MERCURE
Plinedistingue l’'argentum vivum, métal natif, et l’hy-drargyrum ou argent liquide, métal artificiel.
Il prépare celui-ci sans distillation, en broyant le cinabre et le vinaigre dans un mortier de cuivre avec un pilon de cuivre.
On obtenait aussi le mercure en plaçant le cinabre dans une capsule de fer, au milieu d’une marmite de terre, surmontée d’un chapiteau (ambix), dans lequel se condensait la vapeur sublimée : (χἰθάλη). On lit dans Dioscoride : Ἢ γὰρ προσίζουσα τῷ dur αἰθάλη ἀποξυσθεῖσα χαὶ ἀποψυχθεῖσα ὑδράργυρος γίνεται. « La vapeur sublimée adhérente ἃ l’alambix, raclée et refroidie devient mercure. » — C’est l’origine de l’alambic.
Dans Aristote se trouve le curieux passage que voici :
« Quelques-uns disent que l’âme communique au corps son propre mouvement : ainsi fait Démocrite, lequel parle à la façon de Philippe, auteur comique. Ce dernier dit que Dédale communique le mouvement à une Vénus de bois, en y plaçant de l'argent liquide ». (De Animä, 1. I, ch. 3.)
C’est déjà le principe de l’expérience du culbuteur chinois, que l’on fait aujourd’hui dans les Cours de Physique. Maïs on peut aussi voir là l’origine de quelques-unes des idées mystiques des Alchimistes, qui ont pris
au sérieux les apparences tournées en plaisanterie par les anciens Grecs.
(1) Droscorine, Mat. méd., 1. V, 110. — PLuine, A. Ν., 1. XXXIII, 52-42. 39:
Le mercure des philosophes, ou matière première des métaux (1), représentait pour les Alchimistes une sorte de quintessence du mercure ordinaire ; ces deux corps étant tantôt confondus, tantôt distingués. C’est dans ce sens qu’il convient d’entendre ce qui suit.
D’après les Alchimistes du moyen âge, le mercure est l’or vivant; la mère des métaux. Il les engendre par son union avec son mâle, le soufre ; il tue et fait vivre; il rend humide et sec; il chauffe et refroidit, εἴς... L'Eau c’est Adam, la Terre est Eve (Ruranpus, Lexicon Alchemiæ, p.47), etc.
Tout ceci atteste la persistance des vieilles formules, à travers le moyen âge ; car la dernière assimilation remonte à Zosime et aux gnostiques.
Citons encore quelques-uns des synonymes alchimiques du mercure :
Aquam autem simplicem, alias vocant venenum, argentum vivum, cambar, aquam permanentem, gumma, acetum, urinam, aquam maris, Draconem, serpentem (2).
On lit les noms suivants du mercure dans Vincent de Beauvais, Speculum majus, VIT, 62:
Acetum attrahens, et aqua aggrediens et oleum mollificans... servus quoque fugitivus (3).
Puis vient un dialogue entre l’or et le mercure. L'or dit au mercure : «Pourquoi te préfères-tu à moi? je suis le maitre des pierres quine souffrent pas le feu. » Et il lui répond : «Je t'ai engendré et tu ne sais pas que tu es né de moi. Une seule partie tirée de moi vivifie un grand nombre des tiennes; tandis que dans ton avarice tu ne donnes rien de toi dans les traitements. »
Le mercure est présenté comme l'élément de tous les corps métalliques liquéfiables par le feu; après leur liquéfaction, ils prennent l’apparence rouge.
D'après Avicenne (Bibl. chem. de Manget, τ. I, p. 627), « le mercure est le serpentqui se féconde lui-même, engendrant en un jour; il tue tout par son venin; il s'échappe du feu. Les sages le font résister au feu : alors il accomplit les œuvres et mutations... Il se trouve dans tous les minéraux et il possède
avec tous un principe commun; c’est la mère des minéraux.
(1) Origines de l’Alchimie, p. 279. blioth. Chem. de Manget, t. I, p. 500). (2) Voir Turba philosophorum (Bi- (3) Voir Ostanès, ce v. p. 217.
«Un seul métal tombe au fond, c’est l’or et par là tu connais le plus grand secret, parce que le mercure reçoit dans son sein ce qui est de la même nature que lui. Il repousse les autres, parce que sa nature se réjouit plus avec une nature pareille qu'avec une nature étrangère (1). Il est le seul qui triomphe du feu et n’est pas vaincu par lui; mais il s’y repose amicalement... Il contient son propre soufre excellent, par lequel on fixe l’or et l'argent, suivant le mode de digestion. »
Méraux. — Generation des métaux.
Aux opinions des anciens, relatives à cette question et rapportées dans mes Origines de l'alchimie, il paraît intéressant d’ajouter quelques textes.
Les métaux sont formés d’eau et de terre, d’après Aristote (Météori, 1. IV, chap. 8) : ce qui exprime leur fusibilité et leur fixité, aussi bien que leur aptitude à être changés en oxydes.
Aristote (De Generatione, 1. I, chap. 10) distingue encore les corps enréceptifs ou passifs, et actifs ou donnant la forme: ὡς θάτερον μὲν δεχτιχὸν, θάτερον εἶδος. C’est ainsi que l'étain disparaît, en subissant l'influence de la matière du cuivre qui le colore: πάθος τι ὥν ἄνευ ὕλης τοῦ χαλχοῦ σχεδὸν ἀφανίζεται, χαὶ μιχθεὶς ἄπεισι χρωματίσας μόνον. Nous touchons ici aux notions alchimiques.
J'ai cité plus haut (article éléments actifs, p. 246) le passage d’Aristote sur l’exhalaison sèche et sur l’exhalaison humide, laquelle produit les métaux. Une partie de ceci rappelle, sous une forme plus vague, les théories actuelles sur les minéraux de filons, produits par les vapeurs souterraines.
Et ailleurs (Metéor.., 1. IV, ch. 2): « L'or, l’argent, le cuivre, l’étain, le plomb, le verre et bien des pierres sans nom, participent de l’eau : car tous ces corps fondent par la chaleur. Divers vins, l’urine, le vinaigre, la lessive, le petit-lait, la lymphe participent aussi de l’eau, car tous ces corps sont solidifiés par le froid. Le fer, la corne, les ongles, les os, les tendons, le bois, les cheveux, les feuilles, l'écorce, participent plutôt de la terre : ainsi que
l’ambre, la myrrhe, l’encens, etc. »
(1) Ceci montre quel intérêt on at- On remarquera aussi l’axiome du tachait à des propriétés qui nous pa- Pseudo-Démocrite sur les natures, reraissent aujourd’hui peu importantes. produit par Avicenne.
J’ai cité des passages analogues tirés du T'imée de Platon (1).
Tous ces énoncés témoignent de l'effort fait par la science antique pour pénétrer li constitution des corps et manifestent les analogies vagues qui guidaient ses conceptions.
La Théorie des exhalaisons est le point de départ des idées ultérieures sur la génération des métaux dans la terre, que nous lisons dans Proclus (voir Origines de l'Alchimie, p. 48), et qui ont régné pendant le moyen âge (voir le présent volume, p. 78). On litencore, dans Vincent de Beauvais (VIIT, 6) : « D’après Rhazès, les minéraux sont des vapeurs épaissies et coagulées au bout d’untemps considérable. Le vif argent et le soufresecondensent d’abord. Les corps transformés graduellement pendant des milliers d'années dans les mines arrivent à l’état d’or et d'argent; mais l’art peut produire ces effets en un seul jour. »
Dès les temps les plus anciens, ces idées se sont mêlées avec des imaginations astrologiques, relatives aux influences sidérales (ce volume, p. 73 et suiv.). C'est ainsi qu'on lit dans ia Bibl. Chem. de Manget, τ. I, p. 913 : « Les métaux et les pierres n’éprouvent pas les influences célestes, sous leur forme même de métaux ou de pierres, mais lorsqu'ils sont sous la forme de vapeurs et tandis qu'ils durcissent. » On voit par là le sens mystique de ces mots attribués à Hermès par Albert le Grand : «la terre est la mère des métaux; le ciel en est le père.» De même cet autre axiome hermétique: « En haut les choses terrestres; en bas les choses célestes » (2), lequel s’appliquait à la fois à la transformation des vapeurs dans la nature et à la métamorphose analogue que l’on effectuait par l’art dans les alambics.
Avicenne, après avoir décrit le détail supposé de cette création des métaux, ajoute : « Cependant il est douteux que la transmutation effective soit possible. Si l’on a donné au plomb purifié les qualités de l’argent (chaleur, saveur, densité), de façon que les hommes s’y trompent, la différence spécifique ne peut être enlevée parce que l’art est plus faible que la nature (Vix- CENT DE BEauvais, VIII, 84). »
Albert le Grand (De Mineralibus, 1. II, tr. 1, ch. 9) dit de même : « Ceux
qui blanchissent par des teintures blanches et jaunissent par des teintures
(1)Originesdel’Alchimie,p.269a271. | (2) Ce volume, p. 161 et 165, fig. 37.
jaunes, sans que l’espèce matérielle du métal soit changée, sont des trompeurs, et ne font ni vrai or, ni vrai argent... J’ai fait essayer l’or et l'argent alchimiques en les soumettant à six ou sept feux consécutifs ; le métal se consume et se perd, en ne laissant qu’un résidu sans valeur. »
Dans le traité d’alchimie pseudonyme, attribué au même auteur, il est dit que le fer alchimique n’attire pas l’aimant et que l’or alchimique ne réjouit pas le cœur de l’homme et produit des blessures qui s'enveniment; ce que ne fait pas l'or véritable.
Odeur des Métaux : D’après Aristote (De sensu et sensilibus, ch. 5):«L'’orest inodore ; le cuivre, le fer sontodorants; l’argentetl’étain moins queles autres.
Il yavait un cuivreindien de même couleur que l’or parmi les vases du trésor de Darius; les coupes de ce métal ne se distinguaient que par l’odeur (De mirabilibus, ch. 40).
Mixiux, RUBRIQUE ou matière rouge. — μίλτος —
Sous ce nom on trouve confondues un grand nombre de substancesrouges d’origine minérale, telles que, d’une part:
Les oxydes de fer (sanguine, ocre brûlée ou usta, hématite).
Lesoxydes de plomb (minium et congénères) et peut-être l’oxyde de mercure (confondu avec le cinabre), ainsi que le protoxyde de cuivre;
D’autre part, le sulfure de mercure (vermillon, cinabre), le sulfure d’arsenic (réalgar, appelé aussi sandaraque), le sulfure d’antimoine (sulfure artificiel précipité et kermès minéral), son oxysulfure, et divers composés métalliques analogues, que les anciens ne savaient pas bien distinguer les uns des autres (voir plus haut l’article cinabre, et plus loin l’article plomb).
Ainsi les mots rubrique, rubrica (μίλτος), minium, cinabre, vermillon, sont-ils souvent synonymes dans les anciens auteurs.
La sinopis, ou rubrique de Sinope (1), était à proprement parler un oxyde de fer naturel et artificiel (usta); mais ce nom a été aussi donné à notre minium (oxyde de plomb) et à notre sulfure de mercure.
La terre de Lemnos (2) était aussi une rubrique (probablement un per-
oxyde de fer hydraté); on la vendait sous cachet.
(1) Diosc., Mat. méd., V, 111. — (2) Puxe, A. N., 1. XXXV, 14. Paie, AN. l.XXXW, 16; XXXVI, 27.
La sinopis, broyée avec du sil brillant (ocre jaune) et du melinum (argile blanche), donnait le leucophoron, matière employée pour fixer l'or sur le bois (1).
Le minium ou ammion (petit sable) désigne :
Tantôt un oxyde de plomb, dans le sens d'aujourd'hui, oxyde obtenu par la calcination ménagée de la céruse etnommé aussi usta, comme l'ocre (2), ou bien encore fausse sandaraque (3);
Tantôt le vermillon et le cinabre ou sulfure de mercure (4).
Le minium, chauffé à parties égales avec la rubrique, fournissait le sandyx (5), nom qui a été appliqué aussi au minium seul (6). Cette confusion se retrouve dans certaines dénominations modernes : c'est ainsi que le minium de fer, employé aujourd’hui pour peindre ce métal, est formé de 60 pour cent de minium et de 40 pour cent d'oxyde magnétique.
Un premier germe des idées alchimiques sur la fabrication de l'or se trouve dans ce fait, rapporté par Théophraste (7), que l'Athénien Callias, au vesiècle avant notre ère, vers les commencements de la guerre du Péloponèse, découvrit le minium dans les mines d’argent et qu'il espérait obtenir de l'or par l’action du feu sur ce sable rouge.
Le sandyx mêlé de sinopis constituait le syricum ou sericum (8).
Ajoutons, pour compléter ce qui est relatif aux couleurs dérivées des métaux dans l’antiquité.
L'armenium, matière bleue qui paraît être la cendre bleue, ou l’azurite;
Et le ceruleum ou azur (9), mot qui désigne à la fois une laque bleue, dérivée du pastel, et un émail bleu, fritte ou vitrification, obtenu avec du natron, de la limaille de cuivre et du sable fondu ensemble (ViTrRuvE).
Parmi les couleurs vertes, on cite l'ærugo, le verdet, la chrysocolle (malachite; cendres vertes et sous-carbonates de cuivre).
Les couleurs jaunes étaient : l’ocre ou sil, parfois mêlé de matières végé-
(1) Puine, A. N., l XXXV, 17. (5) Pur, 0 N., 1. XXXV, 23.
(2) Puxe, Η. Ν:, 1. ΧΧΧΝν, 20. (6) Drosc., Mat. méd., 1. V, 103.
(3) Le même, 22. (7) De Lapidibus, 58, 50.
(4) Virruve — Dioscorine, Mat.méd., (8) Pine, ἢ. Ν., 1. XXXV, 24. 1. V, 109. — Pine, H. N., 1. XXXIII, (9) Ῥιινε, ἢ]. Ν., 1. XXXITI, 57. 37 à 41.
tales; l’arsenic ou orpiment ; les sous-sulfates de fer (misy et congénères);
parfois la litharge, le soufre, l’oren poudre; enfin diverses matières végétales.
NiTRUM — νίτρον — natron, — à proprement parler notre carbonate de soude.
C'est par erreur que la plupart des éditeurs des auteurs grecs ou latins traduisent ces mots par nitre ou salpêtre, substance presque inconnue dans l’antiquité, et qui apparaît seulement à partir du vie siècle à Constantinople, avec le feu grégeois dont elle était la base (1).
Les anciens parlent aussi du nitrum factice, préparé avec les cendres de chêne, c’est-à-dire du carbonate de potasse.
Spuma nitri, ἀφρὸς νίτρου ou ἀφρόνιτρον. — Se trouve dans des cavernes. Ce devait être dans certains cas du nitre vrai.
OPÉRATIONS ALCHIMIQUES. — Voici le nom de quelques-unes des opérations signalées dans les écrits des Alchimistes Grecs; j'ai cru utile de les réunir
ici pour la commodité du lecteur [2].
avatwripwst....... Régénération par le feu: coupellation.
ἀν αλυσυξινι . τὔοντετο Παῖς Dissolution, désagrégation.
ἀποσείρωσις .-. - - - -- . Décantation.
ἀχλύωσις. - ««ὐὐνν νον Obscurcissement de la surface brillante d’un métal,
par oxydation, sulfuration etc.
ἐχστροφὴ, ἔχστρεψις. Extraction, transformation.
ἐλαίωσις .......... Graissage; Transformation en huile.
ἘΞΙΩΡΉΞ ας πη ce . Réduction, affinage.
ἐξυδάτωσις. ........ Dessiccation; opération par laquelle on dépouille un corps de sa liquidité.
Emibpat------:-- PTOjECHONS-
APS her . Décoction.
HorTEs"S aa Sec ecde . Oxydation; affinage; coloration en violet (v. p. 255). ΧΡΉ σΙΕΙ: ee anse . Grillage; calcination.
λείωσις ........... Pulvérisation; délaiement. Aetxwoice.......... Blanchiment.
(1) Voirmon ouvrage : Sur la force des (2) Voir aussi ce volume, p. 210.
matières explosives, 3° éd., τ I, p.352.
μελανωσίς. .. -- - --ς Teinture en noir.
CRENOIC ne Torréfaction.
Étyboote-cecerret Teinture en jaune.
πλύσις.. τ: IPAVAUCs cdis............. Putréfaction, décomposition. Abe ec cb cceo Matière.
Sec Be -ocos oc Nature, qualité intérieure.
Or.
Rappelons sa coupellation par le sulfure d’antimoine, qui en sépare même l’argent. On fond ensemble ; la fonte se sépare en deux couches; la couche supérieure renferme les métaux étrangers, sous forme de sulfures unis à l’antimoine; la couche inférieure contient l’or et le régule d’antimoine. On répète.la fonte deux ou trois fois; puis on soumet l’or à un grillage modéré, qui brûle l’antimoine; en évitant de chauffer trop fort pour ne pas volatiliser l'or.
En raison de ces propriétés l’antimoine était dit au moyen âge le loup dévorant des métaux; ou bien encore le bain du roi ou du soleil. Mais elles ne sont exposées très explicitement que vers la fin du moyen âge.
Paros et Porus (1).
La pierre appelée porus, était blanche et dure comme le marbre de Paros; mais moins pesante. Ces deux mots sont parfois confondus dans les Papyrus de Leide.
PLows : On distinguait 2 espèces, le noir et le blanc, ce dernier assimilable à notre étain (2).
Du plomb noir on extrayait aussi l'argent. —Il était soudé par l’intermède de l’étain. Le métal de première coulée, obtenu avec le plomb argentifère, s'appelait stannum; le second, argent; ce qui restait dans le fourneau, galène. La galène refondue produisait du plomb noir.
On voit que le mot stannum signifie ici un alliage d’argent et de plomb. Quant au mot galène, il n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui, où il veut
dire sulfure de plomb.
(1) Pa, A1. NN. 1. XXXVI, 28. | (2) PuixE, A. N., 1. XXXIV, 47.
Chez les anciens, le plomb étaitsouvent confondu avec ses alliages d'étain, aussi bien qu'avec l'antimoine (v. p. 224) et le bismuth, métal plus rare et dont la découverte est moderne.
Plomb lavé. — πεπλυμίένος pSAv6dos (τ).
Voici la préparation de cette substance.
On broie de l’eau dans un mortier de plomb avec un pilon de plomb, jusqu’à ce que l'eau noircisse et s'épaississe : ce que nous expliquons aujourd’hui par la formation d’un hydrocarbonate de plomb, résultant de l’action de l’air et de l’eau sur le métal. — On lave par décantation. — On peut aussi broyer de la limaille de plomb dans un mortier de pierre.
Vincent de Beauvais (Speculum majus, VIII, 17) décrit la soudure autogène, plomb sur plomb, qui a été regardée comme une invention moderne.
Plomb brûlé, — rsravyivos μιόλυδδος (2). — Voici la préparation de ce corps:
«On stratifie dans un plat des lames de plomb et de soufre. On chauffe, on remue avec du fer, jusqu’à disparition du plomb, et transformation en une sorte de cendre. D’autres remplacent le soufre par de la céruse, ou par de l'orge. Si l’on chauffe le plomb seul, le produit prend la couleur de la litharge ».— Le produit obtenu par ces procédés est un sous-oxyde de plomb, mêlé, suivant les cas, de sulfure et de sulfate.
Scorie [de plomb] (3). — Corps jaune, vitreux, analogue à la céruse, ou plutôt à notre litharge impure.
Spode [de plomb] (4). — V. l’article “Ἐς, sur le sens du mot spode.
Pierre plombeuse (5). — C’est notre galène (sulfure de plomb) ?
Galena.— Minerai de plomb (6), employé dans la fusion de l'argent. On appelait aussi de ce nom le résidu des fontes du plomb argentifère (v. plus haut).
Moly-bdène — p.21683ava (7). « Ce corps est produit dans les fourneaux d’or et d'argent. Il est jaune, et devient rouge par le broiement; il est semblable
à la litharge».— Ce nom a été aussi étendu à la plombagine (notre graphite)
(1) Diosc., Mat. méd., 1. V, 95. (4) Paie, H. N., L XXXIV, 12.
(2) Diosc., Mat. méd., 1. V, 96. — (5) Diosc., Mat. méd., 1. V, 98. PunE, ἢ. Ν., 1. XXXIV, 50. (6) Puine, 1. XXII, 31.
(3) Diosc., Mat. méd., 1. V, 07. — (7) Diosc., Mat. méd., 1. V, 100. — PLINE, AN; l'XXXIV, 40, 51. PLuaine, A. N., 1. XXXIV, 53.
et à notre galène (sulfure de plomb natif). — Onena rapproché encore (1) la scorie d'argent, appelée aussi helcysma ou encauma.
Le mot molybdène a été suivant l'usage fâcheux des modernes, détourné de son sens historique par les chimistes de notre temps, pour être appliqué à un métal inconnu de l’antiquité.
Litharge (2).— Elle se préparait avec un sable (minerai) plombeux, ou bien elle était obtenue dans la fabrication de l'argent, ou dans celle du plomb. — La litharge jaune s'appelait chrysitis ; celle de Sicile, argyritis; celle de la fabrication de l'argent, lauriotis (mot qui rappelle les mines du Laurium) : «ce sont à proprement parler les écumes d’argent, produites à la surface du métal ; la scorie est le résidu qui reste au fond » (PLINE).
Céruse—Yy601ov (3). — Les anciens ont indiqué le procédé de préparation de la céruse par le plomb et le vinaigre. — Dioscoride décrit aussi sa torréfaction (ὀπτητέον), sa cuisson (χαῦσαι θέλων), laquelle lui donne une couleur rouge et la change en sandyx (minium).
Minium (v. p. 251,260; Rubrique).— Rappelons que ce mot a désigné non seulement le sur-oxyde de plomb, appelé aujourd’hui de ce nom, mais aussi le vermillon, le cinabre, le réalgar et certains oxydes de fer.
PSEUDARGYRE.
On lit dans Strabon (4) : « Près d’Andira on trouve une pierre qui se change en fer par l’action du feu. Ce fer, traité par une certaine pierre, devient du pseudargyre, lequel, mêlé avec du cuivre, produit ce que l’on appelle orichalque.
Le pseudargyre se trouve aussi près du Tmolus. »
Était-ce du zinc, ou du nickel, ou un alliage ?
Sanos (pierre de). — C'est le tripoli.
Sec (5). — Sel fossile naturel, notre sel gemme, ou chlorure de sodium— sel de Cappadoce, sel factice obtenu par l’évaporation des salines.
Lanugo salis. — "Ayvn ἁλός. — Paillette écumeuse, produite par l’eau de
mer déposée sur les rochers.
(ἡ) Diosc., 1. V, ro1. (4) Liv. XIII, 56.
(2) Diosc., Mat. méd., V, 102. (5) Diosc., Mat. méd., 1. V, 125,130. (3) Diosc., 1. V, 103. — PLine, — PuxeE, ἢ. Ν., 1. XXXI, 39-45.