‹ Collection des anciens alchimistes grecsChapitre 97 sur 218 · X. — Manuscrits alchimiques de Leide · texte numérisé non relu

X. — Manuscrits alchimiques de Leide

Il existe à Leide des manuscrits alchimiques grecs, signalés par divers auteurs et dont il n’a paru utile de prendre une connaissance plus approfondie. Mon fils, André Berthelot, déjà préparé par l'examen des manuscrits du Vatican, et des bibliothèques allemandes (p. 191 et 193), s’est chargé de ce travail. Je vais en donner le résumé.

Il y a deux manuscrits alchimiques grecs de quelque importance à Leide, lunintitulé : Codex Vossianus Græcus, n° 47, in-4°, 72 folios, très mal écrit, daté de 1440; l’autre provenant des livres de Ruhnkenius, savant helléniste du dernier siècle, inscrit sous la rubrique XXIII, Ru. 6, in-4°, 30 folios ; sur papier, écrit au xvnre siècle. J’appellerai pour abréger le premier : Voss. et le second : Ru.

(1) Rapport sur les manuscrits alchi- dans les Archives des missions scientimiques de Rome, par A. Berthelot, fiques, 5e s., τ. XIII, p. 835 et suiv.

Ces manuscrits sont tous deux intéressants : le premier, Voss., parce qu’il renferme quelques fragments qui n'existent pas ailleurs; le second, Ru., en raison de certaines de ses figures, qui établissent complètement le passage entre les appareils des vieux manuscrits et l’aludel des Arabes. Je les αἱ données plus haut, avec commentaires (p. 167 à 173).

Codex Ru. 6. Quant au texte même, le Ru. paraît, d’après une collation rapide mais précise, ne rien renfermer qui ne soit déjà contenu dans le manuscrit 2327 et plus spécialement dans celui de la Laurentienne. Il représente d’ailleurs, non les textes mêmes, mais surtout une table des matières, suivie de quelques extraits, Il paraît donc inutile d’entrer ici dans plus de détails.

Disons seulement que dans ce manuscrit le texte alchimique proprement dit comprend 20 folios, dont les quatre derniers consacrés au traité de Psellus. Puis vient un traité mutilé sur la musique (fol. 23-24) et un traité sur les oiseaux (fol. 25-29), déjà édité dans Κεῖ Accipitrariæ Scriptores, pages 243 à 255 (sauf que l’ordre des chapitres diffère). — Les signes du manuscrit2327, c'est-à-dire nos planches IV, V, VI, VIT et VIII (v. page 168) figurent textuellement dans Ru.; ce qui établit la filiation.

Codex Vossianus. Ce manuscrit mérite une attention spéciale; car il se distingue à certains égards de tous les autres manuscrits alchimiques connus. Les textes chimiques commencent (fol. 4-11) par un abrégé des leçons de Stéphanus, se terminant par les mots : μετὰ τὸ 2x χάτω at γέλεσαν ; mots qui répondent à la fin des mêmes lecons dans le manuscrit 2325 (sauf γενήσεται au lieu de γέλεσαν). Cette circonstance joue un rôle essentiel dans la classification des manuscrits (v. p.170 à 181). Puis vient une feuille blanche, suivie des mots: ἐχ τοῦ διαλόγου Κλεοπάτρας οὗ ἡ ἀρχὴ λείπει!. La phrase du début: Ἢ πλάνη ἐσπάρη ἐν τῷ χόσμῳ διὰ τὸ πλῆθος τῶν ἐπωνύμων, se trouve dans la o°lecon de Stéphanus, imprimée par Ideler (1. II, p. 247,1. 25). Cette phrase y est séparée du mot γέλεσαν par deux lignes de texte, supprimées dans Voss.

Rappelons que j'ai établi plus haut (p. 192), comment la fin de la o° lecon de Stéphanus etle milieu du Dialogue de Cléopâtre ontété confondus et mis bout à bout dans le manuscrit de Saint-Marc, ainsi que dans le texte d’Ideler, par suite d’une erreur fort ancienne des copistes. La même confusion a lieu

dans le Voss.; à cela près qu’il y manque les dix lignes (14 à 24) de la page

248 d’Ideler, depuis le mot προσεγγίσαι qui y marque le début du fragment du Dialogue, jusqu'aux mots É is es βλέπετε τὸ θεῖον ὕδωρ τὸ ποτίζον αὐτὰ χαὶ τὴν νεφέλην, lesquels font en effet partie du Dialogue de Cléopâtre, dans le manuscrit 2327. — Dans Ideler, on les retrouve à la ligne 23 de la page 248.

Tout ceci indique une confusion analogue, mais qui n’est pas identique dans les diverses copies. La dernière ligne du Dialogue dans le Voss. est la même que celle d’Ideler.

Au folio 24 sont les extraits des poètes ; puis ceux de Pélage (fol. 14-17), d’'Ostanès (fol. 17), de Synésius: ce dernier déjà reproduit par Reuvens (lettre à M. Letronne). La plupart de ces extraits ont un caractère technique très manifeste. L'auteur abrège ou supprime la phraséologie mystique, conservant au contraire in extenso les recettes proprement dites.

Puis vient Démocrite (Physica et Mystica), l'Anonyme, Zosime, sur la vertu (extrait, fol. 31 verso), et une série de petits écrits sur l’éséesrosetautres, qui se trouvent au long dans le manuscrit de Venise. Le tout se poursuit dans le Voss.sansrien de spécial, jusqu’au folio 40, περὶ ὀργάνων, de Zosime. — On rencontre alors la Chrysopée de Cléopâtre et des figures pareilles à celles du manuscrit de Venise.

La similitude des figures est si grande que l’on ne saurait douter d'uneoriginecommune; le Voss. reproduit en effet (fol. 49 verso) la Chrysopée {notre fig. 11), avec ces mots en face : ὅτι ἀπὸ ἀσχιάστου χαλχοῦ

Er plus bas: Ἔχε: δὲ 2. Bros, ὕελος, σωλὴν :

Puis (fol. 50 verso) les deux

folio 51 recto, lesmots τς τό τρίθηχον ὑπόγραφε, etaubas . la ρᾷρϑ: οἱ δὲ τύποι

οὕτως ; puis les mots ἔστιν ἀρχὴ; et la figure en cœur {notre fig. 31)

Au folio 51 verso, la figure du tribicos {notre fig. 15) et celle de l’appareil distillatoire (notre fig. 16).

Au folio 52 recto, en face : ἕτερον ποίησις χαὶ ἕτερον ἄρσις.

Au folio 52 verso: les kérotakis (nos fig. 22 et 24).

Au folio 53 recto : la palette (notre fig. 24 bis).

Au folio 53 verso : les deux appareils à digestion (nos fig. 20 et 21).

Au folio 55 verso: les trois autres figures de kérotakis, ajoutées sur les

marges du manuscrit de Saint-Marc {nosfig. 25,26 et27),avec les mots : 672

ἔχει τὸ ὀσράχινον ἄγγος χαλύπτον τὴν φιάλην τὴν ἐπὶ τὴν χηροταχίδα ἵνα περιθλέπη Puis viennent les figures et les mots:

Ex φι ἔστι τὸ πλὺν (sic; mots abrégés).

Au folio 58 recto, la figure de la chaudière et du πόντος (notre fig. 18), qui n'existe dans aucun autre que celui de Saint-Marc. Aux folios 54 et 55, on lit quelques petits morceaux, d’un caractère spécial, qui débutent ainsi:

Les articlesquisuivent:surles feux, lecuivrebrûlé, latrempe du fer persan, et celle du fer indien, les poids et mesures (fol. 56 à 64), ne diffèrent pas du manuscrit de Venise.

La liste des signes (fol. 70 à 72) reproduisant nos figures 3, 4, 5, PI. I, Il, III, est très significative; car c’est celle des signes du manuscrit de Saint-Marc, modifiée par des interversions, dues évidemment au copiste qui a embrouillé l’ordre des colonnes. La liste finale des noms des philosophes est exactement la même.

A la fin on lit (fol. 70) la formule de l’Ecrevisse (notre fig. 28), avec son explication et le texte qui l'accompagne, dans l’addition faite au début du manuscrit de Saint-Marc (v. p. 152 à 155). Ce dernier texte est terminé de même par les mots : « Ainsi a été accomplie, avec l’aide de Dieu, la pratique de Justinien. »

Formule et texte sont précédés par un autre morceau sur l'œuf, attribué à Justinien et que je vais reproduire, comme formant avec la phrase précédente les seuls débris qui nous restent de ces traités alchimiques de Justinien, indiqués dans la vieille liste du manuscrit de Saint-Marc{(p. 176). Il semble que c'était l’œuvre pseudonyme d'un commentateur, analogue à l’'Anonyme et à Stéphanus. En tout cas, l'existence de ce morceau prouve que le Voss. a dû puiser dans des sources perdues aujourd’hui. Cependant, sauf quelques petits fragments, on vient de voir que son contenu n'apporte rien d’essentiellement nouveau. Peut-être vaudra-t-il plus tard la peine d’être

collationné avec le texte grec de la publication présente.

NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS Codex Vossianus (Leide), n° 47, in-4° — fol. 69 verso Ὃ Ἰουστινιανὸς οὕτως χέχληται τὰ πρὸς τὸ ὠὸν ἕχαστα.

ΠῚ ͵ 2 ; 5 , , Sr ; ΟΝ APOKOV ὠχρᾶν ἀττιχὴν. σιγωπίδην πόντιον. νίτρον δούσιον. χαλχιτὴν σπτὴν.

ΠΣ δὲ Σ ἘΣ Ἀ χὰ noov. χασσίτηρον. μόλιδδον (1). σῷ ΠΊΠΤΩ ὁ δὲ ὄστραχον, χαλχὸν, σίδηρον, χασσίτηρον, μόλιόδον (1). σῶμα στερεόν.

So - 75 1 n » or DEN # = :

« Justinien met ainsi en lumière chacune des parties relatives ἃ l’œuf (philosophique ; v. Texte grec, I, ur et 1, 1v) :

Le jaune, c’est l’ocre attique; le vermillon du Pont; le nitre roux; la chalcite grillée; le bleu d'Arménie, le safran de Cilicie, la chélidoine.

La coquille, c’est le cuivre, le fer, l’étain, le plomb, le corps solide.

La chaux, c'est la terre de Chio, la pierre scintillante, la sélénite ; la gomme d’acanthe; le suc du figuier ; le suc du tithymale; la magnésie blanche ; la céruse.

L'eau jaune qui teint en bleu, c’est l'eau du soufre apyre, l'eau d’arsenic, l’eau citrine, le coquillage, l’aristoloche, l’eau de la pyrite dorée, l’eau de lie, et les autres choses.

Il a appelé l’eau blanche : eau divine obtenue par écoulement, vinaigre, eau d’alun, eau de chaux, eau de cendresde choux, urine, lait nouveau produit par une femelle (Ὁ), lait de chèvre, lait de la cendre des bois blancs, lait

de palmier, liqueur argentine, eau de nitre blane, et le reste. »

ΧΙ. — Manuscrits divers.

Je relaterai, pour ne rien omettre, dans le manuscrit 113 de la Biblio-

(ἢ Le nom de chaque métal est suivi de son signe dans le manuscrit.

thèque du Métoque du Saint-Sépulcre, à Constantinople, un petit traité περὶ χημιχῶν, ainsi que la lettre de Psellus au patriarche Michel sur l’art chimique: ces indications m'ontété fournies par M. J. Psichari, qui a visité cette Bibliothèque lan dernier.

Enfin M. Ludwig Stern a publié dans la Zeitschrift für ægypt. Sprache, pages 102-116, 3° livraison, 1885, des fragments d'un Traité copte, écrit à la fin du moyen âge et composé surtout d’une série de courts articles, qui

5 x , Ω semblent avoir un caractère purement technique.

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