III. xzvi. — SUR LES APPAREILS ET LES FOURNEAUX
1. Voici la description du fourneau ci-dessous; le Philosophe n’en a pas fait mention, mais il a parlé seulement des prismes et des autres (appareils), sur lesquels j'ai écrit dans (mon) commentaire relatif à la façon de règler le feu. Dans le sanctuaire antique de Memphis (2), j'ai vu en détail un fourneau qui s’y trouvait; j'ai reconnu qu’il n'avait pas été mis en état par les gens initiés aux choses sacrées. Bonne santé.
2. Un grand nombre de constructions d'appareils ont été décrites per Marie; non seulement ceux qui concernent les eaux divines (ou sulfureuses), mais encore beaucoup d'espèces de kérotakis et de fourneaux. Or les appareils pour le soufre sont ceux qu’il est nécessaire d'exposer en premier lieu. Parmi eux, il faut parler d’abord du récipient en verre, avec le tube en terre, le matras udcoé, le vase à col étroit, dans lequel pénètre le tube disposé en juste proportion avec l’ouverture du récipient (3).
Il y a une autre manière de recueillir l’eau divine : le tube n’est pas alors disposé comme avec le #ribicos, mais placé à l’extrémité d’un autre tube de
(1) La fin de ce paragraphe reproduit (3) Ce sont les appareils des figures avec des variantes notables, le S 11 de 14, 14 bis et 15 de l’Introduction, p.139 la p. 196. et 140.
(2) Temple de Phta.
cuivre (τὴ: il est long d'une coudée ou d'une coudée et demie. On y ajuste de la même manière un récipient unique et, au-dessous (du tube de cuivre), le matras contenant le soufre apyre. Après avoir tout disposé, on fait chauffer. Voici le modèle. Il faut avoir dans tous les cas, une coupe pleine d’eau et rafraichir le vase tout autour avec une éponge.
3. En ce qui touche le soufre, quelques-uns (se servent) du phanos et des appareils semblables, qui ont une base en forme de serpent. Ils y fixent aussi le mercure jaune isolément, en le soumettant à la vapeur du soufre. En cela ils comprennent mal les écrits antiques, qui ont caché que le phanos n’a pas de rôle [οἱ (Ὁ). J'ai été surpris (en lisant) cet écrit; car deux mystères y ontété celés. Nous ne cherchons pas comment la combustion par le soufre, qui est blanc et blanchit tout, rend jaune le seul mercure ; (comment) ce produit, étant blanc en puissance et en acte, lorsqu'il est brûlé avec un corps blanc, produit du jaune. Il fallait que les modernes recherchassent avant tout ces choses et comprissent l’autre mystère, à savoir que le mercure n’est pas fixé par le soufre seul, maïs qu'il faut pour cela la composition tout entière.
4. J’ai ri, en écoutant la lecture de ton écrit qui décrit ce genre d’opérations : « Que le matras, est-il dit, contienne une mine de soufre apyre »... je me suis étonné de ce que, ne pouvant supporter les reproches, tu aies prétendu écrire de pareilles choses; tu as blâmé à tort ce philosophe, car tu n'as pas compris ce qu'il a dit. Dans les précédents commentaires, j'ai dit que je parlais de la fabrication des eaux, mais non de leur distillation: car autre chose est la fabrication, autre chose la distillation. (Chacun) de ces auteurs a parlé amplement de la distillation; mais aucun n’a exposé la fabrication; c'était là le mystère qu’on ne devait pas révéler, celui qui a été tout à fait caché. Or la distillationest de telle nature et{s’accomplit) au moyen de tels appareils (2). Quant à la fabrication, c’est-à-dire la composition de cette eau, elle a été décrite dans l’exposé détaillé de l’œuvre (3).
5. Je vais décrire le tribicos (4) : Fabrique, dit-il, trois tubes de cuivre
(1) Figure 16, p. 140 de l’Introduc- | (3) Cependant il va la décrire de noution. | veau $ 6. — Cp. Il, xvr, p. 158.
(2) Ceux qu'il va décrire. (4) Fig. 15, p. 139 de l’Introduction.
laminé; dispose la lame ductile de façon qu’elle ait l'épaisseur du couvercle, ou un peu plus : par exemple, la moitié de l'épaisseur d’une monnaie de cuivre. Fabrique donc trois tubes dans ces conditions, et fabrique un (gros tube) de cuivre (1), long d'une coudée, ayant une palme de diamètre. L’ouvertare du gros tube sera en proportion convenable; les trois (petits) tubes ont une ouverture adaptée à celle du col du petit récipient. Vis-à-vis du tube du pouce sont les deux tubes de l'index (2), ajustés au moyen d’une clavette, des deux côtés, près de l'extrémité du gros tube; vers cette extrémité existent trois orifices, ajustés aux tubes ainsi raccordés {avec le gros tube). Ces orifices sont soudés d’une façon excentrique avec le récipient supérieur, celui où se rend la partie volatile.
Place le gros tube de cuivre au-dessus du matras en terre cuite, qui contient le soufre. Après avoir luté les jointures avec de la pâte de farine, adapte aux extrémités des (petits) tubes des récipients en verre grands et forts, afin. qu'ils ne cassent pas, en raison de la chaleur de l'eau. Porte ce qui monte dans les appareils où le Philosophe dit que l’eau s'élève.
6. Quant à la préparation et à la composition, je ne craindrai pas de τ᾿ ἐστί το
(τ) On traduit ainsi le mot χαλχεῖον, qui désigne en effet le gros tube vertical, dans la fig. 16 de la page 140 de l’Introd. ; σωλῆνες doit être entendu des trois tubes abducteurs, par lesquels les produits distillés s’échappent du tribicos ; βῆχος ou βίχος est le récipient, où s’écoulent les produits. Ce mot désigne aussi (fig. 14, p. 138) le chapiteau, appelé autrement φιάλη dans la fig. 11 (Ρ- 132). Enfin λωπάς est le matras où l'on place le soufre et qui est exposé directement à l’action du feu. Ces désignations s'appliquent aux figures du manuscrit de Venise.
Dans le manuscrit A, plus moderne (fig. 37, p. 161 de l’Introd.}, λωπάς a le mème sens ; mais γαλχεῖον s'applique ici au chapiteau, qui a pris une forme nouvelle et caractéristique. La description
du texte a cessé de répondre à cette dernière forme. La forme du λωπάς
s'est également rapprochée de notre chapiteau moderne (v. p. 161 de l’Introd.), ou plus exactement de celle du pélican, appareil distillatoire qui était encore usité au siècle dernier.
(2) Les mots ἀντίχειρος σωλήν (tube du pouce) et λιχανός σωλήν (tube de l’index}), sont appliqués à des tubes différents dans les fig. 11 (p.132 del’/ntrod.) et 15 (p. 139 de l’Introd.). Le premier nom désigne dans les deux figures un petit tube oblique et descendant. Quant au second nom, la fig. 15 paraît indiquer le gros tube ascendant, de direction inverse, qui est désigné dans la fig.
14 (p. 138), sous le nom de « tube de terre cuite », et dans la fig. 16 (p. 140), sous le nom de χαλχεῖον, objet dont il a été question dans la note précédente. Ces désignations ne correspondent pas exactement au texte cidessus, dans lequel le tube du pouce
sur ce point, ὃ ma princesse. La fabrication deseauxcomprend ce qui suit{r): l'Eau de soufre, d'arsenic, de sandaraque; la vapeur, l’eau de lie, l'eau de chaux, l’eau de cendre de choux, l’eau d’alun, l'eau d'urine, de lait d’ânesse, de chèvre ; parfois le lait de chienne, le lait de vache, et le lait de la femme mère d’un enfant mâle, suivant Agathodémon: le vinaigre, l’eau de mer, le miel et le ricin ou gry (ἢ). l’urine d’un impubère et la gomme. Leur production a lieu comme il suit. Chaque eau se prépare à la facon d’une saumure proprement dite. Quand il s’agit de l’eau de cendre, elle se prépare comme la lessive pour savonner, que j'ai décrite dans l’exposé des manipulations. Si tu ne réussis pas, opère la composition avec une cotyle d’eau. Emploie une once des espèces suivantes (2), savoir : une once de soufre et une once d’eau pure; une once d’arsenic et une cotyle d’eau..……; de la lie cuite, éteinte dans le vinaigre ; de la chaux éteinte dans une cotyle d'urine de chat; de l’alun, une once, délayé dans une cotyle d’eau de mer; du natron roux, même quantité. Après avoir fait cuire séparément et ensemble les eaux, pendant un peu de temps, afin qu’elles prennent de la force, fais dessécher ou distiller dans un autre vase, en y mêlant le miel et l’huile. S’il est besoin de soufre blanc (3), délaie dans l’eau la terre de Chio, l’astérite, l’aphrosélinon de Coptos cuit, la terre de Samos, celles de Carie, de Cimole, ou l’antimoine (ὃ). Mettant dans un vase l’eau devenue bleue, ajoutes (y) du marbre (tiré) de la terre, du misy brut, et une autre partie de chaux ; on en emploie deux parties, suivant les écrits des anciens, où le produit est nommé l’eau double de chaux. Ajuste l'appareil sur le matras, fais monter l’eau et mets en œuvre.
7. L'eau jaune se prépare comme 1] suit : Soient toutes les eaux obtenues d’après les règles précédentes ; au lieu de faire l'addition de deux parties de chaux, ajoute une partie de sel, après avoir fait cuire chacune
de ces eaux séparément et les avoir mélangées, délaies-y, non plus des terres
(2\ Cp. p. 165, $ 15.
(3) Ce mot est une désignation générique, applicable à toutes les espèces suivantes, ainsi qu'il a été dit ailleurs, voir p. 162, $ 10 et note 1, p. 180, $ 4, p- 185, $ 4 et p. 186, $ 5, etc.
est mis en opposition ayec les deux tubes de l'index : ces derniers représentant deux des petits tubes descendants du tribicos, le tube du pouce seraitalors le troisième, comme dans la fig. 15.
(1) Cp. p. 182.
blanches, mais des terres jaunes. Car nous voulons obtenir de l’eau jaune. Or, les terres jaunes sont l’ocre attique, le minium du Pont, le misy cuit, la couperose cuite, et les matières semblables; toutes les plantes (jaunes) que l’on connaît communément (1), ainsi que le jaune d’œuf, le safran des œufs et la chélidoine double. Quant aux herbes, ne les incorpore pas avec l’eau, mais seulement les terres. Puis, changeant de vase, comme on le fait d'ordinaire, ajoute les plantes et fais cuire quatre ou cinq fois, dans l’appareil. Fais monter l’eau et emploie-la, avec addition de gomme. Après avoir découvert (l'appareil), tu trouveras les herbes brûlées, ayant perdu leur teinte propre, c'est-à-dire leur esprit propre. La portion la plus pure de cette eau divine a une vertu et une nature telle que, si vous trempez
l'argent dans l’eau bouillante, la teinture sera indélébile. Bonne santé!
HI. xcvir, — FABRICATION DE L'ARGENT AVEC LA TUTIE ©
Prenant de la tutie, environ 20 hexages (poids), broyez jusqu’à ce qu’elle devienne or (3); (prenant) environ 5 hexages de soufre apyre, broyez jusqu’à ce qu’il devienne plomb (4). Ensuite prenant 6 blancs d'œufs, après avoir décapé, mettez dans l’alambic, et faites cuire pendant deux jours et deux nuits Enlevez pour voir si la matière est bien à point ; remettez de nouveau [la matière) et faites cuire (encore) pendant un jour. Ensuite prenant du cuivre, environ 10 hexages, mettez-le dans un creuset et projetez-y 6 cotyles [de la
matière ci-dessus): vous obtenez de l'argent (5).
(1) Cp. p. 166, $ 18. Sur le sens du | (3) Prenne la couleur de l'or. mot plante, voir p. 71, p. 123, p. 153, | (4) Prenne la couleur du plomb, en note 2, p. 150, $ 4 et note 2, etc. | agissant sur les oxydes mélangés qui (2) Recette surajoutée dans le manus- | forment la tutie.
crit de St-Marc et plus moderne. | (5) C'est-à-dire un alliage blanc.
ΠΙ. xux. — DU MÈME ZOSIME
SUR LES APPAREILS ET FOURNEAUX. COMMENTAIRES AUTHENTIQUES SUR LA LETTRE ὦ 6)
1. L'élément Q est rond, formé de deux parties : il appartient à la septième zone, celle de Saturne (2), dans le langage des êtres corporels; car dans le langage des incorporels, il y a une autre chose qui ne doit pas être révélée. Nicothée seul (la) sait, lui le personnage caché. Or, dans le langage des êtres corporels, cet élément est appelé l’océan, l’origine et la semence de tous les dieux. Tels les principes fondamentaux du langage des êtres corporels (3). Sous le nom de ce grand et admirable élément Q, on comprend la description des appareils de l’eau divine, celle de tous les fourneaux simples et machinés, de tous, absolument parlant.
2. Zosime (s'adressant) à Théosébie, lui explique ceci avec bonne volonté. « (L’exposé des) teintures convenables, ὃ femme, a fait tourner en ridicule mon livre sur les fourneaux. En effet, beaucoup (d'écrivains), remplis de bienveillance pour leur propre génie, se sont moqués desteintures convenables etils ont regardé le livre sur les fourneaux et appareils comme n'étant pas conforme à la vérité. Aucun discours ne peut leur persuader ce qui est la vérité, s’il n’est inspiré par leur propre génie. Par un destin fatal, ce qu'ils avaient recu, ils le tournaient à mal dans leur langage, au détriment de l’art et de leur propre succès, les mêmes mots étant détournés malheureusement
dans les deux sens {opposés}. C’est avec peine que, contraints par la nécessité
(ἡ Ce titre est probablement celui | la lettre-Q, dans la concordance des
de l’un des livres de Zosime, désignés chacun par l’une des lettres de lalphabet. Le premier paragraphe serait le début du livre; il roule sur une suite de jeux de mots sur l’oméga, assimilé à l'œuf philosophique et à l'océan.
(2) Saturne occupe le 7e des cercles concentriques ou zonesdel’univers,qui ont la terre pour centre commun, dans la classification des astres errants ou planètes; Saturne correspond aussi à
voyelles avec ces astres; ainsi qu'au plomb, danslanomenclature des métaux (corps métalliques).
(3) Cette multiplicité des langages mystiques, où un même sens s'exprime par des mots divers, tandis qu’un même signe répond à plusieurs sens, se retrouve dans le Papyrus W de Leide, Introd., p. 18. La Cabbale repose aussi sur des conventions analogues.
des démonstrations, ils accordaient quelque point, même au sujet des choses qu’ils avaient comprises précédemment. Mais de tels auteurs ne doivent être approuvés, ni par Dieu, ni par les philosophes. Car les temps (des opérations) étant désignés dans le dernier détail, et après que le Génie les a favorisés dans l’ordre corporel (1), ils refusent d'accorder un autre point, oubliant toutes les choses évidentes qui précèdent. Ils ont dû partout obéir à la destinée, pour les choses déjà dites et pour leurs contraires, sans pouvoir rien imaginer d’autre, relativement aux êtres corporels; (je dis) rien d’autre que l'ordre fatal de la destinée. Les hommes de cette espèce, Ffermès, dans le traité sur les Natures, les appelait des insensés, propres seulement à faire cortège à la destinée, mais incapables de rien comprendre aux choses incorporelles, ni même de concevoir la destinée qui les conduit avec justice. Mais ils font outrage à ses enseignements sur les êtres corporels, et ils se livrent à des imaginations étrangères à leur propre bonheur.
3. Hermès et Zoroastre ont déclaré que la race des philosophes est supérieure à la destinée. En effet, ils ne jouissent pas du bonheur qui vient de celle-ci. Dominant ses. plaisirs, ils ne sont pas atteints par les maux qu'elle cause; vivant toujours dans leur for intérieur, ils n’acceptent pas les beaux présents qu’elle offre, parce qu’ils en voient la fin malheureuse. C’est pour cette raison qu'Hésiode [2] nous présente Prométhée donnant des conseils à Epiméthée : « Quel est le bonheur que les hommes jugent le plus grand de tous ? Une belle femme, dit-on, avec beaucoup d’argent. » Il dit qu'il ne reçoit aucun présent de Jupiter Olympien; mais il les rejette, enseignant à son frère qu'il doit repousser, au nom de la philosophie, les présents de Jupiter, c’est-à-dire les dons de la destinée.
4. Quant à Zoroastre, se glorifiant de la connaissance de toutes les choses supérieures et de celles dela magie, il dit qu'il se détourne du langage des êtres corporels; que tout ce qui vient de la destinée est mauvais, soit en détail, soit dans l’ensemble. Hermès, toutefois, parlant des choses extérieures, condamne la magie, disant que l’homme spirituel, celui qui se
connaît lui-même, ne réussit en rien par la magie, et ne regarde pas comme
(1) C'est-à-dire dans l'opération de (2) Œuvres et Jours, vers 86. la régénération des corps métalliques.
convenable de violenter la nécessité. Mais il laisse aller (les choses), telles qu’elles vont de nature et d’autorité. Il a pour seul objet de se chercher luimême, de connaître Dieu, et de dominer la triade innommable. Il laisse la destinée faire ce qu’elle veut, en la laissant agir sur le limon terrestre, c’est-à-dire sur le corps. Il s’exprime ainsi : « Si tu comprends et si tu te conduis convenablement, tu contempleras le fils de Dieu, devenu tout (1) en faveur des âmes saintes. Pour tirer ton âme du sein de la région (corporelle), régie par la destinée, (et l’amener) vers la (région) incorporelle, vois comme il est devenu tout, (c’est-à-dire à la fois) Dieu, ange, et homme sujet à la souffrance. En effet pouvant tout, il devient tout ce‘qu'’il veut; il obéit à son père, en pénétrant tout corps, en éclairant l'esprit de chacun; il s’est élancé dans la région heureuse, là où il était avant d’avoir pris un corps. Tu le suivras, excité et guidé par lui vers cette lumière.
5. Regarde Je tableau que Cébès a tracé, ainsi que le trois fois grand Platon et le mille fois grand Hermès; vois comment Toth interprète la première parole hiératique, lui le premier homme, interprète de tous les êtres, et dénominateur de toutes les choses corporelles. Or les Chaldéens, les Parthes, les Mèdes et les Hébreux le nomment Adam: ce qui signifie terre vierge, terre sanglante, terre ignée et terre charnelle (2). Ces choses se trouvent dans les bitliothèques des Ptolémées, déposées dans chaque sanctuaire, notamment au Sérapéum; (elles y ont été mises) lorsque Asenan, l’un des grands prêtres de Jérusalem, envoya Hermès (3), qui interpréta toute la Bible hébraïque en grec et en égyptien.
6. C’est ainsi que le premier homme est appelé Toth parmi nous, et parmi eux, Adam; nom donné par la voix des anges. On le désigne symbo-
liquement au moyen des quatre éléments (4), qui correspondent aux points
(ἡ Ce mot vague est expliqué deux | Voir CLÉMENT D'ALEXANDRIE, cité dans lignes plus bas. | | les Origines de l’Alchimie, p. 39 εἴ 40.
(2) Ce texte est mutilé, comme on le On remarquera que l’origine de la travoit dans OLYMPIODORE, p. 95, note 5. duction grecque de la Bible se trouve En effet ce qui est relatif à la terre | expliquée ici autrement que dans la s'applique à ἔνε. traduction des Septante.
(3) Le nom d'Hermès reprend ici le (4) Le même mot signifie lettre et sens générique, suivant lequel il était élément.
l’auteur de tous les ouvrages égyptiens. |
cardinaux de la sphère, et en disant qu'il se rapporte au corps (1). En effet, la lettre A de son nom désigne l'Orient (’Avarokt) et l'Air (’Añp). La lettre D désigne le couchant (Δύσις), qui s’abaisse à cause de sa pesanteur. La lettre M montre le Midi (Μεσημόρία), c'est-à-dire le feu de la cuisson qui produit la maturation des corps, la 4° zone et la zone moyenne.
Ainsi l’'Adam charnel, sous sa forme apparente, est appelé Toth ; mais l’homme spirituel contenu en lui (porte un nom) propre et appellatif. Or nous ignorons jusqu’à présent quel est ce nom propre; car Nicothée, ce personnage que l’on ne peut trouver, savait seul ces choses. Quant au nom appellatif, c’est celui de φῶς (lumière, feu) : c’est pour cela que les hommes sont appelés φῶτες (mortels).
7. Lorsqu'il était dans le Paradis sous forme de lumière (φῶς), soumis à l'inspiration de la destinée, ils lui persuadèrent en profitant de son innocence et de son incapacité d'action, de revêtir (2) le (personnage d’) Adam, celui qui (était soumis à) la destinée, celui qui (répond) aux quatre éléments. Lui, à cause de son innocence, ne refusa pas; etils se vantaient d’avoir asservi (en lui) l'homme extérieur.
C’est dans ce sens qu’Hésiode (3) a parlé du lien avec lequel Jupiter attacha Prométhée. Ensuite, après ce lien, il lui en envoie un autre, (c’est-à-dire) Pandore, que les Hébreux nomment Eve. Or, Prométhée et Epiméthée, c'est un seul et même homme dans le langage allégorique; c'est l'âme et le corps. Prométhée est tantôt l’image de l’âme ; tantôt (celle) de l'esprit. C’est aussi l'image de la chair, à cause de la désobéissance d'Épiméthée, commise à l'égard de Prométhée, son propre (frère).
Notre intelligence dit : Le fils de Dieu, qui peut tout et qui devient tout lorsqu'il (le) veut, se manifeste comme il veut à chacun. Jésus-Christ s’ajoutaità Adamet(le)ramenait au Paradis, où les mortels vivaient précédemment.
8. Il apparut aux hommes privés de toute puissance, étant devenu homme (lui-même), sujet à la souffrance et aux coups. (Cependant), ayant secrètement dépouillé son propre caractère mortel, il n'éprouvait (en réalité)
aucune souffrance; et il avait semblé fouler aux pieds la mort, et la
(1) En tant que formé par la réu- | (2) Voir plus haut. nion des quatre éléments. (3) Cp. Théogonie, vers 521, 618.
repousser, pour le présent et jusqu’à la fin du monde : tout cela en secret. Ainsi dépouillé des apparences, il conseillait aux siens d'échanger aussi secrètement leur esprit avec celui de l’Adam qu'ils avaient en eux, de le battre et de le mettre à mort, cet homme aveugle étant amené à rivaliser avec l'homme spirituel et lumineux : c’est ainsi qu'ils tuent leur propre Adam (1).
9. Ces choses se font jusqu’à ce que vienne le démon Antimimos (2); jaloux d’eux et voulant les induire de nouveau en erreur, il se dit luimême fils de Dieu; bien qu’étant sans forme (originale) (3), ni d'âme ni de corps. Mais devenus plus sensés, par suite de la prise de possession de celui qui gst réellement fils de Dieu, ils lui abandonnent leur propre Adam; immolant leurs esprits mortels, ils demeurent sauvés, dans le lieu particulier où ils se trouvaient avant {la création du) monde. Ainsi, avant d’accomplir ces choses, il envoie d’abord l’Antimimos, le rival, son précurseur, sorti de la Perse, lequel tient des discours pleins d’erreurs et de fables, et dirige les hommes suivant la destinée. Or les éléments de son nom sont au nombre de neuf, la diphthongue étant conservée (4), suivant le but que se propose la destinée. Ensuite, après sept périodes, plus ou moins, il viendra aussi lui-même, en vertu de sa nature propre.
10. Ces choses sont dites seulement par les Hébreux, ainsi que par les livres sacrés d’Hermès sur l’homme lumineux etsur le fils de Dieu, son guide; sur l’Adam terrestre et sur Antimimos son guide, quise dit, par blasphème et erreur le fils de Dieu. Or les Grecs appellent l’Adam terrestre Epiméthée : ce qui veut dire conseillé par son esprit particulier, c’est-à-dire par son frère, qui lui disait de ne pas accepter les dons de Jupiter. Toutefois, s'étant abusé et repenti, et ayant cherché la région heureuse, il explique
tout, et il conseille en tout ceux qui ont un entendement spirituel. Mais
(1) Ce passage, ainsi que ceux qui doctrines persanes sur les deux prin-
précèdent doivent être rapprochés des doctrines des docètes et de celles de certains gnostiques. (Cp. RENAN, Histoire des Origines du Christianisme, t V, p. 421, 458, 525, etc.
(2) Contrefacteur. — Son intervention rappelle le manichéisme et les
cipes.
(3) Comme son nom l'indique.
(4) S'agit-il d’'éuaguén, qui a 9 lettres et une dipthongue; ou bien du génitif ἀντιμίμου, qui satisfait aux mêmes conditions ; ou bien encore de φαοστύρος, Lucifer ?
ceux qui n’ont qu’un entendement corporel, appartiennent à la destinée ; ils n’admettent ou ne confessent rien d’autre.
11. Tousceuxqui{font des teintures) convenables etréussissent (par hasard) ne disent pas autre chose; ils persiflent l’art exposé dans le grand livre sur
les fourneaux, et ils ne comprennent pas non plus le Poète lorsqu'il dit : «Mais les Dieux n'avaient pas encore donnéen même temps aux hommes... etc. »
Ils ne réfléchissent à rien et ne voient pas les divers genres de vie des hommes : comme quoi les hommes réussissent différemment dans un ‘seul {et même) art; comment ils opèrent différemment dans un seul {et même) art; comment ils pratiquent un seul (et même) art, au moyen des càractères et des figures diverses des astres (ἢ). Ils ne voient pas que tel artisan est paresseux (ἢ), tel artisan isolé; tel autre dégénère, tel devient pire, tel ne progresse pas. Il arrive aussi que l’on rencontre dans tous les arts des gens qui travaillent un même art avec des outils et des procédés différents, et qui ont à un degré différent l'intelligence et la réussite.
12. Parmi tous les arts, c’est surtout dans l’art sacré qu'il convient de considérer ces choses. Par exemple, après une fracture, si le patient rencontre un prêtre (habile), celui-ci agissant de sa propre inspiration |1),réunit les fragments, de telle sorte que l’on entend le craquement des os qui se rejoignent. Si l’on ne trouve pas un tel prêtre, que le blessé cependant ne craigne pas de mourir, mais que l’on amène des médecins avec leurs livres, pourvus de dessins et de figures ombrées. Etant pansé conformément aux lignes des figures du livre, le blessé est entouré de liens mécaniquement et il continue à vivre, après avoir repris la santé. Nulle part l'homme ne se résigne à mourir, faute de trouver un prêtre qui réunisse les fractures.
Aucontraire, ceux-ci, les malheureux{ignorants), se laissentmourirdefaim, plutôt que d'apprendre à connaîtreet à pratiquer la description des fourneaux, telle qu’elle esttracée: c'est par là que, devenus bienheureux, ils triompheraient de la pauvreté, cette maladie incurable. En voilà assez sur ce chapitre.
13. Quant à moi j'arrive à mon sujet, qui concerne les fourneaux.
(1) C'est la pratique du prètre rebouteur, envisagée comme supérieure à la science écrite du médecin.
Ayant reçu les lettres que tu as écrites, j'ai vu que tu m'invites à rédiger pour toi la description des appareils. J’ai été surpris de voir que tu écrives pour obtenir de moi la connaissance des choses qui ne doivent pas être connues ; n’as-tu pas entendu le Philosophe; lorsqu’ildit: « Ces choses, je les ai passées volontairement sous silence, parce qu’elles sont décrites amplement dans mes autres écrits »? Cependant tu as voulu les apprendre de moi; ne crois pas du reste que mon écrit soit plus digne de foi que celui des anciens, et sache que je ne pourrais pas {les surpasser). Mais, afin que nous entendions tout ce qui a été dit par eux, je vais t'exposer ce que je sais. Voici ce que c'est.
14. Récipient de verre, tube de terre cuite de la longueur d’une coudée. Matras ou vase à étroite embouchure, dont le goulot est proportionné à la grosseur du tube. Voici le modèle (1). Il faut avoir une coupe d’eau et mouiller le vase avec une éponge. Pour les vapeurs sublimées, ainsi que pour le mercure, c’est le même vase.
On peutfixer le mercure dansle phanos (vase) et dans des appareils semblables, ayant un récipient de forme serpentine. On jaunit (le mercure) par la vapeur du soufre; c'est là ce que conseillent les anciens écrits, le phanos ne contenant pas le soufre (2). Tu seras surpris, au sujet de cet écrit, de ce que deux mystères manifestes y ont été cachés. D'abord ne cherchons-nous pas comment la vapeur du soufre, qui blanchit (les métaux), rend (cependant) le mercure jaune, ni comment cela arrive lorsqu'il est brûlé ? Et en outre, comment ce mercure, étant blanc en puissance et en fait, devient jaune lorsqu'il est brûlé et fixé par une substance blanche ?
15. Il fallait donc que les modernes cherchassent avant tout ces choses. Quant à l’autre mystère, je pense que (16 mercure) n’est pas fixé seul, mais avec toute la composition. Maintenant les appareils dans lesquels on exécute aussi la (fabrication de l’eau) de soufre natif, la fixation du mercure, l’arro-
sage des mélanges et leur teinture sont ceux-ci.
(Suit la formule de l'Écrevisse, Introd., p. 152.)
(1) Il répond à la figure 16 de la | Ρ- 216, avec des variantes considérables.
P- 140 de l’/ntrod. Ce passage repro- | (2) Les Ms. indiquent le plomb, sans duit la fin du second alinéa du $ 2 dela | douteparsuited’uneconfusionde signes.
16. L'ios qui provient du cuivre sans ombre, étant Jauni, est soumis à l’action de la sublimation; puis on le dépose dans du miel blanc.
17. La masse molle, jaunie par notre cuivre, agit en son lieu et place, mais moins fortement que... : tout cela se trouve chez Agathodé mon.
18. La masse molle obtenue avec les petites scories, mettez-la dans le phanos (vase) et fixez avec la vapeur des soufres volatilisés, afin qu’elle devienne comme du cinabre. Ensuite mettez-la dans des bocaux ou dans des coupes, étalez et employez comme ci-dessus.
Signes de : Ciel ; soleil (ou or). Terre, ciel (1).
19. Comme on le voit, toutes les espèces (provenant) des vapeurs, ont été mélangées par Agathodémon : telles sont la chrysocolle, la (pierre) étésienne, la fleur d’or et en général toutes celles qui servent dans la teinture de l’argent, ainsi que le comporte sa dernière classe. Or il emploie les vapeurs, afin d'éviter que l’argent se réduise en scorie, ou qu’il ne cède sa substance aux corps épais et terreux, susceptibles d’être calcinés
et torréfiés.
HE. τ. — SUR LE TRIBICOS ET LE TUBE
1. Je vais te décrire le tribicos. On appelle ainsi la construction en cuivre transmise traditionnellement par Marie (2). Voici en quels termes : Fabrique, dit-elle, trois tubes de cuivre laminé et aminci, d’une épaisseur dont voicila mesure: ce sera à peu près celle d’une poêleen airain, à faire cuire les gâteaux; la longueur sera d’une coudée et demie. Fabrique donc trois tubes dans ces conditions, et fabrique aussi un (gros) tube, ayantenviron une palme de diamètre etune ouverture proportionnée à celle du vase de cuivre (3). Les trois
tubes auront une embouchure adaptée au col du petit récipient, au moyen
(1) Dans B ces signes sont répétés au- | —Il ya ici des variantes considérables. dessus des mots : « toutesles espèces». | (3) Ici γαλκεῖον paraît signifier cha- (2) Voir l’article précédent, ". 217,3. | piteau (voir la note 1 de la p. 218)
d’une clavette, par le tube du pouce (τ): afin que les deux tubes de l’index s'adaptent latéralement aux deux mains (2). Vers l'extrémité du vase de cuivre, existent trois orifices, ajustés aux tubes et bien raccordés. On les soude d’une façon excentrique au récipient supérieur, destiné à recevoir la partie volatile. On place le vase de cuivre au-dessus du matras en terre cuite qui contient le soufre. Après avoir luté les jointures avec de la pâte de farine, adapte aux extrémités des tubes des récipients en verre, grands et forts, afin qu’ils ne cassent pas en raison de la chaleur de l’eau
qui entraîne la matière distillée. Voici la figure : Tube de l’index (3).
Le ὃ 2 est la reproduction du premier alinéa du ὃ 2 de l'article III, xzvn, p. 216. Le ὃ 3 reproduit le ὃ 4 du même article (p. 217), mais avec des variantes très importantes que l’on va donner.
3. Jai ri en éeoutant ce qui est relatif aux diverses classes de ces appareils. Car tu dis : Pour chaque opération, que le matras contienne une mine de soufre apyre. Et je l'ai admirée aussi en ceci que, ne supportant pas le reproche, tu aies prétendu écrire de pareilles choses. De plus tu en es venue à critiquer le Philosophe, parce qu'il a osé dire : « Ces choses je les ai passées sous silence, attendu qu’elles sont déjà exposées avec grands détails dans les écrits des autres... (Lute) avec du suif, ou de la cire, ou de la terre grasse, ou avec ce que tu voudras, et, après avoir calciné, enlève ». Or voici la figure qui se trouve dans les écrits.
Insistant dans un sentiment d’envie indomptable, tu critiques vainement le Philosophe; car tu n’as pas compris ce qu'il dit. Π] πὸ veut pas parler, comme dans les commentaires précédents, de la fabrication des eaux, mais de leur distillation ; car autre chose est la fabrication, autre chose la distillation. Il a dit qu'on n’écrivait rien en détail sur leur mercure ; nul d’entre eux n’en exposait la fabrication ; car c'était là le mystère caché. C’est une chose celée avec soin. La distillation a donc lieu au moyen de ces appareils, ou d’autres
similaires, imaginés par les gens intelligents; tels sont ceux qui ont
(ἢ Cp., la note 2 de la p. 218. | (3) Ceci désigne la figure 15 de la (2) C'est-à-dire aux deux récipients Ρ- 130 de l’Zntrod. correspondants. |
étudié auparavant les Pneumatiques d’Archimède, ou d'Héron et d’autres auteurs, ainsi que leurs écrits relatifs à la mécanique.
4. Sur d’autres fourneaux.— Comme la suite de notre discours a pour sujet les fourneaux et la teinture, je ne veux pas te répéter ce qui se trouve dans les écrits des autres. En effet, chez Marie, la description du fourneau présentée ici ne figure pas. Le Philosophe n’en a pas fait mention, maïs seulement des prismes et des autres (appareils) dont j’ai parlé en passant, dans le commentaire sur les règles du feu (1). Afin qu’il ne puisse rien manquer à tes écrits, parles-y du fourneau de Marie, celui dont Agathodémon a fait mention, en ces termes: « Or voici la description de la classe des kérotakis destinées au soufre mis en suspension. Prenant une coupe, fais (y) des divisions, c’est-à-dire fais avec une pierre une entaille centrale et circulaire dans le fond de la coupe, afin d'y engager à la partie inférieure une saucière de dimension correspondante (2). Dispose un vase mince de terre cuite, ajusté et suspendu à la coupe, retenu par elle dans sa partie supérieure; et s’avançant vers la kérotakis de fer. Dispose la feuille (métallique) quetuvoudras, conformément à l'écrit, au-dessus du vaseetau-dessous dela kérotakis, en même temps que la coupe, de telle façon que tu puisse voir à l’intérieur. Après avoir luté les jointures, fais cuire autant d'heures que le dit notre rédaction. Voilà pour le soufre en suspension. Pour l’arsenic en suspension, onopèresemblablement. Pratiqueun petit trou d’aiguille au centre du vase.
5. Autre coupe de verre placée au-dessous. Le vase de terre cuite sera de dimensiontellequ’ils'ajusteaux parties arrondies et conforme àces parties (3).
6. C’est le fourneau en forme de four, dit Marie, ayant à la partie supérieure trois trous (suçoirs), destinés à arrêter (les gros morceaux) et à évacuer (les parties fondues)(4). Fais chauffer progressivement, en brûlant des roseaux grecs pendant deux ou trois jours et autant de nuits, selon ce que comportela teinture, et laisse torréfier complètement dans le fourneau. Puis fais descendre
pendant tout un jour de l’asphalte, en y ajoutant ce que tu sais, plus du cuivre
(1) Cp. page 216. (3) Figures 24 et 24 bis dela (2) Figure 25 de la page 149 et page 48 de l’/ntroduction. figure 22 de la page 146 de l'Intro- (4) Ce sont les figures 20 et 21,
duction. page 143 de l’Zntroduction.
LE COMPTE FINAL 231 blanc ou jaune. Or (cela) peutse faire ainsi : l'appareil en forme de crible blanchit, jaunit, produitdel’ios. Cuis légèrement, comme pour produire du fard, la teinture des mélanges et tout ce que tu pourras imaginer. Telle estla fabri-
cation.