Pline, Æ1. N., XXXIV
(6) Silique — tiers de l’obole, mesure de poids.
(7) Variété de sel gemme.
(8) Le texte porte le mot ὄζεια. Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires et a fort embarrassé M. Leemans et Reuvens, qui y a vu le nom du roi (ou du prophète) juif Osée. Je le rattacherai à ὄζος, nœud ou rameau. Il répondrait au latin ramentum, si fréquent dans Pline.
trois fois son poids de misy (1); puis on répète l'opération avec 2 parties de sel et τ partie de la pierre appelée schiste (2). De cette façon, il donne des propriétés actives aux substances chauffées avec lui, tout en demeurant pur etintact. Le résidu est une cendre que l’on conserve dans un vase de terre. »
Pline ajoute que l’on emploie ce résidu comme remède. L’efficacitéde l’or, le plus parfait des corps, contre les maladies et contre les maléfices est un vieux préjugé. De là, au moyen âge, l’idée de l’or potable. La préparation indiquée par Pline devait contenir les métaux étrangers à l’or, sous forme de chlorures ou d’oxychlorures. Renfermait-elle aussi un sel d’or ἢ A la rigueur, il se pourrait que le chlorure de sodium, en présence des sels basiques de peroxyde de fer, ou même du bioxyde de cuivre, dégageât du chlore, susceptible d'attaquer l’or métallique ou allié, en formant du chlorure d’or, ou plutôt un chlorure double de ce métal. Mais la chose n’est pas démontrée. En tous cas, l’or se trouve affiné dans l'opération précédente.
C’est en effet ce que montre la comparaison de ces textes avec l’exposition du procédé du départ par cémentation, donnée par Macquer (Dictionnaire de chimie, 1778). Il s’agit du problème, fort difficile, qui consiste à séparer l’or de l’argent par voie sèche. On y parvient aujourd’hui aisément par la voie humide, qui remonte au xvure siècle. Mais elle n’était pas connue auparavant. Au moyen âge on opérait cette séparation soit au moyen du cément royal, soit au moyen d’une sorte de coupellation, assez difficile à réaliser, et où le soufre et l’antimoine remplacçaient le plomb.
Voici la description donnée par Macquer du cément royal, usité autrefois dans la fabrication des monnaies. On prend 4 parties de briques pilées et tamisées, 1 partie de vitriol vert, calciné au rouge, 1 partie de sel commun; on en fait une pâte ferme que l’on humecte avec de l’eau ou de l'urine. On la stratifie avec des lames d’or minces, dans un pot de terre; on lute le couvercle et on chauffe à un feu modéré pendant vingt-quatre heures, en
prenant garde de fondre l’or. On répète au besoin l'opération.
(1) Le misy représente le produit de | (2) Le schiste de Pline signifie un l'oxydation lente des pyrites, renfer- | minerai divisible en lamelles: c’est tanmant à la fois du sulfate de cuivre et tôt de l’alun, tantôt un minerai de fer du sulfate de fer plus ou moins basique. | congénère de l’hématite (Hist. nat., (Voir plus haut, page précéd., note 5. | XXVI, 35).
En procédant ainsi, l'argent et les autres métaux se dissolvent dans le chlorure de sodium, avec le concours de l’action oxydante et, par suite, chlorurante, exercée par l’oxyde de fer dérivé du vitriol ; tandis que l'or demeure inattaqué. Ce procédéétait même employé, d’après Macquer, parles orfèvres, qui ménageaient l’action, de façon à changer la surface d’un bijou en or pur, tandis que la masse centrale demeuraït à bas titre.
Il est facile de reconnaître la similitude de ce procédé avec la recette de Plineetaveccelle du papyrus égyptien. Geber, Albert le Grand (pseudonyme)
et les chimistes du moyen âge en ont gardé constamment la tradition. PAPYRUS W
Passons au papyrus W, qui fournit plus spécialement des lumières sur les relations entre la magie etle gnosticisme juif. Il est formé de 7 feuillets et demi, haut de o",27, large de 0",32. Il renferme 25 pages de texte en lettresonciales, quelques-unes cursives, chacune de ces pages a de 52 à 31 lignes, parfois moins. [] remonte au 118 siècle etse rattache fort étroitement aux doctrines de Marcus et des Carpocratiens(r). Il esttiré principalement des ouvrages apocryphes de Moïse, écrits à cette époque; il cite, parmi ces ouvrages, la Monade, le Livre secret, la Clef (2),le Livre des Archanges, le Livre lunaire, peut-être aussi un Livre sur la loi, le 5e livre des Ptolémaïques, le livre Panarètos (3): ces derniers donnés sans nom d'auteur. Tous ces ouvrages sont congénères et probablement contemporains dela Chimie domestique de
Moïse, dont j'airetrouvé des fragments étendus dans les alchimistes grecs (4)
(1) Matter, Aist. du gnosticisme, τ. 11, p. 265.
(2) On attribuait à Hermès un ouvrage du mème titre, KAs<, adressé à Toth,et cité par Lactance et par Stobée.
(3) Un ouvrage du mème titre, attribué à Hermès Trismégiste, est cité par Scaliger, dans son édition de Manilius, p. 200. Il y était question des sept « sorts » répondant aux sept planètes, savoir :
Saturne : νέμεσις.
Jupiter : νίκη.
Mars : τόλμα. -
Soleil : ἀγαθοδαΐμων.
Vénus : ἔρως.
Mercure : ἀνάγχη.
Lune : ἀγαθὴ τύχη.
(4) Origines de l'Alchimie, p. 55, 125,
ainsi que des écrits de Moïse le magicien cité dans Pline{r): c’estla même famille d'apocryphes. Le manuscritactuel est, d’ailleurs, remplide solécismes et de fautes d'orthographe, attestant l’ignorance des copistes égyptiens. On y cite Hermès Ptéryx, Zoroastre le Persan, Tphé l'hiérogrammate, auteur d’un livre adressé au roi Ochus, Manéthon l’astrologue, le même sans doute que celui dont nous possédons un poème, les mémoires d'Evenus, Orphée le théologien. Érotyle, dans ses Orphiques. Les noms d'Orphée et d’Érotyle se retrouvent aussi chez les alchimistes grecs. Le nom du second, cité aussi par Zosime, a été d’ailleurs méconnu et pris pour celui d’un instrumentchimique; sa reproduction dansle Papyrus W (Papyri, τ. II, p. 254) en fixe lesens définitif. Toth{t. IT, p. 103) et l'étoile du chien(Il, 109-115) rappellent la vieille Égypte. Les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, Michel (t. IT,p. 144-153), celui des deux Chérubins (t. II, p. 101), l'intervention du temple de Jérusalem (τ. IT, p. 99), montrent les affinités juives de l’auteur. Apollon et le serpent Pythien (11, 88) manifestent le mélange de traditions grecques, aussi bien que dans les papyrus de Berlin et chez les alchimistes (2). Ces affinités sont en même temps gnostiques. C’est ici le lieu de rappeler que les Marcosiens avaient composé un nombre immense d'ouvrages apocryphes, d'après Irénée (Æéresies, I, 17). Letitre même énoncé à la première Jigne du papyrus: « livre sacré appelé Monas, le huitième de Moïse, sur le nom saint », est tout à fait conforme aux doctrines des Carpocratiens, pour lesquels Monas était le grand Dieu ignoré(3). Le grandnom ou le saint nom possède des vertus magiques (Papy-ri, τ. Il, p. 99); il rend invisible, il attire la femme vers l’homme, il chasse le démon, il guérit les convulsions, il arrête les serpents, il calme la colère des rois, etc. Le saint nom est appelé aussi Ogdoade (Papyri, t. II, p. 141) et formé de sept voyelles, lamonas complétant le nombre huit. Lenombre sept joue ici, comme dans toute cette littérature, un rôle prépondérant: il est subordonné à celui des planètes divines, à chacune desquelles est consacrée une plante et un parfum spécial (Papyri, τ. II, p. 33; voir ci-dessus les notes de la p. 13).
Sans nous arrêter aux formules d’incantation et de conjuration, farcies
(PA NX Σὲ (5) Matter, Hist. du gnosticisme, (2) Origines de l’Alchimie, p. 333. ἘΠῚ Ip 265:
de mots barbares, nous pouvons relever, au point de vue des analogies historiques, la mention du serpent qui se mord la queue et celle des sept voyelles entourant la figure du crocodile à tête d’épervier, sur lequel se tient le Dieu polymorphe (Papyri, τ. II, p. 85). C’est encore là une figure toute pareille à celles qui sont tracées sur les pierres gravées de la Bibliothèque nationale. (Origines de l’alchimie, p. 62).
Citons aussi la mention de l’Agathodémon ou serpent divin : « le ciel est ta tête, l’éther ton corps, la terre tes pieds, et l’eau t’environne; tu es l'Océan qui engendre tout bien et nourrit la terre habitée. »
J'y relève, en passant, quelques mots chimiques pris dans un sens inaccoutumé : tel est le « nitre tétragonal » (p. 85), sur lequel on doit écrire des dessins et des formules compliquées. Ce n'était assurément pas notre salpêtre, ni notre carbonate de soude, qui ne se prêteraient guère à de pareilles opérations. Le sulfate de soude fournirait peut-être des lames suffisantes; mais il est plus probable qu'il s’agit ici d’un sel insoluble, suffisamment dur, tel que le carbonate de chaux (spath calcaire), ou le sulfate de chaux, peut-être le feldspath : car il est question plus loin de lécher et de laver deux deses faces(Papyri, τ. I1,p. 01); ilyaläune énigme. Sur cenitre, on écrit avec une encre faite des sept fleurs et des sept aromates (Papyri, τ. Il, p. 90, 99). On doit y peindre une « stèle » sacrée renfermant l’invocation suivante :
« Je vinvoque, toi, le plus puissant des dieux, qui as tout créé; toi, né de toi-même, qui vois tout, sans pouvoir être vu. Tu as donné au soleil la gloire et la puissance. A ton apparition, le monde a existé et la lumière a paru. Tout t'est soumis, mais aucun des dieux ne peut voir ta forme, parce que tu te transformes dans toutes... Je t’invoque sous le nom que tu possèdes dans la langue des oiseaux, dans celle des hiéroglyphes, dans celle des Juifs, dans celle des Égyptiens, dans celle des cynocéphales..…. dans celle des éperviers, dans la langue hiératique.…… »
Ces divers langages mystiques reparaissent un peu plus loin, après une invocation à Hermès et en tête d'un récit gnostique de la création, récit que je reproduis en l’abrégeant, afin de donner une idée plus complète de ce genre de littérature qui a eu un rôle historique si considérable.
« Le Dieu aux neufs formes te salue en langage hiératique…. et ajoute :
jete précède, Seigneur. Ce disant, il applaudit trois fois. Dieu rit : cha, cha, cha, cha, cha, cha, cha (sept fois), et Dieu ayant ri, naquirent les sept dieux qui comprennent le monde ; car ce sont eux qui apparurent d’abord. Lorsqu'il eut éclaté de rire, la lumière parut et éclaira tout; car le Dieu naissait sur le monde et sur le feu. Bessun, berithen, berio.
« Il éclata de rire pour la seconde fois: tout était eau. La terre, ayant entendu le son, s’écria, se courba, et l’eau se trouva partagée en trois. Le Dieu apparut, celui qui est préposé à l’abîme; sans lui l’eau ne peut ni croître, ni diminuer. »
Au troisième éclat de rire de Dieu, apparaît Hermès; au cinquième, le Destin, tenant une balance et figurant la Justice. Son nom signifie la barque de la révolution céleste: autre réminiscence de la vieille mythologie égyptienne. Puis vient la querelle d'Hermès et du Destin, réclamant chacun pour soi la Justice. Au septième rire, l’âme naît, puis le serpent Pythien, qui prévoit tout (1).
Jai cité, en l’abrégeant, tout ce travestissement gnostique du récit biblique des sept jours de la création, afin d'en montrer la grande ressemblance avec la Pistis Sophia et les textes congénères, et pour mettre en évidence le
milieu dans lequel vivaientet pensaient les premiers alchimistes.