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IV. — Recettes du Pseudo-Démocrite

Pour achever de caractériser ces colorations de métaux en or et en argent, ainsi que toute l’industrie des orfèvres et métallurgistes égyptiens qui a donné naissance à l’Alchimie, il semble utile de donner les recettes des premiers alchimistes eux-mêmes. J'en ai déjà reproduit quelques-unes (p. 59, 61, 62, 64, 65, 67). Les plus vieilles de ces recettes sont exposées dans le Traité du Pseudo-Démocrite, intitulé Physica et Mystica ; je les ai étudiées et j'ai réussi à en tirer un sens positif, à peu près aussi clair que pour les procédés décris par Pline ou Dioscoride. Or leur comparaison fournit les résultats les plus dignes d'intérêt.

Après un fragment technique sur la teinture en pourpre et un récit d'évocation, ce Traité poursuit ipar deux Chapitres, l’un sur la Chrysopée ou art de faire de l’or ; l’autre sur la fabrication de l’asèm, assimilée à l’art de faire de l’argent. Ces deux Chapitres sont en réalité des collections de recettes ayant le même caractère pratique, c’est-à-dire relatives tant à la préparation de métaux teints superficiellement, qu'à celle d’or et d’alliages d'argent. Les recettes mêmes sont comparables de tous points à celles du papyrus de Leide, à cela près que chacune d'elles se termine par les refrains mystiques : La nature triomphe de la nature; la nature jouit de la nature; la nature domine la nature, etc. Cependantil n’y a ni magie, ni mystère dans

le corps même des recettes. Donnons-en le résumé en quelques lignes.

ART DE FAIRE DE L'OR. — Première recette. — On éteint le mercure, en

l'alliant avec un autre métal ; ou bien en l’unissant au soufre, ou au sulfure

d’arsenic ; ou bien en l’associant avec certaines matières terreuses. On étend cette pâte sur du cuivre pour le blanchir. En ajoutant de l'électrum ou de l’or en poudre, on obtient un métal coloré en or. Dans une variante, on blanchit le cuivre au moyen des composés arsénicaux, ou du cinabre décomposé. Il s’agit donc, en somme, d’un procédé d’argenture apparente du

cuivre, précédant une dorure superficielle.

Deuxième recette. — On traite le sulfure d'argent naturel par la litharge de plomb, ou par l’antimoine, de façon à obtenir unalliage: et l'on coloreen

jaune par une matière non définie.

Troisième recette. — On grille la pyrite cuivreuse, on la fait digérer avec des solutions de sel marin, etl’on prépareunalliage avec de l'argent ou de l'or. Le claudianon {alliage de cuivre, d'étain et de plomb avec le zinc) est

jauni par le soufre, ou l’arsenic, puis allié à l'argent ou à l'or.

Quatrièmerecette.— Le cinabre, décomposé par divers traitements, teint

l'argent en or, le cuivre en électrum.

Cinquième recette. — On prépare un vernis jaune d’or avec la cadmie, ou la bile de veau, ou la térébenthine, ou l'huile de ricin, ou le jaune d'œuf (v. p. 56, 58, 59).

Sixième recette. — On teint l'argent en or, par une sulfuration superfcielte, obtenue au moyen de certaines pyrites, ou de l’antimoine oxydé, joints

à l’eau de soufre (polysulfure de calcium) et au soufre même.

Septième recette. — On prépare d’abord un alliage de cuivre et de plomb

{molybdochalque) et on le jaunit, de facon à obtenir un métal couleur d'or.

Huitième recette. — On teint le cuivre et l’argent à la surface en jaune, au moyen de la couperose verte altérée. Puis vient une recette d’affinage de

l'or, rappelant le cément royal.

Neuvième recette. — Même recette appliquée à la cémentation superfcielle, qui donne aux parties extérieures du métal les caractères de l'or.

Vient après une petite déclamation de l’auteur sur les phénomènes chi-

miques et sur la nature de sa science; puis trois recettes de vernis, pour teindre en or par digestion avec certains mélanges de substances végétales, safran, chélidoine, carthame, etc., recettes qui rappellent le procédé tiré du Manuel Roret, que j'ai exposé plus haut (p. 60). L'auteur dit finalement : «Cette matière de la Chrysopée accomplie par des opérations naturelles est

celle de Pamménès, qu'il enseignait aux prêtres en Egypte. »

ART DE FAIRE DE L'ASÈM. — [l expose ensuite la fabrication de l’asèm, ou

Argyropée (c’est-à-dire l’art de faire de l'argent).

Première recette — On blanchit le cuivre par les composés volatils de l’arsenic; cette action opérée par sublimation étant assimilée à celle du

mercure [1].

Deuxième recette. — Le mercure sublimé est éteint avec de l’étain, du

soufre et divers autres ingrédients; et l’on s’en sert pour blanchir les métaux.

Troisième recette. — Analogue à la précédente et appliquée à un alliage

de cuivre, d'orichalque et d’étain.

Quatrième recette. — Sulfure d’arsenic et soufre employés pour blanchir

et modifier les métaux.

Cinquième recette. — Préparation d’un elliage blanc à base de plomb.

Sixième recette. — C'est un simple vernis superficiel pour donner au cui-, vre, au plomb, au fer, l'apparence de l'argent; ce vernis étant fixé par décoc-

tion et enduits sans l’action du feu (v. p. 52).

Septième recette. — Elle représente une teinture par amalgamation, et la δὲ recette un simple vernis. :

On voit que toutes ces recettes du Pseudo-Démocrite et d'Olympiodore, aussi bien que celles du papyrus de Leiïde, sont réelles, positives, sans mé-

lange de chimère. Plus tard sont venus les philosophes et les commenta-

(1) De là, l'idée des deux mercures, | nic, qui se trouve souvent chez les all’un tiré du cinabre, l’autre de l’arse chimistes.

teurs, étrangers à la pratique et animés d’espérances mystiques, qui ont jeté une grande confusion dans la question. Mais le point de départ est beaucoup plus clair, comme le montrent les textes que je viens analyser.

J'ai cru utile de développer cette étude de l’asèm, parce qu’elle est nouvelle et parce qu’elle jette beaucoup de lumière sur les idées des Égÿptiens du IIIe siècle de notre ère, relativement à la constitution des métaux. On voit en effet qu'il n'existe pas moins de douze ou treize alliages distincts, désignés sous ce même nom d'asèm, alliages renfermant de l'or, de l'argent, du cuivre, de l’étain, du plomb, du zinc, de l’arsenic. Leur caractéristique commune était de former la transition entre l’or et l’argent, dans la fabrication des objets d’orfèvrerie. Rien n’était plus propice qu’une semblable confusion pour donner des facilités à la fraude : aussi a-t-elle dû être entretenue soigneusement par les opérateurs. Maïs, par un retour facile à concevoir, elle a passé des produits traités dans les opérations jusqu’à l'esprit des opérateurs eux-mêmes. Les théories des écoles philosophiques sur la matière première, identique dans tous les corps, mais recevant sa forme actuelle de l’adjonction des qualités fondamentales exprimées par les quatre éléments, ont encouragé et excité cette confusion. C’est ainsi que les ouvriers habitués à composer des alliages simulant l'or et l'argent, parfois avec une perfection telle qu'eux-mêmes s’y trompaient, ont fini par croire à la possibilité de fabriquer effectivement ces métaux de toutes pièces, à l'aide de certaines combinaisons d’alliages, et de certains tours de main, complétés par l’aide des puissances surnaturelles, maitresses souveraines de toutes les transformations.

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