‹ Collection des anciens alchimistes grecsChapitre 93 sur 218 · Synésius sur les songes · texte numérisé non relu

Synésius sur les songes

Cette liste est fort étrange, dans la forme même donnée par Miller. C’est un mélange de mots grecs, de mots latins et de mots français traduits du grec; mélange dont on ne comprend pas bien l'utilité, si les titres ont été

relevés fidèlement par Miller. Les mots traduits contiennent eux-mêmes de singuliers contresens. Par exemple, à l’article (2), au lieu de Modeste d'Hagiopolis, ily a dans la vieille liste grecque de Saint-Marc : Μόδεστον ἱέραρχον τῆς ἁγίας πόλεως : Modestus, préfet de la ville sacrée, c'est-à-dire de Constantinople.

L'article (18) porte: scholies de Synésius sur la physique de Démocrite: ces derniers mots traduisent τὰ φυσιχὰ, dont le sens est tout différent.

De même à l’article 44 il ne s’agit pas de « poètes », mais de chimistes opérateurs (ποιητῶν). Il semble que Miller ait copié un vieux catalogue, dû à un auteur qui ne savait pas bien le grec, sans se donner la peine de le refaire lui-même.

Si nous examinons la liste en elle-même, nous la trouvons, comme titres et ordre relatif (sauf légères variantes), parfaitement conforme à la vieille liste qui se trouve en tête du manuscrit de Saint-Marc (fol. 2 à 5), liste que j'ai transcrite dans l’un des articles précédents {p. 174). Or le contenu actuel du manuscrit de Saint-Marc ne concorde pas avec cette liste, ni comme matière, ni comme ordre relatif.

Ces détails étant donnés, une question capitale se présente : le manuscrit de l'Escurial renferme-t-il réellement, comme le catalogue de Miller semblerait l'indiquer, six à huit traités qui manquent dans tous les autres? La question avait beaucoup d'importance pour la présente publication.

J'aurais désiré la vider en examinant moi-même le manuscrit de l'Escurial. Mais le prêt à l’étranger, d’après ce qui m'a été répondu, est absolument interdit aux bibliothèques espagnoles. Heureusement j'ai pu y suppléer et résoudre complètement la question, grâce à l’obligeance de notre ambassadeur, de M. de Laboulaye, et de l’un des secrétaires de l’ambassade, M. de Loynes. Je lui αἱ adressé les titres exacts, en grec et en latin, des 18 premiers articles de la vieille liste de Saint-Marc, avec prière de vérifier s’ils existaient dans le manuscrit de l’Escurial; et, dans ce cas, de relever la première et la dernière ligne de chacun d’eux ; enfin de rechercher dans la 09° leçon un passage caractéristique, celui où la lecon de Stéphanus est interrompue brusquement dans le manuscrit de Saint-Marc, sans aucun indice apparent

de solution de continuité; le manuscrit donnant à la suite la fin du dialogue

des philosophes et de Cléopâtre. Cette lacuneet cette juxtaposition font suite, comme je l’ai dit plus haut (p. 182) aux mots : χαὶ ἕχαστον αὐτῶν ἐν τῇ γῇ

χέχρυπται ἐν τῇ ἰδίᾳ δόξῃ. et la suite débute aussitôt par : χαὶ ὑμεῖς, © φίλοι, ὅταν τὴν τέχνην ταύτην τὴν περιχαλῇ βούλεσθε...

M. de Loynes a eu l’obligeance de passer deux jours ἃ l’Escurial pour faire cette vérification et cette recherche.

I] ἃ transcrit exactement les 17 premiers articles du catalogue grec placé en tête du manuscrit W-I-13, catalogue qui se trouve exactement conforme à la vieille liste de Saint-Marc, tel que je l'ai reproduit ci-dessus (p. 174) : la traduction donnée par Miller est donc incorrecte. Puis il a relevé les neuf leçons et la lettre de Stéphanus, en en transcrivant le titre, la première ligne, la dernière ligne et en indiquant le nombre des folios de chacune d'elles : le tout concorde très exactement avec le texte du manuscrit de Saint-Marc, sauf quelques variantes d'orthographe sans importance. Les 10 premiers numéros étant ainsi reconnus identiques, M. de Loynes a vérifié que les huit numéros suivants de la vieille liste (n°s 12 à 18 de la p. 174) manquent absolument dans le manuscrit de l’Escurial. La dernière ligne de la dernière leçon de Stéphanus s'y trouve suivie immédiatement par le poème d’Héliodore, lequel forme notre numéro 19 : le titre, le premier et le dernier vers ont été relevés.

Les traités disparus dans le manuscrit de Saint-Marc n’existent donc pas davantage dans le manuscrit de l’Escurial.

Ce n’est pastout: la lacuneetla juxtaposition finales de la 9° leçon de Stéphanus se retrouvent exactement, avec les mêmes mots, dans le manuscrit de VEscurial ; ce dernier poursuit de même, sur une étendue comparable, et la 98 lecon se termine, par les mêmes mots : ἐνταῦθα γὰρ τῆς orAccoclas ἣ τέχνη πεπλήρωτα! (1).

Il y a plus : en marge, après les mots ἰδία £n du manuscrit de l’Escurial, il existe un renvoi d’une autre écriture, postérieure au manuscrit, lequel contientles mots suivants, que M. de Loynes a eu l’obligeance de décalquer surun papier transparent : ἐντεῦθεν ἄρχεται τὰ χομαρίου τοῦ φιλοσόφου χαὶ ἀρχιέρεως

διδάσχοντος χλεοπάτρας; c'est-à-dire « ici commence l'écrit de Comarius, philo-

(1) Voir page 182.

sophe et grand prêtre, maître de Cléopâtre ». Quelqu'un des lecteurs du manuscrit s'était donc aperçu de la lacune et de la juxtaposition ; probablement d’après l’autre manuscrit, copié, ainsi que je l’ai dit, d’après le 2327, où cette lacune n'existe pas.

La question de savoir si les manuscrits de l’Escurial ont une valeur originale et renferment quelque traité perdu, qui n'aurait pas subsisté ailleurs, est donc ainsi vidée. En fait, l’un de ces manuscrits est une copie du 2327 et l’autre, une copie du manuscrit de Saint-Marc.

NV. — Manuscrits alchimiques grecs du Vatican et des Bibliothèques de Rome.

Ces manuscrits ont été en 1885 l’objet d’un examen détaillé par mon fils André Berthelot, membre de l'École française de Rome, examen consigné dans un rapport publié cette année dans les Archives des Missions scientifiques (3° série, τ. XIII, p. S19 à 854). J’en extrais les indications suivantes. Le principal manuscrit est à la bibliothèque du Vatican. Il porte le numéro 1174. 1] est écrit sur papier et parait être du xv° siècle. Il comprend 155 folios, de 21 à 22 lignes à la page. 100 folios seulement appartiennent au texte original; 18 ont été recopiés à une époque tout a fait récente. Il a beaucoup souffert et renferme de graves lacunes, dont certaines ont été comblées par Angelo Maï, au xixe siècle. Plusieurs folios ont été ajoutés.

Ce manuscrit a été connu par Leo Allatius, dans son état originel et il formait probablement l’une des bases du projet (non exécuté) que ce savant avait formé, relativement à la publication des manuscrits alchimiques grecs. Les traités qu’il renferme sont les mêmes que ceux des autres manuscrits, mais avec des différences très notables dans l’ordre relatif. En outre, il a été mutilé. Il y manque une partie de Zosime, de Stéphanus, des poètes, ainsi que les traités de Comarius, Pélage, Sophé, Ostanès, etc.

Il comprend:

Ι εἰ IIT. — Les Physica et mystica de Démocrite, en deux fragments distincts; la teinture en pourpre (fol. 33 à 35) étant séparée du reste (fol. τὰ ro).

IT et X.— Deux fragments d’Olympiodore (fol. 11 à 33 etfol. 71 à 73). Le second fragment forme le début du traité, tel qu’il existe dans le manuscrit

de Saint-Marc. Entre deux, ilmanque trois paragraphes [χρυσόχολλα, πίνος πρῶτος, πίνος δεύτερος

ΤΥ. — Un traité de l’'Anonyme dédié à l’empereur Théodose, sur l’œuf (fol. 35 à 42). Le nom de de Théodose ne figure pas dans le manuscrit de Saint-Marc.

V.— Un traité de Zosime sur les fourneaux (fol. 42 et suiv.). La fin a disparu. Il est interrompu après ces mots : « Marie a décrit beaucoup d’appareils, non destinés à la distillation des eaux; mais elle a donné beaucoup de figures de kérotakis et d'appareïls de fourneaux (1). »

VI. — Un fragment intercalaire (fol. 45 à 49), transcrit plus récemment.

VII et IX. — La neuvième leçon de Stephanus (fol. 54 à 68), avec la même lacune que dans le manuscrit de Saint-Marc). Le texte est à peu près conforme à celui d’Ideler, avec addition finale des mots ἐνταῦθα γὰρ τῆς φιλοσοφίας ἡ τέχνη πεπλήρωται. La finale et la lacune (7°, p. 182) sont caractéristiques. La fin de la lettre de Stéphanus à Théodose (fol. 70), complétée de la main d’Angelo Maï, forme le IX.

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