‹ Collection des anciens alchimistes grecsChapitre 103 sur 218 · DIVERSES · texte numérisé non relu

DIVERSES

— idées et synonymes alchimiques — dialogue de l’or avecle mercure.

Méraux — Génération d’après Aristote — d’après les Arabes et les alchimistes — odeur des métaux.

MiNIUM, RUBRIQUE où matière rouge — wo; — oxydes de fer (sanguine, ocre brûlée, hematite), de plomb, de mercure, decuivre—sulfures métalliques — sinopis, — terre de Lemnos— minium, sens multiples — fausse sandaraque — cinabre — Sandy-x, sericum — découverte de Callias — couleurs bleues : cœruleum ; armenium — couleurs vertes : chrysocolle, verdet — couleurs jaunes — ocre — sil, etc.

NiTRUM — natron — spuma nitri, ἀφρὸς νίτρου.

Or — coupellation par lesoufre d’antimoine (loup des métaux, bain du roi, etc.).

Paros Er Porus.

PLoms et dérivés — plomb noir etplomb blanc — stannum — galène — plomb lavé — plomb brûlé — scorie — spode — pierre plombeuse — molybdène — scorie d'argent — helcysma — encauma — litharge — chrysitis — argyritis — écume d'argent — céruse — minium.

PSEUDARGYRE.

Samos (pierre de).

SÉLÉNITE, aphroselinon.

SEL — fossile — de Cappadoce — factice. — lanugo — muria, saumure — flos — favilla.

SOUFRE — apyre.

TREMPE et TEINTURE — Bar.

Æs. Airain, Bronze, Cuivre, χαλχὸς.

Ce mot était employé pour représenter à la fois le cuivre puret les alliages très divers qu’il forme par son association avec l’étain, le zinc, le plomb, le nickel, Parsenic et divers autres métaux; c’est-à-dire les bronzes et les laitons des modernes. Le mot cuivre, même de nos jours, est parfois usité dans un sens aussi compréhensif: cuivre rouge, cuivre jaune, cuivre blanc, εἴς. ; tandis que le mot airain, dans la langue de nos orfèvres, a fini par désigner un alliage particulier, formé de 9 parties decuivre et 3 dezinc. Mais le sens ancien du mot airain était synonyme de celui du cuivre.

Le nom même du cuivre vient d’une épithète appliquée à l’airain de Chypre (Ἰζύπριος); notre cuivre pur n'était pas désigné par un mot unique chez les anciens peuples, pas plus chez les Orientaux, que chez les Grecs, ou chez les Romains; du moins jusqu'au π᾿ siècle de notre ère, époque où apparaît le mot cuprum.

Insistons sur ce point que ni les Grecs, ni les anciens Romains n’ont employé deux mots distincts et spécifiques pour le cuivre et le bronze, et que l’on ne doit pas chercher deux noms de ce genre chez les vieux Orientaux. Le motæs, airain, s'appliquait indifféremment au cuivre et à ses alliages avec l'étàin, le plomb, le zinc. Pour bien comprendre les textes anciens, il convient d'écarter de notre esprit les définitions précises, acquises par la chimie de notre temps; car les corps simples n’ont, à première vue, aucun caractère spécifique qui les distingue de leurs composés. Personne dans l'antiquité n’a regardé le cuivre rouge comme un élément qu’il fallût isoler, avant de l’associer aux autres. Les anciens, je le répète, n’ont pas conçu ces alliages comme nous, en les ramenant à l'association de deux ou trois métaux élémentaires, tels que notre cuivre, notre étain, notre plomb, métaux élémentaires que nous fondons ensemble pour obtenir les bronzes et les laitons. Mais ils opéraient surtout sur les minerais de ces métaux, plus ou moins purs, minerais appelés cadmies, ou chalcites ; 115. les mélangeaient, avant d'opérer la fabrication et la fonte du métal proprement dit ; parfois, quoique plus rarement, ils unissaient entre eux les alliages et métaux obtenus du premier jet.

Tout métal et alliage rouge ou jaune, altérable au feu, s'appelait χαλχὸς ou

æs; tout métal et alliage blanc, fusible et altérable au feu, s’appelait à l'ori-

gine plomb. Plus tard on distingua deux variétés : le plomb noir, qui comprenait notre plomb et, plus rarement, notre antimoine, etc.; et le plomb blanc, qui comprenait notre étain et certains alliages de plomb et d'argent.

Quant au χαλχὸς ou æs, on en distinguait les variétés d’après le lieu de provenance{1}:cuivre de Délos, d'Egine, de Chypre, de Syracuse, de Cordoue; ou d’après le nom du propriétaire de la mine : cuivre Sallustien, Marien, Livien (2); sans que l’on attachât à l’une de ces variétés, le caractère d'un métal plus simple, plus élémentaire que les autres. Les seules distinctions précises que nous lisions dans les auteurs anciens sont celles de l’orichalque, et de l’airain de Corinthe. L'orichalque, mot dont l'étymologie est inconnue, est regardée par Hésiode et par Platon comme un métal précieux (3). D'après Pline, sa découverte fit tomber le cuivre de Chypre en discrédit; mais le minerai qui le fournissait s’épuisa. Le cuivre Marien en approchaïit, et était employé de préférence pour les monnaies les plus chères, telles que les sesterces et les doubles as; le cuivre de Chypre étant réservé pour les monnaies plus viles, telles que les as. On sait ailleurs que la valeur de l’orichalque a été double à une certaine époque de celle du cuivre ordinaire : c'était sans doute quelque bronze plus beau et plus résistant.

Quant à l’airain de Corinthe, c'était un alliage du χαλχὸς avec Pargent et l’or. On distinguait trois variétés : la blanche, où l'argent dominait; la jaune, où l’or dominait; et une troisième, formée à parties égales avec les trois métaux ; il y avait encore une variété de couleur hépatique.

L’airain avait des dérivés assez nombreux, que nous allons énumérer et définir d’après les textes. Ajoutons que la distinction absolue de ces dérivés entre eux ne paraît pas possible en toute rigueur, parce que leur identification avec les composés définis de la chimie actuelle ne peut être qu'imparfaite, nos composés n'ayant été ni isolés, ni spécifiés par les anciens.

Ærugo; parfois rubigo, viride æris. Æruca. ᾿Ἰὸς yahroë. ᾿Ιὸν ξυστόν. —

vert de gris — raclure de cuivre (4).

(2) Pune, 71. N., 1. XXXIV. Pue, A. N. 1. XXXIV, 26; 1. XXXIII, (2) Le Claudianos était probablement 29. — ViTRUVE, 1. VII, chap. 7. — un métal analogue (v. ce mot). Vincent DE Beauvais (Spec. majus), (3) Origines de l’Alchimie, p. 226. VIII, 30. — Lexicon Alch. Rulandi,

(4) Diosc., Mat. meéd., 1. V, οι. — page 14 et suivantes.

Le mot ærugo désignait : |

19 Des produits naturels formés dans les mines de cuivre, les uns par efflorescence; les autres par déliquescence, ou imbibition. Les produits étaient lavés, séchés, grillés dans un plat neuf. Ærugo fossilis était une matière congénère de la chalcitis (pyrite cuivreuse), du vitriol bleu et de la chrysocolle (malachite et autres sels basiques de cuivre, de couleur verte). Pour la soudure de l'or, les orfèvres opéraient avec de l'urine d’enfant impubère, broyée dans un mortier de cuivre (v. ce volume, p, 46); opération qui produisait un sel de cuivre basique, aux dépens du mortier.

2° Des produits facticesetspécialement le verdet (acétate de cuivre basique), substance dont Dioscoride et Pline décrivent la préparation au moyen des lames de cuivre et de la vapeur du vinaigre, ou bien du marc de raisin.

Scolex : ‘Ioÿ σχώληξ, rouille vermiculaire (1). — Matière native et factice, congénère de la précédente. On la préparait avec du cuivre, ou l’un de ses minerais, associé avec du vinaigre, de l’alun, du sel, ou du natron; le mélange était exposé au soleil. Ces préparations pouvaient fournir, suivant la nature et la proportion des ingrédients, des acétates, sulfates, oxychlorures, carbonates basiques de cuivre.

Æris flos (3), ἄνθος χαλχοῦ. Fleur de cuivre (3).— Matière rejetée par le cuivre fondu, sous la forme d’écailles légères projetées par le vent du soufflet pendant la coulée. On l’obtenait aussi sous l'influence de l’eau, projetée à sa surface.

On la définit encore : Paillette des vieux clous de cuivre; elle devient rouge sous le pilon. Ceci paraît être du protoxyde de cuivre, souillé sans doute par des oxydes de métaux étrangers.

Le nom de flos æris a été appliqué plus tard au vert de gris. Ce corps, pas plus que les précédents, nedoit pas être identifié avec le χάλχανθον, couperose ou vitriol, qui est notre sulfate de cuivre. Mais les deux produits sont congénères et les deux noms ont été souvent confondus dans les manuscrits,

confusion rendue plus facile par les abréviations des copistes.

(1) Diosc., Mat. méd., 1. V, 92. — Lexicon Alchem Rulandi, page 12.

Puine, A. N. 1. XXXIV, 28. (3) Le mot los dans Pline signifie (2) Diosc. Mat. méd., N, 88 — couleur — jfloridus, d’une couleur

PLINE, ἘΠ N., 1. XXXIV, 24. — |. vive.

“Ἐς ustum(1), χεχαυμένος χαλχός. — Cuivre brûlé. Pour le préparer, on chauffait du vieux cuivre avec du soufre et du sel, placés au-dessous et au-dessus, dans un vase de terre crue, à couvercle luté; ou bien, avec de l'alun, du soufre et du vinaigre. On l’obtenait encore en chauffant le cuivre seul, pendant longtemps; ou bien parfois, en l’aspergeant de vinaïgre de temps en temps. On lavait à l’eau de pluie, avec broyage et décantation, jusqu’à ce que le produit eût pris l’aspect du minium. On le fabriquait à Memphis et à Chypre.

Ceci paraît répondre à notre protoxyde de cuivre. On sait aujourd’hui que ce corps peut être obtenu en chauffant, dans un vase fermé, 24 parties de sulfate de cuivre sec et 29 parties de fil de cuivre.

L'action de la chaleur sur l’ærugo fournissait le même produit.

Scoria.—Obtenue par l'actionde Pair sur le cuivre chauffé; corps congénère du précédent.

Lepis, λεπίς. — Squama (2). Matière détachée par le marteau des clous forgés avec les païns de cuivre de Chypre; congénère de la fleur, qui se détachait d'elle-même, et du stomoma, duvet plus fin que la lepis.

Le stomoma s'obtenait aussi par la macération du cuivre dans l'urine d'enfant. Le vinaigre changeait la lepis en vert-de-gris.

Ce sont encore là des sous-oxydes de cuivre, ou des sels basiques, tels que acétates, phosphates, sous-chlorures, etc.

Smegma (3).— Matière projetée par le vent du soufflet sur le cuivre fondu, entouré de charbons.

Diphry ges — fœx æris(4).— « Le cuivre coule; la scorie sort du fourneau; la fleur surnage; le diphryge reste. » C’est donc le résidu, qui n’a pas fondu pendant le traitement. Ce nom est aussi attribué à la pyrite grillée, jusqu’à transformation en matière rouge (peroxyde de fer ou sulfate basique) ; ainsi qu'au limon d’une caverne de Chypre, séché etcalciné (c'était probablement

un oxyde, ou un sel basique de fer hydraté).

(ἡ Drosc., Mat. med., 1, V, 87. — — Lexicon Alch. Rulandi, p. 12, 18. PLINE, Εἰ N., 1. XXXIV, 23, 24. (3) Pune, H. N., 1. XXXIV, 36.

(2) Diosc., Mat. meéd., 1. V, 80. — (4) Diosc., Matière médicale, 1. V, Prune, A. Ν. 1. XXXIV, 24, 25, Vin- 119. — PLINE, H. NN, 1. XXXIV, 37.

CENT DE BEAUVAIS, Sp. m. VIII, 20.

La craie verte paraît être soit un hydrocarbonate de cuivre, soit de la cendre verte. La meilleure variété, nommée θεοδότιον. venait de Smyrne (Virruve, 1. VIII, chap. 7.)

AÉTITE ou pierre d'aigle (τ).

Variété géodique de fer hydroxydé, ou d'argile ferrugineuse, jaune ou rougeâtre, contenant un noyau mobile, qui résonne quand on agite la pierre. Cette pierre, grosse en apparence d’une pierre plus petite, était réputée par analogie avoir une influence sur ‘les grossesses dés femmes; préjugé qui s’est perpétué jusqu'à notre époque chez les gens ignorants. On pensait qu’elle était employée par les aigles dans la construction de leurs aires; de là le nom de pierre d’aigle. Le nom d’aétite semble avoir été employé pour toute géode renfermant un noyau mobile. Pline en distingue quatre espèces. On a même étendu le sens de ce mot aux pierres renfermant un liquide.

D'après Solin (ch. XXXVII), le son produit par cette pierre était attribué à un esprit ou âme intérieure et Zoroastre regardait l’aétite comme ayant une grande puissance magique. On trouve un passage analogue dans les Alchimistes. Un aigle tenant une pierre exprimait la sécurité chez les Égyptiens, suivant Horapollon.

ALCHIMISTES Grecs (tradition au moyen âge).

Les noms et la tradition directe des Alchimistes grecs ne se retrouvent que peu ou point chez les Alchimistes latins, lesquels se rattachent eux-mêmes directement aux Arabes. Les noms de ces Grecs ne reparaissent pas d’une manière explicite et détaillée avant le XVe siècle, époque où les manuscrits grecs se répandirent en Occident. Il n’en est que plus intéressant de sigraler les quelques réminiscences qui s’y rapportent chez les latins du moyen âge. Quant aux Arabes, j'en ai signalé ailleurs la filiation immédiate avec les Grecs d’après le Kitab-al-Fihrist (2) ; et je donnerai plus loin certains autres souvenirs analogues, en parlant des alphabets hermétiques.

Dans la Bibliotheca Chemica de Manget, τ. II, il existe des planches indiquantla figure des divers philosophes alchimiques, d’après la tradition du

moyen âge : chaque figure est accompagnée par une sentence, à peu près

(τὴ ῬΕΙ͂ΝΕ; F1. NN. 1. X, 43 1 XXXI, (1612). — Salmasii Plinianæ exercita- 30. — Diosc., Mat. méd., 1. V, 160. — tiones, p. 177, 501, 502 (1689). Lexicon Alchemiæ Rulandi, p. 21 (2) Origines de l’Alchimie, p. 130.

comme dansla Turba philosophorum. J'y relève les noms suivants : Hermès, Cléopâtre, reine d'Égypte, Anaxagore, Zamolxis, Michel Psellus, Marie l'Hébreuse, Démocrite le Grec, Pythagore, Platon, Hercule (c'est-à-dire Héraclius), roi sage et philosophe, Stephanus le philosophe chimique, Albert le Grand, une multitude d’Arabes, etc.

La Turba philosophorum relate de même la plupart de ces noms, mais à ce qu’il semble, à travers une transmission arabe. Je n'insisterai pas sur Hermès, dont le nom est toujours resté étroitement lié aux spéculations de l’Alchimie et de l'astrologie. Mais les autres auteurs étaient moins connus.

Dans le Traité De Mineralibus, attribué à Albert le Grand (]. III, traité 1, ch. 4), on rencontre une mention de Démocrite l’alchimiste, d’après lequel la chaux et la lessive (/ixivium ou aqua acuta) seraient la matière des métaux. Dans un autre passage, on lui attribue cette opinion que les pierres ont une âme, un principe intérieur de vie. Callisthène y est cité comme alchimiste. Rappelons aussi quelques indications tirées du traité de Théoctonicos, traduction grecque de l’ouvrage d’Alchimie attribué à Albert le Grand (ce volume, p. 209 et suiv.).

Les Traités alchimiques du Pseudo-Aristote arabe, tels qu’on les connaît par des traductions latines, me paraissent toucher de très près, sur certains points du moins, à la tradition des alchimistes grecs. — Donnons encore cette citation, tirée de la Bibl. chem. de Manget, t. I, 917 : « Le secret est dans le plomb, d’après Pythagore et Hermès, etc».

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