I. 1. — DÉDICACE
Regarde ce volume comme renfermant un bonheur secret, qui que tu sois qui es l’ami des Muses. Mais si tu veux en explorer les veines chargées d’or, qui sont habilement cachées; ouvre l'œil vif de l'esprit et élève-le vers les natures divines, avec une parfaite perspicacité ; parcours ainsi ce très savant écrit, et trouves-y le trésor d’une connaissance supérieure, en cherchant et explorant la nature trois fois heureuse, la seule qui domine les natures d’une manière divine (1), la seule qui enfante l’or brillant, celle qui fait tout; celle que seuls ont découverte, par leur esprit inspiré des Muses, les amants de la gnose divine. Celui qui la inventée, je ne dirai pas qui il est. Admire l’intelligence, la sagesse de ces hommes divins, créateurs des corps et des esprits (2); (Admire, dis-je) comment ils ont atteint la hauteur sublime de la gnose, de façon à animer, à tuer et à vivifier, à créer des figures et des fermes étranges (3).
O merveille ! ὃ bien heureuse et souveraine matière ! Celui qui la connaît à fond et qui sait les résultats cachés sous ses énigmes, celui-là, oui, c’est l'intelligence digne de tout honneur, c'est l'esprit éminent de Théo-
dore, qui s'enrichit d’une manière divine, lui le fidèle défenseur des prin-
(1) C’est la formule favorite du Pseu- | lement les substances volatiles que l’on do-Démocrite. peut fixer sur les métaux, ou en sépa- (2) Le mot corps, σώματα, s'applique rer (v. /ntroduction, p. 247). dans la langue des alchimistes, aux mé- (3) Ces expressions mystiques signitaux régénérés de leurs oxydes et autres fient la productiondes métaux, leur disminerais. — Le mot esprit, πνεύματα, a parition par oxydation, dissolution, etc., un sens plus vague; il signifie spécia- et leur régénération.
ces. Il a rassemblé, il a fait entrer une collection étrange dans ce volume de conceptions savantes.
En le protégeant, Christ, souverain maître, tiens-le en ta garde!
Sur le Théodore auquel est adressée cette Dédicace.
L'indication de ce nom, qui se rapporte à un haut fonctionnaire de l’empire byzantin, est la seule que nous possédions sur la formation de la collection alchimique. Elle concerne une époque comprise entre Héraclius et le commencement du xre siècle, date du ms. de Venise; époque qui comprend celles des compilations de Photius et de Constantin Porphyrogénète (voir Origines de l'Alchimie, p. 98). — Le nom de Théodore est d’ailleurs trop répandu pour qu’on puisse espérer identifier, sans autre indice, le personnage actuel avec quelque byzantin, connu autrement dans l’histoire. Dans les ouvrages de Zosime, on trouve aussi, sous le titre de « Chapitres à Théodore », un résumé des sommaires de divers traités (Origines de l’Alchimie, p.184). Stephanus écrit pareillement à un Théodore (Ideler, t. Il, p. 208), lequel pourrait être'notre personnage : il serait alors contemporain d'Héraclius.