DEUXIÈME PARTIE
TRAITÉS DÉMOCRITAINS
1. Mettez dans une livre de pourpre, un poids de deux oboles de scories de fer, macérées dans sept drachmes d’urine, posez sur le feu jusqu’à ébullition. Puis, enlevant du feu la décoction, mettez Le tout dans un vase. Retirant d’abord la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant quatre livres de lichen marin (1), versez de l’eau de façon qu'il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d’eau, et tenez (le mélange dans cet état) jusqu’à ce qu’il s’épaississe ; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine disposée d'avance. Foulez ce qui est trop lâche, de façon que le jus pénètre la laine à fond ; puis laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l’ombre ; déversez le jus.
Puis reprenez le même jus et, dans deux livres de ce jus, mettez de l’eau, de façon à reproduire la première proportion. Tenez de même {le mélange dans cet état), jusqu'à ce qu’il s’épaississe; puis l'ayant filtré, mettez-y de la laine, comme tout d’abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l'urine, puis séchez à l'ombre.
Prenez de l’orcanette (2), broyez; mettez quatre livres d’oseille et faites
(1) Orseille. estindiqué comme traduction commune
(2) Ici commence un second procédé pourles mots laccha et anchusa, par les de teinture en pourpre, indépendant du dictionnaires (Voir aussi SAUMAIsE, Plipremier. On procède cette fois au nianæ exercitationes).
moyen dela Laccha.—Lemot orcanette Dans la recette 96 des Papyrus de
44 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
bouillir avec de l'urine, jusqu’à ce que l’oseille soit délayée; ayant filtré l'eau, mettez l’orcanette, faites cuire jusqu’à épaississement et, ayant filtré à nouveau l’orcanette, mettez la laine. Ensuite lavez avec l’urine, et après cela avec de l’eau. Faites sécher de même à l'ombre. Exposez aux vapeurs des algues marines la laine trempée dans l'urine, pendant 2 jours.
2. Voici ce qui entre dans la composition de la pourpre : l’algue qu’on appelle fausse pourpre (1), le coccus (2),la couleur marine (3), l’orcanette (4) de Laodicée, lecremnos{5), lagarance d'Italie, le phyllanthiond'Occident (6), le ver à pourpre (7), tiré de....., le rose d'Italie. Ces couleurs ont été estimées entre toutes par nos prédécesseurs. Celles qui ne donnent pas de teinture fixe sont de nulle valeur. Telles sont la cochenille de Galatie, la couleur d'Achaïe, qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu'on appelle rhizion, le coquillage et le double coquillage de Libye, la coquille d'Égypte de la région maritime qu’on appelle pinna, la plante appelée isatis, et la couleur de la Syrie supérieure que l’on appelle murex. Ces couleurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l’isatis (8).
3. Ayant recueilli ces notions de notre maître précité, et connaissant la diversité de la matière, nous nous sommes efforcés de faire concorder les natures. Maïs, notre maître étant mort avant que nous fussions initiés, et dans un temps où nous nous occupions encore de la connaissance de la matière, on nous dit qu’il fallait essayer de l’évoquer de l’Hadès. Et je
n’efforçais d'atteindre ce but, en l’invoquant directement par ces mots : Par
Τ 6146 (/ntrod., Ὁ. 48) ; il y a aussi deux procédés parallèlesdeteinture, l'unavec l’orseille, l’autre avec l’orcanette. Ces deux matières différentes formaientelles la base des teintures doubles (étoffes δίδαφοι, dont parlent les anciens auteurs) ? ou bien celles-ci étaient-elles exécutées avec une même matière? La description ci-dessus, reproduisant deux fois le traitement avec l’orseille, est plutôt favorable à la seconde opinion.
(1) Mot à mot : faux coquillage.
(2) Sorte de cochenille.
(3) Orseille.
(4) Anchusa,
(5) Matière inconnue :
(6) Ou des plongeurs ?
(7) Voir Salmasii Plinianæ exercitationes, p. 192, b, E et Ε΄. et pages suivantes (1689).
(8) Ce qui précède est le fragment de divers procédés de teinture en pourpre, tirés des notes de quelque teinturier et analogues aux recettes du Papyrus de Leide (/ntrod., p. 48). Puis vient un morceau magique, suivi d’un fragment alchimique : v. Origines de l’Alchimie, p. 150. — La traduction actuelle du premier fragment a été soumise à une révision nouvelle.
quels dons récompenses-tu ce que j'ai fait pour toi? Après ces mots, je gardai le silence. Comme je l’invoquais à plusieurs reprises, lui demandant comment je pourrais faire concorder les natures, il me dit qu’il lui était difficile de parler sans la permission du Démon (génie). Et il prononça seulement ces mots : « Les livres sont dans le Temple. »
Retournant au Temple, je me mis à chercher si je pouvais être mis en possession des livres ; car il ne m'avait pas parlé de ces livres de son vivant, étant mortsans avoir fait de dispositions testamentaires. Ilavait, à ce qu’on prétend, pris un poison pour séparer son âme de son corps ; ou bien, àcequeditson fils, il avait avalé du poison par mégarde. Or, avant sa mort, ilcomptait montrer les livres à son fils seulement, quand celui-ci aurait dépassé le premier âge. Aucun de nous ne savait rien de ces livres. Comme après avoir fait des investigations nous n'avions rien trouvé, nous nous donnions un mal terrible (pour savoir) comment s'unissent et se confondent les substances et les natures. Mais lorsque nous eûmes opéré les compositions de la matière, le temps étant venu d’une cérémonie dans le Temple, nous fimes un festin en commun. Donc, comme nous étions dans le naos, tout d’un coup, une certaine colonne s’ouvrit, mais nous n’y vimes rien à l’intérieur. Or, ni lui, ni personne ne nous avait dit que les livres de son père y eussent été déposés. S'étant avancé, il nous conduisit à la colonne; nous étant penchés, nous vimes avec surprise que rien ne nous avait échappé, saufi cette formule précieuse que nous y trouvâmes :
« La nature jouit de la nature; la nature triomphe de la nature; lanature maîtrise la nature. »
Nous fûmes très surpris qu’il eût rassemblé en si peu de mots tout son écrit.
« Je viens (1) moi aussi apporter en Égypte le traité sur les (questions) naturelles, afin que vous vous éleviez au-dessus de la curiosité du vul-
gaire (2) et de la matière confuse. »
(1) Ceci paraît être le vrai commen- et la Chrysopée, dont parle Synésius. cementdu traité du Pseudo-Démocrite; (2) Cette expression semblait consace qui précède représentant des lam- crée dans les expositions de doctrine beaux surajoutés. Le traité même est secrète : διὰ τὴν τῶν πολλῶν περιεργίαν, dit constitué par les deux livres sur le blanc aussi le Papyrus V de Leide, col. 12,
et le jaune, c’est-à-dire l'Argyropée 1. 18 (Introd., p. 10).
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CHRYSOPÉE
4. Prenant du mercure; fixez-le aveclecorps métallique(r) dela magnésie (2), ou avec le corps métallique (τὴ de l’antimoiïne d'Italie, ouavec du soufreapyre, ouavecdela sélénite, ou avec de la pierre calcaire cuite, ou avec l’alun de Milo, ou avec l’arsenic (3), ou comme vous l’entendrez. Mettez la terre blanche {ainsi préparée) sur du cuivre et vous aurez du cuivre sans ombre (4). Ajoutez de l'argent jaune (5) et vous aurez de l’or; avec l'or (le résultat) sera du chrysocorail (6) réduit en corps (métallique).
Le même effet s'obtient avec l’arsenic jaune (7) et la sandaraque (δὴ traitée convenablement, ainsi qu’avec le cinabre tout à fait transformé. Le
mercure seul produit le cuivre sans ombre. La nature triomphe de la na-
ture (0).
(1) Métal réduit de ses minerais, ou autres composés.
(2) Ce mot signifiait à l’origine la pierre magnétique ; mais dans le Lexique, il est traduit par : plomb blanc, pyrite, antimoine femelle (sulfure d’antimoine en grands cristaux), cadmie (oxyde de zinc impur, mêlé de cuivre).
ΤΙ désignait aussi l’étain et l’alliage du cuivre et du plomb. Les sens multiples de ce motontété donnés dans l’/ntroduction, p. 255. Il semble en particulier qu'il s’appliquât à tout minerai noir ou blanc, susceptible de fournir par sa réduction un métal, un alliage, ou un amalgame, blanc et fusible.
(3) Sulfure d’arsenic : soit l’orpiment.
(4) C'est-à-dire désoxydé, blanchi et amené à un éclat uniforme. D’après le Lexique, p. 6 : le cuivre couvert d'ombre, c’est la fleur de cuivre (protoxyde,sous-sels, vert-de-gris).(Zntrod., p. 232.)
(5) Ou plutôt de l’Electrum, d’après lesigne de B.
(6) Autrement dit coquille d’or, expression encore usitée en orfèvrerie.
(7) Orpiment.
(8) Réalgar.
(9) Voici quelle paraît être la signification générale des recettes de ce paragraphe. Faitesavec le mercure un amalgame, ouéteignez le avec une substance quelconque. Puis étendez le produit (terre blanche) sur le cuivre; celui-ci deviendra d’un éclat argentin uniforme.
Cette terre ou pâte blanche est encore désignée sous le nom d’amalgame fusible, et de préparation blanche, à la fin de la lettre d’Jsis à Horus, p. 34.
Les composés arsénicaux peuvent aussi blanchir le cuivre par sublimation; de même le cinabre, soit à chaud, soit en le décomposant par quelque artifice.
Enfin le cuivre blanchi à la surface peut être doré ensuite par un traitement convenable, au moyen de l’électrum,oude l’or en feuilles, ou en poudre (coquille d’or).
Il s'agirait donc en fait d’un procédé d’argenture apparente ducuivre, précédant une dorure superficielle : ce qui est conforme aux analogies tirées du Papyrus de Leïde. (Zntrod., Ὁ. 56.)
5. Traitez la pyrite d'argent, que l’on nomme aussi sidérite, suivant l’usage, de manière à la rendre fluide. Or, on la rendra fluide au moyen de la litharge grise, ou de la blanche, ou au moyen de l’antimoine d’Italie. Puis saupoudrez avec du plomb {je ne dis pas simplement avec du plomb, pour que vous ne fassiez pas d’erreur, mais avec le plomb de Coptos) et avec notre litharge noire, ou comme vous l’entendrez. Faites chauffer, puis mettez dans la matière du jaune factice et teignez (1). La nature jouit de la nature.
6. Traitez la pyrite jusqu’à ce qu’elle devienne incombustible (2), après ayoir perdu sa couleur noire. Traitez-la avec la saumure, ou avec l'urine non corrompue, ou avec l’eau de mer, ou avec l’oxymel, ou comme vous l’entendrez, et faites cuire jusqu’à ce qu’elle devienne pareille aux paillettes d’or qui n’ont pas subi l’action du feu. Cela réalisé, mêlez-y du soufre apyre ou de l’alun jaune, ou de l’ocre attique, ou ce qui vous conviendra. Puis ajoutez de l'argent, pour avoir de l'or; et de l'or, pour avoir la coquille d’or. La nature domine la nature (3).
7. Fabrication de l'or jaune.— Prenant du claudianos (4), rendez-lebrillant et traitez-le selon l'usage, jusqu’à ce qu'il devienne jaune. Par conséquent jaunissez-le (pour jaunir je ne parle pas de la pierre, mais de la partieutile de la pierre) (5). Or vous jaunirez avec l’alun décomposé, avec le soufre, ou avec l’arsenic, ou avec la sandaraque, ou avec le calcaire, ou avec ce que vous voudrez. Et si vous ajoutez ce composé à l’argent, vous obtiendrez de l'or ; si vous l’ajoutez à l'or, vous obtiendrez de la coquille d’or (6). La
nature victorieuse domine la nature.
mant du chlorure de sodium. Finalement, on prépare un alliage couleur
(1) Cette recette paraît signifier que l’on doit traiter un minerai d’argent
(argent sulfuré, couleur gris d’acier) par la litharge et le plomb (ou lanti.
moine), de façon à obtenir un alliage; puis on colore cet alliage en jaune, à l’aide d’une matière non définie ici.
(2) C'est-à-dire grillez, jusqu'a désulfuration et disparition de la couleur gris d’acier du sulfure d'argent, ou analogue.
(3) Cette recette paraît exprimer le grillage de la pyrite argentifère, suivie de traitements par des liqueurs renfer-
d’or, et renfermant soit de l'argent, soit une certaine dose d’or, associés au cuivre et à d’autres métaux.
(4) Alliage du plomb avec le cuivre, l’étain, le zinc, etc. (Zntrod., p. 244, et Lexique, p. 10).
(5) Glose d’un copiste, intercalée dans le texte.
(6)Cette recette a pour objet la fabrication d’unalliage couleur d’or, avec le concours de l’arsenic (/ntrod., p. 67).
43 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
8. Rendez le cinabre (1) blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre, ou du miel, ou de la saumure, ou de l’alun (2); puis jaune au moyen du misy, ou du sory (3), ou de la couperose, ou du soufre apyre, ou comme vous l’'entendrez. Jetez (le mélange) sur de l’argent et vous obtiendrez de l’or, si vous avez opéré la teinture en vue de l’or; ou de l’électrum, si vous avez opéré sur du cuivre (4). La nature jouit de la nature.
9. Faites blanchir selon l'usage la cadmie de Chypre, je parle de celle qui a été affinée. Ensuite faites-la jaunir ; or vous la jaunirez avec de la bile de veau, ou de la térébenthine, ou de l'huile de ricin, ou de raifort, ou avec des jaunes d’œufs, toutes substances pouvant la jaunir : puis jetez le mélange sur de l'or. Car l'or s'obtiendra au moyen de l'or et de la liqueur d’or. La nature triomphe dela nature (5).
10. Traitez l’androdamas (6) avec du vin âpre au goût, ou de l’eau de mer, ou de l'urine, ou de la saumure, toutes substances pouvantéteindre sa force naturelle. Délayez avec de l’antimoine de Chalcédoine, puis traitez de nouveau avec de l'eau de mer, ou de la saumure pure, ou mêlée de vinaigre. Lavez jusqu’à ce que la couleur noire de l’antimoine ait disparu (7). Faites griller ou cuire, jusqu'à ce que la matière ait jauni (8); puis faites bouillir dans l’eau du soufre natif (0). Jetez sur l'argent et, lorsque vous aurez mis du
soufreapyre,vousobtiendrez delaliqueur d’or(ro). Lanaturedominela nature.
(1) S'agit-il du sulfure de mercure, ou bien du minium καὶ (V. Introd., p. 244).
(2) Un commentateur du xve siècle a écrit en marge une interprétation mystique. « L’alun, et l’éther, et le mercure, et le cuivre sans ombre. »
(3) Minerais de cuivre. Voir /ntrod., Ρ. 242.
(4) Dans cette recette, il s’agit d’un vernis couleur d’or (Zntrod., p. 50).
(5) C’est une recette de vernis pour teindre superficiellement en or; oupour modifier la couleur d’un objet d’or.
(6) D’après le Lexique, p. 9 : Pyrite etarsenic, c'est-à-dire pyrite arsenicale.
M et À mettent er marge le signe de l'or, qui se rappo ‘a couleur de ces substances : du moins à l’origine de ces
recettes, et tant qu'elles ont eu un caractère pratique ; car plus tard les commentateurs les ont entendues dans un sens mystique.
(7) Les sulfures métalliques sont changés par là, en vertu d’une oxydation lente, en oxysulfures, et sels basiques.
(8) Formation d’oxysulfures.
(9) Polysulfure de calcium, ou analogue, d’après le papyrus de Leiïde.
(Introd., p. 68). Maïs le sens du mot est plus compréhensif d’après le Lexique, Ὁ. 8 et 9.
(10) C'est-à-dire teignant l'argent en or, par une sulfuration superficielle. — Une recette analogue se trouve dansle papyrus de Leide, à la suite de l’article sur l’eau de soufre (/ntrod., Ὁ. 47).
11. Prenant de la terre blanche, j'entends celle que l’on tire de la céruse, et des scories d’argent (τὴ, ou de l’antimoine d'Italie: puis de la magnésie, ou encore de la litharge blanche, faites blanchir. Or vous faites blanchir (cette terre) avec de l’eau de mer ou de la saumure adoucie, ou de l’eau du ciel : j'entends en l’exposant à la roséç et au soleil, de facon que (cette terre) réduite en poudre devienne blanche comme la céruse. Faites fondre et mettez de la fleur de cuivre (2) et de la rouille raclée (je parle de cellequi a subi letraitement); ou bien du cuivre brûlé très altéré, ou de la chalcite; et jetez-y du bleu (3), jusqu’à ce que la matière devienne solide et compacte, effet qui sera facilement obtenu. Ce que l’on obtient ainsi, c'est le molybdochalque (4). Assurez-vous si le produit est d’une teinte claire: s’il n’en est pas ainsi, ne vous en prenez pas au cuivre, mais plutôtà vous-même, vu que vous n’aurez pas fait une bonne opération. Préparez donc un métal de teinte claire, divisez-le et ajoutez les substances capables de le jaunir ; cuisez, jusqu’à ce que la couleur jaune soit obtenue. Ajoutez-en dans toute espèce de corps métallique, ; car le cuivre de teinte claire, en devenant jaune, teint toute espèce de corps (5). La nature triomphe de la nature.
12. Délayez avec du soufre apyre, du sory et de la couperose. Le sory est une matière bleuâtre, rugueuse, que l’on trouve toujours dans le misy:on l’appelle couperose verte (6j. Faites le cuire sur un feu modéré pendant trois jours, jusqu’à ce qu'il devienne jaune (7). Jetez-le sur le cuivre, ousur l'argent fabriqué par nous, et vous aurez de l’or (8).
Déposez le métal réduit en feuilles dans du vinaigre, de la couperose, du misy, de l’alun, du sel de Cappadoce, du natron roux, ou ce que vous
voudrez, pendant trois ou cinq ou six jours, jusqu’à ce qu’il se forme de la
(1) Après coupellation.
(2) Voir Dioscoripe, Mat. méd., V,S88, — Ce mot désigne un protoxyde de cuivre impur et des sous-sels. (Zntrod., Ῥ- 232).
(3) Azurite, hydrocarbonate de cuivre ou corps analogues. (/ntrod., p. 243).
(4) Alliage de cuivre et de plomb (parfois avec antimoine, etc). — Ce qui précède en décrit la préparation avec assez de clarté.
(5) Ceci est une recette d’alliage jaune (bronze ou laiton), à base de cuivre et de plomb (et d’antimoine).
(6) Sulfate de protoxyde de fer, probablement mêlé de sulfate de cuivre.
(7) Le sulfate de fer se change ainsi en sel basique de peroxyde.
(8) C'est-à-dire que le métal sera teint à la surface d’une couleur dorée.
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rouille, puis teignez (1). Car la couperose fait de l’or avec la rouille. La nature jouit de la nature.
13. Mélange pour la teinture. Traitez la chrysocolle de Macédoine (2), qui ressemble à la rouille de cuivre, en (la) délayant dans l’urine de génisse, jusqu’à ce qu'elle soit transformée. Car la nature est cachée à l’intérieur (des substances). Quand la chrysocolle sera transformée, plongez la dans l'huile de ricin, en faisant passer au feu à plusieurs reprises et en teignant. Ensuite mettez cuire avec de l’alun, après avoir préalablement délayé avec du misy, ou du soufre apyre; jaunissez et teignez tout le métal en or (3).
14. Ὁ natures productrices des natures (4), ὃ natures majestueuses qui
triomphez des natures par les transformations, ὃ natures qui charmez les natures d'une façon surnaturelle ! Telles sontdonc les choses qui concernent Ja grande nature. [1 n’y a pas d’autres natures supérieures à celles-ci, dans les teintures ; il n’en est pas d’égales, ni d’inférieures. Toutes ces choses sont exécutées au moyen de la dissolution. O mes confrères en prophétie, je sais que vous n’avez pas été enclins à l’incrédulité, mais à l’étonnement; car vous connaissez la puissance de la matière. Tandis que les jeunes gens sont embarrassés et n’ajoutent pas foi à ce qui est écrit, parce qu'ils sont dominés par leur ignorance de la matière; ne sachant pas que les enfants des médecins, lorsqu'ils veulent préparer un médicament propre à guérir, n’entreprennent pas de le faire avec un élan inconsidéré; mais ils essaient d’abord quelle substance est chaude, quelle autre réunie à celleci opère un mélange moyen; quelle substance est froide ou humide, et dans quelle condition elle doit être pour favoriser un mélange moyen. Et c’est de cette façon qu’ils préparent le médicament qu'ils destinent à la guérison.
15. Mais ceux-ci, qui se proposent de préparer la cure de l’âme et la délivrance de toute peine, ne s’apercoivent pas qu’ils serontembarrassés en procé-
dant par un élan dénué de discernement etde raison. En effet, croyant quenous
(1) Cette phrase se rapporte à une autre recette, probablement celle de l'affinage de l'or par voie sèche. (V. Introd., p. 14 à 16.)
(2) Chrysocolle signifie à la fois alliage d'or pour soudure, et ma-
lachite. (V. Introduction, page 245.) (3) [1 semble qu'il s'agisse d’un affinage superficiel, par cémentation de l'alliage d’or.
(4) Le charlatan enthousiaste reparaît
tenons des discours fabuleux et non symboliques, ils ne font aucune épreuve des espèces : de manière à voir par exemple si telle espèce est bonne pour nettoyer, telle autre accessoire ; telle bonne pour teindre, telle pour produire la combinaison complète ; si telle convient pour donner du brillant; tandis que telle autre est à éviter par rapport au brillant. Ils ne cherchent pas si telle substance ressortira du fond (de la matière teinte); si telle autre résistera au feu, et si telle autre par son adjonction rendra le corps plus résistant au feu. Ainsi, par exemple, comment le sel nettoie la surface du cuivre et même ses parties internes ; etcomment il rouille (1)les parties externes, après le décapage, et même les parties internes. Etensuite, comment le mercure blanchit les parties externes du chrysochalque et les nettoie, et comment il blanchit les parties internes ; comment il est éliminé à la surface et comment il sera éliminé des parties internes. Si les jeunes gens étaient exercés dans ces matières, ils n'échoueraient pas dans les préparations entreprises précipitamment. Car ils ne savent pas qu'une seule espèce transforme jusqu’à dix espèces de natures contraires. En effet une goutte d’huile suffit à faire disparaître une grande quantité de pourpre, et un peu de soufre peut brûler beaucoup d'espèces. Voilà ce que nous avions à dire sur les substances sèches, et comment il faut donner son attention à ce qui est écrit.
16. Maintenant, parlons des liqueurs. Prenant de la rhubarbe pontique, broyez-la dans du vin aminéen de saveur âpre. Amenez en consistance cireuse, étendez sur la feuille d’argent (2), afin de produire l'or (3). Donnez l'épaisseur de l’ongle et servez-vous d’une couche encore plus mince de la préparation ; placez-la dans un vase neuf, luté de toutes parts; faites chauffer doucement jusqu’à pénétration jusqu’au centre de la feuille. Puis mettez la feuille métallique (4) dans le reste de la préparation.
Délayez dans le vin prescrit pour cet usage, jusqu’à cequelaliqueur s’épais-
sisse. Mettez-y aussitôt la feuille, avant qu’ellene soit encore refroidie. Laissez
(1) Par une action immédiate, il dé- | à sa surface (v. Papyrus de Leide et
cape ; tandis que par un contact et une action prolongés, il détermine la formation d’une rouille (oxychlorure de cuivre). Tout ceci est assez clair.
(2) Il s’agit ici de teindre en or l’argent (μήνη), à l’aide d’une couleur appliquée
Introduction, p. 6). Il en est de même du procédé suivant.
(3) C'est-à-dire la couleur d’or superficielle, ou vernis.
(4) Que vous voulez teindre.
l’imbibition se faire. Puis prenant (la feuille), fondez etvous trouverez de l’or.
Si la rhubarbe est ancienne, mêlez-y une égale quantité de chélidoine, que vous aurez préalablement macérée selon l’usage; en effet la chélidoine a de l’affinité pour la rhubarbe. La nature jouit de la nature.
17. Prenez du safran de Cilicie (1); délayez les fleurs de safran dans le jus de la vigne prescrit pour cet usage et faites une liqueur, à la manière ordinaire. Trempez-y l'argent en feuilles, jusqu’à ce que la couleur vous plaise. Et si c’est une feuille de cuivre, cela vaudra mieux : purifiez le cuivre au préalable, suivant l’usage. Puis prenant de la plante aristoloche, deux parties ; du safran et de la chélidoine, une dose double : mettez en consistance de cire et, après avoir enduit la feuille, travaillez suivant la première marche : vous serez surpris du résultat.
En effet le safran de Cilicie a la même action que le mercure; comme le cassia a la même action que la cannelle. La nature triomphe de la nature.
18. Prenant notre plomb rendu peu fusible (2), au moyen de la terre de Chio, de la pierre de Paros et de l’alun; faites-le fondre sur un feu de paille et projetez sur de la pyrite.
Prenez (d'autre part) le safran, le carthame, la fleur d’œchomène (3), la chélidoine, le marc de safranet l’aristoloche; délayez-les dans du vinaigre très fort et faites une liqueur, suivant l’usage; puis laissez le plomb s’imbiber dans de la rhubarbe, et vous trouverez de l'or (4). Que la composition contienne aussi un peu de soufre. La nature domine la nature.
19. Cette matière de la Chrysopée, accomplie par des opérations naturelles, est celle de Pamménès, qui l’enseigna aux prêtres en Egypte. Or ne vous étonnez pas si une seule espèce accomplit un tel mystère (5). Ne savez-vous
pas que la multiplicité des préparations, même avec beaucoup de temps et
(1) Dans les ms. A etB il y a au-dessus la Chimie de Moïse (publiée plus loin). le signe du mercure (arsenic métallique). (2) Voir Introd., p. 28, τὴ recette du Peut-être s'agit-il d'un composé arseni- Papyrus de Leide; — p. 35, 24° recette; cal. En effet le mot safran a été appliqué p. 44, 845 recette. jusqu’à notre temps à divers composés (3) Echomène dans le Lexique. — minéraux jaunes : safran de Mars signi- Basilic ὃ — (Lexique, p. ὃ. note). fie un oxyde ou sel basique de fer ; safran (4) C’est encore une recette pour verdes métaux, un oxysulfure d’antimoine. nirencouleur d’orlasurface des métaux.
—- Misy cru signifie aussi safran, d’après | (5) Voir I, xv, p. 37.
de peine, ne ressoude pas la fracture du fer; tandis que l’excrément humain (1ὴ y réussit aussitôt. Dans les maladies qui exigent l'emploi des caustiques, la multiplicité des remèdes ne sert à rien; tandis que la chaux vive seule, mise en œuvre convenablement, guérit la maladie. Souvent la variété des traitements dans l’ophthalmie a pour effet de faire du mal; tandis que le nerprun épineux est une plante qui réussit bien, dans toute affection de ce genre. Il faut donc dédaigner cet ensemble de matières vaines et intempestives et se servir des seules substances naturelles {(convenables) (2). Maintenant jugez d’après cela si quelqu'un peut accomplir l'œuvre, sans les natures exposées précédemment. Mais si l’on ne peut rien faire sans elles, pourquoi aimons-nous cette fantaisie de matières diverses ? Pourquoi, chez nous, ce concours de nombreuses espèces tendant au même résultat, étant donné qu’une seule nature triomphe du Tout ?
Voyons la composition des espèces, en vue de l’Argyropée.
FABRICATION DE L'ASÈM (3)
20. Fixezsuivantl'usage le mercure (4) tiré de l’arsenic ou de la sandaraque,
ou préparé comme vousl’entendrez; projetez (le) sur le cuivre et le fer (5)traité
par le soufre, et le métal deviendra blanc (6).
Le même effet est produit par la magnésie blanchie (7), l’arsenic (δ)
(1) Il s’agit de quelque recette pour raccommoder le fer.
(2) Note du xive siècle dans M, au bas de la page : «La lie brûlée avec le sel a la même vertu que le borax pour la soudure.
Pour braser (?) : le soufre et l'urine, et le vinaigre et l’ail, un peu de sel et un peu d’eau ».
Suit une troisième recette, avec des mots barbares.
(3) Ce titre, comparé à la phrase précédente, tend à identifier l’asèm avec l'argent; ce qui est en effet le sens moderne du mot ἄσημος. Mais à l’origine l’asèm était un alliage spécial, intermédiaireentrel’or et l'argent, etanalogue à l’électrum.—(/ntrod., p. 62.)
(4) Le mot mercure signifie ici notre arsenicsublimé. (/ntrod., p. 99 et 230.)
(5) Leçon de A B : « mettez du cuivre dans du fer... ».
(6) Cette recette répond au blanchiment d'un alliage cuivreux par les composés arsenicaux. — La suivante est plus obscure; mais elle paraît avoir le même sens. — En raison de ce blanchiment, on croyait que les composés arsenicaux contenaient une espèce de mercure. (Introd., p.90.)
(7) Signe du cinabre au-dessus, dans M. S'agit-il d’un amalgame? (Voir Introd., p. 255.)
(8) Signe de l’or au-dessus, M. Est-ce l’arsenic couleur d’or (orpiment)?
transformé (1), la cadmie calcinée, la sandaraque (2) apyre (3), la pyrite bian< chie (4), et la céruse (5) cuite avec du soufre. Vous amollirez le fer en y mettant de la magnésie, ou du soufre (6), moitié moins, ou de la pierre magnétique en petite quantité; car la pierre magnétique a de l’affinité pour le fer. La nature charme la nature.
21. Prenant la vapeur (7) décrite précédemment, faites la cuire dans l'huile de ricin (8) ou de raifort, avecaddition d’un peu d’alun. Puis prenant de l’étain, purifiez avec du soufre suivant l’usage, ou avec de la pyrite (9), ou comme vous l’entendrez. Incorporez avec la vapeur (mercurielle) et faites le mélange. Mettez cuire sur une flamme enveloppante, et vous trouverez un produit analogue à la céruse. Cette préparation blanchit toute sorte de corps (métalliques). Mêlez-y dans les projections la terre de Chio (το), ou l’astérite, ou la sélénite, ou ce que vous voudrez; car la sélénite mêlée au mercure blanchit toute sorte de corps. La nature triomphe de la nature (1 1]. ᾿
22. Magnésie blanche (12) : blanchissez-la avec de la saumure et de l’alun lamelleux, dans de l’eau de mer (13); ou dans unjusnaturel, je parle du jus de citron; ou bien dans la vapeur de soufre. Car la fumée du soufre étant blanche, blanchit tout. Quelques-uns disent aussi que la fumée des cobathia (14) blanchit (la magnésie ?) Mêlez-y après le blanchiment une quantité égale
de lie, afin qu’elle devienne très blanche. Après avoir pris 4 onces de cuivre
1) Par grillage. Signe de l'argent au- 8) Au-dessus, le signe du soufre, M. δ Oo D Oo 3 δ
dessus, M.
(2) Les deux signes (PI. I, 1. 17; Introd., p. 108) du sel ammoniac, audessus des mots cadmie et sandaraque, MA
(3) Au-dessus, le mot «exact», M. Ce quisembleindiquerque les signes précédents représentent une variante de la recette, par interprétation.
(4) Au-dessus, le signe du cinabre,M.
(5) Au-dessus, le signe du mercure,M.
(6) Au-dessus, le mot «exact » dans M.
(7) Dans A et B à la place de νεφέλην, le signe du mercure. Est-ce le mercure ?
ou l'arsenic ἢ
(o) Au-dessus, le signe de l’or, M. — Pvrite couleur d’or.
(10) Au-dessus, le signe du cinabre, M.
(11) Cette recette répond à la préparation d’une composition propre à blanchir les métaux par amalgamation superficielle. — Voir papyrus X de Leide, recette n° 86. (/ntrod., p. 46.)
(12) Signe du cinabre au-dessus, M.
(13) Au-dessus, le signe du mercure,M.
(14) Vapeurs des sulfures arsenicaux (grillés), d’après le Lexique, p. 10.
(Introd., p. 245.)