V. νι. — FABRICATION DES VERRES
1. Prenant des œufs (1), le nombre que tu voudras; lave-[les) dans de l'eau saumâtre, puis essuie-{les). Lave-(les) de nouveau dans de l'eau de natron; puis après les avoir cassés, sépare les coquilles de leurs membranes (intérieures), dépose les jaunes isolément et le blanc isolément. Après avoir égorgé de petits oiseaux noirs, recueilli leur sang et l'avoir mis dans l'appareil, retires-en l'eau, soit au moyen d’un feu doux, soit d’un feu immatériel qui ne brûle pas (2).
Garde le résidu et l’eau. Si l’on obtient aussi de l’huile, mets-la à l'ombre. Quant au blanc d'œuf, soumets-le à l'extraction au moyen du feu; tires-en l’eau et l’huile séparément, ainsi que le résidu, et garde ensemble à l’ombre.
Broyant les coquilles avec les membranes, mets-{les) dans deux creusets, lutés avec de la terre broyée et feutrée avec des poils. Chauffe fortement au moyen de deux soufflets de peau, jusqu’à effervescence et jusqu’à ce que tu n’entendes plus le bouillonnement; car lorsque (la matière) se trouve à point à l'intérieur, le bouillonnement cesse : dès que tu reconnaîtras à ce signe que le produit est cuit, laisse refroidir, en déposant (le creuset) sur le fourneau; puis, en cassant (le creuset), tu trouveras du verre vert.
2. Semblablement, prenant aussi le résidu du blanc, et le mettant dans deux creusets, bien calfeutrés, fais chauffer le tout ensemble et tu trouveras du verre couleur citron, dit de Bérénice.
3. (Prenant) les jaunes, mettant leurs résidus dans deux creusets et chauf-
fant, tu trouveras du verre blanc.
(ἡ C’est là une formule sacramen- purement technique, un commentateur
telle, qui se trouve en tête de recettes très diverses. Cp. Zosime, II, vin, p. 143. — Ces expressions ont donc un caractère symbolique : elles désignent des produits minéraux, que l’on soumet à des sublimations et à des calcinations, avant de s’en servir pour fabriquer les verres des quatre couleurs désignés plus loin. Après cet exposé qui semble
alchimique a ajouté une recette mystique, d’après laquelle ces quatre verres, associés avec les huiles mystérieuses, obtenues par la distillation ou la dissolution descorps métalliques, constituent le ferment d’or, ou pierre philosophale. (2) D’après M. — Etait-ce la flamme d’un gaz sans combustible visible ?
4. Semblablement, faisant chauffer les résidus du sang, tu trouveras du verre bleuâtre, celui qu’on appelle bleu.
5. Lorsque (1) tu auras fait chauffer ainsi isolément ces quatre corps, et que tu auras fabriqué isolément ces verres; alors prends ces (matières) en proportion égale, mélange-les et broie-les toutes ensemble. Mets le tout dans deux creusets, l’un au-dessus, l’autre au-dessous ; fais fondre. Toutes ces (matières) doivent avoir été chauffées auparavant fortement. Lorsqu’elles auront bouillietqu’ellesserontà point, laisse le produitdigérer,puisrefroidir. Retire le tout des vases et broie finement.
Alors, reprend les huiles tirées de tous les corps (2), mélange-les ensemble et sers-t’en pour arroser (la poudre); de façon à donner à la composition la consistance d’une pâte fermentée épaisse, en délayant l'huile avec les verres, qui en représentent les corps. Laisse ensuite dans le mortier et expose au soleil dans le mortier même, pendant 3 jours. Lorsque ce ferment aura été exposé au soleil, il devra être cuit légèrement, et il produira du cinabre (ou de l’or ἢ (3).
V. vu. — COLORATION DES PIERRES, DES ÉMERAUDES, DES ESCARBOUCLES ET DES AMÉTHYSTES D'APRÈS LE LIVRE TIRÉ DU SANCTUAIRE DES TEMPLES (‘)
1. Prends de la comaris (4), difficile à trouver, matière que les Perses et les
Égyptiens nomment talac, et d'autres talc, une demi-once; du soufre, une
dans la traduction les mots: comaris et comaros.
(1) Sous-titre de A : 258 Καὶ : « la demeure qui réunit tout ».
(2) Produit de distillations ou dissolutions antérieures, lesquelles ont porté sur des produits (corps métalliques), désignés ici d’une façon symbolique.
(3) Signe du cinabre, confondu souvent avec celui du soleil et de l'or.
Cp. Introd., p. 122, note 1 et p. 244.
(4) On a regardé comme identiques
(*) Ce petit traité est une collection de recettes, remontant pour certaines parties à une haute antiquité ; ainsi que semblent l'indiquer ces mots : « d’après lelivre tiré du Sanctuaire des Temples.»
Il s'y trouve, à côté de ces vieilles recettes: des discussions théoriques plus récentes, du genre de celle de Zosime et des commentateurs bv-
demi-once; et de l'eau de soufre natif, 18 onces. Délaie la comaris et incor.
pore-la avec le mercure. Puis mets dans un verre de forme courbe (fiole?), et conserve.
2. Lorsque tu voudras colorer une émeraude, prends de la rouille de cuivre et du vinaigre de première qualité; broie dans un mortier de verre; après avoir mélangé de la bile de taureau ou de vautour desséchée et après avoir unis (ces produits) dans un mélange homogène, formes-en des boulettes, laisse refroidir à l'ombre, et conserve.
3. Lorsque tu veux colorer une pierre, mets ces boulettes dans un mortier de verre, et après avoir broyé, forme un mélange homogène avec le produit retiré du vase de forme courbe.
Après avoir délayé le tout ensemble, fais une liqueur et mets dans une bassine de verre, enduite d’un lut qui résiste au feu. Prends les objets de verre, de telle forme que tu voudras ; introduis-les dans la bassine lutée qui contient la liqueur ; place des charbons, de façon à chauffer par dessous à une douce chaleur; laisse prendre un seul bouillon, puis ôtant du feu, mets dans un lieu (frais), et laisse tremper pendant 3 jours. Après avoir retiré (les objets), tu obtiendras par la grâce de Dieu le résultat cherché (1).
4. En suivant la même marche, s’il s’agit de l’escarboucle{2), mets en bou-
lettes du sang de serpent (sang dragon) (3) et du suc d’orcanette; délayant avec
zantins ; des citations plus ou moins teinture des perles, donné plus loin
étendues de Marie, de Moïse et de Démocrite; enfin des gloses beaucoup plus modernes, à en juger par la citation des Ismaélites, c’est-à-dire des Arabes.
C'était la sans doute un ouvrage technique, qui a passé de main en main, en étant enrichi d’additions successives.
Il était primitivement en dehors de la collection alchimique; car il ne figure pas dans le ms. de St-Marc ; mais il devait faire partie d’une grande collection technique, dont le titre nous a été conservé (Voir III, xziv, 8.7. p.213 de la Traduct., et p. 220 du Texte), titre dans lequel ce petit traité paraît formellement désigné. Le traité de la
(V, 1x), en faisait aussi partie; ainsi qu'un traité sur la trempe, la coloration et le moulage des métaux, d'où paraissent tirés les morceaux V, 11, 1v, v, xvi et xvu. On reviendra plus loin sur ce dernier traité, à! l’occasion des articles xvi et xvur.
(1) Il paraît s'agir dans ce passage, d’une teinture superficielle des objets vitrifiés; teinture opérée au moyen du talc, servant de support, d’un sel de cuivre, et d’une liqueur mélangée avec la bile, le tout formant un vernis adhérent.
(2) Ou rubis.
(3) Introducticn, p. 244.
l’eau mentionnée plus haut dans (l’article de) l’'émeraude, places-y l’objet de verre et tu le coloreras.
5. Semblablement aussi pour l'améthyste, délaie de l’aZur avec du suc d'isatis et fais des boulettes, comme il a été expliqué plus haut; car il n’y a rien de meilleur.
6. QUELLES ESPÈCES PRODUISENT LA COLORATION DES PIERRES (PRÉCIEUSES) ET PAR QUEL TRAITEMENT (1). — Nous savons que l'agent commun dans les œuvres de cet art, c’est la comaris, et nous nous proposons de parler de la coloration des pierres. Voyons d’abord quelles espèces sont susceptibles de colorer les pierres; comment, unies à la comaris, elles colorent les verres, ou augmentent la teinte des (pierres) naturelles ; quels (sont) les vases et les moyens du traitement.
En ce qui touche la fabrication des émeraudes, suivant l’opinion d'Ostanès, ce compilateur universel des anciens, (les espèces employées sont) la rouille du cuivre, les biles de toutes sortes d'animaux et matières similaires.
Pour les hyacinthes (améthystes), on emploie la plante du même nom (jacinthe) et la racine d’isatis, mise en décoction avec elle.
Pour l’escarboucle, c’est l’orcanette et le sang-dragon.
Pour l’escarboucle qui brille la nuit, et quiestappelé couleur (de pourpre) marine, ce sont les biles d'animaux marins, poissons ou cétacés; à cause de leur propriété de briller la nuit, et surtout de leur couleur plus ou moins glauque. C’est ce que manifestent leurs entrailles, leurs écailles et leurs os phosphorescents. En effet, Marie s’exprime ainsi : « Si tu veux [teindre) en vert, mélange la rouille du cuivre avec la bile de tortue ; si tu veux (obtenir une couleur) plus belle, c’est avec la bile de la tortue d’Inde. Mets-y les objets, et (la teinture) sera tout à fait de première qualité. Si tu n’as pas de bile de tortue, emploie du poumon marin bleu (2), et tu feras une teinture plus belle. Lorsqu'elle est complètement développée, les objets teints émettent une lueur. »
Ainsi Ostanès, pour les émeraudes, a pris les biles des animaux et la
rouille du cuivre, sans y ajouter la couleur marine. Pour l’hyacinthe, il a
(1) C’est un second article, ana- pétitions et des détails nouveaux. logue au précédent, avec des ré- (2) Méduse.
pris la plante du même nom, le noir indien et la racine d'isatis. Pour le rubis, l’orcanette et le sangdragon, Marie a pris, de son côté, la rouille du cuivre et les biles des animaux marins. Quant à la pierre qui brille la nuit, c’est celle que les savants en matière de pierres appellent hyacinthe. C’est pourquoi il continue en ces termes : « Lorsque la teinture est complètement développée, les objets projettent une lueur pareïlle aux rayons du soleil. »
7. Où les pierres prennent-elles cet éclat flamboyant ? car ni les biles, ni la rouille du cuivre ne peuvent le leur donner, étant vertes par nature. Que dirons-nous (ἃ ce sujet) ? Est-ce qu’une opération si utile a échappé à Marie ? Celle-ci, (parle) de la fabrication des rubis, qu’elle a exposée en détail plus haut. Ostanës, lui, prend l'orcanette, le sang-dragon, et les agents colorants pour d’autres pierres. Il a parlé d’abord de la teinture de la pierre en rouge couleur de feu, mais qui ne brille pas la nuit. Dans ce passage, l’opérateur expose que la pierre la plus précieuse qu’il convienne de préparer et de teindre est celle qui émet des rayons lumineux la nuit: de telle sorte que ceux qui la possèdent puissent lire et écrire presque comme en plein jour. En effet, chaque escarboucle (teinte) peut être vue séparément de nuit, en raison de sa grosseur propre et de sa pureté, que la pierre soit naturelle ou artificielle. On peut se diriger à l’aide de la lumière, ainsi émise en vertu de la propriété (de ces pierres) de briller la nuit. Car le mot employé ici ne s'applique pas seulement à la pierre qui brille le jour, mais à celle qui brille la nuit.
8. Les biles des animaux en perdant leur matière aqueuse, sont desséchées à l'ombre. Dans cet état, on les incorpore à la rouille de notre cuivre, ainsi qu’à la comaris; on fait cuire le tout ensemble, suivant les règles de l’art. Colorées par l’eau (divine), elles prennent une teinte stable. Cette eau étant écartée, les pierres sont chauffées, et encore chaudes, trempées dans la teinture, suivant les préceptes des Hébreux.
Si toutefois la couleur tirée des biles ne donne pas à la pierre un vert suffisamment intense, on met celle-ci dans notre rouille, en ajoutant de la rouille de plomb commun, un peu de couperose et toutes les matières susceptibles de servir aux pierres que l’on veut surteindre, ou qui con-
tiennent des figures: cela se fait principalement pour les émeraudes.
9. Il faut savoir que les biles des animaux marins ajoutent la phosphorescence à la coloration propre de chaque pierre, lorsqu'on les introduiten proportion convenable dans les (matières) tinctoriales propres à chaque couleur. ou avec certaines autres espèces. Il faut que toute teinture soit exécutée dans des vases de verre clairs, et toute chose accomplie suivant la règle universelle. Tu comprends qu'il doit en être aïnsi, et que ces choses ne doivent pas être négligées (1).
10. PROCÉDÉ POUR DONNER DE L'ÉCLAT AUX COULEURS ET POUR FABRIQUER DES PIERRES TEINTES (2). — Le Philosophe, nous enseignant quel est le procédé pour donner de l'éclat aux couleurs des pierres teintes, dans le (livre) qui traite des pierres teintes par le cuivre, s’exprime en ces termes : « Ainsi que je l'ai appris dans le livre traditionnel, on prend labile d'ichneumon, la bile de vautour. Dans ces biles, on fait macérer la rouille du cuivre pendant 40 jours, afin que la matière décomposée fournisse la substance qui colore les pierres et que la rouille rende cette espèce inaltérable, suivant Agathodémon. » C'est de cela que parle Moïse le divin prophète, dans sa Chimie (3) : « Plaçant toutes choses dans un petit ballon de verre, fais cuire jusqu’à ce que le produit devienne couleur de cinabre etaccomplisse le mystère divin.» [1 fait entendre que la chaleurdoit être inoffensive etproportionnée à la composition, en parlant de l'exposition au soleil. Il lemontre clairement aussi par sa lettre en vers iambiques adressée à Sanis, où il disait
avec clarté: Et tu traiteras toutes choses comme (par l'exposition) à un soleil fort.
11. SUR L'ART CHIMIQUE. — Prenant de la rubrique, 3 livres; du verre pur, 1livre; de l’étain, 2hexages; délaieavec l’eau de soufre en consistance pâteuse.
Mets ces matières dans un pot neuf et fais-les cuire sur du charbon, jusqu’à
(1) Voir dans le τ. XIV de la 6e série | (3) Il s'agit sans doute du traité des Annales de Chimie et de Physique | imprimé à la p. 287 (IV, xxu), traité (1888) les observations que j'ai faites | désigné aussi sous le nom de la Maza sur ce procédé, destiné à rendre les de Moïse (p. 180 et 209). La phrase pierres précieuses phosphorescentes. citéeici ne s’y trouve pastextuellement
(2) Ici commence un troisième petit | mais on y lit plusieurs textes analogues,
traité ou chapitre, sur le même sujet que les précédents.
notamment au ὃ 3.
ce qu'il se forme du verre vert. Si le feu est de longue durée, la matière prend l'apparence de l’or; et si l’on poursuit encore davantage, elle blanchit comme du cristal.
12. AUTRE CHAPITRE SUR LES PIERRES (1). — Parmi les pierres, les unes sont teintes (simplement); les autres le sont avec l'emploi d’un fixateur. Parmi les pierres teintes, les unes sont colorées après attaque, et les autres sont teintes à leur surface dans leur état d’intégrité. De même aussi, parmi les (pierres) teintes, celles qui sont attaquées, ne le sont pas toutes dans leur étendue totale, les unes étant hétérogènes et les autres homogènes. Nous parlerons d’abord des (pierres) teintes à la surface, d’une façon uniforme, et ensuite des (pierres) teintes d’une façon hétérogène ; enfin, dela fabrication des perles (2).
13. Il est nécessaire de connaître la préparation et la fabrication complète des pierres, au moyen d’une seule liqueur. Cherchons avant tout si une seule liqueur sert au travail complet ; ou bien s’il en faut deux, ou trois. En effet, toute pierre a besoin d’être amollie (3), teinte et fixée.
Voici comment on opère la fixation. Il faut d’abord amollir la pierre, conformément à l'opinion du bon Philosophe ; l’amollissement est nécessaire, afin qu'elle puisse recevoir la couleur. Puis vient la teinture, en vue de la beauté et de la fin désirée ; enfin on opère la fixation, en vue d'amener (la pierre) à sa forme (dernière). De même dans les préparations concernant l'or et l’argent, nous avons besoin d'opérer l’imbibition, la teinture et la fixation ; car sans l’accomplissement de ces opérations le métal ne saurait éprouver l'action de la poudre de projection, qui doit le teindre. La même nécessité existe pour la teinture des pierres.
14. Quelques-uns ont travaillé au moyen de (deux ou) trois liqueurs: ce qu'ils ont exposé, non en parlant de la fixation, mais de la classe des liqueurs. Ils amollissent dans une liqueur; puisils fixent (dans une seconde liqueur ὃ) ; enfin ils teignent et fixent tout ensemble, en opérant la teinture dans une autre liqueur. D'autres ont exécuté le tout au moyen d’une seule liqueur, amollissant, fixant et teignant du même coup. C’est là ce qu’ils
ont exposé d’abord; puis ils ont expliqué que l’on opère la fixation comme
(1) Quatrième petittraité ou chapitre. (3) C'est-à-dire attaquée superficiel (2) Les sujets annoncés dans cet alinéa lement, de façon à permettre de fixer ne se retrouvent pas traités plus loin. ensuite la matière colorante.
pour les perles. Entre mille auteurs qui ont donné cet enseignement, je citerai Démocrite, Marie et Zosime, s’agit du traitement complet par une seule liqueur. C’est là le procédé de la teinture à froid, suivi pour la pourpre (1): car la même (pourpre) peut-être fixée et teinte préalablement avec la cochenille, puis, surteinte en bleu. Il est possible de teindre et de fixer en même temps, en recourant à un mordant pour la teinture, et en opérant de telle sorte qu’une liqueur unique joue lerôle de mordant, parce qu’elle imbibe, teint et fixe à la fois, ainsi que leditle Philosophe, des liquides propresaux deux premières compositions. De cette façon, non seulement l'artisan réussira, grâce au concours de cette liqueur ; mais il sera sûr en tout du succès.
15. Il y a l'amollissement, le mordant (2), et la teinture. Quand même tous les autres auteurs passeraient outre, il faut considérer dans divers cas avec le Philosophe que si nous laissons les crevasses des pierres sans les remplir auparavant, le travail demeure imparfait. Il expose la coloration et tout ce qui concerne les pierres et les perles, en trois chapitres.
16. Comment on exécute le traitement pour teindre en pourpre au moyen des matières précédentes ; quelle est la pourpre type ; quelle est la soudure d’or ; et, en troisième lieu, quelle est la teinture des objets consacrés; comment on atteint la perfection des œuvres de l’art; d’après le traité relatif aux pierres, et les principes empruntés aux anciens, voilà ce que nousallonsvous développer. Je veux que vous sachiez que les pierres et les perles étaient nommées par eux l’eau divine native (3), c'est-à-dire l’eau de pourpre, à cause deson prix etde sa fixité; car leur enseignement ne s’applique pas aux pierres tirées de la terre. Le Philosophe le montre dans son exposé des travaux relatifs à l’ios. En effet, il dit clairement qu'il ne s’agit pas de la pierre fixatrice, ni de la partie sèche ou humide de la pierre; mais d’une méthode pratique, dans laquelle concourent la qualité des parties, le mélange des liquides
et l’action propre de l'herbe tinctoriale. Or, ce qui est appelé herbe (4) chez
(1) On voit comment la teinture des de titres, de fragments et d'extraits, métaux, celle des verres et celle des mis bout à bout, comme dans les Écrits étoffes en pourpre étaient mises sur le de Zosime (III° partie), notamment mème pied. Cp. Origines de l’Alchimie, xuin, Chapitres à Théodore.
p. 242, 243, 245, etc.). (3) Ou l'Eau du soufre natif.
(2) Nouveau fragments, ou plutôtsuite (4) Cp. la note 2 de la p. 150.
(les anciens), Pétasius (le) fait voir dans ses Mémoires Démocritains (1), en écrivant ces mots : « Il appelle herbes les jaunes des œufs ».
17. Il est permis aux gens studieux de prendre assurance sur cette question, d’après mille endroits des anciens, et d'apprendre que, dans touteespèce liquide-ou sèche, l’art de la nature reconnaît deux (espèces de) soufres (2), savoir : non seulement celui qui est solide et jaune, maïs encore les matières liquides et blanches (3). Des milliers d'auteurs habiles désignent chacun d’eux par de nombreuses dénominations (4), telles que chélidoine et aristoloche, rhubarbe du Pont, safran de Cilicie, thapsia, minéraux de toutes sortes, eau, vin, lait de tout genre, huile; ils mentionnent en même temps toutes sortes d'herbes, toutes matières employées pour la composition des deux espèces (5) d'eaux (divines), suivant leur couleur, leur apparence, leur qualité et leur puissance ou énergie, naturelle ou artificielle ; en tenant compte (d’ailleurs) de la synonymie. Ainsi Démocrite dit : « La comaris, regarde-la comme la pierre ». Et Marie, parlant de toutes choses d’après les écrivains qui l'ont précédée, dans son exposé sur les perles : « Ce n’est pas en pensant ainsi, dans les fabrications de l’or, du plomb et de l’argent, au moyen de la comaris et en vue de son traitement, qu'ils disent : Ne t'énorgueillis pas outre mesure et ne te porte pas malheur à toi-même ».
18. Il a été montré clairement que les anciens, en mentionnant la pourpre, les pierres, les perles, veulent parler de la comaris; car elle sert dans un grand nombre d'opérations. Emploie-la, à ton tour, dans tes travaux; carelle sert à fabriquer la pierre Cythéréenne (6). C’est elle qui donne à la vapeur sublimée son efficacité; c’est la pierre parexcellence : elle fixe les couleurs mélangées.
Vois comme le Philosophe expose les nombreux (attributs) de l’espèce unique (7) : « La perle de Cythère désigne la pierre par excellence; elle donne
à la vapeur sublimée son efficacité; elle détermine l’unité dans les mélan-
(ἡ Origines de l’Alchimie, p. 158. (6) Ou pierre de cuivre : synonyme (2) Ou eaux divines. de la pierre philosophale. Le nom de (3) Cp. la Nomenclature de l'œuf,p.19. Cythère semble indiquer l’interven- (4) Cp. p. 173 et le Lexique, p. ὃ. tion d’un nouvel auteur dans les frag- (5) Les deux espèces de soufres ou ments actuels.
d'eaux divines, signalées plus haut. (7) Cp: p.122, $ 2.
ges de toutes les espèces, (laquelle a lieu) par le concours de cette pierre; et elle produit la fixation ». Pour nous résumer, c’est par elle que le praticien accomplit toutes les opérations qu'il veut (1).
19. Mais quelle est cette espèce unique, ὁ Démocrite ? Ildit (que c’est) la lie et le blanc de l’œuf. Or Zosime a dit que la lie, c’est l’aphrosélinon, et que l’aphrosélinon, c’est la comaris; il s'exprime ainsi, conformément à Démocrite, sur la comaris et l’aphrosélinon: « Je dis que l’aphrosélinon est une espèce unique; cependant l’aphrosélinon est composé ». Quelquesuns onttoujours exposé cette doctrine : que la lie dérive, soit du minerai de Coptos (2), soit de l’effluve lunaire (3). S'il introduit l’aphrosélinon et la comaris, c’est que l’action de ces choses est une et leur essence particulière ; l’aphrosélinon et la comaris ont detoute façon une action unique et doivent être quelque chose d’unique.
20. Démocrite, venant à parler de la comaris, fait une déclaration en ces termes : « Enduis la pierre autant que tu veux, en la frottant, et ce sera une perle ». Par là il indique la pierre universelle. Dans ses livres sur les espèces convenables, il réunissait ces choses, en disant : « Délayer ensemble l’aphrosélinon et la comaris, mélanger, fixer, teindre et amollir ». [l'indique par là la pierre universelle. Le même auteurdit encore : « Prenant l'enveloppe des coquillagesen forme de navires, et dissolvant les petites perles ». Il expose partout que l’on fixe au moyen de l’aphrosélinon et de la comaris. € Fixe, dit-il, l'eau avec l’aphrosélinon, etc. » Et Marie également: «Une espèce unique sert pour toute opération ». Dans son enseignement sur les pierres, elle a dit que l’héliotrope étaitla même chose que la bette (?). Voulant désigner la rouille, elle écrit ce qui suit : « Produis l'amollissement d'une pierre quelconque, et son durcissement (4), au moyen de la mandragore qui porte de petits tubercules ; car sans cette plante rien ne se fait ».
21.115 ont caché ce mystère, car ni la terre,nila pierre (?),nile verre ne peu-
vent être amollis sans la matière que nous cherchons; cette matière domine
(1) Glose de l’alinéa précédent. (4) Ou plutôt la fixation des couleurs (2) Cp. Lexique, p. 9. à la surface de la pierre, préalablement (3) Aphrosélinon. — Cp. p. 131, 132 attaquée.
et 133. :
toute chose. (Parelle) la teinture, jointe au durcissement, détermine une fixation durable. Tandis que si ce (produit) n’est pas employé, la teinture passe; elle est faible et fugace. Lorsqu'on la soumet à l'épreuve par les eaux chaudes, ou par l'huile, elle disparaît. Voilà pourquoi le Panopolitain a dit: « Délaie avec intelligence », dans ses écrits sur les pierres tinctoriales ct rendues fixatrices. En voulant parler du travail du liquide, il dit : « Voilà comment les pierres fixatrices permettent à la couleur de résister au feu; car les liquides ont rendu la teinture stable ».
Comme l’assertion avancée plus haut était dépourvue de témoignage, il était utile de ne pas négliger cette explication. Il faut écouter aussi l’exposé des (auteurs) plus anciens, qui parlent des espèces analogues. En effet, dans le livre de Sophé l'Égyptien, Démocrite ne parle pas seulement de cela; mais il ajoute que : «unecomposition unique produit plusieurs couleurs ; un mélange unique agit (1) sur tous les corps; une espèce unique sert à opérer sur beaucoup de choses ».
22. SUR LA COLORATION DE L'ÉMERAUDE. — Aie deux creusets sous ta main; et prenant une partie de rubrique, délaie-la dans du vinaigre et enduis de cette composition les deux petits creusets. Puis, prenant du cuivre brûlé, une partie, divise-le en très petits morceaux et fais en deux portions; projette la poudre de l’une dans l’un des creuset et introduis-y le verre; puis remplis par-dessus ce creuset avec le surplus du cuivre broyé. Recouvre ensuite avec l’autre creuset et assemble les jointures des deux creusets avec un lut qui résiste au feu ; de peur que la poudre de projection ne s’évapore, ou ne se déplace, et qu’une partie de la pierre ne soit mise à nu et ne s’altère, pendant que l’on remue les creusets. Après avoir enduit convenablement, depuis le haut jusqu'en bas, laisse sécher; puis, fais chauffer sur un feu léger, pendant 9 heures. En découvrant, tu trouveras la pierre passée de l’état de cristal à celui d’émeraude (2).
23. C’est cette chose (3) que les philosophes ont appelée énigmatiquement l'aphrosélinon et la comaris; car l’aphrosélinon et la comaris appartiennent
(1) Cp. p. 51. Ce passage ne se (2) Cp. IxTRoD»., p. 262, cœruleum retrouve pas dans le livre de Sophé — procédé de Vitruve. (c’est-à-dire de Chéops), livre attri- (3) Glose plus moderne qui paraît
bué plus haut (205 et 206) à Zosime. applicable au $ 21. Il semble que
à une science unique. Sous ces noms, c’est une chose difficile à entendre. Mais les savants parmi les Ismaélites (Arabes) en ont parlé clairement et ils l’ont interprétée, les uns par le nom tale ou kalk, les autres par le nom chalk ; on l'appelle aussi crainte et frayeur. C’est pour cela qu’ils disaient : « Unis l’aphrosélinon avec la comaris, délayant, mélangeant, fixant et colorant ce{corps)(1). Fais fondre l'argent quand tu le retireras de la composition, tu verras l'argent transformé en or et tu seras étonné. La nature jouit de la nature, et la nature triomphe de la nature ». Ils disaient encore : « Délaie la chrysocolle dans l’urine (d’un) impubère, pendant 7 heures, et mélange avec celle-ci du soufre jaune. Projette sur le corps du cuivre, ou de l’argent, et tu auras de l’or ».
24. TRAITEMENT DU FER DESTINÉ AUX COLORATIONS DES PIERRES ET A D’AUTRES PRÉPARATIONS (2). — Prenant du misy, 1 livre, de la chalcite, r livre; de la couperose, 1 livre; du sel ammoniac, du natron d'Alexandrie, de l’alun lamelleux, 1 livre de chaque; du vinaigre très piquant, rosetiers; délayant le tout avec soin, mets dans un vase de verre et laisse pendant 3 jours au soleil, en agitant chaque jour. Le 4° jour, laisse déposer; puis, après avoir desséché, purifie et garde.
Prenant une marmite de verre, mets-y du vinaigre ; ensuite, prenant τ livre de fer, mets-le dans le vinaigre; place le vase, bien bouché, au soleil, et laisse-le pendant 40 jours ; puis, au jour fixé, mets (le produit) à part, pour les usages qui te sont indiqués.
25. TRAITEMENT pu PLOMB. — Prenant de la litharge, 1 livre; de l’antimoine (sulfuré), 1/2 livre ; du natron d'Alexandrie, 9 onces ; délaie ensemble ; fais tomber sur ces matières de l’huile goutte à goutte; mets, dans un creuset et tu trouveras le piomb cherché. Lorsque tu verras de la fumée sortir par en bas du fourneau et du creuset, tandis que la composition
produit un petit sifflement, comprends qu’elle est bonne à enlever (3).
des articles de diverses origines, mis bout à bout dans un vieux manuscrit, aient été l’objet de commentaires et d’additions marginaux, qu'un copiste plus moderne aura transcrits, en embrouillant l’ordre des morceaux.
(1) Cp. le ὃ 20, plus haut.
(2) Il y a là deux préparations ferrugineuses, exécutées l’une avec la couperose, l’autre avec le fer métallique.
(3) Ceci doit produire un alliage de plomb et d'antimoine.
26. SUR L’AMOLLISSEMENT DU VERRE. — (Prenant) de la chaux, 1 partie, délaie avec de l’urine ou du vinaigre, et de l’alun, une partie; puis, prenant la liqueur obtenue, mets-la à part. Prends une lampe, élargis-en le trou supérieur; déposes-y les petits cristaux. Bouche la lampe avec un tesson, place- (la) sur un feu de charbons modéré, et chauffe. Lorsque tu verras la lampe incandescente, ouvre-la et projette le verre dans de l’eau de chaux et d’alun. Le verre est ainsi amolli (τὴ. Lorsque (les matières) sont refroidies, essuie avec un chiffon.
27. AUTRE AMOLLISSEMENT. — (Prenant) du soufre, de la chaux et de l’alun, fais digérer pendant 3 jours. Après avoir fait chauffer dans un four à charbon, teins pendant un jour, de préférence un jour après (la chauffe ?).
28. AUTRE. — Prenant du suc de poireau et du vinaigre, laisse digérer pendant 3 jours; fais absorber aussi (à la liqueur) de l’alun rond {2). Puis mettant la pierre (dans la liqueur), donne deux bouillons et laisse passer la nuit; le jour suivant, lave et emploie.
29. AUTRE. — Mettant les pierres dans une marmite, bouche-la par en hautet fais cuire légèrement. Ensuite débouche la marmite, verses-y du vinaigre et de l’alun; et, tandis que la pierre est encore chaude, mets-la dans telle couleur que tu voudras.
30. FABRICATION DE LA PIERRE AÉRITE. — Prenant la pierre aérite, ramollis-la de la manière suivante. Prenant des aulx, broie et plonges-(y) la pierre pendant 7 jours ; puis dans l’excrément humain, pendant 3 jours. Ensuite, après avoir fabriqué un petit filet en crins de cheval, mets-(y) la pierre, et, prenant (de la pourpre) de coquillage, mets-[la) dans une marmite neuve, en la remplissant de ce coquillage; amollis (avec cette liqueur la surface de) la pierre suspendue dans le liquide. Bouche bien par en haut; mets (la marmite) sur un feu de cendres chaudes pendant 3 jours, sans discontinuer. Après avoir enlevé, tu trouveras la pierre, une fois refroidie, semblable à la véritable améthyste.
31. FABRICATION DE L'ÉMERAUDE. — Prenant de la rouille de cuivre brûlé,
de l’huile de pin etun peu d’indigo, ainsi que de la chrysocolleet de la ché-
(1) C'est-à-dire dépoli, attaqué super- (2) Cp. p. 170. ficiellement et prêt à être teint.
lidoine 3 parties, mets [le verre) à l’intérieur du vase où est l'huile, et fais une décoction sur un feu doux de charbons. Ensuite, la chélidoine ayant agi, change, en filtrant au moyen d’étoupe, et place dans l’automotarion, puis laisse fondre pendant 6 heures. Après avoir retourné (?) (l'appareil), tu trouveras (l’émeraude) cuite.
32. FABRICATION DE LA PETITE SCORIE D'APRÈS Marie (1). — Prends du cuivre brûlé, 1 partie; coupholithe, 1 partie; délaie ensemble; puis, prenant du plomb provenant de la litharge et l’antimoine, fais griller le plomb et délaie les deux corps avec de l’huile de natron. Puis, fais fondre jusqu’à ce qu’ils coulent ensemble (2). Puis, laisse solidifier le plomb et, après lavoir enlevé, conserve-le. Tu obtiendras ainsi de l’écarlate (3). Ensuite : prends coquille d'argent, 4 parties; coquille d’or, 1 partie; fonds ensemble, laisse cuire et tu trouveras ce que tu veux.
33. LE CRISTAL EST AMOLLI ET NE SE CASSE PAS, EN SUIVANT LE PROCÉDÉ QUE voici. — Prenant le blanc d'un œuf avec du coupholithe, délaie en consistance visqueuse; enduis les pierres,et mets dans un petit filet; laisse en suspension (dans le liquide) pendant 3 jours.
34. (RECETTE) POUR ADOUCIR LE CRISTAL. — Prenant de la saumure dethons, du suc cyrénaïque et du vinaigre, mets-{y) la pierre et laisse pendant 5 jours. Ou bien, mets dans de la renoncule du vinaigre blanc ; puis, introduis les pierres dans un vase de verre.
35. FABRICATION pu BÉRyYL (4). — Prenant le cristal, soutiens-le avec des crins et suspends-le dans un vase contenant de l’urine d’ânesse; 1] ne faut pas que le vase soit en contact avec le cristal. Qu’on le tienne donc en suspension pendant 3 jours. Que le cruchon soit bouché. Ensuite, plus tard, mets sur un feu doux fais bouillir et tu trouveras un béryl excellent.
Emploie comme mordant du soufre et de la chaux; fais morcre, en mettant dans un creuset à demi rempli; puis, ajoute au-dessus du cristal, dans le creuset, telle quantité que tu voudras, sans pourtant que le couverclesoiten contact avec le cristal ou la matière. Recouvre avec un autre vase et, après
avoir luté solidement, fais cuire pendant une nuit et un jour.