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PROVENANT DE L'ANTIQUE CHALDÉE

En poursuivant mes études sur les origines de l’'Alchimie et sur les métaux antiques, j'ai eu occasion d'examiner diverses matières, provenant, les unes du palais de Sargon, à Khorsabad, les autres des fouilles de Tello par M. de Sarzec. C'estgrâce à l'extrême obligeance de notre confrère, M. Heuzey, conservateur au musée du Louvre, que j’ai pu étudier ces échantillons, tirés des précieuses collections de notre grand Musée national. Je vais présenter les résultats de mes analyses, etj'exposeraiensuite divers documents nouveaux ou peu connus, relatifs à l’origine de l’étain employé par les anciens dans la fabrication du bronze.

Commençons par les objets provenant de Khorsabad.

Dans le cours de ses fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous lune des pierres angulaires du palais de Sargon, un coffre de pierre contenant des tablettes votives, couvertes d'inscriptions cunéiformes très nettes, destinées à rappeler la fondation de l'édifice (706 av. J.-C.). D’après M. Place, ces tablettes auraient été au nombre de cinq ; mais les inscriptions indiquent formellement qu'il y en avait sept, désignées nominativement. Quatre seulement de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre. Les trois autres sont perdues. Les quatre tablettes qui restent portent des inscriptions longues et détaillées. M. Oppert a publié la traduction de trois d'entre elles, dans l'ouvrage intitulé : Ninive et l'Assyrie, par V. Place (t. IT, p. 303 ; 1870). Le sens en est à peu près le même pour les trois et il se rapporte à la construction du palais. D'après cette traduction, les tablettes étaient en or, argent, cuivre, en deux autres corps dont les noms ont été

identifiés avec le plomb etl'étain, ce dernier plus douteux, d’après M. Oppert:

enfin en deux derniers corps portant le déterminatif des pierres employées comme matériaux de construction, et qui sont regardés comme du marbreet de l’albâtre. Malheureusement. chaque tablette ne contient pas à partlenom de la matière dont elle est faite.

J'ai examiné les quatre tablettes actuellement existantes au Louvre. Elles sont rectangulaires et épaisses de plusieurs millimètres. La lame d’or est la plus petite ; elle se reconnaît aisément, quoiqu'elle ait perdu son éclat. Elle pèse environ 167 gr Elle a été façonnée au marteau. Le métal n’est pas allié avec un autre en proportion notable.

La lame d’argent est également pure, ou à peu près. Elle est légèrement noircie à la surface, en raison de la formation d’un sulfure, comme il arrive à l’argent exposé pendant longtemps aux agents atmosphériques. Elle pèse environ 435€. Je donne ces poids à titre de renseignements, sans préjuger la question de savoir s'ils répondaient aux valeurs relatives des métaux à l'époque de la fondation du palais. On sait que le rapport de valeur de l'or à l'argent ἃ varié beaucoup suivant les temps et les lieux.

La lame réputée de cuivre est profondément altérée et en partie exfoliée par l'oxydation. Elle pèse, dans son état présent , environ 9528". Ceci joint à la densité du métal, moindre que celle de l’or et de l'argent, suffit pour montrer que les dimensions en sont beaucoup plus considérables que celles des deux autres. La couleur en est rouge foncé, déterminée surtout par la présence du protoxyde de cuivre. Cependant ce n’est pas du cuivre pur, mais du bronze. En effet, un échantillon prélevé à la lime sur les bords

renfermait, d’après l’analyse :

TAN RER eee 57: 10,04;

CUITE PR rer dote meer 85,25 ;

OxVeÈNEMEC τ ΠῚ ἌΝ 100,00

Il n'ya ni plomb, ni zinc ou autre métal en quantité notable. La proportion de l’étain répond à celle d’un bronze jaune d’or; mais la présence du protoxyde de cuivre a altéré la couleur. Cette composition se retrouve d’ailleurs dans un grand nombre de bronzes antiques. Je citerai seulement

un miroir égyptien, datant du xvue ou du χνπ siècle avarit notre ère, et que

j'ai analysé autrefois pour M. Mariette. Il renfermait 9 parties d’étain et οι de cuivre.

La quatrième tablette est la plus intéressante de toutes, à cause de sa composition. Elle pèse environ 185:r. Elle est constituée par une matière d’un blanc éclatant, opaque, compacte, dure, taillée et polie avec soin. Elle a été réputée jusqu'ici formée par un oxyde métallique et désignée même à l'origine sous le nom de tablette d'antimoine, d’autres disent d’étain; d’après l'opinion qu’elle aurait été fabriquée autrefois avec un métal que le temps aurait peu à peu oxydé. Cependant, ni l’antimoine ni l’étain ne possèdent la propriété de s’altérer de cette façon, surtout lorsqu'ils sont contenus dans un coffre de pierre. Tout au plus le plomb ou le zinc sont-ils suscepubles de se changer en oxyde, ou en carbonate, dans un milieu humide ; mais alors ils se désagrègent et tombent en poussière, tandis que la tablette est parfaitement compacte et couverte d'une inscription très fine et d’une extrême netteté. Sa nature réelle constituait donc une véritable énigme.

Pour l’examiner de plus près, nous avons d'abord pratiqué avec précaution un sondage, et constaté qu'il n'existait pas de feuille de métal centrale dans l’épaisseur de la tablette. L'analyse chimique a indiqué ensuite que la matière de la tablette est du carbonate de magnésie pur et cristallisé, substance bien plus résistante aux acides étendus et aux agents atmosphériques que le carbonate de chaux. Le poli de cette tablette paraît avoir été complété à l'aide d’une trace presque insensible de matière grasse, laquelle se manifeste par calcination.

Observons ici que notre magnésie et ses sels étaient inconnus dans l'antiquité et au moyen âge, lenom de magnésie ayant eu autrefois des sens très différents, multiples d’ailleurs (1).

Dans Pline, ce mot désigne divers minéraux noirs, blancs, ou roux, provenant des villes et provinces du même nom: en particulier la pierre d’aimant ou pierre magnétique (qui en a conservé la dénomination); un minéral qui parait être notre oxyde de manganèse (autre transformation du même nom); enfin les pyrites de fer, de cuivre, peut-être d’étain

et de plomb. Par extension, le nom de magnésie fut ensuite appliqué aux

(1) Voir ce volume, p. 28, 66, 153 et plus loin.

produits successifs : oxydes et même alliages, provenant du grillage et du traitement de ces diverses pyrites.

Le sens du mot a changé encore chez les Alchimistes, qui l'ont étendu à certains alliages et amalgames, parfois argentifères. C’est seulement vers le xvin® siècle qu'il a été donné aux mélanges de sulfate et de carbonate de chaux, renfermant souvent des sels de magnésie; et finalement au carbonate précipité du sel d’Epsom : dernière attribution qui a conduit le mot magnésie à sa signification actuelle.

Quoi qu'il en soit, le carbonate de magnésie pur et cristallisé est un minéral fort rare, que Haüy ne connaissait pas encore au commencement de ce siècle. Son association intime avec le carbonate de chaux engendre la dolomie, roche au contraire fort répandue. On rencontre surtout le carbonate de magnésie proprement dit, en veines intercalées dans les schistes talqueux, serpentines et autres silicates magnésiens ; il résulte de la décomposition lente de ces schistes par les agents naturels. La matière de la tablette du palais de Sargon renferme en effet quelques traces de silice, qui trahissent la même origine.

Le choix d’un minéral aussi exceptionnel, pour fabriquer une tablette sacrée, n’a pas dû être fait au hasard : il répondait sans doute à quelque idée religieuse particulière. En tous cas, il prouve que les Assyriens connaissaient le carbonate de magnésie comme une substance propre. Α quel mot répondait réellement cette tablette dans l'inscription, où elle paraît figurer sous l’un des noms réputés jusqu'ici métalliques ? Malgré l’absence d'une dénomination spéciale sur cette tablette, M. Oppert a bien voulu me dire qu’elle était désignée par le mot a-bar, pris auparavant pour celui de l’étain.

Il m'a semblé utile, pour tâcher d'obtenir quelque lumière nouvelle à cet égard, d'analyser la matière même avec laquelle sont construits les grands taureaux du musée du Louvre et de rechercher surtout si elle contiendrait de la dolomie. Mais j’ai vérifié que c’est du carbonate de chaux cristallisé, présentant la constitution physique soit du marbre, soit plutôt de cette variété de calcaire, confondue autrefois sous le nom d’albâtre avec le sulfate de chaux anhydre. Il ne m’appartient pas de discuter davantage la question philologique de la vraie dénomination de ces matières (v. ce volume, p. 80).

Pendant que j'étudiais les tablettes de Khorsabad, M. Heuzey appela mon

attention sur certains objets métalliques, provenant des fouilles faites à Tello par M. de Sarzec : c'étaient un fragment d'un vase et une figurine votive.

Le fragment représente une portion d’un cordon circulaire cylindrique, de 7mm à 8mm de diamètre, qui formait l’orifice d’un vase moulé, préparé par fusion et coulage. On voit encore une partie de la gorge qui séparait ce cordon du corps du vase proprement dit. La forme en est très simple et sans aucuns linéaments délicats, ni inscription. La surface est couverte d’une très légère patine, d’un noir jaunâtre. La masse est formée par un métal brillant, noir, dont la cassure présente des cristaux volumineux et miroitants. La matière même est très dure, maïs fragile. D'après l’analyse, elle est constituée par de l’antimoine métallique, sensiblement pur et ne renfermant à dose notable ni cuivre, ni plomb, ni bismuth, ni zinc, mais seulement quelques traces de fer. La patine paraît être un oxysulfure, formé par l’action des traces d'hydrogène sulfuré qui existent dans l’atmosphère.

L'existence d'un fragment brisé de vase moulé en antimoine pur ἃ quelque chose de singulier ; car l’industrie actuelle n’emploie pas ce métal pur à un semblable usage, quoiqu’elle se serve fréquemment de ses alliages, et je n’ai vu aucun autre exemple analogue dans les ustensiles, soit du temps présent, soit des temps passés.

Cependant on m'avait affirmé que les Japonais l’emploient dans leurs fabrications et l’on m'a même remis un petit dauphin ailé, réputé constitué par de l’antimoine. Mais l'analyse exacte de ce dauphin a montré qu'il contenait du zinc et divers métaux associés (étain, bismuth, fer), mais qu'il était loin d’être formé par l’antimoine pur. Si l’antimoine pur a été réellement employé par les Japonais, ce dont je doute, il y aurait là un rapprochement singulier avec les antiques industries chaldéennes.

C'est d’ailleurs une circonstance extrêmement curieuse que la trouvaille authentique d’un tel fragment travaillé d’antimoine, faite à Tello, lieu demeuré inhabité depuis le temps des Parthes, et qui renferme les débris de la plus vieille civilisation chaldéenne. L’antimoine, en effet, est réputé ne pas avoir été connu des anciens et avoir été découvert seulement vers le xy° siècle. Cependant on doit observer que les anciens connaissaient par-

faitement notre sulfure d’antimoine, minéral naturel auquel ils donnaient

le nom de stibium ou stimmi et qu’ils employaient à de nombreux usages, particulièrement en Médecine. Il existe même dans Dioscoride un passage reproduit par Pline et dont je crois pouvoir conclure que l’antimoine métallique avait déjà été obtenu à cette époque. On lit en effet dans Dioscoride (Matière médicale, liv. V, ch. xaix) : « On brûle ce minéral en le » posant sur des charbons et en soufflant jusqu’à incandescence; si l’on pro- » longe le grillage, il se changeen plomb (μολυόδοῦται) ». Pline dit de même (Histoire naturelle, liv. XXXIIT,chap. xxxiv) : « I] faut surtout legriller avec « précaution, pour ne pas le changer en plomb (ne plumbum fiat) ». Ces observations répondent à des phénomènes bien connus des chimistes. En effet, le grillage ménagé du sulfure d’antimoine, surtout en présence du charbon, peut aisément le ramener à l’état d’antimoine fusible et métallique, substance que Pline et ses contemporains confondaient, au même titre que tous les métaux noirs et facilement fusibles, avec le plomb. L'existence du vase de Tello prouve que l’on avait également en Mésopotamie, et dès une époque probablement beaucoup plus ancienne, essayé de préparer des vases moulés avec cette prétendue variété de plomb, moins altérable que le plomb ordinaire.

Depuis la première publication de ces analyses, j’ai reçu une lettre de M.R. Virchow, qui m’annonce avoir imprimé, dans le Bulletin de la Société anthropologique de Berlin (1), une Note sur de petits ornements en antimoine, trouvés dans une ancienne nécropole transcaucasienne (Redkin- Lager), datant probablement du temps de la première introduction du fer. C'est là un autre exemple de l’antique connaissance de l’antimoine.

La figurine métallique votive de Tello donne lieu à des observations non moins intéressantes. Elle représente un personnage divin, agenouillé, tenant une sorte de pointe ou cône métallique. Elle porte le nom gravé de Goudéah, c’est-à-dire qu’elle répond à l’époque la plus ancienne à laquelle appartiennent les objets trouvés jusqu'ici en Mésopotamie. M. Oppert lui attribuerait une antiquité de quatre mille ans avant notre ère. Nous nous

trouvons ainsi reportés aux temps les plus reculés de la métallurgie histo-

(1) Verhandlungen der Berliner An- vom 19 Januar 1884. Les dessins sont thropologischen Gesellschafft, Sitzung aux pages 129 et 130.

rique (τὴ. Cette figurine est recouverte d’une épaisse patine verte. Au-dessous de la patine se trouve une couche rouge, constituée par le métal, profondément altéré et oxydé dans la majeure partie de son épaisseur. Puis vient un noyau métallique rouge, qui offre l'apparence et la ténacité du cuivre proprement dit : c’est le dernier reste du métal primitif, progressivement détruit par les actions naturelles.

J'ai analysé ces différentes parties.

La patine verte superficielle est un mélange de carbonate de cuivre et d’oxychlorure de cuivre hydraté. Ce dernier composé est bien connu des minéralogistes sous le nom d’atakamite. Il résulte de l’altération du métal par les eaux saumâtres, avec lesquelles la figurine s'est trouvée en contact pendant la suite des temps.

La couche moyenne est du protoxyde de cuivre à peu près pur, ne renfermant ni étain, ni antimoine, ni plomb ou métal analogue, ni zinc, à dose notable ; elle résulte d’une altération lente du cuivre métallique.

Enfin le noyau est constitué par du cuivre métallique, très sensiblement pur.

L'absence de tout métal autre que le cuivre dans cette figurine mérite d’être notée; car les objets de ce genre sont d’ordinaire fabriqués avec du bronze, alliage d’étain et de cuivre, plus dur et plus facile à travailler que ses composants. L'absence même de l’étain dans le cuivre de Tello pourrait offrir une signification historique toute particulière. En effet, l’étain est bien moins répandu que le cuivre à la surface de la terre et son transport a toujours été, dans l’antiquité comme de nos jours, l’objet d’un commerce spécial. En Asie notamment, on n'avait, jusqu’à ces derniers temps, signalé d’autres gîtes d’étain un peu abondants que ceux des îles de la Sonde et des provinces méridionales de la Chine. Le transport de cet étain vers l’Asie occidentale se faisait autrefois par mer, jusqu’au golfe Persique et à la mer Rouge, au moyen d’une navigation longue et pénible; et il était transmis de là sur les côtes de la Méditerranée, où il venait faire

concurrence à l'étain des îles anglaises (iles Cassitérides), transporté soit

() La figurine est dessinée dans Chaldée, par E. de Sarzec (PI. 28, l'ouvrage intitulé : Découvertes en figures 3 et 4).

à travers la Gaule, soit par le détroit de Gadès; ainsi qu’à celui des gîtes moins abondants de la Gaule centrale (τὴ, où l'étamage du cuivre fut d’abord pratiqué (2); enfin à l’étain des gîtes de la Thrace, peut-être aussi à celui de la Saxe et de la Bohème, et autres provenances locales, répondant à desgites peu abondants (3), mais dont la connaissance par les anciens est incertaine. L'importancede ces gîtes locaux a été spécialement discutée dans l’ouvrage de M. A. B. Meyer sur des fouilles en Carinthie, intitulé : Gurina in Obergailthales (Kär nthen) 1885 (p. 65 et suivantes); ouvrage que l’auteur a bien voulu m'adresser. Elle mérite d’autant plus notre attention que des voyages aussi longs et aussi pénibles, des navigations si difficiles n'ont dû s'établir qu'après bien des siècles de civilisation. Les Phéniciens, venus autrefois des bords du golfe de Persique à ceux de la Méditerranée, paraissent avoir été les premiers promoteurs de cette navigation, du moins en Occident (STragon, liv. III, chap. V, τι].

En fait, j'ai eu connaissance récemment de deux documents, qui sont de nature à fixer une origine moins lointaine à l'étain des bronzes de l’Assyrie et de l'Égypte (3). En effet, d’après une Note publiée par M. G. Bapst, dans les Comptes rendusde l'Académie des inscriptions (1886), un voyageur russe, M. Ogorodnikoff, aurait appris des habitants de Meched qu’il existait, à 120 kilomètres de cette ville et dans divers points du Khorassan (4), des mines d'étain, actuellement en exploitation. Ces renseignements sont regardés par l’auteur comme sujets à caution, en raison de l'incertitude de témoignages de cet ordre, purement oraux et fournis par des Tatars.

Cependant, circonstance remarquable, ils se trouvent en certain accord avec un passage de Strabon, que m’a indiqué M. P. Tannery. Strabon signale en effet (liv. XV, chap. II, 10) des mines d’étain dans la Dran-

giane, région qui répond au sud du Khorassan, au-dessous d'Hérat, vers

(1) Strabon le signale aussi en Lusi- sur cette question : Recherches anthrotanie (Liv. III, ch. 11, ὃ). | pologiques dans le Caucase, par E. (2) Puine, ἢ. N., 1. XXXIV, 48. Chantre, t. I, p. 81 (1885), et Age du (3) Quelques auteurs ont supposé bronze, τ. I, p. 305. qu’il avait dû exister autrefois des mi- (4) L'existence de inines d’étain au nerais d’étain dans l’Ibérie du Caucase. Khorassan a été signalée par Von Baer, Mais les géologues n’en ont jamais Archi für Anthropologie, t. IX, trouvé jusqu'ici dans cette région. Voir 1876.

les limites occidentales de notre Afghanistan. Mais le transport de l’étain de ce point jusqu’à la Chaldée aurait encore exigé un voyage par terre, de longue durée, à travers des régions où les modernes eux-mêmes ne parviennent que bien difhicilement. A la vérité, les métaux usuels et leurs alliages semblent avoir été transportés autrefois à travers le monde par des fondeurs nomades, analogues aux Tziganes et qui passaient partout.

La principale difficulté que l’on puisse objecter à ces petits gîtes et à ces transports individuels d’étain, c’est l’abondance et la diffusion universelle des armes de bronze,pendant de longs siècles. Les hypothèses précédentes ne semblent pas répondre aux besoin d’une fabrication aussi prolongée, aussi générale et aussi considérable. Pour y satisfaire, il a dû exister des transports réguliers de masses d’étain, venant de mines abondantes et inépuisables.

Si l’étain est rare dans le monde, il n’en est pas de même du cuivre. Les minerais de cuivre se trouvent sur un grand nombre de points. Les mines du Sinaï, pour ne pas en çiter de plus lointaines, sont célèbres dans la vieille Egypte. L’extraction du cuivre métallique à l’aide de ses minerais est d’ailleurs facile.

En raison de ces circonstances, plusieurs archéologues ont supposé qu'un âge du cuivre pur, c’est-à-dire un âge ou l’on fabriquait avec ce métal les armes et les ustensiles, avait dû précéder l’âge du bronze. Le bronze, plus dur et plus résistant, aurait ensuite remplacé le cuivre, dès qu’il fut découvert. Pour juger de cette hypothèse et pour établir la date à laquelle ont commencé ces transports lointains et cette vieille navigation, il serait nécessaire de posséder l'analyse des objets les plus anciens qui aient une date certaine, parmi les débris de l'antiquité venus jusqu’à nous. Or le bronze à base d’étain existait déjà en Egypte, près de deux mille ans avant notre ère, d’après les analyses de ce genre (v. p. 220).

L'analyse de la figurine de Tello semble indiquer, au contraire, que l'étain n’était pas encore connu, à l’époque reculée de la fabrication de cet objet, l’étain n’arrivant pas alors jusqu’au golfe Persique.

Ce n’est là d’ailleurs qu’une induction, quelque circonstance religieuse ou autre ayant pu déterminer l’emploi exclusif du cuivre dans cette figu-

rine : il faudrait examiner des objets plus nombreux et plus variés pour ar-

river à cet égard à une certitude. Mais il m'a paru intéressant de signaler 8 8

les problèmes d'ordre général soulevés par l'analyse des métaux de Tello.

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