IV. νι. — L'ESPÈCE EST COMPOSÉE ET NON PAS SIMPLE
ET QUEL EN EST LE TRAITEMENT (ἢ
1. S'agit-il d'une chose simple ou composée, quant à sa nature, dans l’art appelé chez les maîtres l’art naturel ? Par nature, la soudure d'or {2) est une chose simple, un genre simple, d’après le divin Hésiode et d’après Aratus; c’est elle qui est désignée comme une tête d’or, d’après le prophète divin Daniel; comme un chœur d’or, d’après Hermès Trismégiste ; mais ce n’est pas là ce que l’on doit entendre par l’unité cherchée (3). L’art en réalité ne doit avoir ni un objet simple, ni un objet composé de parties ; car si les parties comportaient un seul et même traitement, et ne différaient en rien les unes des autres, elles ne seraient pas les parties d’un tout complet. En effet, toute partie naturelle ou artificielle apporte à l’œuvre complète quelque chose qui lui est spéciale; sans elle, le Tout se trouverait incomplet, comme ilest facile de le voir dans les parties du corps, dénommées lieux chez Galien. C’est ainsi qu’on peut l'entendre dire : « on nomme lieux les parties du corps ». Si quelqu'’une de ces parties spéciales faÿ défaut, la composi-
tion sera trouvée incomplète; soit qu’elle ait subi (seulement) le délaiement,
(1) Cet article a été transcritici,parce 1 fréquemment chez les chimistes théori-
qu’il semble faire partie des chapitres attribués à Agathodémon dans le n°31 de la vieille liste de Saint-Marc (Introd. p. 175) — manuscrit de Saint- Marc actuel, foi. 95 verso et suivants.
Dans Lb, il fait partie de la compilation du Chrétien, qui sera donnée plus loin. Il paraît d’ailleurs appartenir simplement à un commentateur de Zosime. C’est un mélange singulier de notions métaphysiques et de notions chimiques, mélange qui se présente
ciens de tous les temps.
(2) Ce mot désigne à la fois une opération et une matière. — Cp. Introd., p. 243. Dans E le signe de la chrysocolle est corrigé et changé dans le signe de l'or, lequel est adopté dans Lc:onsait que ce manuscrit est la mise au net des corrections écrites en marge de E.
(3) Glose ajoutée par E, à la marge :
« car l’objet que l’on cherche est un; par sa nature, il n’est pas simple, mais composé ». Le adopte cette addition.
ou la cuisson, ou la calcination, ou la décomposition opérée dans le bainmarie, chauffé avec un feu de sciure de bois; ou bien dans le vase à bec d'oiseau (1); ou bien (lorsqu'elle est déposée) sur la kérotakis; ou dans l’alambic chauffé à feu nu; et cela, qu’il s'agisse de la diplosis opérée au moyen du mercure, selon le procédé de Marie, ou de toute autre sorte de traitement.
2. Si donc toute partie naturelle, ou artificielle apporte quelque chose à l’œuvre complète, il faut aussi qu’elle l’apporte au Tout (2); car la préparation exécutée sur les parties (séparément) ne répond pas aux proportions que doivent exister dans le traitement (complet). Le Tout en difière; de même que l'arbre haut de deux coudées n'est pas changé en un (arbre) de trois coudées, par un simple accroissement (de sa hauteur ?). Mais si chacune des parties profite au Tout, examinons leur relation réciproque. C’est le mercure qui, en s’élevant dans les chapiteaux des récipients, produit le Tout par l’iosis; de même que le mélange des couleurs sur la kérotakis (palette) des peintres est nécessaire à l'art pour reproduire l’animal entier. De même aussi la magnésie (3), exposée sur la kérotakis à l’action désagrégatrice et dissolvante (4), s'écoule dans les récipients inférieurs, le soufre étant mêlé
au soufre, lequel amène à la perfection la matière sulfureuse quile reçoit (5).
(1) On appelle encore aujourd’hui Pélicans certains vases distillatoires. — Dans Lb, le mot oiseau est appliqué, non à la forme du vase, mais au mode de chauffage : « avec de la fiente d’oiseau ». Lb remplace aussi le mot kérotakis de BAE par celui d'un « vase de terre cuite ». Ces corrections ne me paraissent pas bonnes.
(2) Le mot Tout paraît s'appliquer à l'alliage formé des quatre éléments, autrement dit molybdochalque, dont la préparation précédait la transmutation.
Quant à la distinction de ὅλον (complet) et de πᾶν (tout ou total), voir PRoCLUS, in Platonis theologiam, éd. (unique) de 1567, in-fol., 1. III, 20, p. 157.
(3) C'est-à-dire le métal de la magnésie (voir ZJntroduction, p. 255).
(4) Lb ajoute : «du mercure»; correction très douteuse; car on faisait aussi agir sur les objets déposés sur la kérotakis les sulfures d’arsenic, dontl’emploi s'accorde mieux avec la fin de la phrase.
(5) Tout ce passage paraît signifier que le métal obtenu par transmutation est un, quant à sa nature, quoique formé par l’union d'éléments multiples; lesquels ne s'ajoutent pas simplement les uns aux autres, pour former un ensemble, par simple assemblage ou mélange, mais un tout unique et complètement combiné, quant à sa nature. Pour cela, ils doivent éprouver une suite de traitements, destinés à modifier chacun d'eux et à amener leur ensemble à l'unité finale.
Cette dernière est accomplie par l’ac-
3. Certains prennent le texte dans un autre sens. En effet, Hermès, disent-ils, désigne les soufres comme combustibles; Démocrite regarde les matières sulfureuses comme tinctoriales et fugaces. Elles sont retenues par le mercure qui leur est congénère. (C’est pourquoi) les maîtres appellent le mercure le tombeau d'Osiris (1) : ce qui signifie l’amortissement (du mercure et des métaux), causé par la macération (2). Il est nécessaire que l’eau de soufre mercurifiée, c'est-à-dire le liquide sulfureux, soit évaporée par la digestion dans le fumier de cheval. En effet Zosime dit : « Dans tout l’art, ce qu'il y a d’essentiel, c'est le catalogue des espèces liquides. »
4. Après la décomposition, il n’y a plus rien à faire, selon quelquesuns; le Panopolitain dit que quelques-uns ne s'occupaient plus de rien après l’zosis, tandis que lui parle (encore) du soufre, de l’eau de soufre et du mercure. Quant à nous, nous demandons : Pourquoi le grand Zosime, dans son traité inscrit sous la lettre S, en répondant à cette objection, a-t-il prescrit d’avoir recours au cuivre? « Le cuivre a été apporté; 1] était parfait de tout point, il était pénétré (par le principe colorant) et n’admettait plus rien. » Voulant éveiller leur esprit, il leur présentait la chrysocolle (3) et les teintures, appelant or l’iosis, laquelle est appelée aussi jaunissement. Il s'agissait encore de la composition qui produit la couleur blanche (l'argent); car il en est aussi question : mais ce qu’il y a de préférable, c’est l'or (ou la chrysocolle). En effet, (l’or est comparable au) soleil, dont la lumière éclaire les sphères supérieures et les sphères inférieures : c’est-à-dire les sphères supérieures en tout temps, mais les sphères inférieures par intermittence; attendu que l’ombre du cône de la terre s'étend jusqu'à la sphère de la planète Mercure. Or il en est ainsi de l’or produit
par l'opération de l’iosis ou du jaunissement, et la sphère où s'exerce
tion de la vapeur (mercure, arsenic, | Voir dans l’/ntroduction, les figures de sulfures arsénicaux), qui désagrège kérotakis et le commentaire des opéral’'alliage métallique (molybdochalque ?) tions, p. 143 à 151.
posé sur la kérotakis, qui le rend fusible (1) OLYMPIODORE, p. 103.
et en détermine l’écoulement dans le (2) D'après AELb. — M. et B disent récipient inférieur : là se trouve encore « la cuisson ». Il s’agit sans doute de du soufre, ou un sulfure métallique, l'opération exécutée sur la kérotakis.
lequel accomplit la transmutation. — | (31 D’après Lb : « l'or ».
l’action du mercure est préférable à celles qui sont situées au-dessus ou au-dessous (1).
5. Pourquoi donc w'introduisait-il pas une autre opération? En effet, ce n’est pas sur l’or naturel que porte l'explication des anciens, ainsi qu'il est évident d’après leur langage. Car en quoi l'or a-t-il besoin d’être teint? Et pourquoi ajoutait-il : « Un grand nombre ayant trouvé du cuivre amené à perfection dans les temples, ne le teignaientpas, attendu qu'uneautre opération avait eu lieu dès le principe. » Et encore, en d’autres termes : « Le sens de tous les écrits n’a été réalisé que dans l’appareil (2) pour traiter le cuivre.» Au sujet du traitement opéré au moyen de cet appareil, le même auteur
s'exprime ainsi, en vue du but que l’art se propose.