareïllement divines. Le mercure blanc, on l’appelle encore divin, parce que lui aussi est émis de

bas en haut (4).

(1) B : « Sur les eaux divines ». (4) Cette phrase répond à l’axiome : (2) Cp. p. 147. « Enhaut les choses célestes, etc. » (3) Cp. Stephanus, édition Ideler, | (/ntrod., p. 162 et 163); le nom d’eau P'247: ler | divine correspondant aux choses céles-

3. Les anciens (1) ont l'habitude de faire cuire les sulfureux, en les chauffant sur un feu léger dans des fioles. Or ce que le feu effectue par artifice, le soleil l’effectue par le concours de la nature divine. Le grand Hermès dit : « Le soleil qui fait tout ». Hermès dit encore partout : « Expose au soleil et délaie la vapeur au soleil ». (δὰ et là 1] désigne le soleil. Le feu solaire accomplit toutes les opérations que nous avons dit précédemment s'effectuer dans des fioles. L'autre composition est bouillie de cette façon avec la saumure jusqu’à blanchiment. Il en est de même des choses dont il nous parle comme exécutées sous la canicule et sous l’influence solaire, ainsi que nous l’enseigne l'expérience des deux procédés.

De même que le levain du pain, employé en petite quantité, fait lever une grande quantité de pâte; de même aussi la petite feuille d'or ou d'argent engendre toute la poudre de projection (et, fait fermenter toutes choses.

Si nous entendons dire 3, 5 et 7, on veut faire entendre le total 15.

Voilà comment ils jugent à propos d'opérer. On fait tout amollir dans des vases de verre; car les poteries de terre doivent être écartées dans l'opération de l’iosis, de crainte qu'elles n'absorbent la teinture et la fleur de la teinture. Leur nature réceptrice se sature d’abord et se teint avec la leur d’or, et ensuite la scorie du cuivre n’absorbe plus la fleur de l’iosis.

4. Là, nous opérons la teinture dans des vases de verre, vu qu'ils se prêtent convenablement à l'iosis. Mais il ne faut pas toucher {la teinture) avec les mains, car elle est mortelle. Lorsque l’or y a été dissous, c’est le plus délétère de tous les métaux.

Les uns délaient avec 1105, ce que tu as appris à connaître : j'entends le soufre ; ils (en) enduisent la feuille d'argent.

En opérant de cette façon, ils font chauffer progressivement l’appareil de l’art, sur un fourneau arrondi, dans un creuset disposé sur des gradins : et l’or se produit.

5. Quelques-uns, et Marie {entre autres), ont mentionné la figure d’en bas.

tes et en même temps au soufre, par mots entre lesquels règne une perpéle doubie sens du mot grec. — On voit tuelle confusion.

aussi par ce paragraphe quel sens com- (1) Ce qui suit se compose d’une préhensif avaient les mots : soufre série d’alinéas, pour la plupart sans ou divin, eau de soufre ou eau divine ; liaison les uns avec les autres.

« C'est ainsi qu’ils ont préparé, le mercure, dit-elle, ainsi que le soufre et l’ios, en délayant l’ensemble au soleil jusqu’à ce que le tout devienne ios. Ils disent que celui-ci (ainsi préparé) est plus actif. Quelques-uns ont accompli cette iosis au soleil seulement, sans rien ajouter, et ils affirment qu'ils ont obtenu l’objet de leur recherche. D’autres ont délayé avec l’eau divine, affirmant que c’est là leur soufre; — c’est aussi leur mercure (1). J'ai admis l’opinion de ceux-ci, plutôt que celle des autres. D’autres projetaient du mercure, tantôt cru, tantôt à l’état de concrétion jaune (2). Quelques-uns, après l’opération de l’iosis, n’ont rien effectué au delà.

6. Quant aux philosophes, ils s’exprimaïent par énigmes au sujet de (l'opération qui succède à) l'iosis, disant: « Pour teindre l'or, il vaut mieux opérer après l’iosis ». D’autres, parmi les hiérogrammates qui ont écrit uni quement sur cet art, en s’occupant du délaiement (3), disaient que l’iosis seule fait tout, et principalement l’ios. Cela leur convenait ainsi. D’autres, après avoir fait cuire, faisaient chauffer et mettaient au feu, à la suite de la fonte; ceux-ci préféraient traiter le Tout par délaiement. Ceux qui voulaient n'avoir recours qu'au blanchiment, enduisaient une feuille d’argent, faisaient chauffer et cuire. Ils polissaient jusqu'à ce que tout eût absorbé la matière délayée, en opérant avec l’eau (de soufre ?), le mercure et quelque substance semblable.

7. Comme dans la cuisson de l’art diverses coufeurs se manifestent, Agathodémon plus que tous s’est préoccupé des délaiements. En cela 115 sont d’accord pour enduire le petit objet (4) avec du soufre, de la chrysocolle et de la fleur de sel (délayés). « Si tu t’apercçois, dit-il, que certaines substances sont

brûlées, fais chauffer et délaie au soleil, jusqu'à ce que (la couleur) se déve-

(1) Voir la note 2 de la page suivante et celle de la page 166.

G)Plnirod-/p- 104, PIT, 1-21; οἵ p. 112, PI. IV,L. 17. Est-ce l’oxyde de mercure précipité ?

(3) On remarquera les sens multiples du mot λειόω, et du substantif correspondant kc'ws:s. Il s’agit, suivant les cas : soit de polir la surface d'un métal, ou de la rendre lisse à l’aide d’un vernis; soit de broyer une poudre ; soit de déla-

yer cette poudre dansunliquide (délaiement — λειώσιμον dans le Dictionnaire Français-Grec moderne de Byzantius), ou de la léviger; soit de saupoudrer la poudre sèche, ou d’étendre la poudre délayée dans un liquide visqueux, à la surface d’un métal, lequel se trouvera verni ou teint après avoir subi l’action du feu. Dans le $ présent, ce dernier sens est surtout applicable.

(4) Voir p. 157, $ 2

loppe. Par là, ils ont de préférence indiqué la cuisson et le délaiement. Ils agissent ainsi pour montrer la puissance de la préparation : prenant des objets d'argent et les couvrant d’un enduit jusqu’à moitié, ils font chauffer la préparation; et lorsqu'ils enlèvent l’objet, il est doré dans la partie enduite, tandis que l’autre (partie) reste intacte (1).

Telle est l'explication concernant l'eau divine.

HIT. xx. — SUR LES MESURES

1. L’explication concernant les mesures met en évidence tout le mystère de la cuisson ; car c’est là la composition, c’est là le poids, c’est là le blanchiment, c’est là le jaunissement. Or, dans le discours sur la composition, ces matières (ont été traitées en passant), et il en a été de nouveau question (dans le discours) sur le cuivre et l’iosis. Il paraît employer ce plomb, lorsqu’il dit : « saupoudre avec du plomb ». Il ne parle pas du plomb simplement, mais il ajoute: « avec notre plomb noir, provenant du minerai de Coptos et de la litharge ». Or l'opération de saupoudrer me paraît être un délaiement, comme je le montre d’après tous les écrits, dans mon Traité sur l'Action, en y parlant du poids. Ils ont l'habitude de peser ensemble secrètement les choses au moyen desquelles ils brûlent, ou saupoudrent, ou projettent. Ils pèsent le plomb destiné au saupoudrage : le blanchiment est soumis à la pesée ainsi que l’ios, lors de la projection. En effet : « rejette, dit-il, la moitié de la préparation blanche, etc. ».

2. Ainsi toutes choses ont été cachées dans toutes les opérations de l’art, relativement à la pesée comparative et à l'iosis. Je dis toutes choses en même temps : attendu que si le soufre prédomine dans la coupe, on ne voit pas la composition placée au-dessous, de façon à connaître quand elleest blanchie par (l’action du) soufre lui-même. C’est lorsqu'il devient blanc, que l’on

reconnaît que la (composition) située au-dessous a été blanchie. Par suite,

(1) Ce dernier ὃ indique clairement ficielle, comme dans les Papyrus de qu'il s’agit de donner à un objet d'or- Leide : Zntrod., p. 59 et 60. févrerie une coloration en or super-

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