‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 269 sur 349 · IV. v. — AGATHODÉMON, HERMES ET DIVERS · texte numérisé non relu

IV. v. — AGATHODÉMON, HERMES ET DIVERS

ORACLE D'ORPHÉE EXPLICATION ET COMMENTAIRE D'AGATHODÉMON SUR L'ORACLE D'ORPHÉE (1)

Agathodemon à Osiris, salut !

1. J'écris dès ce moment pour toi ce quatrième livre, d'après l’oracle antique ; or si tu comprends, si tu interprètes avec intelligence, viens ici près de nous, toi-même, en quittant (2) cette ville de la sottise; viens nous entendre directement:nous te prescrivons de venir à Memphis,en t’éloignant de la sottise. Je t’exposerai les commentaires de l’oracle, je t'expliquerai ce qui s’y rattache et tout ce que les auteurs en ont dit, et je le commenterai.

2. Sache, Osiris, que l’oracle commence par le jaunissement, laissant de côté le blanchiment. Maïs il n’a pas négligé le jaunissement. Pourquoi ? On doit l’interroger avec réflexion sur ce qu’il a voulu dire, et c’est d’après les dispositions de son esprit qu’on interprète l’oracle. Or Orphée se proposait d'opérer le blanchiment. Toutes les eaux sont préparées par lui avec l’appareil distillatoire) et la kérotakis, ainsi que toutes les parties de l’opération du jaunissement, je veux dire l’eau du soufre natif, et les autres préparations convenables ; il cherche à accomplir l’opération par le seul mélange de la scorie formée ultérieurement (3).

(1) L’alchimie se trouve rattachée par ce texte aux oracles orphiques, comme le sont la magie et les croyances mystiques des premiers siècles de notre ère.

Les oracles d’Apollonet autres produits de la même littérature sont d’ailleurs cités à plusieursreprises, notamment par Olympiodore (p. 86, 94, 96, 103, et ῬΞ 152. 170, etc-)-

Ajoutons que l’article présent semble résulter de la réunion incohérente de plusieurs morceaux dissemblables : les premiers tirés des prétendus oracles or-

phiques ; d’autresrelatifs à la transmutation. Certainssemblent de pures recet-' tes pour la coloration superficielle des métaux, analogues à celles des Papyrus de Leïde ; mais le copiste, ne comprenant plus le sens des textes, les a tellementdéfigurés qu’il n’est guère possible d'en tirer un sens net.

(2) S'agit-il d'Alexandrie ?

(3) Voir OLYMPIODORE, p. 95, 90, 101, 107, 113, et plus loin le morceau V.

3. Ainsi ce qu’on cherchait, l’oracle l’a exposé. Ce qui manquait aux sages pour accomplir l'œuvre, l’oracle l’a complété : il a rendu arsénical (1)le mélange en le tournant vers le jaune, et il ἃ agi sur les autres produits, chacun d’après son mode propre. Quant au blanchiment, personne ma daigné le mentionner, excepté moi. Je l’ai décrit de bien des manières, et je le décris encore une fois, en commençant par la consultation de l’oracle (2). Voici ce texte: « Il convient d’obtenir le pouvoir précieux que tu recherches, par la force des prières, et la chaleur des supplications adressées, ὃ prêtre, à ton propre nourricier : pour obtenir la puissance du livre et être maitre de la force de l'or, grave mes discours sur des tablettes ».

4. « (Emploie) le cuivre brûlé; il doit être fortement lavé, et brûlé de nouveau. Aprèsce second traitement, mets-le en petits morceaux et projette-le sur de très bel argent (3). Fais pénétrer chaque corps volatil, autant que possible. Prends en quatrième lieu la terre de Sinope, la coquille de l'œuf, la cadmie, l’or, la terre de Macédoine et le misy (je parle de celui d’Asie) : Tu fais fondre ensemble et tu obtiens l'or. »

Ainsi (s'exprime) l’oracle très ancien, contenu dans le grand livre déposé par terre (?). Ce livre transmet les commentaires de la voix vénérable, et sa tradition montrera, ainsi que l'expérience, la bonne manière d'agir dans la projection, l'information mystérieuse (à cause des jalousies), l'information opportune, les moments propices et tout ce qui concerne l’art.

5. Ainsi le premier précepte de l’oracle (concerne) le blanchiment du cuivre, tiré des minerais lévigés, broyés et brûlés, jusqu’à ce qu'ils prennent la consistance de la cire. Or (ce que nous appelons) l'os (4) du cuivre se

compose des quatre corps suivants : cuivre, fer, étain, plomb. A ces métaux

(1) L'auteur semble jouer ici sur le double sens du mot arsenic, qui veut dire aussi mâle. Ce corps avait un rôle essentiel dans la teinture des métaux :

la mème équivoque existe dans l’axiome alchimique : par le mâle et la femelle l’œuvre est accomplie (Zntrod., p. 163, 165).

(2) Le texte de l’oracle consiste en une suite de mots, séparés par la ponc-

tuation, et formant probablement des vers iambiques, avec des passages interlinéaires à l'encre rouge. On a cherché à tirer du tout un sens; mais l’interprétation est fort incertaine.

(3) Ces lignes semblent le débris de quelque vieille recette, altérée par les codistes successifs.

(4) Cf. Les ossements des Perses, p. 201.

essentiels, on ajoute le soufre blanc. Ces (substances) demandent une macération préalable, depuis le mois de méchir jusqu’au 15 du mois pharmouthi, 41 jours (1); puis le lavage, l'ébullition, l’édulcoration, la clarification, le mélange en proportion voulue, la purification. Les quatre corps seront purifiés, jusqu’à ce que tu les obtiennes dans un état parfait. Ensuite ils seront mélangés, suivant la proportion de poids convenable. Voici ces poids : cuivre, 4 livres; fer, 1 livre; étain, 2 livres 1/2; plomb, 2 livres 1/2. Pour cette dose de cuivre (?), prends 1 livre d’argent : c’est l'agent fixateur.

6. Dans les autres écrits on trouve divers poids, mélanges et opérations; mais celles-ci sont bonnes; elles ne sont nullement inutiles ou vaines. En effet, les uns mélangent tous les corps métalliques (de facon à les réunir) en un seul; ils obtiennent de la scorie et font alors l'opération... Les autres obtiennent des (résultats) convenables, en s’y prenant d’une autre façon : ils commencent par purifier le cuivre, autant que possible, et ils y mêlent ensuite l'argent, après avoir fait agir l’arsenic sur le fer, en opérant comme avec le cuivre; et après l’avoir ramolli, ils opèrent le mélange. Ils fondent (alors) l'étain etle plomb; ils projettent les métaux dans un fourneau à désagrégation. Après avoir fait griller, ils pulvérisent et lavent : de cette façon ils obtiennent le sidérochalque (2). D’autres encore opèrent sur le plomb, et l’emploient pour désagréger les métaux : ils opèrent un mélange intime avec l'étain, et projettent le produit; ils délaient semblablement, le plomb et l’étain ; puis ils mélangent et lavent. On délaie préalablement (dans) une assiette, puis on opère dans les autres (récipients). En effet, si la couleur noire n'est pas enlevée au plomb par lavage et décantation, il n’y a rien; or elle disparaît par décantation, lors du lavage et de l’ébullition effectuée avec ce métal; puis vient la fixation; puis les séparations, puis la décomposition, puis l'extraction.

7. Ainsi le plomb, uni avec les espèces essentielles, est projeté une seconde fois avec l'argent, pour le jaunissement. Tantôt on désagrège les métaux;

tantôt on les délaie ensemble; on les soumet à l'extraction, et on recourt

(1) Voir OLYMPIODORE, p. 75. addition d’arsenic, d’étain et de plomb; (2) Alliage de fer et de cuivre, avec | ἃ ce qu’il semble d’après ce passage.

aux mille moyens indiqués dans les écrits (des auteurs), car l’art est vaste. Toutes les parties, les scories, et les matières appelées efflorescences (sont employées). Le plomb est travaillé au moyen de la liqueur acide et de la la liqueur d’or : entends tout ce qui convient, au sujet du précepte inscrit dans cette ligne. Quant à la chrysocolle, à la terre de Sinope, à la cadmie, ce sont là, avec le plomb, ce que j'ai appelé les espèces essentielles. Cela signifie le misy asiatique, l’eau divine préparée avec le soufre natif : tantôt une partie (du liquide distillé), tantôt la totalité. La portion dont il s’agit est celle qui renferme les herbes (1), celle obtenue au moyen de la chaux et qui dissout tout, ainsi que la partie grillée des (substances) jaunes, la partie décomposée. Quant à la portion (qui reste et qui est) tirée de la totalité, après que tu as délayé la portion transformée par l’action préalable du cuivre, et que tu l’as extraite, lorsque tu as fait agir la vapeur sublimée et la gomme, puis mis à part, en faisant écouler l’amalgame (liquéfié), de façon à obtenir cette matière jaunie dont j'ai déjà parlé, alors fais bouillir cette portion; répète l’opération par trois fois; puis projette le produit.

8. Les anciens écrits contiennent toutes les recettes assemblées confusément; or toutes ces choses vont t'être expliquées en bloc: voici ce que c’est. Prenantune marmite de terre crue, fais la sécher au soleil, pendant dix jours; puis, prenant de l’ocre et du bleu, une partie de chaque, délaie dans du vinaigre pur, en consistance de miel:enduis-en la marmite à l’intérieur. Fais-y cuire de la sandaraque, en quantité convenable ; puis, prenant de la rouille de cuivre, délaie-la dans l'urine d’un enfant impubère et enduis de nouveau la marmite, à sa partie supérieure. Lute et fais cuire pendant trois jours. En retirant (le contenu), tu trouveras un produit pareil à de l’orge grillé. Projette-le sur de l'argent noirci, ou sur de l'or noirci, avant qu’il soit refroidi. Une partie d’ocre, et une partie d’étain produisent la même apparence, lorsqu'on les applique sur le fer en proportions égales. La magnésie produira aussi le même effet; — on la mêle par moitié avec le soufre apyre; — ce mélange fait par moitié, est mis (en digestion) dans une

marmite, pendant deux jours. Ensuite, délaye avec de la couperose et de

(1) C’est à-dire la liqueur colorée, renfermant le polysulfure alcalin (voir /Zntrod. p- 47 et Go).

l’écume d’huile de ricin, pendant trois jours; fais cuire et projette l'or. Cette matière noircit ainsi une partie d’argent.

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