VI. x. — QUELLE EST LA CLASSE
1. Ici commence le traitement exact, originaire des sanctuaires (4). Prenant la matière engendrée par les oiseaux (l'œuf), intacte, immaculée, sans tache, partage-la comme pour les ragoûts; car dans beaucoup de (cas) l’art culinaire nous est utile (5). Ensuite, mets dans deux marmites chacun des liquides; opère l'épuisement au moyen des appareils à mamelon, jusqu’à ce que la vapeur ne monte plus. Toute la partie qui est laissée à l'intérieur des matras devient noire, inanimée, morte, c’est-à-dire privée d'esprit (caput mortuumm).
2. Cela ἃ été surtout expliqué d’une facon détournée; de crainte qu’un
exposé trop clair ne permit aux gens jaloux de réussir sans le concours de
(1) La perpendiculaire n’est pas figu- | passage du Timée de Platon: Origines rée dans les dessins. de l’Alchimie, p. 265.
(2) Tétraëdre (Ὁ) (4) Le traitement des Eaux, ABKELb.
(3) Voir ces figures (Zntrod., p. 160, (5) Cp. p.85, note 3.
fig. 36). La fin de ce texte rappelleun |
l'écrit. Voilà pourquoi ils ont décrit (l'œuvre) à leurs auditeurs sous des dénominations et des formes multiples (τὴ: ils ontexposé le travail de classes innombrables, quoique la matière soit à proprement parler (toujours) la mêmeet que l'opération soitunique;ils voulaientexercer lesesprits desjeunes gens, afin qu’ils amenassent à la vie les résidus et les semences de cette (matière). Mais ceux qui avaient un raisonnement terre à terre et qui se trainaient sur les textes, s’imaginaient avoir compris les écrits des anciens et, par là, ils tombaient dans l'égarement au sujet de la matière. Animés d’un sentiment plus bienveillant, les maîtres venus depuis ont présenté aux autres la science tout entière, comme consistant en une seule matière (2) et une seule manipulation ; ils n’en ont pas fait mystère par jalousie. De ce nombre sont Pétasius et Synésius, ces hommes merveilleux. En effet, l’un, faisant mention opportune de l’arsenic seul, en expose les traitements de diverses manières ; il en indique exactement les mesures et les combinaisons, afin dedémontrerclairementla chose à tous les naturalistes. Ils’accorde avec les philosophes quis’écrient: « La nature jouit de lanature et la nature triomphe de la nature ». L'autre, au moyen de la rhubarbe du Pont (3), a montré que les fabrications les plus faciles (4) des eaux sont les seules opérations maîtresses de la vraie science.
3. Quoique les méthodes de ces auteurs soient estimées à cause de leur clarté; cependant ils abrégeaient et voilaient ce qui concerne la matière, mettant ainsi en peine leurs auditeurs. En effet, comment ceux-ci auraientils pu comprendre que l’arsenic ou la rhubarbe du Pont donnassent lieu à de telles déclarations, tandis que l’œuf accomplit le Tout, ainsi que nous l'avons montré en détail dans un exposé dogmatique ?
4. L’un (de ces deux auteurs),sous le nom de l’arsenic, a voulu faire entendre par énigmes la virilité (5), et, sous le nom du (corps) apte à retenir (la teinture), lecuivreetle métal doué de l’éclat de l’or. L'autre, sous le
nom de rhubarbe du Pont, a désigné l’eau fixatrice et féconde de l’art. En
(1) Cp. Zntrod., p. 10; et ce volume, | intraduisible entre le mot qui veut p. 63, 86, 182, 196; 221, note 3, etc. dire rhubarbe et celui qui veut dire
(2) Cp. p. 57 et note 4. très facile.
(9) Cp. p. 62. (5) Jeu de mots sur le nom d’arsenic.
(4) Il y a là en grec un jeu de mots
effet, la mer (1) se précipite, et avec elle la foule des poissonset l’agglomération des barbares; tandis que le cuivre est une chose meurtrière : il détruit les gens inexpérimentés qui s’approchent de lui. De là vient aussi qu'il est eflicace pour endormir la vie, lorsqu'on en prendune dose égale à la grosseur de la lentille ou du sésame, d’après ce que disent les anciens.
5. Pour éviter que l’art manque d’expérience et paraisse insaisissable de tout point à toutle monde, tandis qu'il existe au contraire, avecson développement véritable et conforme à l'expérience, nous avons été conduit à l’exposer, en tirant parti des explications de ceux-là, et compulsant les travaux de ceux-ci. Voulant par philanthropie (écarter) l'obscurité du sujet, nous avons décrit la matière authentique et, nous l'avons médicamentée par plusieurs manipulations; les gens sensés qui les liront verront que la vérité est présentée dans toutes, sans s'écarter du but. En effet, elles décrivent, suivant une seule et même méthode, le noircissement et le blanchiment, le jaunissement et l’iosis, ainsi que le partage de la composition et l’union du Tout, opérations sans lesquelles il est impossible de produire rien d’utile.
6. Seulement, pour ne pas nous mettre nous aussi dans le même cas que ceux qui opèrent sans expérience, en exposant une quantité infinie de fabrications, et pour ne pas encourir les mêmes reproches, nous présenterons dans le traité le résumé de toutes les opérations, en exposant les plus générales d’entre elles (2). Par cette description, on pourra reconnaître aussi la vérité des opérations spéciales; nous procéderons habituellement par divisions, pour plus de clarté. Celui qui rejetterait une telle méthode, n’aurait pas lieu de s’en vanter, ainsi qu’il résulte de l'opinion du savant Platon etde la vérité. Cette méthode manifeste à la fois la vérité et l'erreur : les parties faibles sont placées à côté des parties certaines, afin de ne rien omettre.
7. Après avoir exposé les classes conformément'à notre division, et par démonstration graphique, dans un discours ordonné, nous vous présenterons à vous et aux gens intelligents, des (notions) exactes, mettant en lumière
la fabrication des âmes, d’après les procédés contenus dans les sanctuaires
(1) Jeu de mots sur πόντος — mer, τ d’un traité pratique, qui a été perdu; voir SYNÉSIUS, p. 62. les copistes ne s'étant intéressés qu'aux (2) Tout ceci semble le préambule | déclamations du début.
et les dépôts sacrés. Les (classes) en nombre infini, nous les grouperons d’après l'identité des espèces; les espèces, nous les réunirons par genres; nous les dériverons des jaunes d'œuf; c’est là ce que les écrivains en cet art nomment spodios (1).
8. Jetant cette scorie dans un mortier, broie fortement et, après avoir fait fondre, lave dans les eaux de mer blanches, jusqu’à ce qu’ait disparu la couleur noire de l’ios du cuivre (2). Tel est le premier blanchiment et la décoloration des espèces ; de cette façon elles deviennent aptes à recevoir les couleurs. C’est ainsi que l’on fait fondre le lachium, que les gens du métier appellent lachas (je veux parler des teinturiers en bleu). Ainsi donc lorsqu'on opère régulièrement, au moyen du natron et de la chaleur, le produit rejette toute son espèce sanguinolente. Il est fortement délayé dans une jarre d’Ascalon (3), avec les mains, comme pour le lavage des graines légumineuses. Devenu blanc, ou plutôt dépourvu de couleur, il est alors
étiré (4), battu avec des marteaux sur des pierres meulières fixées en terre. On le retourne de temps en temps, ainsi que le morceau de bois dans
lequel il a été encastré, après avoir été chauffé au préalable. Ensuite 1] est coloré par l’action d’une matière tinctoriale, et alors il est martelé, de peur qu'après refroidissement il ne cesse d'être malléable, et ne fasse désespérer des teintures. En eflet, les coups répétés et continuels des jeunes hommes qui le battent, l’amollissent, de façon à y faire pénétrer les couleurs, quand il reçoit la colophane qui (les) retient, ainsi que la colle.
9. De même aussi ce cuivre si réputé sera délayé avec la chrysocolle dans les eaux marines, dela façon que nous avons souvent expliquée, ou bien dans les urines de grues, ou bien dans les rosées célestes : car toutes les (matières) susdites sont la même chose, et ont la même efficacité, celle de détruire le noir (développé) par l’action mortifiante du feu. Le métal devient par là apte à recevoir les couleurs de l’art, après qu’on l’a dépouillé de tout élément liquide, en le blanchissant d’aborddans un mortier avec deseauxblanches:qu’il s'agisse de la génération de l’asèm, ou des perles, ou des pierres précieuses,
ou de la pourpre (5). Le produit est jauni après le blanchiment, pour la gé-
(1) Cendre ou scorie. Cp. p. 107, 113, . (3) Cp. p. 204, 280. 196, 368, etc. (4) Cp. p. 301.
(2) Cp. ΠῚ, xxxix, ὃ 4 et 5, p. 250. (5) Un même système depréparations
nération de l’or, la production de la couleur rouge et la teinture des peaux. Il reçoit l'espèce de la couleur pourpre après le blanchiment, quand il s'agit de la pourpre royale, provenant du fucus et de l'orcanette.
10. En général, indépendamment du nojrcissement, c’est-à-dire de la coloration en noir d’ébène, lorsqu'on veut obtenir toute sorte de couleur, préparer la poudre de projection et la composition (cherchée), la scorie estlavée avec des eaux de même nature. On tient la matière blanche dans la chrysocolle (1), au sein d’un bain,'ou bien en employant tout autre mode d’échauffement inoffensif. On lave bien, jusqu'à ce que cesse de surnager au-dessus des eaux, la matière noire que l’on appelle aussi grau (pellicule ?)(2). Tout ce qui ressemble à la cendre étant une fois enlevé, tu auras de l’étain purifñé(3). Dès que la matière noire ne monte plus, fais sécher au soleil la composition ; broie dans un mortier etcolore avec des eaux blanches : il se forme ainsi un rayon de miel extrêmement blanc, comme le dit Hermès Trismégiste (4).
C'est alors qu’il dit : La composition est dirigée de façon à obtenir l'asèm; on la partage en deux portions: l’une est traitée par plusieurs eaux dans les appareils et mercurifiée; l’autre est gardée exempte de toute réaction ; on y délaie l’eau transformée et il se forme de la poudre de projection, celle qui est cherchée depuis des siècles.
11. Si l’on veut poursuivre la fabrication de l’or, après avoir blanchi préalablement les (matières) sur lesquelles on a précédemment opéré un partage, on jaunit, en ajoutant des eaux jaunes, et l’on fabrique une poudre jaune, suivant l'opinion d'Hermès, en partageant ce produit en deuxportions* «laisse au fond et c’est produit » (5.
Cette (préparation) étant devenue ios, fais-la monter au moyen de l’appareil; mélange avec la matière non décomposée et tu auras la parfaite poudre
de projection.
est appliqué ici à la teinture des mé- (1) D'après MB. — dans À, signe de taux, des perles, des vitrifications et de l'or (ou du soleil) — dans ELb : le la pourpre: Cp. Origines de l'Alchimie, | soleil en toutes lettres.
p. 245. Mais il est probable que dans (2) Cp. p. 219.
notre auteur le vague des descriptions | (3) Du mercure, ELb.
générales est intentionnel:lesmatières | (4) Cp. p. 66.
employées étant différentes, suivant la | (5) Cp. Stephanus, cité dans l’/ntro-
nature des corps destinés à être teints. duction, p. 179-
Au sujet des perles, il est dit : « Mettant de l’eau blanche avec de l’eau blanche, tu amollis dans des vases de verre, en opérant sur de petites perles (1), ou sur de l’aphrosélinon, ou sur toute autre matière analogue. Lutant à l’entour et garnissant de suif les jointures, dépose dans du crottin de cheval, ou emploie quelque autre mode de chauffage semblable, jusqu’à ce que la pierre soit complètement dissoute. Elle est de nouveau durcie dans la même eau, en l’exposant au soleil pendant les chaleurs caniculaires ».
Au sujet des pierres, il est dit : « Prends telle couleur tinctoriale que tu veux, unis-la à l’eau en même temps que l’ios de cuivre, en proportion convenable, et fais chauffer au soleil. Tu amolliras dans le bain tinctorial et tu teindras ».
Au sujet de la pourpre et des autres colorations : « On met de l'orcanette et du fucus dans les eaux blanches, provenant des matières blanches. Lorsqu'elles ont pris la couleur, partage en deux portions et tu feras de l'ios, en mêmetempsque dela poudre de projection. Eneffettout ios de cuivre tire son origine des (matières) solides et liquides. Mélange avec d’autres
eaux de même couleur, et tu teindras ».
VI. x. — LE PHILOSOPHE ANONYME SUR L'EAU DIVINE DU BLANCHIMENT ®
1. Le premier mode de macération, c’est celui de l’eau divine du blanchiment (3); autant qu'il en est besoin, on va l'expliquer. En effet un excès de liquide fait couler le produit; tandis qu'une quantité insuffisante ne permet pas d'accomplir l’opération. Ainsi il faut ajouter les liquides, autant qu’il est nécessaire pour effectuer la composition et ne pas laïsser celle-ci couler, ni demeurer confondue {avec le liquide).
2. Le second mode de macération doit être réglé, de façon à obtenir une
parfaite dilution et purification. De même que les vêtements crasseux sont
(1) Cp. p. 122, 325, etc. | bas. — C’est une mauvaise leçon. (2) ELa : « sur le blanchiment | (3) Cette phrase est tirée de AELa; de l'Eau divine », et de même plus elle manque dans M.
ot
lavés jusqu’à ce qu’ils ne perdent plus de crasse, maïs que les mousses (de l’eau de savon) s'écoulent pures ; de même aussi notre composition est lavée jusqu’à ce que l’eau n’entraîne plus de crasse. En effet il lui arrive naturellement d’être encrassée, par suite de la pénétration à l’intérieur du métal de la portion superficielle, devenue plus terreuse et plus épaisse après qu’elle a été extraite, raréfiée et expulsée de la masse par la chaleur du feu; par suite, la surface se trouve ainsi encrassée. On lave donc jusqu’à ce que la crasse soit entièrementnettoyée.
3. Le troisième mode d’opération est réglé commeil suit: on délaie les œufs dans l’eau et on les met dansun matras. La composition ainsi délayée et formée par macération, est reprise après le lavage, dans un matras surmonté d’un second récipient de verre (1); elle est alors agglomérée en forme debouleet on l’abandonne à elle-même pendant 6 heures, en veillant à ce qu'il n’y ait pas de fumée. C'est pourquoi le siège de l'opération est établi dans un lieu bienéclairé, afin que la vue de la fumée ne puisse échapper. Or cet appareil est en forme de tube, droitet double. Paren bas onsoufflesur lescharbons, tandis que paren haut on recçoitla composition dans le double récipient; parle milieu elleest rafraîichie, afin d'éviter qu’elle ne soit brûlée (2). Tout d’abord, en nous levant de bon matin, nous étendons la durée du délaiement jusqu’à6 heures; puis nous lavons; on fait cuire pendant 6 autres heures. On laisse refroidir tout autour, pendant la nuit et jusqu’au matin. Ainsi s'explique ce que disait Hermès : « Toutes les matières que tu peux faire macérer, lave-les aussi, et laisses-les déposer dans des vases ; tout ce que tu peux faire, fais-le ».
4. Ainsi on fait macérer avec l’aide des courants liquides, pendant les lavages, et on fait déposer, en laissant encore refroidir durant l’opération.
Par le chaud et le froid, nous voulons parler de la vie et de l’action du feu. De même que la génération de l'oiseau s'accomplit par l'effet de la chaleur, agissantsur le jaune de l’œuf, et que celui-ci est transformé au moyen du froid
provenant du blanc; de même aussi cette composition (c’est ce que nous ap-
(1) D’après E : «on la place avec son à sublimation, tel qu’un alambic (dibiassiette dans un vase de verre de gran- cos), Introd. (p. 138, fig. 14). Elle rapdeur double; puis on l'y laisse ». pelle certains textes de ZOsiME, p. 227,
(2) Cette vague description semble 228, etc.
répondre à un appareil à distillation, ou
pelons l’œuf des philosophes), est engendrée en vertu de la chaleur qui réside dans le jaune; par suite du mélange et de la coopération (de ses diverses parties), elle prend consistance; et elle est transformée par le froid qui réside dans le blanc et dans le souffle aérien.
Il ne faut pas ignorer que lors du mélange, le corps solide et jaune a été précédemment envisagé comme chaud; tandis qu’on assimile au froid ce blanc sans fixité, qui est tiré du plomb et du métal étésien. Ceci s'applique aussi à l’'échauffement et au refroidissement alternatifs, résultant de la succession des jours et des nuits.
5. Vois de quelle philosophie est rempli le présent travail; avec quelle circonspection théorique et philosophique toutes choses sont produites ; rien n’est fabriqué à la légère et avec dédain. (En effet) Dieu aime celui qui vit avec sagesse. La négligence est condamnée par l'Écriture inspirée de Dieu; l'homme présomptueux et dédaiïgneux ne viendra à bout de rien (1).
Après avoir décrit ces choses comme conformes à notre souvenir, maintenant nous les mettons sous notre sceau, glorifiant, remerciant et bénissant Dieu qui, dans sa sagesse, s’est plu à faire toutes choses sagement, et qui nous a donné de comprendre ces matières; ce Dieu en qui l’on adore le Père, le Fils et le Saint-Esprit; celui qui reçoit un culte de toute sa création,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ; ainsi soit-il (2).