VI. xiv. — DU MÈME PHILOSOPHE ANONYME
(DISCOURS) SUR LA PRATIQUE DE LA CHRYSOPÉE, DÉVELOPPÉ AVEC L'AIDE DE DIEU (3)
1. Nous nous sommes étendu précédemment sur les considérations théori-
(1) Habacuc, II, 5 (Septantes). | de quelque copiste; elle est reproduite
(2) E ajoute : «(Prends) du sang d’un homme aviné, de la bile d'un bœuf noir non marqué, et du suc de la plante, (appelée) tragis(barbe de bouc?); prends ces trois choses en portions égales ; chauffe du fer et trempe : tu réussiras très bien ».— C'est une note marginale
à la fin de VI, xx.
(3) Titre dans E et La (qui est la copie):
«Du Philosopheanonyme, discours sur la pratique, expliquant le procédé de la Chrysopée, développé, etc. » À ajoute en marge : « second discours ».
ques relatives à la Chrysopée (1), et nous allons en signaler les coryphées. Le premier, Hermès, appelé Trismégiste, nous est donné comme ayant reçu cette dénomination parce que la présente fabrication comprend les trois puissances del’acte(2),en observant aussi, en dehors de l’acte, les trois essences distinctes des êtres. Celui-ci est le premier qui ait écrit sur le grand mystère ; il eut pour disciple Jean, devenu archiprêtre en Sainteté (Évagie) de la Tuthie et des sanctuaires qu’elle renferme (3).
Après celui-ci vint, en troisième lieu, Démocrite, célèbre philosophe d’Abdère, supérieur aux prophètes ses devanciers.
On cite ensuite le très savant Zosime.
Voici (maintenant) les fameux philosophes œcuméniques, les commentateurs de Platon et d’Aristote (4): Olympiodore et Stephanus (5); ils ont approfondi encore davantage ce qui concerne la Chrysopée; ils ont composé de vastes commentaires, dignes des plus grands éloges, donnant des règles assurées pour la fabrication du mystère.
2. Quant à nous, après avoir lu leurs très savants livres (6), et les avoir
(1) Rédaction de E:«Aprèsavoir expliqué la question de la Chrysopée,parlons maintenant de ceux qui l’ont pratiquée.
Le premier d’entre eux est celui qu'on appelle Hermès Trismégiste; il a dit que la présente fabrication a lieu suivant les trois puissances et actes. Puis viennent Jean l’archiprètre en Évagie, Démocrite, Zosime, Olympiodore, Stephanus, et beaucoup d’autres ensuite ; lesquels, en qualité d’interprètes, ont commenté les auteurs plus anciens qu'eux, je veux dire Hermès, Démocrite, Platon et Aristote ».
(2) Cp. p. 119 : sur la poudre sèche.
(3) Cp. Origines de l’Alchimie, p.118.
Évagie peut signifier un lieu déterminé, ou bien représenter une désignation mystique : sainteté, c'est-à-dire archiprêtre de Sainte mémoire. Le mot Tuthie s’applique-t-il à un nom de lieu ?
ou bien désigne-t-il la tuthie chimique, c’est-à-dire l’ancienne cadmie ou oxyde
de zinc impur ? Peut-être le nom du lieu où l’on faisait la préparation a-til passé à la matière préparée. Le mot même, avec ce derniersens, serait alors plus ancien qu'on ne l’a cru jusqu'ici (Introd., p. 268 et 241).
(4) Réd. de E : « Ils ont examiné et approfondi tous les commentaires théoriques et fondamentaux de cet art de la Chrysopée ; ils ont écrit avec un grand mérite à son sujet, éclaircissant pour nous la fabrication de ce mystère ».
(5) Ce passage montre que l’Anonyme est postérieur à Stephanus.
(6) Réd. de E : « Quant à nous, après avoir lu leurs très savants livres, à force d'expérience et de pratique, nous sommes parvenus à comprendre (la nature) des êtres. Voilà aussi pourquoi nous avons reconnu par nous-même et nous exposons que cet art de la Chrysopée est nécessaire et réel ».
éprouvés par l'expérience et la pratique, nous nous rappellerons que leur exposition repose sur l'intelligence de ce qui existe, et qu’elle est nécessaire et véridique.
Ils ont révélé la fabrication du molybdasèm, au moyen du molybdochalque (1); étant tous tombés d'accord dans leurs descriptions officielles, relatives au molybdochalque. C'est ainsi que, d’après l’expérience, la pratique et les distinctions relatives à la matière, nous avons fait un commentaire ; nous étant imposé cette règle (2), de nous abstenir de toutes les substances qui ont le pouvoir de brûler, par l’action du feu et du soufre; de même, du mélangetrop violent de tous les agens arsénicaux, qui causentdes dommages de toute sorte et amènent l'insuccès. Maïs il convient d’avoir recours à toutes les choses qui possèdent la puissance liquide et d'opérer par le mélange et l’action assimilatrice des éléments, avec le concours du plomb mélangé. Ce mélange est ce que nous appelons, nous, l’union des substances. On la réalise d'abord au moyen du creuset; puis on pétrit et on lave. C'est ainsi qu'on donne comme étymologie du mot magnésie (3), ce fait qu'elle résulte du mélange et du pétrissage, lequel a confondu en une substance et une existence uniques les composants du mélange. Or le pétrissage du Tout, celui de toute substance (4) s'opère au moyen des liquides et dans les liquides ; les matières lavées sont pétries, comme on fait pour la pâte limoneuse et pour les étoftes de lin ou desoie que l’on veut blanchir (5).
3. Voilà aussi pourquoi le célèbre Olympiodore, dans sa grande Exposition, a écrit que le mystère de la Chrysopée réside dans lesliquides (6). Il en
fournit mille exemples (7) et représentations typiques, au moyen des cou-
(1) C'est-à-dire la transformation d’un alliage de cuivre et de plomb (molybdochalque), en un alliage de cuivre et d’électrum ou d'argent (molybdasèm).
— Voir la formule de l’Écrevisse, Zntrod., p. 154.
(2) Réd.de E :« Nousvousprescrivons donc, d’après les philosophes, de vous abstenir de toutes les matières qui ont le pouvoir de brûler. »
(5) Réd. de Εἰ: « Ils donnent le nom de magnésie (à cette substance) parce
qu’elle est mélangée (μίγνυμ:) pétrie, teinte etamenéeàune essence unique ».
(4) L'auteur oppose le masculin et le féminin du mot πᾶς (Tout).
(5) Ici AKELAa intercalent plusieurs fragments déjà publiés dans Zosime :
III, xxxt, p. 199. — ΠῚ, xxxix, 4-5, Ρ- 203.
(6) Réd. de E : « Or, Olympiodore explique que c’est dans les liquides, εἴς.»
(7) Cp. OLYMPIODORE, p. 03.
rants, des écoulements et des flux, des effluves et des lavages, de ce qu’on nomme macération et purification. (Les vrais auteurs) décrivent (1) le traitement qui accomplit le mystère. Ils reviennentsur cette pensée unique que les substances deviennentl’ios d’or; ils disent que celui qui fabrique de l’iosfait (de l'or), tandis que celui qui ne fabrique pas d’ios ne fait rien. En effet, les substances primitivement compactes deviennent atténuées et spirituelles, étant transforméesen matières ténues et transmutées, par suite de leur imprégnation réciproque et de leur fixation commune. Étant ainsi mélangées et imprégnées entre elles, elles se détruisent elles-mêmes et se régénèrent de nouveau. Ainsi Démocrite, s'adressant à nous autant qu’au roi, dit: « Sache, ὃ roi; sachons aussi, nous autres, prêtres et prophètes, que si l'on n’apprend pas à connaître les substances (2), et si l’on ne mélange pas les substances, etquel’onneconnaisse pas les espèces ; si l’on ne combine pas lesgenresavec les genres, on travaille en pure perte et l’on se fatigue pour un résultat sans profit. Car les natures jouissent les unes des autres ; elles sont charmées les unes par les autres ; elles se détruisent les unes les autres ; elles se transforment les unes les autres, et de nouveau elles s’engendrent les unes les
autres ».
Les $$ 4, 5, 6 sont de pures subtilités, que l'on n’a pas cru utile de traduire. Le dernier se termine par ces mots :
(CE ASS d0 Il faut apprendre d'abord à connaître les natures, les genres, les espèces, les affinités, les sympathies, les antipathies, les mélanges, les extractions, les amitiés, les haines, les aversionset tous les analogues, et de cette façon arriver à la composition proposée; ainsi que le dit Démocrite, en récapitulant ces points.
7. En effet il ne faut pasignorer que c’est par l'effet d'une sympathie naturelle quela pierre magnétiqueattire le fer; tandis que, par l’effet d’une antipathie,
l'ail frotté contre l'aimant le soustrait à cette action naturelle. Il y a mélange
(1) Réd. de E: « Car tous écrivent que . substances sont amenées à l’unité ; car letraitement est unique, ainsi que l’ac- celui qui fait de 1105 fait de l’or, disentcomplissernent du mystère. Ils revien- ils, tandis que, etc. ».
nent sur cette pensée et disent que les ΒΟ σου δῦ σι.
de l’eau versée dans du vin; mais séparation de l'huile versée dans de l’eau: les matières qui ont une sympathie naturelle se réunissent, tandis qu'il y a
séparation entre les matières antipathiques.
Il n’a pas paru utile de traduire les $$ 8 à 14, qui sont des subtilités byzantines. A et K reproduisent ensuite le traité de Zosime sur la Vertu et l’Interprétation :
ΤΠ vr, p. 127