SUR LA VERTU (1). — LEÇON I
τ. La composition des eaux, le mouvement, l'accroissement, l'enlèvement et la restitution de la nature corporelle, la séparation de l’esprit d'avec le corps (2), et la fixation de l'esprit sur le corps; les opérations qui ne résultent pas de l’addition de natures étrangères et tirées du dehors, mais qui sont dues à la nature propre, unique, agissant sur elle-même, dérivée d’une seule espèce, ainsi que (l'emploi) des minerais durcis et solidifiés, et des extraits liquides du tissu des plantes; tout ce système uniforme et polychrome comprend la recherche multiple et infiniment variée detouteschoses, la recherche de la nature, subordonnée à l'influence lunaire et à la mesure du temps, lesquelles règlent le terme et l'accroissement suivant lesquels la nature se transforme.
2. En disant ces choses, je m'endormis; et je vis un sacrificateur qui se
tenait debout devant moi, en haut d’un autel en forme de coupe (3). Cet
(1) ΔΚ: « Sur la vertu et la composition des Eaux. »
(2) Séparation des métaux d'avec les corps volatils, tels que le soufre ou l'arsenic, auxquels ils sont associés.
(5) Ou de fiole (voir les appareils distillatoires des fig. 11, 14, etc., Intred., p. 152, 138 et suiv. ; ou plutôt les ap-
pareils à kérotakisdes fig. 20,21 et suiv., Introd., p. 143 et suiv.). Tout ceci est la description mystique de diverses opérations chimiques de distillation, de sublimation, de coupellation, accompagnées de grillages, d’effervescences et de changements de couleur.
autel avait quinze marches à monter. Le prêtre s’y tenait debout, et j'entendis une voix d'en haut qui me disait: « J’ai accompli l’action de descendre les quinze marches, en marchant vers l'obscurité, et l’action de monter les marches, en allant vers la lumière. C’est le sacrificateur qui me renouvelle, en rejetant la nature épaisse du corps. Ainsi consacré prêtre par la nécessité, je deviens un esprit ».
Ayant entendu la voix de celui qui se tenait debout sur l’autel en forme de coupe, je lui demandai qui il était. Et lui, d’une voix grêle, me répondit en ces termes: « Je suis Ion {1}, le prêtre des sanctuaires, et je subis une violence intolérable. Quelqu'un est venu au matin précipitamment, et il m’a violenté, me pourfendant avec un glaive, et me démembrant, suivant les règles de la combinaison. Il a enlevé toute la peau de ma tête, avec l’épée qu’il tenait (en main); il a mêlé les os avec la chair (2) et il les a fait brûler avec le feu du traitement. C’est ainsi que j’ai appris, par la transformation du corps, à devenir esprit. Telle est la violence intolérable (que j’ai subie) ». Comme il m’entretenait encore, et que je le forçais de me parler, ses yeux devinrent comme du sang, et il vomit toutes ses chairs. Et je le vis (changé en) petit homme contrefait, se déchirer lui-même avec ses propres dents, et s'affaisser.
3. Rempli de crainte, je m'éveillai et je songeai: « N’est-ce-pas là la composition des eaux? ». Je fus persuadé que j'avais bien compris; et je m’endormis de nouveau. Je vis le même autel en forme de coupe, et, à la partie supérieure, de l’eau bouillonnante et beaucoup de peuple s’y portant sans relâche (3). Et il n’y avait personne que je pusse interroger en dehors de l’autel. Je monte alors vers l’autel, pour voir ce spectacle. Et j’aperçois un petit homme, un barbier blanchi par les années, qui me dit : « Que regardestu ἢ» Jeluirépondis que j'étais surpris de voir l’agitation de l’eau etcelle des hommes brûlés et vivants. [l me réponditen ces termes : «Ce spectacle que tu vois, c'est l’entrée, et la sortie, et la mutation ». Je lui demandai encore:
« Quelle mutation? » Etil me répondit: « C’est le lieu de l'opération appelée
(1) L': «Je suis celui qui est » : ὧν δῖ (3) Allégorie de la condensation des lieu de Ἴων. vapeurs dans le récipient supérieur. (2) Voir.le serpent Ouroboros, p. 23.