‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 138 sur 349 · Ici, se trouve confirmé le livre de la Vérité · texte numérisé non relu

Ici, se trouve confirmé le livre de la Vérité

Zosime à Théosébie, salut !

Tout le royaume d'Égypte (1), ὃ Femme, dépend de ces deux arts, celui des (teintures) convenables et celui des minerais. L'art appelé divin, soit dans ses parties dogmatiques et philosophiques, soit dans la plupart des questions de moindre portée, a été confié à ses gardiens pour leur subsistance. Il en est ainsi non seulement pour cet art, mais encore pour les quatre arts appelés libéraux et pour les arts manuels. Leur puissance créatrice appartient aux rois. S'ils le permettent, celui-là l’expose de vive voix, ou l'interprète d'après les stèles, qui en a reçu la connaissance comme héritage desesaïeux. Mais celui qui possédait la connaissance de ces choses ne fabriquait pas (pour lui-même), car il eût été puni; de même que les artisans qui savent frapper la monnaie royale n’ont pas le droit de la frapper pour euxmêmes, sous peine de châtiment. De mêmeaussi, sous les rois Égyptiens, les artisans de l’art de la cuisson et ceux qui possédaient la connaissance des procédés n’opéraient pas pour eux-mêmes; mais ils opéraient pour les rois d'Égypte, et travaillaient en vue de leurs trésors. Ils avaient des chefs particuliers placés à leur tête, et grande était la tyrannie exercée dans l’art de la cuisson, non seulement en elle-même, mais aussi en ce quitouche les mines d’or. Car en ce qui touche la fouille, c'était une règle, chez les Égyptiens, qu’il fallait une autorisation écrite.

2. Quelques-uns reprochent à Démocrite et aux anciens... (La suite comme à la page 98, jusqu à la fin du paragraphe.)

(1) Cp. p. 205 et OLymP10DORE, p. 97. — Le texte actuel offre des variantes notables.

3. ..….. Quant aux teintures convenables, personne ni parmi les Juifs, ni parmi les Grecs, ne les a jamais exposées. En effet, ils les plaçaïent dans les images, formées avec leurs propres couleurs et destinées à les conserver. Les opérations faites sur les minéraux diffèrent beaucoup des teintures convenables. Ils étaient très jaloux de la divulgation de l’art lui-même: et ne laissaient pas le manipulateur sans punition. Celui qui fait une fouille sans autorisation, peut être précipité (et mis à mort) par les surveillants des marchés de la ville, chargés du recouvrement des impôts royaux. De même il n’était pas permis de mettre en œuvre secrètement les fourneaux, ou de fabriquer θη secret les teintures convenables. Aussi tu ne trouveras personne parmi les anciens qui révèle ce qui est caché, et qui expose quelque chose de clair à cet égard. Je n’ai rencontré que Démocrite seul, parmi les anciens, qui ait fait entendre clairement quelque chose à cet égard, dans les énumérations de ses catalogues.

En effet, voici comment il débute, dans le préambule de sa composition sur les artslibéraux : ici observe sa malice. Il parlait seulement, au début, du mercure et du corps de la magnésie. Or les autres (substances) sont toutes de la classe des teintures convenables. Il s'exprime ainsi: « Ocre attique, minium du Pont, soufre natif: on en prend une livre; pierre phrygienne, sori jaune, couperose sèche, cinabre, misy cuit, misy cru. Tu fabriqueras l’androdamas, le soufre, l’arsenic, la sandaraque. Pour ne pas énumérer tout ce quiest dans les quatre catalogues, tu trouveras toutesles substances propres aux (teintures)et pour que tu exécutes ce qu’il fait entendre la dessus, il a énuméré les (substances) crues et les (substances) cuites, qui répondent aux deux arts. Il parle de préférence des teintures parmi les choses convenables. Lorsqu'il dit: misyceru, misy cuit, sori jaune, couperose sèche et autres similaires;il parle des (substances) qui ont subi un certain traitement, ens’attachant aux arts libéraux. Mais pourquoi ne parle-t-il pas de toutes ces substances, après qu’elles ont été traitées et jaunies, telles que le mercure jaune et le corps (de la magnésie) jaune, et généralement tout le catalogue jaune?

4. Vois commentcequ'ilpensaitetce qu’ilécrivait était présenté sous forme énigmatique; il voulait tout faire entendre par énigmes. Les témoignages les plus dignes de foi qu'il ait trouvés sur ces choses, illes a fait entendre par

énigmes. Comment 86 fait-il que sachant qu’il n’y a qu’une teinture et qu’une

marche, il représentait celles-ci comme multiples, disant: « Parmi ces natures, il n’en est pas de meilleure pour les teintures... » ; afin de montrer que les mêmes espèces peuvent servir à composer convenablement plusieurs teintures, la proportion variant suivant la quantité des espèces (destinées aux teintures [?]) depuis une seule jusqu’au nombre de cinquante et une. En même temps, il parle de l’opération naturelle, c’est-à-dire de la matière de la fabrication de l'or, et il met en évidence les teintures naturelles. Il dit encore: « Je vous ai engagés dans un grand travail, si quelques-uns ayant vpéré avec une quantité considérable de matière, venaient à échouer dans la fabrication des produits naturels ».

Au temps d’'Hermès, on appelait teintures naturelles celles qui devaient être inscrites (plus tard) sous un titre commun, dans son ouvrage intitulé: Livre des Teintures naturelles, dédié à Isidore (τὴ). Lorsqu'’elles avaient réussi avec les objets de cuivre, elles devenaient et étaient dites convenables. Au surplus, on reproche aux anciens et surtout à Hermès, de ne les avoir exposées, ni publiquement, ni en secret, et de ne pas avoir fait entendre ce que c’est.

5. Seul, Démocrite l’a exposé dans son ouvrage et l’a fait entendre. Mais eux, ils ont gravé ces procédés sur les stèles, dans l'ombre des sanctuaires, en caractères symboliques; ils y ont gravé ces procédés et la chorographie de l'Égypte (2); de telle sorte que, si quelqu'un osait affronter les ténèbres du sanctuaire pour obtenir la connaissance d’une façon illicite, il ne réussit pas à comprendre les caractères, malgré son audace et sa peine (3). Mais les Juifs, ayant été initiés, ont transmis ces procédés convenables, qui leur avaient été confiés. Voici ce qu’ils conseillent dans leurs traités : « Si ta découvres nos trésors, abandonne l'or à ceux qui veulent se détruire eux-mêmes. Après avoir trouvé les caractères qui décrivent ces choses, tu réuniras toutes ces richesses en peu (de

semps) ; mais si tu te bornes à prendre ces richesses, tu te détruiras toi-

(1} Synonyme : PÉTÉSsIs. | opinions tirées des paroles charnelles. »

(2) Voir letexte de Clémentd’Alexan- | — On voit à quelles imaginations dondrie, Origines de l’Alchimie, p. 41. naient lieu les vieux textes hiéroglyphi-

(5) Note de A. « Il faut pénétrer le ques que l’on ne comprenait plus (Cp. sens spirituel du caractère, et éviter les | Introduction, p. 235).

même, par suite de l'envie des rois qui gouvernent et de celle de tous les hommes (1).»

6.[1yavaitdeux genres de {(teintures)convenables, dans les toiles teintes (2), qu’ils présentaient à leurs prêtres ; voici pourquoi elles étaient appelées convenables (3), c'est parce qu’ils opéraient au moment voulu les teintures, à la volonté de ceux qui (165) attendaient ; mais pour ceux qui ne le demandaient pas, ils opéraient autrement. Les (teintures) convenables étaient obtenues par le mélange des espèces tinctoriales, en opérant avec les espèces pures. Les unes appartiennent à ces arts précieux ; quant à l’autre genre de teintures pures et naturelles, voici l'interprétation que Hermès grava sur les stèles : « Fais fondre seulement la matière jaune verdâtre, la matière jaune, la noire, la verte et les similaires. » Ils appelaient ces terres, en langage mystique, des minerais. Hermès indique aussi les espèces de couleurs : « Celles-ci agissent naturellement; mais elles sont surpassées par les produits supra-terrestres. Or si quelque initié s'en débarrasse, il obtiendra ce qu’il cherche. »

7. Ceux qui apportaient {les couleurs fabriquées par voie surnaturelle (?), étant ainsi mis de côté, conseillaient aux gens considérables d’agir contre nous tous, savants, opérant par des actions naturelles. Ils ne voulaient pas être mis de côté par les hommes (4), mais être suppliés et adjurés de céder ce qu’ils avaient fabriqué, en retour des offrandes et des sacrifices. Ils tinrent donc cachés tous les procédés naturels, ceux qui donnent les résultats sans artifice. Ce n’était pas seulement par jalousie contre nous, mais parce qu'ils étaient soucieux de leur existence et ne voulaient pas s’exposer à être battus de verges, chassés, et à mourir de faim, en cessantde recevoir les offrandes des sacrifices. Ils opérèrent ainsi : Ils cachèrent les procédés naturels et mirent en

avant les leurs, qui étaient d’ordre surnaturel (5); ils exposèrent à leurs

(1) Note de Α. «1 y a beaucoup de livres relatifs à la chimie. Les uns parlent des teintures naturelles; les autres, des surnaturelles : les deux ordres delivres sontmensonge et vérité dissimulée. »

(2) La teinture des étoffes est ici assimilée à celle des métaux (voir Ori-

gines de l’Alchimie, p. 242 et suiv.).

(3) Ou opportunes.

(4) Comme imposteurs.

(5) Ce curieux passage accuse la rivalité des opérateurs procédant par la magie et avec charlatanisme, contre ceux qui opéraient par la science seule

et qui leur enlevaient leur clientèle.

prêtres que les gens du peuple négligeraient les sacrifices, s’ils n'avaient plus recours aux procédés surnaturels, pour s'adresser à ceux qui possédaient cette prétendue connaissance des alliages vulgaires, cet art de fabriquer les eaux et de faire les lavages. C’est ainsi que, par l’effet de la coutume, de la loi et de la crainte, leurs sacrifices étaient très suivis. Ils n’accomplissaient même plus leurs annonces mensongères. Lorsque leurs sanctuaires venaient à être désertés et leurs sacrifices négligés, ils obtenaient encore des hommes restés (auprès d’eux), qu'ils s'adonnassent aux sacrifices, en les flattant par des songes (τὶ et d’autres tromperies, ainsi que par certains conseils. [ls revenaient sans cesse à ces promesses mensongères et surnaturelles, pour complaire aux hommes amis du plaisir, misérables et ignorants. Toi aussi, ὃ femme, ils veulent te gagner à leur cause, par l'intermédiaire de leur faux prophète; ils te flattent; étant affamés, (ils convoitent) non seulement les sacrifices, mais encore ton âme (5).

8. Toi donc, ne te laisses pas séduire, ὃ femme, ainsi que je te l’ai expliqué dans le livre concernant l’Action. Ne te mets pas à divaguer en cherchant Dieu; mais reste assise à ton foyer, et Dieu viendra à toi, lui qui est partout; il n’est pas confiné dans le lieu le plus bas, comme les démons (3). Repose ton corps, calme tes passions, résiste au désir, au plaisir, à la colère, au chagrin et aux douze fatalités de la mort. En te dirigeant ainsi, tu appelleras à toi l'être divin, et l'être divin viendra à toi, lui qui est partout et nulle part. Sans être appelée, offre des sacrifices : non pas les (sacrifices) avantageux pour ces hommes, et destinésàles nourrir et à leur complaire; mais des (sacrifices) qui les éloignent et les détruisent, tels que ceux qu'a préconisés Membrès, s'adressant à Salomon, roi de Jérusalem, et principalement tels que ceux qu’a décrits Salomon lui-même, d'après sa propre sagesse. En opérant ainsi, tu obtiendras les teintures convenables, authentiques et naturelles. Fais ces choses jusqu’à ce que tu sois devenue par-

faite dans ton âme. Mais, lorsque tu reconnaîtras que tu es arrivée à la per-

(1) Les Papyrus de Leïde renferment diverses formules pour procurer des songes et artifices magiques, à côté des procédés chimiques (voir Zntrod, p. 13).

(2) Ce paragraphe montre le caractère

des polémiques entre Zosime et ses rivaux, polémiques dont nous avons la trace en plus d’un point de ses écrits.

Cp. p. 186 εἴ 187.

(3) Cp. OLYMPIODORE, Ρ. 90.

fection, alors redoute (l'intervention) des éléments naturels de la matière : descendant vers le Pasteur, ette plongeant dans la méditation, remonte ainsi à ton origine.

9. Quant à moi, je viendrai au secours de ton insuflisance; mais réfléchis et rappelle-toi la chose cherchée : il faut qu’elle n’éprouve pas d’amoindrissement, mais qu’elle suive ses degrés réguliers.

Écoute-le, quand il ditun peu plus loin: un seul produit existe, en lequel doivent se réunir deux œufs (1); les composants sont divers; l’un esthumideet froid, l’autre sec et froid, et les deux produisent une œuvre unique. Il faut entendre ici les deux couleurs de l’œuf et admirer les changements de couleurs qui proviennent de l’œuf, ainsi que ceux qui précèdent, et toutes les générations de couleurs; comme quoi elles indiquent l'expulsion de la matière (étrangère); après d’autres phénomènes, on peut les observer ; mais elles ne reparaissent pas (dans un état) semblable. Pourquoi (faut-il expliquer tout cela) (2)? N'est-ce pas parce qu'ils le cachent par jalousie ? Ils ne veulent pas que personne puisse comprendre et trouver par leur secours la voie des teintures favorables. Quelqu'un dira qu'il ne s’agit pas seulement du changement des noms, mais encore de tout l’art, qui n’est pas exposé (par tout le monde) d’une façon semblable; il l’est tantôt d’une façon, tantôt de la façon contraire. Tout cela est nouveau, dis-je ; les artisans le savent, eux qui voient les causes des fautes commises; ils savent que nous avons produit telle chose, plutôt que telle autre; que nous avons négligé telle chose, et que nous avons fait telle autre chose avec plus de paresse.

10. Quant à moi, je reviendrai à mon propos. Il y a deux marches de teintures convenables, selon qu’on opère sur les espèces crues ou cuites. Le procédé de la cuisson est affranchi d’une grande fatigue; il a besoin d’une grande adresse et il est plus court, comme l’a ditla divine Marie. Pour ce procédé de cuisson, il y a de nombreuses variétés de liquides et de feux. Tantôt on cuit avec de l’eau, tantôt avec du vin. (Parmiles feux), les uns sont

obtenus avec des charbons et soutenus pendant tout le temps; dans les autres

(1) Dans ce passage, le mot œuf est (2) Note de A. « (Aïnsi parle) l'esprit pris dans un sens mystique, comme capable de comprendre, d’une manière désignant le produit d'une opération droite et saine. »

chimique. Cp. p. 18 et 19.

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